Nous arrivons à Hanoi le soir du 28 décembre. Le bus nous dépose dans une petite rue du centre, nous hissons nos sacs à dos sur nos épaules et partons en quête d’une chambre pour la nuit. Surprise ! Après 10 mois de voyage, nous sommes confrontés à un étonnant dépaysement… Serions nous rentrés en France ??? 

Des rues bordées d’arbres se croisent en de petites places triangulaires où des bancs accueillent les grands-pères fatigués. Nous marchons entre de vieilles bâtisses dont le rez-de-chaussée a été colonisé par les boutiques de vêtements, quand ce n’est pas par des cafés avec terrasse et fauteuils en simili rotin. Même le ciel, gris, se met de la partie pour entretenir l’illusion. Devant la cathédrale St Joseph, on pourrait se croire dans n’importe quelle petite ville française, si ce n’était le drapeau du Vatican qui trône fièrement au milieu de la place de l’église… Le Vietnam compte en effet près de 10% de catholiques, dont des décennies de communisme n’ont pas réussi à briser la ferveur et l’attachement à Rome.

                               La Cathédrale St Joseph

Le surlendemain, nous partons explorer la ville et chercher l’exotisme au Temple de la Littérature. Cette ancienne école fondée en 1070 formait les mandarins, hauts fonctionnaires servant la bureaucratie de l’empire (l’équivalent de nos énarques). Dédié à Confucius, son style « chinois » tranche avec les pagodes thaïs ou khmers. En franchissant la frontière entre le Laos et le Vietnam, au cœur de l’ancienne Indochine, nous avons quitté l’Asie indianisée pour entrer en Extrême Orient.

De fait, le nord du Vietnam est une ancienne colonie chinoise, qui déclara son indépendance au XVème siècle, mais resta dans l’orbite du grand voisin jusqu’à l’arrivée des Français au XIXème. D’ailleurs, si le pays est bouddhiste comme d’autres pays d’Asie du sud-est, les Vietnamiens sont adeptes du « Grand Véhicule », la doctrine népalo-tibétaine qui a voyagé par la Chine, contrairement aux Thaïs, Laotiens et Khmers, majoritairement adeptes du bouddhisme cinghalais (de Sri Lanka) dit du « Petit Véhicule ».

                 Le temple de la Littérature

A quelques rues de notre hôtel se trouve le « lac de l’épée restituée ». La légende raconte qu’au XVème siècle, après la victoire contre les Chinois, la tortue sacrée du lac vint reprendre au héros l’épée magique qu’elle lui avait confiée pour défendre le pays contre les envahisseurs…

Tout autour du lac, des ouvriers s’affairent à installer des milliers de fleurs. Est-ce ainsi que Hanoi se prépare à fêter la nouvelle année ? Pas exactement. En fait, 2010 sera le millénaire de Thang Long (« ville du dragon prenant son essor »), l’ancien nom de la capitale vietnamienne. Autour des compositions florales, des milliers de Vietnamiens se bousculent pour photographier les jolis parterres avec leur téléphone portable. C’est l’effervescence ! Le soir du 31 décembre, la foule est particulièrement compacte. Nous attendons minuit sur les rives du lac… Rien… à part quelques Anglais qui tentent désespérément de lancer une Ola qui tombe à l’eau. Ce sont les fleurs qui ont attiré les Vietnamiens, pas la nouvelle année, qui ici n’aura lieu que dans un mois, lors des fêtes du Têt, le nouvel an « chinois ».

Hanoi n’a pas une excellente réputation chez les voyageurs, qui la trouvent peu accueillante. Pourtant, bizarrement, nous nous y sentons plutôt à l’aise. Il faut dire que le côté bougon (mais finalement bonne pâte) des habitants de Hanoi, l’anonymat permis par une certaine indifférence aux touristes, les petites arnaques sans conséquence, les amoureux sur les bancs publics… tout cela nous rappelle sans doute un peu nos compatriotes.

Sous le crachin, nous découvrons le vieux Hanoi et ses rues pleines d’animation et… de motos, le moyen de transport quasi-universel ici. Traverser la rue réclame un certain détachement, il s’agit d’avancer lentement d’un pas régulier, laissant aux engins à deux-roues le soin d’éviter sa personne. Nous décompressons sur les trottoirs, où sont installés les mini-restos de rue. Assis sur une mini chaise, le bol posé sur une mini-table, nous avons l’impression de jouer à la dînette. L’impression d’être Gulliver chez les Lilliputiens est accrue lorsque le thé nous est servi avec une mini-théière qu’accompagnent des tasses aussi grandes que des dés à coudre.

                              A table !

François