Le 23 juin, nous avons rendez-vous avec l’organisation Janodayam à Chennai (Madras).

Dans la tradition hindoue, la société est organisée en différentes castes. Par sa naissance, chacun appartient à une caste qui lui confère un rôle spécifique. Dans l’ordre décroissant en terme de « pureté » rituelle : les brahmanes sont les prêtres et les lettrés, les ksatryas sont les guerriers (et les policiers), les vaisyas sont les commerçants et les paysans, et les sudras sont les artisans. Reste tous les « hors-castes », appelés parias ou dalits (ou encore « intouchables »), cantonnés aux tâches considérées comme les plus impures.

Chaque caste est elle-même divisée en un grand nombre de sous-castes (on en compte 3000 en Inde), correspondant à des métiers bien particuliers. Les arunthathiyars ont hérité du métier « d’éboueurs ». Ces dalits ont pour tâche de s’occuper de tout ce qui touche aux déchets et excréments humains dans des conditions souvent dégradantes (ils sont notamment chargés de nettoyer les toilettes et les égouts à mains nues). Environ 1,6 millions en Inde, ils sont méprisés par tous, même par les autres dalits. L’objectif de Janodayam est de venir en aide à ces « éboueurs », les parias des parias, dans l’état du Tamil Nadu.
              Les castes en Inde

Nous sommes reçus dans les locaux exigus de Janodayam par G. Israel, le directeur du programme. Tous les responsables de l’association sont réunis pour l’occasion. Jayanthi, une des organisatrices, nous accueille par un chant de bienvenue. En tout, l’association compte 22 permanents et 30 animateurs à temps partiel.
             L’équipe de Janodayam

Janodayam est une ONG fondée en 1983 par le révérend Claude D’souza, un jésuite. G. Israel rejoint l’organisation en 1984. Lui-même fils « d’éboueur », ses études lui ont permis d’échapper au destin attaché à sa caste et il veut entraîner le reste de sa communauté derrière lui.

L’organisation mise sur l’éducation des enfants pour mettre fin à la condition infamante des arunthathiyars. Dans ce but, Janodayam soutient près de 1000 enfants en leur donnant gratuitement des cours du soir. En plus de cela, chaque année, les enfants de 10ème (15 ans) et de 12ème (17 ans) peuvent suivre un mois d’école intensive avant les examens. Grâce à ce programme, environ 70 enfants par an intègrent le Loyola College voisin, une des meilleures universités d’Inde. Avec un diplôme d’ingénieur ou un doctorat, leur condition sociale change automatiquement. Depuis 1983, 2000 enfants arunthathiyars ont ainsi pu intégrer cette université.
                      L’université Loyola de Chennai

Janodayam mène aussi des actions auprès des femmes arunthathiyars. En 2000, l’organisation crée l’APMS, qui se donne pour objectif d’aider les femmes à atteindre l’autonomie économique et sociale. Des groupes d’entraide se réunissent chaque semaine pour aider ces femmes à prendre confiance en elles. L’APMS organise des formations professionnelles courtes (3 à 6 mois) : couture, broderie, informatique, soins médicaux… Grâce à ce programme, les femmes peuvent trouver un emploi et augmenter les revenus du foyer. Et surtout, elles retrouvent leur dignité vis-à-vis d’une société qui les considère comme « intouchables ».


La même année, G. Israel fonde un mouvement citoyen, le TAAMS (Tamilnadu Adi Andhra Arunthathiar Mahasabha). Celui-ci a pour objectif d’organiser les arunthathiars afin de faire pression sur le gouvernement pour satisfaire les besoins les plus criants de la communauté et faire respecter ses droits.

En 1993, une loi fédérale a été promulguée en Inde pour l’éradication du travail manuel des « éboueurs » : les excréments humains ne doivent plus être ramassés à la main, et tout employeur contrevenant s’expose à 1 an de prison et 2000 roupies d’amende. Mais cette loi est facilement contournée car les entreprises et les administrations font le plus souvent appel à des éboueurs « indépendants » qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. En 2002, le TAAMS plaide la cause des arunthathiyars auprès du gouverneur du Tamil Nadu. La rémunération des éboueurs « indépendants » employés ponctuellement dans les administrations et les écoles est augmentée au niveau du salaire minimum légal.

Le TAMMS continue à militer avec d’autres organisations de défense des dalits. En 2007, ils réussissent à obtenir une couverture sociale pour ces éboueurs « indépendants » auprès de l’état du Tamil Nadu. Dès 2008, des fonds publics permettent d’offrir à ces travailleurs une assurance santé et accidents du travail, ainsi que des aides en cas de maternité, mariage ou décès (les funérailles coûtent très cher en Inde). Janodayam est associé à la mise en place de la nouvelle administration créée pour gérer ce système.

En Inde, 18% des places dans les universités et des postes dans l’administration sont réservées aux dalits pour favoriser leur insertion sociale. Cependant, au sein des dalits, les arunthathiars sont trop déconsidérés pour en bénéficier. Le TAAMS obtient en 2008 du gouvernement du Tamil Nadu un quota dans le quota, 3% des places sont désormais réservées aux seuls membres de la communauté des « éboueurs ».


L’entretien se termine, et G. Israel nous propose de rester pour déjeuner. Avec joie ! En attendant les plateaux repas, nous sommes conviés à participer à un petit concert improvisé de chansons, pourquoi pas ? Les « filles des forges » ont un beau succès.

Comment les aider ?

Les ressources de Janodayam proviennent principalement d’ONG internationales, notamment le CCFD (Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement) en France ou Coordaid aux Pays-Bas.

Pour aider Janodayam, mieux vaut contacter ces organisations directement. Financements et matériel scolaire sont les bienvenus, ainsi que toute offre d’aide bénévole.

Contacts

CCFD
Site Internet : http://www.ccfd.asso.fr
Téléphone : +33 1 44 82 80 00

Janodayam
122, Sterling Road
Nunggambakkam
600 034 Chennai
INDE
•    E-mail : janodayams@eth.net

François