Selco
Par François le dimanche 26 juillet 2009, 18:00 - Les porteurs d'espoir - Lien permanent
27 juin. Nous sommes à Bangalore, la capitale du high-tech en Inde, pour rendre visite à Selco, une entreprise qui travaille dans le domaine de la technologie solaire.
Selco n’est pas une ONG, mais une entreprise, et plus exactement une « entreprise sociale ». A la différence d’une entreprise « normale », dont l’objectif prioritaire est la maximisation des profits, une entreprise sociale a pour but premier le service de l’intérêt général. Les profits sont recherchés, mais seulement pour permettre la réalisation d’un objectif social, comme un moyen plutôt qu’une fin. Selco se donne pour mission l’approvisionnement en électricité solaire des personnes exclues des circuits de distribution classiques.
En 1993-94, Harish Hande poursuit ses études d’ingénieur aux Etats-Unis dans le domaine de l’énergie. Lors d’un voyage en République Dominicaine, il découvre que des personnes à faible revenu peuvent choisir de s’approvisionner en énergie solaire et payer le coût de l’installation plutôt que de rester sans électricité. Il fait de l’électrification en milieu rural le sujet de sa thèse. En 1995, son doctorat obtenu, il retourne en Inde et il fonde Selco pour mettre en pratique ses théories.
Pourquoi choisit-il de créer une entreprise sociale plutôt qu’une société standard ?
Harish Hande nous répond que le modèle actuel de l’entreprise qui vise le profit pour lui-même n’est pas viable. Cette course à l’enrichissement s’appuie sur une vision à court terme et génère une fausse richesse, un faux confort. En Inde, la croissance actuelle de 8-9% a pour contrepartie une dégradation accélérée de l’environnement et une augmentation du nombre de pauvres qui déstabilise la société. Il cite le Mahatma Gandhi : « une affaire commencée dans le seul but de faire du profit n’est pas durable ».
L’argent est un bien mauvais maître… mais il est un bon serviteur : Gandhi explique aussi que la rentabilité est la seule façon de rendre viable une organisation. Pour Harish Hande, qui a toujours voulu travailler dans le domaine du développement, la forme de l’entreprise est plus efficace que celle de l’ONG. Alors qu’une ONG « classique » doit être constamment approvisionnée en fonds, l’entreprise sociale cherche à rentabiliser un investissement initial pour offrir ses services sur le long terme. Harish Hande est convaincu qu’on peut satisfaire les besoins en électricité des personnes qui en sont privées tout en restant rentable.
En Inde, 57% de la population n’a pas accès à l’électricité, principalement en zone rurale. Ces personnes exclues du réseau de distribution sont des pauvres, et doivent payer plus cher pour s’éclairer que des citadins aisés. A titre d’exemple, pour un vendeur de rue ou une famille de villageois, l’utilisation d’une simple lampe à fuel (polluante) revient à 40 roupies (0,60 €) par jour en carburant, alors qu’un foyer moyen de Bangalore paie environ 20 roupies (0,30€) par jour pour sa facture d’électricité, tout compris.
De manière naturelle, Harish Hande se tourne vers le solaire, une énergie propre particulièrement adaptée au milieu rural dans un pays tropical. Les débuts de l’entreprise sont difficiles : pendant les 5 premières années, Selco ne vend que 500 installations. Plutôt que de chercher à casser les prix en diminuant la qualité, Harish Hande persévère à fournir des solutions réellement durables à ses clients. C’est un autre aspect du renversement des priorités par rapport à une entreprise classique : la recherche de la satisfaction du client est un but en soi, et non une simple question d’image… Il met en place un service après-vente, toutes les installations Selco sont garanties pendant 5 ans.
Une installation solaire nécessite un investissement important, mais à long terme l’électricité produite est gratuite. Pour permettre à ses clients pauvres d’accéder à cette technologie, Selco noue des partenariats avec des institutions financières qui permettront à ceux-ci de financer l’investissement à crédit. Selco n’est pas un fabricant de matériel solaire, mais s’approvisionne auprès de différents fournisseurs sélectionnés pour la qualité de leur offre. Le rôle de l’entreprise est d’écouter les besoins spécifiques du client et d’évaluer sa capacité de remboursement. Ce modèle d’entreprise lui offre la plus grande liberté pour offrir à chaque client la solution la plus adaptée à son cas : installation technique et mode de financement.
Ce travail est effectué par des petites équipes de terrain disséminées dans tout le vaste état indien du Karnataka, particulièrement motivées par leur « mission ». C’est le mot qu’emploie Sarah Alexander, une des responsables de l’entreprise, quand elle nous détaille les activités de Selco ; ses yeux brillent. Visiblement, travailler pour une entreprise sociale donne une perspective différente au travail, et elle nous confie que sa motivation est sans commune mesure avec ce qu’elle a connu dans de précédents emplois.
L’efficacité d’une entreprise sociale n’est pas mesurée par le niveau de profit atteint, mais par sa capacité à remplir un objectif « social » : pour Selco, équiper un maximum de foyer avec des installations de qualité. Harish Hande prend soin de choisir des investisseurs qui partagent la même vision. Actuellement, tous les actionnaires de Selco sont des organisations à but non lucratif qui trouvent la démarche d’Harish Hande plus efficace et moins coûteuse qu’une assistance directe à la population visée.
Et çà marche ! Statistiquement, les clients à faible revenu de Selco remboursent leur emprunt plus sûrement que ne le feraient des personnes plus aisées. Ils constatent l’apport réel que l’électricité leur procure : souvent une simple lampe est une source de revenus supplémentaires pour ces personnes, leur permettant de travailler après la tombée de la nuit. Une fois qu’une famille a été démarchée par les équipes de Selco, généralement le reste du village demande peu à peu à s’équiper grâce au bouche-à-oreille, la meilleure publicité.
Aujourd’hui, Selco compte 140 collaborateurs et continue sa croissance. Depuis sa fondation en 1995, la société a vendu plus de 100 000 installations solaires.
A l’origine implantée dans le seul état du Karnataka, Selco tente une percée au Gujarat avec l’aide de SEWA, un syndicat de femmes indépendantes dont la banque coopérative servira de partenaire financier dans cet état. La société projette d’étendre ses activités dans d’autres états indiens, selon les partenariats financiers qui pourront être conclus localement.
Harish Hande souhaite aussi étendre le modèle qu’il a construit à d’autres technologies. Selco cherche des solutions simples et peu coûteuses à mettre en œuvre pour permettre à ses clients d’améliorer leur quotidien tout en respectant leur environnement. Récemment, la société s’est associée à un fournisseur de cuisinières à bois innovantes qui récupèrent le maximum de la chaleur produite par la combustion. Le client a besoin de moins de bois pour cuisiner, la forêt s’en porte mieux. Comme pour l’énergie solaire, Selco se pose en partenaire d’un fournisseur de technologie douce et d’un organisme financier pour fournir la solution la plus adaptée à chaque client.
Contacts
Site Internet : www.selco-india.com
François
Commentaires
Hello ! C'est toute la philosophie des cigales que decrit Harish Hande· Est-ce qu'il pense s'internationaliser (en Afrique) ?
Je vois que vous allez bien; même si mes commentaires sont rares je vous lis le plus regulierement possible , bises a Gabrielle Louise