Nai Disha
Par Gabrielle le mercredi 26 août 2009, 09:47 - Les porteurs d'espoir - Lien permanent
Dans la cour du siège de Sulabh à Delhi, une
pancarte accueille le visiteur : « Souriez, vous êtes chez Sulabh ! », la
journée commence bien. Peu après notre arrivée, le docteur Pathak vient nous
accueillir en personne et nous convie à la prière matinale… Nous sommes invités
à monter avec lui sur l’estrade face à une foule de visages. La musique
commence et tous chantent d’une seule voie. Puis, un des responsables nous
présente à l’assistance et nous souhaite la bienvenue. Nous sommes aussi
surpris qu’émus par cet accueil incroyable. A côté du comité des directeurs, se
tient un groupe de femmes toutes élégamment vêtues de saris bleus. Ce sont
les Anges Bleus de Nai Disha. Elles sont venues d’Alwar, une
ville du Rajasthan à 4 heures de route de Delhi, pour leur réunion mensuelle
avec le Docteur Pathak. Plus tard, nous nous asseyons au milieu d’elles pour
écouter leur histoire.
Un jour, lors d’une campagne de sensibilisation à Alwar, le Docteur Pathak
aperçoit des femmes scavengers revenir de leur corvée quotidienne. Elles
portent sur leur tête des pots d’excréments qu’elles ont ramassés au petit
matin pour que les habitants des maisons où elles travaillent n’aient pas à les
croiser. Le docteur Pathak va à leur rencontre et leur demande si elles
souhaitent changer de métier et avoir une vie meilleure. Elles sont
abasourdies, cet homme, ce brahmane est-il en train de se moquer d’elles ?…
Mais voyant son air sérieux et résolu, elles décident de lui faire confiance et
formulent un « oui » unanime. Nous sommes en 2003, et Sulabh ouvre le
centre de formation Nai Disha à Alwar.
Elles nous racontent avec enthousiasme les incroyables changements qui se sont
produits dans leur vie depuis lors. Elles ont tourné le dos aux champs
d’immondices et au dégoût qui les saisissait chaque jour en s’acquittant de ces
tâches humiliantes. En 3 ans de formation au centre, elles ont appris
les bases du calcul et de l’écriture, ainsi qu’un nouveau métier : la
couture, la confection de produits alimentaires, les soins esthétiques... Elles
ont un compte à la banque où elles peuvent déposer leur salaire mensuel. Avec
l’aide des formateurs du centre, elles ont pu retrouver la dignité et le
respect de soi auxquels elles avaient dû renoncer souvent très jeunes. Peu à
peu, elles ont également gagné le respect des autres.
Usha Chaumar, présidente de Sulabh International
Social Service Organisation
Elles nous invitent à leur rendre visite et, dès le lendemain, nous roulons
vers Alwar, accompagnés du Dr Suman Chahar, la directrice du centre. Les Anges
Bleus nous accueillent avec leur magnifique sourire de femmes libres. Leur
représentante, Usha Chaumar marque notre front d’un point de poudre rouge, le
Tilak, en signe de bienvenue.
Nous visitons l’atelier de couture, les femmes s’activent sur les machines à
coudre pour réaliser une commande de sacs publicitaires en toile. En plus des
séries réalisées pour les négociants, elles cousent également des modèles
qu’elles conçoivent. Le Dr Suman Chahar nous en montre quelques
échantillons.
Dans une autre salle, des femmes roulent de petites mèches de coton destinées
aux bougies des temples. Ceci n’est pas anodin quand on apprend qu’elles n’ont
obtenu le droit d’aller prier dans le temple d’Alwar que le 21 décembre 2008,
le jour où elles y sont entrées toutes ensemble, conduites par le Docteur
Pathak.
Les
femmes de Nai Disha entrent pour la première fois dans le temple de Jagannath à
Alwar (photo Sulabh)
Nous grimpons au salon de beauté du centre où une femme d’Alwar abandonne son
visage aux mains expertes d’une esthéticienne de Nai Disha, tandis qu’une autre
confie son avant-bras pour un tatouage au henné. Un peu plus loin, des femmes
en cercle confectionnent les nouilles et les papads (fines galettes
croustillantes et épicées) devenues fort appréciées dans les environs. Cette
expérience paraît incroyable dans la société indienne où le moindre contact
physique avec des « intouchables » est traditionnellement vécu comme une
souillure par les castes supérieures. Certaines femmes de Nai Disha ont même
été reçues par leurs anciens employeurs pour partager un repas, preuve qu’un
cap psychologique important a été franchi.
Activités du centre de Nai Disha
En juin 2009, Nai Disha a accueilli la nouvelle et dernière promotion de femmes
scavengers d’Alwar, célébrant ainsi la fin du scavenging dans cette
ville de 400 000 âmes. L’expérience se poursuit à présent dans un
nouveau centre de formation ouvert en 2008, près de Jaïpur (la capitale du
Rajasthan), qui accueille déjà 225 femmes.
La réussite de Nai Disha est le fruit d’un travail de longue haleine mené par
le Docteur Pathak et son équipe pour la libération des scavengers et leur
réhabilitation au sein de la société. Lorsque le Docteur Pathak crée Sulabh en
1970, il est seul contre tous. S’occuper d’un sujet aussi sale et tabou que les
toilettes est le pire des déshonneurs pour un Brahmane, mais rien ne semble
pouvoir le détourner de son objectif.
La conception
et l’installation de toilettes est le premier pas vers l’éradication du
scavenging. L’enjeu final est de redistribuer les cartes du jeu social, pour
donner une chance aux « intouchables » de commencer une vie nouvelle,
débarrassés de leur étiquette. Dès l’origine, Sulabh accompagne la reconversion
professionnelle des familles qui dépendaient de cette activité pour survivre.
Des formations sont organisées dans les villages pour apprendre la conduite, la
mécanique, la maçonnerie…
Pour faire bouger les consciences, le Docteur Pathak lance aussi de grandes
campagnes de sensibilisation. Il organise des parrainages de familles de
scavengers par des Brahmanes et œuvre pour leur droit à entrer dans les
temples.
Le Docteur Pathak mise également sur les jeunes générations qui ont l’avenir
entre leurs mains. En 1992, il ouvre une école à Delhi qui accueille 50%
d’enfants de scavengers. Lors de notre visite, nous suivons la directrice à
travers les salles de classe, les cours généraux, puis les formations
techniques de couture, électricité, informatique… Les élèves nous accueillent
sans timidité, nous donnant un aperçu de leurs exposés ou de leurs travaux.
Ici, tous les enfants étudient et jouent ensemble sans faire cas de leurs
origines.
Visite de l’école (photo Sulabh)
La métamorphose de femmes scavengers en Anges Bleus est un symbole fort. A
travers Nai Disha, Sulabh franchit une nouvelle étape qui invite la société
indienne à évoluer pour réaliser le vœu de Gandhi : éradiquer le scavenging.
Etre condamné dès sa naissance à des tâches ingrates et au mépris des autres
semble de plus en plus difficile à justifier, tout comme l’ensemble des
inégalités engendrées par le système de castes.
Aux côtés du Docteur Pathak, les femmes de Nai Disha sont devenues les
ambassadrices de Sulabh. Parmi les grands évènements auxquels elles ont
participé, leur plus beau souvenir est le sommet des Nations Unies « Sanitation
for sustainable development » en 2008, à New-York ! Quand elles évoquent ce
voyage, la conversation s’anime et leurs yeux brillent. Leur représentante,
Usha Chaumar, relit pour nous le discours qu’elle avait alors prononcé en
anglais. Nous regardons les photos du défilé de mode où des mannequins
présentaient les modèles dessinés dans l’école et cousus à Nai Disha. Ensemble,
les 46 femmes ont levé leur poing au pied de la statue de la liberté. Le conte
de fées est devenu réalité.
Les Anges Bleus à New York (photo Sulabh)
Comment les aider ?
Nai Disha recherche des clients pour ses productions de vêtements, accessoires
ou produits alimentaires que les femmes réalisent sur commande.
Contact
Dr
Suman Chahar
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
• Téléphone : +91 11 25 03 15 18
• Mobile : +98 68 80 45 42
• Site Internet : www.sulabhinternational.org
• E-mail : sumanchahar@hotmail.com
Gabrielle