Après Delhi, nous continuons notre route vers le nord : direction l’Himalaya et les sources du Gange. Tout au long du trajet, le bus dépasse de petits groupes de marcheurs et de cyclistes vêtus de T-shirt orange. Certains portent d’étranges constructions faites de papier multicolore, de ficelle et… de perroquets en plastique.

Comme nous, ces pèlerins vont à Haridwar. Il fait déjà nuit quand nous atteignons la ville sainte dans les embouteillages et les klaxons. Nous apprenons que nous sommes tombés au beau milieu d’un festival en l’honneur du dieu Shiva, à moins que ce ne soit Krishna (cela dépend à qui l’on pose la question)…

Le lendemain, nous partons explorer Haridwar. Les bords de la route qui relie notre hôtel au Gange sont encombrés de pèlerins. En contrebas se dresse le plus grand camping sauvage qu’il ne nous a jamais été donné de voir.

La route est bloquée par la police. Nous parcourons à pied les derniers mètres qui nous séparent du temple Har-ki-Pairi, au milieu d’une foule d’hommes oranges, interrompus à plusieurs reprises… « One shot, one snap ! ». Il semble qu’en tant qu’étrangers nous constituions une attraction tout à fait digne d’intérêt pour ces visiteurs. Chacun veut son cliché de nos profils exotiques, de préférence en posant avec nous.

Nous finissons par atteindre le Gange. A perte de vue, les berges du fleuve sont occupées par des milliers de pèlerins en train de s’adonner au bain purificateur. L’ambiance est effervescente et survoltée, certains baigneurs se laissent emporter par le puissant courant du Gange au risque de se noyer. Au loin, une immense statue de Shiva semble veiller sur les imprudents.

              Ghâts de Har-Ki-Pairi

Au pied du temple, nous sommes fortement invités à prier pour notre (future) progéniture en répétant les formules sacrées prononcées par le prêtre. Le nombre de rejetons dépendra cependant de l’offrande que nous voulons bien verser…

                                      Un prêtre

Nous nous frayons un chemin vers les ghâts, ces escaliers qui descendent dans le Gange pour permettre à tout un chacun de procéder à ses ablutions. Plus nous approchons du fleuve, plus les photographes amateurs se pressent autour de nous. C’est la descente des marches…

Nous nous asseyons sur les ghâts pour observer la foule des baigneurs. En moins d’une minute, nous sommes encerclés par une petite foule de jeunes hommes en sous-vêtements désireux de nous prendre en photo…  Certains commencent à se disputer l’honneur de poser à nos côtés, nous tentons de nous replier… finalement, la police intervient pour nous exfiltrer. Elle nous demande de patienter dans un réduit de service le temps que l’ambiance se calme et que tous les photographes amateurs se dispersent.

  Sur les rives du Gange à Haridwar


Le lendemain, nous partons un peu plus en amont du fleuve sacré vers Rishikesh. La ville est connue pour être un havre de paix et le paradis des yogis… mais pas ces jours-ci. La masse des hommes oranges semble nous avoir suivis jusque là, et la petite cité est saturée de marcheurs.

                 Rishikesh

Pour fluidifier la circulation dans cette ville piétonne, la police a institué un sens unique sur les deux passerelles qui surplombent le fleuve. L’ambiance est surréaliste : un défilé permanent de jeunes hommes hagards marche en tournant autour de la ville, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le manège dure toute la journée, jusque tard dans la nuit… Certains gardent encore assez d’énergie pour nous mitrailler de leur téléphone portable dès que nous pointons le nez en dehors de l’hôtel.

Nous cherchons à échapper à cette célébrité toute neuve en partant à pied le long de la route qui remonte le fleuve sacré. Des pèlerins font la même chose que nous, à moto. Faisant abstraction du bruit des klaxons, nous contemplons le Gange s’écouler au milieu des premiers contreforts de l’Himalaya, à peine né des glaciers et déjà puissant.

                  Le Gange

François