Le Vietnam hors piste
Par François le mardi 26 janvier 2010, 09:28 - Voyage voyage - Lien permanent
A Hanoi, nous découvrons l’offre impressionnante d’excursions clef en main
proposées dans tous les hôtels de la ville. Tout a l’air si facile !... Nous
nous laissons tenter par une journée de visite à la « Pagode des Parfums », un
nom poétique qui annonce une ballade bucolique au cœur de l’Asie éternelle…
Effectivement, l’endroit a tout pour être charmant. Malheureusement, l’heure
n’est pas à la contemplation, nous sommes arrivés avec tous les autres groupes,
en pleine heure de pointe, et avons du retard sur le planning. Vite, vite, nous
embarquons par groupe de quatre dans la noria des barques qui font
l’aller-retour sur la petite rivière qui mène à la pagode. Puis notre guide
nous presse d’aller déjeuner dans un gigantesque resto-hangar où, pour plus
d’efficacité, chacun se voit assigner sa place gentiment mais fermement. Avec
nos compagnons d’infortune, nous nous promettons de ne jamais renouveler ce
genre d’expérience.
A la Pagode des Parfums, ballade bucolique tous ensemble
Après un essai encourageant dans la Baie
d’Along, nous décidons de continuer à nous débrouiller seuls, sans recourir
aux multiples petites agences de voyage présentes dans tous les lieux
touristiques du pays. Au Vietnam, prendre le « bus local » ne va pas forcément
de soi. Il nous faut parfois un peu forcer notre présence dans le véhicule,
lorsqu’un rabatteur trop zélé insiste lourdement pour que nous prenions un «
tourist bus » censé être plus confortable, donc plus cher… Les passagers,
amusés et intrigués, sont nos plus sûrs alliés, nous renseignant à chaque fois
sur le prix du ticket, au cas où le contrôleur s’aviserait de se tromper de
tarif.
Maman et son enfant dans le train pour Haiphong
A Ninh Binh et Hué, nous louons une petite moto pour nous déplacer entre les
sites touristiques. Le fléchage est quasi-inexistant, nous nous arrêtons à
chaque croisement pour demander notre chemin aux habitants des lieux. Ceux-ci
s’empressent de nous renseigner, tout sourire. A côté de Hué, au bord de la
Rivière des Parfums (décidemment !), reposent les empereurs d’Annam dans leurs
tombeaux fastueux. Entre deux mausolées, nous nous arrêtons pour le déjeuner
dans une petite gargote à l’écart du circuit touristique. C’est apparemment la
cantine des ouvriers d’un atelier voisin, qui nous conseillent les calamars
farcis, pour notre plus grande délectation ! L’accueil est chaleureux, le
dessert est même offert par la patronne.
Le plein s’il vous
plait
Avoir son propre moyen de locomotion permet de sympathiques rencontres avec les
Vietnamiens. Près de Hoi An, nous renouvelons l’expérience en deux roues pour
aller visiter le site cham de My Son (les Chams sont le peuple qui vivait dans
la région avant l’arrivée des Vietnamiens). Le meilleur moment de la ballade
est sans doute l’étape déjeuner que nous faisons à mi-chemin dans le «
restaurant » d’un minuscule village. Dans une petite salle où sont disposées
trois ou quatre tables, nous dégustons un sublime Pho, la soupe aux
nouilles traditionnelle du Vietnam. Nous restons « bavarder » avec les mains
avec la gentille famille qui habite l’endroit. Une voisine est venue observer
ces drôles de « farangs » (le surnom des blancs) qui se sont arrêtés
ici. Elle montre ma barbe, fait la grimace… Le mari, lui, tient à me rassurer
en levant le pouce. Tout le monde rit de bon cœur.
Sur la route de My Son
Nous arrivons à Ho Chi Minh Ville (que tout le monde ici continue à appeler
Saigon) le 21 janvier. Nous voulons visiter les tunnels de Cu Chi, où
s’abritaient les Vietcongs pendant la guerre, et Tay Ninh, le « Saint
Siège » des mystérieux Cao Dai… L’excursion organisée par l’hôtel permet de
faire le tout dans la journée. Tant pis, nous mettrons deux jours et tenterons
le coup en bus local. Nous partons pour la station de bus sans trop savoir si
notre intransigeance va payer. A peine arrivés, nous attrapons le bus pour Cu
Chi qui démarre juste. A chaque étape, nous trouvons un ange gardien pour nous
indiquer la correspondance.
Comme souvent dans les bus locaux, la présence de deux Européens surprend et
fait l’objet de nombreuses discussions. Dans le bus pour Tay Ninh, un étudiant
anglophone nous traduit les questions des passagers. Une fois à destination, il
nous chaperonne pour trouver et négocier une chambre d’hôtel. Nous sympathisons
et, le soir, nous sortons boire un verre dans son bar préféré, au grand
étonnement des habitués qui se retournent tous à notre arrivée.
Le lendemain matin, nous partons visiter « Sainte-Mère Cao Dai », la cathédrale
des fidèles du caodaïsme, une religion créée dans les années 1920 et qui réunit
aujourd’hui près de 2 millions de membres au Vietnam. A cette heure nous sommes
les seuls touristes, un des gardiens du temple nous fait une petite visite
guidée des lieux. Il nous montre la fresque où sont réunis, entre autres,
Bouddha, Confucius, Lao-Tseu et… Jésus-Christ ! Le Cao Dai se propose en effet
de réunir l’Orient et l’Occident, en tentant la fusion des philosophies
orientales (bouddhisme, confucianisme et taoïsme) avec le christianisme,
l’islam, et bien plus encore... puisque Jeanne d’Arc, Pasteur, Descartes,
Shakespeare, Victor Hugo et même Lénine sont également vénérés dans ces
murs.
Au milieu, Victor
Hugo, vénéré (entre autres) par les Cao Dai
Après la messe Cao Dai, nous repartons pour Ho Chi Minh Ville. Le retour en bus
local est aussi « authentique » que l’aller. Certes, la méthode est parfois
inconfortable : le trajet Tay Ninh – Cu Chi ressemble par certains côtés au
métro parisien à l’heure de pointe, avec en prime une crevaison qui nous fait
patienter 15 minutes en pleine chaleur. Cependant, la récompense est de
découvrir le vrai Vietnam, où les étrangers sont toujours bienvenus et source
d’étonnement.
La visite du Vietnam peut vite devenir ennuyeuse et frustrante si l’on se
cantonne aux zones touristiques délimitées, où les relations restent très «
commerciales ». Il suffit parfois de faire 100 mètres pour découvrir un autre
visage du pays, des gens charmants, aidant et honnêtes, dont la qualité humaine
n’a rien à envier à celle des habitants des pays voisins.
François