Nous séjournons dans la ville de Battambang à l’ouest du Cambodge. Le hasard des rencontres nous amène à visiter l’association Phare Ponleu Selpak (PPS), qui accueille plus de 1400 jeunes dans le cadre d’activités éducatives, culturelles et artistiques. Depuis le chemin, la mélodie des percussions indique que nous arrivons à destination. Nous traversons une vaste cour arborée jusqu’à un grand bâtiment où s’entraînent jongleurs et acrobates qui nous saluent avec de grands sourires.

La visite commence sous la conduite de Reaksmey Yean, un jeune du centre formé en communication externe. Il nous guide vers la belle bâtisse en bois sombre où se trouve l’école d’art visuel, créée par les fondateurs de l’association en 1994.

                 Reaksmey Yean

Entre 1975 et 1979, le régime des Khmers rouges marque une période particulièrement sombre. Leur volonté de bâtir une société entièrement nouvelle et sans référence au passé se traduit par le massacre de près d’un tiers de la population et la déportation des citadins dans les campagnes. Quand les Vietnamiens envahissent le pays et renversent le régime khmer rouge, les Cambodgiens fuient vers l’étranger par centaines de milliers.

Durant ces années d’exil, huit jeunes grandissent dans un camp de réfugiés en Thaïlande où une ONG française leur apporte un peu de rêve et de détente grâce à des ateliers de dessin. De retour à Battambang en 1994, ils désirent partager le plaisir et la liberté de s’exprimer à travers le dessin. Avec l’aide de leur professeur, ils décident d’ouvrir une école d’art visuel et baptisent leur association « Phare Ponleu Selpak » qui signifie « la lumière de l’art ».


L’objectif de l’école est d’offrir aux jeunes un espace de loisir où ils peuvent oublier leurs soucis, s’évader dans leur imaginaire et retrouver la beauté. A travers les cours, l’école s’attache à mettre en valeur l’héritage khmer pour aider les élèves à retrouver leur identité culturelle.

Nous admirons les toiles exposées sur les murs, résultat du savoir-faire acquis durant les cinq années du cursus. L’association participe également aux évènements culturels du pays et, lors de notre visite, les cinquante élèves participent à la confection d’un immense naga articulé (serpent à plusieurs têtes de la tradition khmère) pour le prochain festival.


Pour permettre aux jeunes artistes issus de l’école d’art visuel de compléter leur formation et leur ouvrir de nouveaux débouchés, PPS ouvre en 2006 un studio de montage de films d’animation. Les élèves réalisent des dessins animés éducatifs pour le compte d’ONG partenaires qui s’en servent ensuite lors de campagnes de sensibilisation. Le studio accueille 16 jeunes et réalise en ce moment son sixième film d’animation. Un élève nous montre un des dessins animés qui traite avec finesse de l’importance de la solidarité familiale pour prévenir les enlèvements d’enfants.
En 2009, l’association lance un atelier de graphisme avec l’aide d’une jeune professionnelle française. Elle forme 5 stagiaires aux techniques du graphisme en réalisant les dépliants, prospectus, flyers de l’association ainsi que les commandes passées par des clients extérieurs.

Nous poursuivons la visite par l’école de musique. Un professeur répète avec ses élèves un morceau qui associe le chayam (instrument khmer traditionnel) avec la guitare électrique et la batterie dans un réjouissant mélange des genres. En cinq ans, les élèvent commencent par apprendre les bases de la musique classique et traditionnelle khmère avant d’explorer les influences internationales.

                 L’école de musique

Un peu plus loin, dans l’école de cirque, balles et massues virevoltent au-dessus de la tête des jongleurs. Les équilibristes s’entraînent seuls ou en couple pendant qu’une jeune fille fait tourner des cerceaux autour de sa taille. Nous nous rendons sous le chapiteau où des funambules répètent leur numéro pour le spectacle hebdomadaire du jeudi. A l’origine, des ateliers de cirque sont proposés comme une activité artistique récréative afin que les élèves de l’école d’art visuel puissent se dépenser physiquement entre les cours de dessin. Face à l’enthousiasme suscité par le cirque, naît le projet de fonder une véritable école qui forme aujourd’hui plus de 30 élèves avec huit professeurs khmers. Depuis sa création en 2002, l’école a déjà formé six troupes qui réalisent des tournées au Cambodge et à travers le monde, notamment en France et au Japon.


Tous les jeunes motivés pour apprendre ces disciplines artistiques sont les bienvenus et les cours sont dispensés gratuitement. L’association cherche avant tout à entretenir un état d’esprit positif qui aide chacun à se construire et à s’épanouir. Le travail des artistes formés par PPS est reconnu à travers le Cambodge. Nombre d’entre eux deviennent des professionnels de talents et gagnent leur vie en exerçant leur art.

Au fil des années, PPS développe des activités sociales tournées vers les communautés environnantes. L’association participe à l’installation d’une école publique qui reçoit plus de 1000 élèves de 6 à 13 ans. Un centre de loisir propose en parallèle une éducation plus informelle à travers des activités ludiques et pédagogiques. Pendant que les enfants apprennent, les parents peuvent poursuivre leur activité professionnelle et améliorer ainsi les conditions de toute la famille.
En 2002, PPS ouvre la « maison des enfants » afin d’accueillir les enfants en situation particulièrement précaire : orphelins, victimes du trafic d’êtres humains, ou jeunes dont la famille ne peut plus subvenir aux besoins. 76 enfants y sont nourris et soignés gratuitement et 33 d’entre eux y sont également hébergés. En leur offrant des conditions favorables pour s’épanouir et apprendre, PPS souhaite aider ces jeunes à retrouver leur place dans la société.
La solidarité commence au sein de PPS : 40% des revenus perçus de la production artistique des élèves (spectacles, toiles…) sont destinés à soutenir la « maison des enfants » en plus des aides extérieures.

                 Entrée de la maison des enfants

Nous ne résistons pas à rester un jour de plus pour assister au spectacle de cirque. Le chapiteau est déjà bondé quand nous entrons. Nous nous frayons un chemin entre les enfants assis devant pour atteindre les gradins. Dès que la lumière s’allume des cris s’élèvent de la foule des jeunes supporters. Les musiciens annoncent l’entrée en piste des membres de la troupe. Ils enchaînent les numéros avec autant de professionnalisme que de joie de vivre. Nous tremblons, rions, applaudissons… chapeau les artistes !


Comment les aider ?

Le calendrier des représentations du spectacle de cirque est disponible en cliquant ici. En ce moment, une des troupes est en tournée en France, c’est l’occasion de soutenir les artistes de l’association :
  • le 4 décembre 2009 à Doué-la-Fontaine (49)
  • le 6 décembre à Cholet (44)
  • le 12 décembre à Nantes (44)
  • les 20 et 21 décembre à St Etienne (42)

Il est également possible d’inviter la troupe à se produire à l’occasion d’un évènement, d’un festival ou autre.

L’atelier de graphisme peut répondre par correspondance à toute commande de flyers, dépliants ou brochures.

Il est également possible de soutenir financièrement PPS en faisant un don ou en participant au programme de parrainage pour la « maison des enfants ».

De passage à Battambang, vous serez bienvenus à l’association pour une visite, assister à un spectacle de cirque ou acheter le travail des artistes.


Contacts

Phare Ponleu Selpak
Village de Anch Anh, Commune d’Ochar
PO Box 316
Battambang – Cambodge
Tel/Fax : +855(0)53 952 424 / Portable: +855(0)12 821 498
E-mail : inquiries@phareps.org
Site internet : http://phareps.org


Gabrielle