Notre bus traîne en route et nous risquons de louper un rendez-vous incertain : le départ d’un ferry à 13 heures pour l’île de Quan Lan, qui serait d’après guides et voyageurs le dernier repère des routards dans la baie d’Along… L’aventure commence dès la descente du bus pour trouver le minuscule embarcadère planqué derrière un labyrinthe de ruelles, d’autant que personne ne parle anglais par ici. Une banquière nous vient en aide en écrivant quelques mots en vietnamien sur un morceau de papier. Grâce à ce précieux sésame, nous parvenons enfin à nous faire comprendre d’un taxi. 12h50… Au guichet, on nous confirme un départ à 13h30, horaire d’hiver. Nous apercevons au bout du quai notre « ferry »: un petit bateau de bois à l’allure sympathique, tout en rondeurs et dans les tons brun rouille.
                   Ferry pour l’île de Quan Lan

Quelques passagers grimpent avec leur chargement : ballots, caisses, vélos ou mobylettes, puis entrent dans la cabine où chacun s’installe sur les banquettes de bois. Tous semblent se connaître. Le capitaine prend son poste à l’avant, le moteur se met en marche et les conversations s’animent. Un membre de l’équipage nous offre un petit verre de thé bien chaud. Nous sommes les bienvenus à bord pour cette traversée qu’ils ont déjà du effectuer tant de fois. Nous traversons la rade où de nombreux petits villages flottants apparaissent au détour des premiers rochers que nous croisons. La vie suit son cours au rythme du tangage : le linge sèche, les plantes verdissent les pontons, des chiens montent la garde à la poupe des navires, on entend des enfants rire et pleurer.
                   Ambiance conviviale à bord

Après s’être acquitté des manœuvres les plus délicates pour sortir du port, le capitaine autorise les étrangers que nous sommes à grimper sur le toit pour admirer la vue. Nous relevons le col de nos imperméables jusqu’aux oreilles et nous installons, ravis, sur un des deux bancs qui semblaient nous attendre là-haut. Nous respirons à pleins poumons l’air chargé d’embruns et laissons nos regards se perdre dans l’incroyable paysage de la célèbre baie d’Along. Tout autour de nous, les montagnes en pain de sucre émergent au-dessus des eaux derrière de longs voiles de brume. Comme par pudeur, elles semblent attendre que l’on s’approche pour révéler les aspérités de leur roche. Seuls au milieu d’un environnement merveilleux et plein de mystères, nous savourons avec bonheur ces instants de magie. Le froid nous aide cependant à redescendre des nuages et à rejoindre les autres passagers dans l’ambiance chaleureuse de la cabine.
                   La baie d’Along

Nous accostons l’île de Quan Lan à la nuit tombée et devons attendre le lendemain pour découvrir les beautés de ce paisible bout du monde. Le long de l’unique rue principale, les habitants nous saluent avec gentillesse. Près des côtes, de nombreux oiseaux ont élu domicile dans de vastes étendues de mangrove suspendues entre terre et mer. Au sud de l’île, nous marchons le long d’immenses plages de sable fin. Au loin, on aperçoit des silhouettes sous de larges chapeaux coniques ; elles se penchent parfois brusquement pour capturer des  coquillages avant qu’ils ne s’enterrent à nouveau.
                   Sur l’île de Quan Lan

Nous finissons notre ballade près de la jetée face au soleil couchant. Demain, nous reviendrons à l’aube retrouver l’équipage du ferry pour rejoindre le continent après trois journées passées entre rêve et réalité.


Gabrielle