Le « College of Social Work Nirmala Niketan » est né en 1955 de l’initiative des Filles du Cœur de Marie, une société religieuse venue travailler à Bombay auprès des populations défavorisées. Dans le but d’organiser une aide de qualité sur le long terme, elles créent cette école pour former des professionnels du travail social parmi la jeunesse indienne. Depuis l’Institut s’appuie sur son expérience pour s’adapter à l’évolution de la société et anticiper les besoins de demain. 

La principale, Dr Mary Alphonse, souligne la particularité de l’Institut qui s’attache à transmettre non seulement des connaissances, mais aussi la passion et la conviction nécessaires pour travailler dans le milieu social. Les élèves acquièrent une rigueur professionnelle tout en s’appuyant sur des valeurs humaines fortes. Ils développent à la fois un regard critique et une vision globale pour appréhender les problèmes qui leur seront confiés. En formant cette « armée de travailleurs sociaux », l’Institut veut contribuer à la construction d’un nouvel ordre social basé sur la dignité humaine et la justice sociale.

            Dr Mary Alphonse, principale du CSW

Le « College of Social Work » est affilié à l’Université de Bombay. Chaque année, près de 250 étudiants sont diplômés en licence et maîtrise. Un doctorat est également proposé aux travailleurs sociaux ayant au moins 3 ans d’expérience professionnelle. L’Institut dispense par ailleurs des formations de courte durée et des cours par correspondance, pour des adultes en recherche d’emploi ou exerçant un métier auprès de populations sensibles.

Nous suivons la principale à travers les couloirs de l’école, elle nous montre le laboratoire audio-visuel, la salle informatique, puis nous entrons dans une bibliothèque toute neuve où de gros volumes de droit social et de nombreux ouvrages emplissent les étagères. Ces différents supports sont mis à disposition des élèves pour leur permettre de mener les travaux de recherche qui servent de base dans les cours. L’équipe enseignante aussi est mise à contribution au sein d’une unité de recherche qui étudie certains problèmes sociaux à la demande du gouvernement ou d’ONG telles que l’UNICEF. Des professeurs et des intervenants extérieurs partagent leurs réflexions dans une publication trimestrielle.

                            La bibliothèque du CSW

Pour être fructueux, cet esprit de recherche doit être confronté avec les réalités extérieures. L’Institut accorde une place importante à l’apprentissage sur le terrain : les étudiants consacrent 2 jours et demi par semaine à leur projet d’étude. Cette approche leur donne une perspective critique à travers la pratique. C’est au cœur de l’action que les élèves acquièrent leur  « savoir-faire » et révèlent leur « savoir-être ».

Les sujets proposés aux élèves sont sélectionnés par l’équipe enseignante auprès d’organisations partenaires, ou parmi les projets de terrain conçus et développés au sein de l’Institut. Grâce à l’expérience acquise au fil des années, l’école et ses professeurs sont devenus des observateurs privilégiés des problématiques sociales à Bombay et dans la région. Depuis 1974, ils ont lancé plusieurs projets pour s’attaquer à certains problèmes sociaux avec des approches innovantes : dialogue interreligieux, éducation des enfants de mères prostituées, travail auprès des enfants des rues… Lorsque le Dr Mary Alphonse nous présente ces programmes, nous sommes impressionnés par la diversité des interventions et l’ampleur des actions menées.

L’école agit comme une pépinière de projets sociaux. Les projets lancés sont accompagnés par les professeurs et soutenus financièrement par le College of Social Work pendant cinq ans. Les responsables, choisis parmi les anciens élèves, sont chargés de la coordination, de la communication et des recherches de financements. A la fin des cinq années, le projet doit voler de ses propres ailes, de manière indépendante ou sous la tutelle d’une autre ONG.


Les responsables des deux projets initiés depuis 2004 sont venus nous présenter leurs travaux.

Manisha Desai nous présente le projet AROEHAN (Activities Related to the Organisation of Education, Health and Nutrition), mené à Mokhada. Cette région de l’état du Maharastra cumule tous les maux dont un grave problème de malnutrition : 3 enfants sur 4 sont touchés. L’équipe décide de s’attaquer aux racines du problème pour faire revivre Mokhada. D’ailleurs en langue Mahrati, AROEHAN signifie résurrection.

            Manisha Desai, responsable du projet AROEHAN

Les filles mariées très jeunes ont souvent leur premier enfant dès 13 ans, alors qu’elles ne sont pas prêtes à être mères. L’association leur donne des cours de santé et de nutrition dans les écoles pour les aider à prendre soin de leur enfant comme d’elles-mêmes.
D’autre part, la déforestation a entraîné la sécheresse et l’appauvrissement des sols, rendus impropres à l’agriculture. Le manque de nourriture et d’emplois pousse certaines familles à l’exode et la région s’appauvrit d’autant. Pour arrêter ce cercle vicieux, l’association enseigne avec l’aide d’experts des techniques agricoles simples et respectueuses de l’environnement pour enrichir de nouveau les sols et lutter contre la sécheresse.
Enfin, il existe des lois d’aide aux zones rurales défavorisées concernant l’emploi, les services de santé, les subventions à l’achat de nourriture… AROEHAN joue un rôle important en informant les habitants de leurs droits et en les encourageant à se mobiliser pour les faire valoir auprès du gouvernement. Au début du projet, les habitants craignaient que de telles démarches ne mènent à des représailles d’agents de l’Etat corrompus. A force de sensibilisation et d’accompagnement, les habitants se sont organisés et ont obtenu des aides importantes, s’ouvrant la voie d’une vie meilleure grâce à leur courage.

Les 14 membres de l’équipe poursuivent leur combat avec l’aide de l’école, du gouvernement et d’ONG partenaires.


Le lendemain, nous avons rendez-vous sur le terrain avec Greeshma Francis, la responsable du programme CHIRAG (Communauty Health Initiative and Research Action Group), créé en 2004 pour aider les personnes atteintes du SIDA. L’Inde est la 2ème région du monde la plus touchée par l’épidémie après l’Afrique (2% de la population est infectée). Les malades et leur famille souffrent d’une discrimination très forte, qui s’ajoute au poids la maladie elle-même. CHIRAG, qui signifie en hindi « lampe allumée », veut redonner aux malades l’espoir d’une vie meilleure et les moyens d’y parvenir.

Greeshma Francis, responsable du projet CHIRAG et Kamlakar, membre de l’équipe

Il pleut des cordes, nous grimpons dans un train de banlieue en direction de Dharavi. Ce quartier concentre une population de migrants qui affluent chaque jour par centaines. Le SIDA est un des nombreux maux qui frappe ici plus qu’ailleurs. Nous sortons de la gare au milieu de rangées d’immeubles prématurément vieillis. Nous suivons Greeshma dans le dédale des rues pour grimper dans l’un d’entre eux où se trouve le bureau de CHIRAG. Les enfants jouent, les voisins nous saluent… Immergée dans la vie du quartier, l’association accueille les malades et se bat pour leur réhabilitation au sein de la communauté.

Le premier contact avec les malades s’établit le plus souvent au travers de la cellule de soutien mise en place à l’hôpital où 300 à 500 malades viennent chaque jour recevoir leur traitement.
A Dharavi, CHIRAG propose différents ateliers pour apprendre aux malades à prendre soin d’eux, à gérer leur maladie, et surtout à surmonter le choc et reprendre confiance en eux. Un groupe de soutien rassemble chaque mois 50 à 60 personnes pour partager leurs problèmes, doutes ou interrogations. CHIRAG rend visite aux familles pour les informer sur le SIDA et les encourager à soutenir leurs malades.
L’équipe mène un important travail de sensibilisation auprès de la communauté pour que cesse la discrimination. Elle s’appuie sur le réseau des structures publiques existantes : écoles, administrations, hôpitaux… dans lesquelles elle a formé plus de 200 animateurs pour relayer son message. Des animations sont également organisées autour d’évènements festifs : tournoi de cricket, concours de peinture, théâtre de rue… autant d’occasions de parler du SIDA et de défendre la cause des malades, en dépassant la peur.
La réintégration des malades passe aussi par un emploi que la plupart ont perdu. L’association propose des formations professionnelles pour leur permettre de créer leur propre activité à domicile. Dans la même perspective, un programme de micro-crédit dédié aux femmes a été lancé récemment.
Enfin, quand le recours à la justice est nécessaire (violence conjugale, licenciement abusif …), CHIRAG se bat auprès des malades avec l’aide d’avocats spécialisés.
Encouragée par la réussite du projet à Dharavi, l’équipe de CHIRAG ouvre un second bureau dans le quartier de Bhandup en 2005.

Tout ce travail est réalisé par une équipe de 8 personnes avec le soutien de l’école et de l’ONG Rangoonwala Foundation India Trust.

            Une bénéficiaire du programme CHIRAG

Ces deux projets illustrent la philosophie du travail social enseignée par le « College of Social Work ». Ils sont menés avec cœur et talent par des jeunes enthousiastes qui prennent garde de ne pas confondre l’empathie avec la sympathie.


Comment les aider ?

Pour continuer à accompagner les projets en cours, et en lancer de nouveaux, le College of Social Work est constamment en recherche de fonds auprès des ONG comme des particuliers. Les volontaires sont également bienvenus dans le cadre des projets AROEHAN et CHIRAG (Greeshma Francis recherche notamment des personnes pour maintenir et développer le site internet de CHIRAG).

Contacts

College of Social Work Nirmala Niketan
38, New Marines Lines
MUMBAI 400 020
Téléphone : +91 22 22002615, +91 22 22067345
Fax : +91 22 22014880
Email : colsocwk@mtnl.net.in
Website : www.collegeofsocialwork.in

AROEHAN
Email : aroehan@gmail.com

CHIRAG
Email : chirag_nn@yahoo.com

Gabrielle