Avec seulement 5,6 millions d’habitants, le Laos est un pays où la nature a la part belle. Ses charmes multiples se déploient du Sud au Nord, des rives du Mékong aux sommets des montagnes en passant par de denses forêts peuplées d’arbres millénaires. Cette beauté environnante est-elle la source où les Laotiens puisent la sérénité dont ils semblent ne jamais se départir ?

                                                  Mister Phao et François

Dès notre arrivée à Don Det, une des « 4000 îles » qui parsèment le Mékong près de la frontière cambodgienne, nous apprenons à nous mettre au rythme du pays. Ici, rien ne se fait dans la précipitation et encore moins la préparation des repas. Les sujets d’inquiétude sont également restreints : sur les petits chemin de l’île, tout le monde se promène en vélo et personne ne prend la peine de les attacher d’autant qu’ils sont loués sans anti-vol.

De retour sur le continent, nous traversons à moto le plateau des Bolovens où est produit le « café lao ». En nous promenant dans les vastes plantations, nous voyons les grains verts mûrir aux branches des caféiers. Nous adoptons d’emblée le savoureux breuvage onctueux et sans amertume.
                                                  « Café lao » sur la branche

Après quelques jours en pleine nature, nous rejoignons la ville de Savannakhet pour y faire étape. Le soir, de petits restaurants s’improvisent sur la rive est du Mékong, face à la Thaïlande. Familles et amis se réunissent autour des petites tables où sont servis de délicieux barbecues. Nous essayons la formule : dans le plat commun, on fait griller viande ou fruits de mer sur un petit dôme central, tandis que tout autour mijote du bouillon qu’on agrémente de nouilles, légumes et herbes aromatiques selon son goût. Le tout accompagné d’une « Beerlao » (la bière locale) bien fraîche, un régal !
                                                   Barbecue à la mode du Laos

Nous voilà d’attaque pour deux jours de marche dans les environs de Tha Khaek, un peu plus au Nord. La région mise sur l’écotourisme et organise des circuits dans les superbes forêts alentours. Les guides sont issus des villages que nous traversons et nous font découvrir en chemin cet environnement qu’ils connaissent si bien : les essences d’arbres et les plantes qui guérissent ou rehaussent la saveur des plats, les insectes et leurs habitats… L’un d’entre eux attrape à main nues un cocon de feuilles agglutinées d’où sortent des fourmis rouges et en croque quelques unes au passage sous nos yeux effarés. Le soir venu, nous arrivons dans un village pour y passer la nuit. A l’issu du dîner, nous sommes invités à participer à la cérémonie du Baasii, présidée par les anciens. Nous formons un cercle au centre duquel les femmes ont placé le pha khwan, une composition conique à base de feuilles et de fleurs où sont accrochés de petits fils de coton. A tour de rôle, chacun étend sa main. Nos hôtes y déposent de petits cadeaux : gâteaux, fruits, lao-lao pour les hommes (l’eau de vie locale)… L’intéressé est alors le centre d’attention de tous les participants qui posent une main sur lui ou sur le pha khwan central tandis que le maître de cérémonie noue le cordon autour de son poignet en formulant de nombreuses bénédictions. Dans la tradition, cela permet de rattacher à leur propriétaire les 32 esprits gardiens de son corps et de son esprit... La soirée se poursuit autour d’un feu de camp, au rythme des chants et des conversations. Dans le ciel dégagé, les étoiles filantes emportent les vœux secrets de ceux qui les surprennent.
                                                   Trek dans la région de Tha Kaek

A Vientiane, nous nous mêlons facilement au quotidien des habitants de la capitale, étant partout les bienvenus : dans les petits restaurant de la rue, dans les « cantines » où les habitués s’engouffrent le midi, aux abord d’un petit terrain de pétanque improvisé… En cette circonstance, tous les Laotiens sont sérieux, il s’agit du sport national du pays !
                                                                 Partie de pétanque entre deux allées du marché

Nous poursuivons notre route jusqu’au fin fond des montagnes dans le village de Muang Neua que l’on rejoint par bateau. Là encore, les adultes comme les enfants gardent un contact naturel et sympathique avec l’étranger qui nulle part n’est étrangement considéré. Sa présence passagère apporte un peu d’exotisme dans le quotidien mais n’en perturbe pas le cours. Les rapports peuvent alors s’établir librement, simplement et dans un respect mutuel. Cet équilibre est souvent rompu dans les endroits qui se sont ouverts au tourisme. Mais au Laos (exception faite de Vang Vieng), les hôtes gardent leur sourire et leur intégrité face à des touristes qui savent encore qu’ils sont les invités.
 

Gabrielle