A Hanoi, nous découvrons l’offre impressionnante d’excursions clef en main proposées dans tous les hôtels de la ville. Tout a l’air si facile !... Nous nous laissons tenter par une journée de visite à la « Pagode des Parfums », un nom poétique qui annonce une ballade bucolique au cœur de l’Asie éternelle… Effectivement, l’endroit a tout pour être charmant. Malheureusement, l’heure n’est pas à la contemplation, nous sommes arrivés avec tous les autres groupes, en pleine heure de pointe, et avons du retard sur le planning. Vite, vite, nous embarquons par groupe de quatre dans la noria des barques qui font l’aller-retour sur la petite rivière qui mène à la pagode. Puis notre guide nous presse d’aller déjeuner dans un gigantesque resto-hangar où, pour plus d’efficacité, chacun se voit assigner sa place gentiment mais fermement. Avec nos compagnons d’infortune, nous nous promettons de ne jamais renouveler ce genre d’expérience.
                                     A la Pagode des Parfums, ballade bucolique tous ensemble

Après un essai encourageant dans la Baie d’Along, nous décidons de continuer à nous débrouiller seuls, sans recourir aux multiples petites agences de voyage présentes dans tous les lieux touristiques du pays. Au Vietnam, prendre le « bus local » ne va pas forcément de soi. Il nous faut parfois un peu forcer notre présence dans le véhicule, lorsqu’un rabatteur trop zélé insiste lourdement pour que nous prenions un « tourist bus » censé être plus confortable, donc plus cher… Les passagers, amusés et intrigués, sont nos plus sûrs alliés, nous renseignant à chaque fois sur le prix du ticket, au cas où le contrôleur s’aviserait de se tromper de tarif.
                               Maman et son enfant dans le train pour Haiphong

A Ninh Binh et Hué, nous louons une petite moto pour nous déplacer entre les sites touristiques. Le fléchage est quasi-inexistant, nous nous arrêtons à chaque croisement pour demander notre chemin aux habitants des lieux. Ceux-ci s’empressent de nous renseigner, tout sourire. A côté de Hué, au bord de la Rivière des Parfums (décidemment !), reposent les empereurs d’Annam dans leurs tombeaux fastueux. Entre deux mausolées, nous nous arrêtons pour le déjeuner dans une petite gargote à l’écart du circuit touristique. C’est apparemment la cantine des ouvriers d’un atelier voisin, qui nous conseillent les calamars farcis, pour notre plus grande délectation ! L’accueil est chaleureux, le dessert est même offert par la patronne.
                                   Le plein s’il vous plait

Avoir son propre moyen de locomotion permet de sympathiques rencontres avec les Vietnamiens. Près de Hoi An, nous renouvelons l’expérience en deux roues pour aller visiter le site cham de My Son (les Chams sont le peuple qui vivait dans la région avant l’arrivée des Vietnamiens). Le meilleur moment de la ballade est sans doute l’étape déjeuner que nous faisons à mi-chemin dans le « restaurant » d’un minuscule village. Dans une petite salle où sont disposées trois ou quatre tables, nous dégustons un sublime Pho, la soupe aux nouilles traditionnelle du Vietnam. Nous restons « bavarder » avec les mains avec la gentille famille qui habite l’endroit. Une voisine est venue observer ces drôles de « farangs » (le surnom des blancs) qui se sont arrêtés ici. Elle montre ma barbe, fait la grimace… Le mari, lui, tient à me rassurer en levant le pouce. Tout le monde rit de bon cœur.
                           Sur la route de My Son

Nous arrivons à Ho Chi Minh Ville (que tout le monde ici continue à appeler Saigon) le 21 janvier. Nous voulons visiter les tunnels de Cu Chi, où s’abritaient les Vietcongs pendant la guerre, et  Tay Ninh, le « Saint Siège » des mystérieux Cao Dai… L’excursion organisée par l’hôtel permet de faire le tout dans la journée. Tant pis, nous mettrons deux jours et tenterons le coup en bus local. Nous partons pour la station de bus sans trop savoir si notre intransigeance va payer. A peine arrivés, nous attrapons le bus pour Cu Chi qui démarre juste. A chaque étape, nous trouvons un ange gardien pour nous indiquer la correspondance.

Comme souvent dans les bus locaux, la présence de deux Européens surprend et fait l’objet de nombreuses discussions. Dans le bus pour Tay Ninh, un étudiant anglophone nous traduit les questions des passagers. Une fois à destination, il nous chaperonne pour trouver et négocier une chambre d’hôtel. Nous sympathisons et, le soir, nous sortons boire un verre dans son bar préféré, au grand étonnement des habitués qui se retournent tous à notre arrivée.

Le lendemain matin, nous partons visiter « Sainte-Mère Cao Dai », la cathédrale des fidèles du caodaïsme, une religion créée dans les années 1920 et qui réunit aujourd’hui près de 2 millions de membres au Vietnam. A cette heure nous sommes les seuls touristes, un des gardiens du temple nous fait une petite visite guidée des lieux. Il nous montre la fresque où sont réunis, entre autres, Bouddha, Confucius, Lao-Tseu et… Jésus-Christ ! Le Cao Dai se propose en effet de réunir l’Orient et l’Occident, en tentant la fusion des philosophies orientales (bouddhisme, confucianisme et taoïsme) avec le christianisme, l’islam, et bien plus encore... puisque Jeanne d’Arc, Pasteur, Descartes, Shakespeare, Victor Hugo et même Lénine sont également vénérés dans ces murs.
                     Au milieu, Victor Hugo, vénéré (entre autres) par les Cao Dai

Après la messe Cao Dai, nous repartons pour Ho Chi Minh Ville. Le retour en bus local est aussi « authentique » que l’aller. Certes, la méthode est parfois inconfortable : le trajet Tay Ninh – Cu Chi ressemble par certains côtés au métro parisien à l’heure de pointe, avec en prime une crevaison qui nous fait patienter 15 minutes en pleine chaleur. Cependant, la récompense est de découvrir le vrai Vietnam, où les étrangers sont toujours bienvenus et source d’étonnement.

La visite du Vietnam peut vite devenir ennuyeuse et frustrante si l’on se cantonne aux zones touristiques délimitées, où les relations restent très « commerciales ». Il suffit parfois de faire 100 mètres pour découvrir un autre visage du pays, des gens charmants, aidant et honnêtes, dont la qualité humaine n’a rien à envier à celle des habitants des pays voisins.

 
François