People’s Watch
Par Gabrielle et François le mardi 30 juin 2009, 17:41 - Les porteurs d'espoir - Lien permanent
Mercredi
10 juin, nous sommes à Madurai, dans l’état du Tamil Nadu au sud-est de l’Inde.
Nous avons rendez-vous avec Henri Tiphagne, le fondateur et directeur exécutif
de People’s Watch, une organisation qui travaille à promouvoir les
droits de l’Homme en Inde.
Henri Tiphagne nous explique l’origine de son engagement en rendant hommage à sa mère adoptive. Cette femme originaire de Normandie est venue en Inde consacrer sa vie à soigner les lépreux, elle lui a transmis son sens des valeurs et de l’action.
Henri Tiphagne dans son bureau de Madurai
Lors de ses études à Chennai (Madras), Henri Tiphagne rejoint un mouvement étudiant où il réfléchit avec d’autres jeunes à l’origine des inégalités et aux moyens de lutter contre. Lorsque des inondations dévastatrices frappent le sud du Tamil Nadu en 1977, les paroles ne suffisent plus. Le groupe se rend à Madurai pour agir concrètement auprès des sinistrés. Cette expérience le marque durablement : il constate que malgré les conditions extrêmes auxquelles est confrontée la population, les discriminations entre castes persistent au cœur du désastre.
Il décide d’agir contre ces discriminations, et s’oriente vers des études de droit. Devenu avocat, il s’engage dans la défense de victimes de violations des droits de l’Homme au sein du PUCL (People Union for Civil Liberties). Lors de cette expérience, il est confronté à la mauvaise volonté de l’administration judiciaire indienne à faire appliquer la loi.
Un tournant s’opère en 1993 quand il se rend pour la première fois à une conférence internationale sur les droits de l’Homme, à Vienne. Il y rencontre des participants d’autres continents (d’Afrique et d’Amérique latine notamment) qui agissent différemment pour défendre la cause des droits de l’Homme. Au lieu de se consacrer uniquement à la défense des victimes, ils établissent un travail rigoureux de collecte et d’analyse des violations constatées, utilisé ensuite pour mettre l’Etat en face de ses responsabilités et l’obliger à modifier son fonctionnement.
Il rentre à Madurai avec la ferme intention de développer un programme similaire en Inde, et People’s Watch voit le jour en 1996.
Les bureaux de People’s Watch à Madurai
Au départ, l’action de People’s Watch est concentrée sur l’état du Tamil Nadu. Henri Tiphagne arrête quelques temps ses activités de défense des victimes pour se consacrer entièrement à l’organisation de ce travail de veille : il lui faut acquérir une nouvelle manière d’appréhender la question des droits de l’Homme. Cette veille consiste à relier entre eux des faits isolés pour mettre en relief des cas répétés de violation des droits élémentaires et faire réagir les institutions au niveau national ou international. Ainsi, People’s Watch attire l’attention des organisations internationales sur les discriminations contre les dalits (autrefois appelés intouchables) en Inde. En 2000, l’ONU ajoute la « discrimination en raison de l’ascendance ou de la profession » à la liste des violations contre les droits de l’homme.
Lorsque Henri Tiphagne reprend son activité de défense des victimes en 1999, il comprend que le refus d’agir des magistrats et des autorités vient en partie de leur insensibilité à la souffrance des victimes. Il lance une grande campagne de réhabilitation de la personne et applique également cette réflexion au sein de People’s Watch : la comparution devant un tribunal, et même les réparations obtenues ne suffisent pas, il faut que la vie reprenne. Henri Tiphagne crée deux centres d’accueil où des équipes de médecins et de psychologues accompagnent les victimes pour les aider à dépasser leur traumatisme et retrouver une place dans la société. Des aides sont également attribuées à des enfants orphelins de victimes pour leurs études. Ses plus grands espoirs naissent quand ils voient ces hommes et ces femmes se relever, et devenir à leur tour des défenseurs des droits de l’Homme. Aujourd’hui, 4 anciennes victimes travaillent au sein de People’s Watch, d’autres sont en formation et prêtes à rejoindre l’équipe.

L’idéal serait d’éviter que soient commises toutes ces violations : discriminations entre castes, violence domestique, torture, mauvais traitements à l’école… Pour cela, People’s Watch place son action dans une perspective de long terme : promouvoir une culture des droits de l’Homme en Inde, garante de paix et de liberté, dont tous les citoyens soient des acteurs. Selon ce principe, People’s Watch initie un mouvement de citoyens pour les droits de l’Homme, le CHRM (Civilian Human Right Movement), qui compte aujourd’hui des cellules dans des centaines de villages du Tamil Nadu et près de 25 000 membres. Ces volontaires sont les relais de People’s Watch sur le terrain.
La culture des droits de l’Homme doit se construire également à travers l’éducation des plus jeunes. Dès ses débuts, en 1997, People’s Watch lance un programme d’éducation des droits de l’Homme. D’abord limité à quelques écoles pilotes, le dispositif s’étend rapidement à travers tout l’état, puis commence son développement dans le reste de l’Inde à partir de 2005. Les chiffres sont éloquents : 3786 écoles participent à travers 13 états de l’Inde, plus de 5000 professeurs ont été formés, et plus de 300 000 enfants de 11 à 14 ans ont suivi le programme. Henri Tiphagne croit en la capacité des jeunes à faire changer les choses. Il évoque le courage de ce petit garçon qui a fait face à une vieille femme et réussi à lui faire promettre devant d’autres habitants du village de ne pas tuer sa petite fille qui venait de naître. Ce petit garçon a rapporté les faits à son professeur, et toute la classe a élaboré un programme de surveillance des femmes enceintes pour empêcher les infanticides de filles, nombreux en Inde en raison du poids des traditions. Les professeurs qui enseignent les droits de l’Homme sont devenus pour les enfants des référents en qui ils ont confiance, le message passe !
Après toutes ces années, et malgré les menaces et les intimidations auxquelles People’s Watch doit faire face, Henri Tiphagne reste toujours déterminé à poursuivre son combat.
Il nous explique en quoi le respect des droits de l’Homme est essentiel pour asseoir la paix sociale et la démocratie, qui en est l’expression politique. Au contraire, leur absence mène à la violence et au désordre. Il prend l’exemple des élections en Inde, où les dés sont souvent pipés : le non-respect de la démocratie conduit l’opposition politique à s’exprimer par la violence et le terrorisme (qui constituent eux-mêmes des violations des droits de l’Homme).
D’une manière plus générale, les droits de l’Homme sont les droits de tous les Hommes de vivre décemment, librement, en paix. Les pays doivent s’unir pour les promouvoir ensemble en tant que système de valeurs universel, à la fois au sein des organisations internationales, et auprès de leurs citoyens. Les destins des différents peuples sont de plus en plus liés, et les droits de l’Homme représentent la base juridique commune sur laquelle ils pourront s’entendre pour faire face aux défis de notre époque.
Comment aider ?
En tant que structure indépendante, People’s Watch n’est pas soutenue par l’Etat. L’association dépend des dons financiers pour son fonctionnement et la poursuite de son action. L’échange est une des valeurs de People’s Watch et les volontaires, les stagiaires sont bienvenus pour partager un bout d’aventure avec Henri Tiphagne et son équipe.
Contact
People’s Watch
6A, Vallabhai Road, Chokkikulam
Madurai – 625002
Inde
Site Internet : www.pwtn.org
Téléphone : +91 (0) 452 – 2539520
Fax : +91 (0) 452 – 2531874
Gabrielle et François
Commentaires
Ne prenant pas le temps de lire tous vos textes de voyage, je me suis arrêtée plus particulièrement à votre rencontre avec Poeple's Watch qui m'a beaucoup intéressée: je trouve particulièrement intéressant et efficace que ce soient des Indiens qui travaillent à la promotion des droits humains chez eux. Bonne poursuite de l'aventure.