Nous partons au coeur du désert du Thar à la découverte de l’association Malenbai. A une vingtaine de kilomètres de Jaisalmer, la jeep quitte la route pour une piste qui serpente à travers des étendues de sable et de cailloux noirs où quelques arbustes défient le vent et le soleil. Cet immense plateau s’achève brusquement pour plonger sur une vaste étendue de sable clair, semblable à un morceau de lune égarée sur la terre… un lac asséché. Nous nous arrêtons au seuil d’une grande bâtisse solitaire qui semble contempler l’horizon.

Les fondateurs de Malenbai, Capucine et Pabu, nous accueillent autour d’un thé de bienvenue et nous racontent leur histoire… Lors d’un voyage en Inde, cette jeune Française part avec sa famille pour un safari en chameaux sous la conduite de Pabu. Ils se reconnaissent et décident d’unir leur destin dans ce désert où tous deux se sentent chez eux plus que partout ailleurs. Ils s’y installent en dépit de toutes les difficultés d’ordre matériel mais surtout culturel et social. La mixité de leur couple n’est pas acceptée au sein de la société indienne, d’autant que Pabu est issu d’une caste parmi les basses, les Bilhs, chasseurs par tradition.
                      Capucine et Pabu

Après trois années de persévérance, la maison qu’ils ont construite est devenue un lieu d’accueil, suivant la tradition des habitants du désert. Les agriculteurs des terrains environnants, les bergers de passage, tous ceux qui le souhaitent y font étape. Ils viennent seuls ou en familles, partagent leurs repas et la grande terrasse où chacun s’endort à la belle étoile après la veillée.
 
Pabu est fier d’être Bilh, mais de nombreux autres ont perdu ce sentiment. Originaires du Gujarat, ils ont été déplacés près de Jaisalmer pour mettre leurs talents de chasseurs au service des Maharajas. Lors de cette migration, ils ont perdu beaucoup de leurs coutumes et de leur artisanat. Aujourd’hui, la plupart survivent en cassant des pierres pour les chantiers de construction, un travail de forçat dévalorisant.

Capucine et Pabu veulent faire de leur différence une force pour aider les Bilhs à se relever. Ils se tournent d’abord vers l’agriculture : ils investissent dans un tracteur qu’ils prêtent aux familles pour les inciter à cultiver leurs terrains et forment des jeunes à la conduite. L’année suivante, ils profitent de l’eau du lac et du prêt d’un générateur électrique pour faire une culture de moutarde irriguée. De nombreuses familles participent aux semences puis à la récolte. Autour de cette activité nouvelle, se développent échanges et partages au rythme des chants qui accompagnent le travail. Cependant, l’opération est déficitaire et, devant le caractère aléatoire des récoltes, il faut trouver d’autres idées.
 
Suivant les conseils enthousiastes d’une amie, ils créent en août 2007 l’association Malenbai du nom de la déesse du désert vénérée par les Bilhs. Leur objectif est de faire revivre l’artisanat local, véhicule de la culture et des racines que les Bilhs ont besoin de retrouver. Les savoirs se sont tellement perdus que Capucine et Pabu peinent à retrouver les quelques personnes qui les détiennent encore, une véritable chasse aux trésors.

Ils découvrent un tisserand, cet homme d’un certain âge n’a plus la force de casser des pierres et peine à faire vivre sa famille. La possibilité inespérée de reprendre son métier d’origine le réjouit. Avec l’aide de Malenbai, il rénove le vieux métier à tisser de son père et se remet au travail. Après tant d’années sans pratique, il lui faut plusieurs essais avant de maîtriser à nouveau la technique. Ces tapis sont tissés à partir de poils de chèvre liés en corde que seuls quelques vielles personnes savent encore faire ; Pabu doit faire parfois 80 kilomètres pour trouver les précieuses pelotes. La vie de ce tisserand est transformée : la vente des tapis à Malenbai lui assure une source de revenus, et surtout il a retrouvé sa fierté et la considération de ses pairs. Lorsque nous lui rendons visite, toute la famille et les enfants nous accueillent avec joie et curiosité. En dehors de Capucine, nous sommes les premiers étrangers à venir chez eux.
                   Le tisserand et sa fille

Cette année, Malenbai renouvelle l’expérience avec une famille de potiers d’un village proche. Pour gagner leur vie, ceux-ci délaissaient peu à peu leur tour et partaient vers les carrières casser des pierres. La poterie devenait une activité d’appoint et risquait à terme d’être abandonnée. Motivé par l’opportunité de vivre à nouveau de son art, le potier nous montre les nombreux modèles qu’il sait faire. Capucine et Pabu lui donnent des idées d’objets s’inspirant des traditions rajasthanaises et susceptibles de plaire à des touristes. Nous sommes surpris lorsque son fils de 15 ans le remplace au tour, faisant déjà preuve d’un grand savoir-faire. La transmission est assurée.
                   Le fils du potier

En visitant les familles, Capucine rencontre des femmes qui confectionnent de magnifiques broderies pour leur usage personnel. Avec quelques idées nouvelles puisées sur les marchés ou dans leurs traditions, elles pourraient utiliser leurs talents et rejoindre les artisans de Malenbai…
                   Les huttes

Parallèlement aux activités de l’association, Capucine et Pabu cherchent à développer une activité qui leur permette de vivre dans ce désert, condition essentielle pour poursuivre l’action de Malenbai. Peu à peu, ils forment le projet d’accueillir des touristes désireux de découvrir et vivre le désert. Lors de notre venue, Pabu vient d’achever la construction de cinq belles huttes traditionnelles qui sont harmonieusement disposées face à l’immensité du lac asséché. Il souhaite également mettre à profit son expérience de guide pour proposer des safaris en dromadaires aux visiteurs.
                                Chamelier

Leur démarche est emprunte d’éthique et de solidarité dans la continuité de Malenbai : ils ont à cœur d’intégrer dans leur projet les artisans qu’ils soutiennent en organisant des visites dans leurs villages afin que les touristes découvrent leur travail. Ils conçoivent cette nouvelle activité comme une chance de partager leur passion et leurs connaissances de cet environnement mystérieux, dur et généreux à la fois. Ce sera pour les visiteurs l’occasion de s’immerger dans la vie du désert : partager les repas avec les bergers de passage, à la nuit tombée écouter leurs chants en admirant la voie lactée, dormir dans des huttes bercés par le souffle du vent…



Comment les aider ?

Ce projet touristique soutiendra l’action de Malenbai, et avec l’aide de la déesse du désert, pourra rendre espoir à la caste des Bilhs. Capucine et Pabu invitent chacun à venir leur rendre visite, une belle idée pour des vacances « découverte ». Ils sont établis à 24 kilomètres de Jaisalmer, soit 30 minutes en jeep. Ils cherchent des contacts avec des agences de tourisme solidaire afin de se faire connaître.

Lors de ses visites annuelles en France, Capucine collecte des vêtements et médicaments afin de les distribuer à ceux qui en ont besoin. Les dons financiers sont également bienvenus.


Contact

Site de Malenbai : http://malenbai.canalblog.com
Site Internet du gite : http://www.pabukidhani.com
E-mail : malenbai@hotmail.fr
Téléphone de Capucine : +91 9829552278  
Téléphone de Pabu : +91 9602534344


Gabrielle