Nous grimpons tout au nord de l’Inde, au pied de l’Himalaya, pour une étape prolongée en terre d’asile tibétaine à Dharamsala. Nous posons nos bagages dans le petit village de Mac Leod Gange, où le 14e Dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, vit en exil depuis 50 ans, et où fut transféré le gouvernement tibétain dès 1960.
                    Départ du Dalaï-lama salué par ses fidèles

Le long des petites rues en pente, des échoppes, des étales, exposent bijoux, vêtements, artisanat tibétain… Des femmes attendent les clients, assises sur de petits tabourets. Elles discutent ou tricotent les épais bonnets et chaussettes qu’on vendra cet hiver. Certaines portent la longue robe traditionnelle ornée d’un petit tablier rayé que d’autres ont abandonnée pour de gros sweat shirts. Sur leurs visages de lune modelés par les ans, de petits yeux plissés semblent sourire au soleil. On croirait avoir changé de pays.
 
Depuis la rue qui grimpe vers le temple, nous contemplons la vallée de Kangra évanouie sous les brumes matinales qui s’étiolent lentement découvrant la belle endormie. L’air est frais et pur, tout est paisible.
 
La brume a-t-elle aussi posé son voile blanc sur l’histoire et son lot de souffrances ? Les longues traversées glacées à travers les sommets de l’Himalaya, les morsures du froid, les disparus… les monastères saccagés et pillés, des moines et des nones humiliés, tués. L’invasion chinoise s’est traduite par un long travail de sape pour anéantir un peuple et une culture millénaire, les passer au rouleau compresseur de l’uniformisation communiste, et faire du Tibet le terrain d’expériences nucléaires.

Malgré toute cette violence, le Dalaï-lama mène un combat résolument pacifique. Il défend la cause du Tibet à travers le monde. Il invite chacun à faire triompher la paix en commençant par lui-même, enseignant le bouddhisme selon la tradition tibétaine.
 
A Dharamsala, nous avons découvert un petit havre de paix, avec le temple en son cœur où vont et viennent de nombreux moines et nones en habit rouge. Tout autour, une communauté de 15 000 âmes a refait des racines, accrochant les maisons aux flancs des grandes montagnes couvertes de forêts et de nuages suspendus. Loin de leur terre, ils s’organisent pour sauver leur héritage culturel. Ils le transmettent à leurs enfants et le partagent aux étrangers de passage à travers des cours de yoga, de musique ou de cuisine. Désireux de soutenir la cause du Tibet, de nombreux jeunes viennent du monde entier apporter leur aide aux associations locales.
 
Le message du Dalaï-lama a porté ses fruits, les Tibétains sont soutenus par un élan de solidarité internationale. Le peuple vit en dehors de ses frontières et espère, malgré le temps qui passe, retrouver un jour sa terre.

Gabrielle