Un joli coin de nature et de calme, à l’ombre d’une vaste forêt… Des véhicules électriques roulent sans bruit sur des routes éclairées par des lampadaires solaires. Des bâtiments aux formes curieuses émergent ça et la au milieu de la verdure. Les restaurants servent de délicieux repas cuisinés avec les produits bios des fermes environnantes. En tendant l’oreille, on peut entendre les notes cristallines d’un piège à vent… et pour bien commencer la journée, on pratique le yoga ou la méditation.

Nous avons découvert Auroville un peu par hasard. Ce nom nous évoquait vaguement les hippies, une certaine utopie… mais la description enthousiaste du Guide du Routard a attisé notre curiosité.

Nous arrivons à Repos Beach, ainsi nommé pour son emplacement en bord de mer à 8 kilomètres du centre d’Auroville. Nous prenons nos quartiers dans une petite hutte aérienne en palme de coco, ouverte aux quatre vents grâce à un ingénieux système de ventilation naturelle bien appréciable.

           Lever de soleil sur Repos Beach

Il est d’usage de se déplacer à vélo ou en moto, nous choisissons cette deuxième option pour explorer le vaste espace sur lequel se déploie Auroville. Pas de clôture, pas de portail d’entrée, le site est complètement ouvert et intégré aux villages tamouls environnants. Nous commençons par nous rendre au centre spécialement dédié aux visiteurs. Une exposition nous permet d’en savoir un peu plus.

Auroville est une « cité universelle en construction ». Cette utopie est née dans les années 1960 de l’influence du philosophe indien Sri Aurobindo, et de l’élan donné par la Mère, une française qui l’a rejoint à Pondichéry en 1914. Depuis plus de 40 ans (le premier coup de pioche fut donné en février 1968), une poignée d’hommes et de femmes de tous les continents se joignent pour réaliser le rêve d’une humanité unifiée. La ville se bâtit doucement sur le plan d’une galaxie, pour accueillir à terme 50 000 habitants.

                         Le plan original de la galaxie en forme de galaxie (image www.auroville.org)

Les premiers Aurovilliens ont commencé par rendre fertile la terre qui leur a été confiée : de nombreux barrages ont été construits pour collecter l’eau de pluie et empêcher l’érosion des sols, et plus de 2 millions d’arbres ont été plantés… Le plateau aride et crevassé d’origine est devenu une magnifique forêt, où les nombreuses espèces d’arbres abritent une faune et une flore de plus en plus diversifiées.

Dans l’optique de réaliser une cité idéale, où l’homme vivrait en harmonie avec son environnement, les Aurovilliens sont aussi des pionniers des énergies alternatives. Dès les débuts du projet, Auroville mise sur le vent et le soleil pour son approvisionnement électrique. Des moyens de transport hybrides sont utilisés ou en projet pour réduire au maximum les émissions de CO2. Les compétences des Aurovilliens dans les domaines de la reforestation et de l’énergie solaire sont reconnues et sollicitées dans toute l’Inde et au-delà.

Tous ces projets sont menés au sein de différentes unités de travail, où chacun s’investit selon ses aptitudes et ses goûts personnels. Le travail est avant tout compris comme une source d’épanouissement pour l’individu, en même temps qu’un service pour la communauté. Ainsi, l’éducation, la santé, la culture et de nombreux autres services sont gratuits pour tous les Aurovilliens. Ce système réduit au minimum la circulation de l’argent, qui à l’origine devait être bannie d’Auroville. Pour l’instant, chacun reçoit un revenu pour couvrir ses besoins sur une base égalitaire. Selon la Mère, à un plus grand talent doit correspondre une plus grande responsabilité, et non de plus grands privilèges. L’absence de propriété est la règle. On comprend alors que devenir Aurovillien est un choix de vie qui engage sur le long terme.

            Gabrielle devant le pavillon tibétain, inauguré en 2008 par le Dalaï Lama

Le cœur de la ville abrite la plus belle des réalisations aurovilliennes, fruit du travail colossal des premiers arrivants : le Matrimandir. Cette construction harmonieuse toute en rondeurs et en symboles est le centre de méditation des Aurovilliens, le lieu où ils viennent se ressourcer. Le monument est impressionnant et surréaliste.

A côté se trouve l’amphithéâtre où se réunissent les citoyens lors de séances de méditations collectives. En son centre sont enterrées la charte de la cité et de la terre provenant des 124 différents pays qui constituaient l’UNESCO lors de la fondation de la cité. Le projet a reçu dès le départ le soutien de cette agence de l’ONU et du gouvernement indien. C’était un temps où l’humanité rêvait sans honte à un avenir meilleur et tentait de le construire…

           Le Matrimandir

Cette « unité dans la diversité » est rendue possible par le partage d’une spiritualité commune. Il ne s’agit pas d’une religion, les Aurovilliens n’ont pas de chef spirituel, mais ils se retrouvent autour de la pratique du « yoga intégral » développée par Sri Aurobindo. Celle-ci doit permettre à chacun de trouver l’harmonie en soi et avec les autres, et d’accéder à la vérité en se libérant de la tyrannie de l’ego. Sans doute est-ce cette philosophie qui a donné la force à un si petit nombre de réaliser un si grand projet.

Aujourd’hui Auroville est peuplée de 2090 Aurovilliens (dont à peu près 1 tiers d’Indiens et 1 tiers d’Européens). Environ 100 nouveaux arrivants rejoignent la ville chaque année. Le phénomène a tendance à s’accélérer et la communauté doit faire face à une « crise du logement » en concentrant son énergie sur la construction d’habitations. Dans le hall de la mairie, sont affichés des articles sur différents systèmes de transport en commun. Ils témoignent de la vision à long terme des Aurovilliens et de leur foi en leur projet. L’utopie se construit lentement, sur plusieurs vies d’homme…

Gabrielle et François


Pour en savoir plus, consultez le site Internet d’Auroville : www.auroville.org