Nous profitons de notre séjour à Udaipur, superbe ville royale au sud du Rajasthan, pour partir à la découverte du plus grand et somptueux temple jaïn de l’Inde. Après plus de trois heures de route sous une chaleur écrasante, nous arrivons enfin à Ranakpur, au pied du temple d’Adinath.
 
Dès que nous franchissons les portes, nous plongeons avec délice dans une atmosphère nouvelle, gorgée de fraîcheur et de calme. Le temps s’arrête dans cet univers de marbre blanc organisé selon des règles cosmiques ancestrales. Les rayons du soleil jouent entre les arches et mettent en lumière les fines sculptures qui parent  les 1444 colonnes du temple. En admirant les fleurs, végétaux et animaux, le regard s’élève vers les courbes gracieuses des danseuses et musiciens qui peuplent les voûtes et les dômes.
 
Au centre, les fidèles se recueillent devant le sanctuaire d’Adinath, le premier des grands maîtres jaïns, appelés Tirthankaras. Mahavira, le 24ème et dernier d’entre eux était un contemporain de Buddha, au VIème siècle avant J.C. Les Tirthankaras apparaissent à chaque grand cycle de l’univers, au cours desquels se succèdent des phases de progrès et de déclin. Selon ces calculs, nous sommes actuellement en plein déclin, proche de la fin du présent cycle. Le jaïnisme devait alors disparaître en attendant le cycle suivant où il sera redécouvert grâce au nouveau Tirthankara.
 
En attendant, 4 millions de Jaïns poursuivent leur vie d’ascète et s’efforcent d’être sans reproche. Ils espèrent ainsi atteindre la vie éternelle en libérant leur âme du karma qui la contraint à de multiples réincarnations. Pour cela, il leur faut respecter cinq grands vœux : refuser la violence, le mensonge, le vol, l’impureté et l’attachement aux biens terrestres. La mise en pratique est difficile car les implications sont nombreuses. Il faut notamment prendre garde de ne tuer aucun animal, pas même le plus petit des insectes. Impossible d’utiliser les moyens de transport : le plus sûr pour ne rien écraser est de marcher, avec un foulard sur la bouche, tout en prenant soin de balayer devant soi. Le manque de luminosité présente également un risque, il est donc préférable de cesser toute activité dès que le jour décline. Les petites bêtes pourraient aussi se brûler les ailes sur une ampoule ou la flamme d’une bougie… Ceux qui ne deviennent pas moines doivent choisir des métiers compatibles avec leur philosophie tels que l’enseignement ou le commerce. Ironie du sort : dans les affaires, leur réputation d’honnêteté amène la prospérité à ces ascètes.
 
L’harmonie que les Jaïns souhaitent atteindre dans l’éternel est peut-être à l’origine de la beauté pure que l’on admire et respire au cœur du temple d’Adinath…

Gabrielle