Le 19 mai, nous nous rendons au centre des Missionnaires de la Charité de Kochi (Cochin), dans le Kerala. A l’extérieur, une statue de Mère Térésa en indique l’entrée. La célèbre religieuse a fondé cet ordre catholique en 1950, à Calcutta, pour venir en aide aux « plus pauvres des pauvres » (mourants, handicapés, malades, orphelins…). Depuis, l’ordre a essaimé et compte 4500 religieuses réparties dans plus de 600 missions à travers 133 pays.

Nous sommes reçus par la Mère Supérieure du centre, Sœur Rosyline, à laquelle nous proposons notre aide bénévole pendant 2 semaines. Pourquoi pas ? Les volontaires sont toujours les bienvenus chez les Missionnaires de la Charité. Elle répond brièvement à nos interrogations : ce centre est un orphelinat pour enfants handicapés mentaux et nous pourrons participer au ménage, au service des repas, et jouer avec les enfants. Par contre, voyant nos sacs à dos et notre mine fatiguée, elle nous conseille de prendre une chambre en ville et de nous reposer pour revenir frais et dispos le lendemain. Nous l’apprendrons durant ces deux semaines : avant d’aider son prochain, il faut s’aider soi-même pour être dans la meilleure forme possible.
                 Le centre Missionaries of Charity de Kochi

Le lendemain matin, nous retournons au centre pour notre première journée de bénévolat. Dès notre arrivée, Soeur Rosyline nous invite à la suivre. Balai et raclette en main, nous sommes mis à contribution pour le grand ménage quotidien des dortoirs. Les seaux d’eau mousseuse se déversent entre les lits… Ensuite direction la lessive : les 35 enfants sont changés plusieurs fois par jour, ce qui fait un beau paquet de linge sale. Pas de machine, tout est fait à la main selon une organisation bien précise : après le savonnage, chaque pièce de linge passe successivement dans trois grands bacs d’eau. Nous sommes postés au rinçage, il faut suivre la cadence ! Une fois lavé, le linge est monté d’un étage dans de grands paniers pour être étendu sur la grande terrasse. Les travaux ménagers terminés, nous sommes invités à prendre notre pause matinale autour d’un thé et de biscuits fortifiants.

Vient le premier contact avec les enfants. C’est la première fois que nous sommes confrontés à des personnes aussi « différentes ». Les enfants sont handicapés mentaux, pour la plupart lourdement, et beaucoup présentent en plus un handicap physique qui ne leur permet pas de marcher. Nous ne sommes pas très à l’aise face à cette réalité habituellement si loin de nous. Que va-t-on pouvoir leur apporter ? Nous allons devoir mettre de côté les jeux auxquels nous avions pensé et trouver comment établir le contact avec ces enfants. L’heure du déjeuner sonne. La plupart d’entre eux ne peuvent pas manger seuls, et doivent être alimentés à la cuillère. Certains, qui ne peuvent tenir assis seuls, sont nourris allongés. Difficile… Allons nous tenir ?

Nous nous accrochons, et revenons les jours suivants. Peu à peu, notre regard change sur ces enfants, nous laissons nos références de normalité et entrons dans leur univers. Nous comprenons le caractère de chacun d’eux, ce qui les fait rire. Nous explorons de nouveaux modes de communication par les sons, le regard, le toucher. Les enfants aussi s’habituent à nous. Les plus espiègles nous accaparent dès qu’elles nous aperçoivent : Kala réclame des câlins et Rincy, la commère, est toujours à vouloir nous montrer quelque chose.
                 Rincy et Gabrielle

Finalement, leur handicap ne nous importe plus. Nous voyons davantage la vie que ces enfants portent en eux, les plus petits (Sopna, 9 ans) comme les plus grands (Maria, 32 ans). Au-delà de leurs souffrances physiques, et du drame de leur abandon, ils attrapent tous les petits bonheurs qui passent sur leur chemin.

François a pris l’habitude de secouer le lit d’Alok à chaque fois qu’il passe devant. Ce petit asthmatique, pour qui respirer est une souffrance, rit aux éclats quand il sent son petit monde remuer. Il y a aussi Sopna, la petite mélomane. Elle peut passer des heures à écouter le bruit que fait un objet en tapant le sol. Mais ce qui lui plait, c’est « l’avion », quand on la prend dans ses bras et qu’on la fait tourner.
                    Alok, Cherry, Krupa et Anila

Et puis il y a Subash, la star du dortoir B, qui ne communique que par le chant et le rire. Il écoute très attentivement lorsqu’on lui sifflote « singing in the rain » (c’est un jour de mousson), puis reprend sa chanson.
                                Subash

L’ambiance qui règne ici est joyeuse et sereine. Elle est le fruit du travail accompli chaque jour par les 7 sœurs et les 12 laïques du centre qui aiment « leurs » enfants et prennent soin d’eux.
                 Les laïques

Malgré notre inexpérience, les sœurs et les laïques nous intègrent et nous font rapidement confiance pour nous occuper des enfants. Qui de nous se serait imaginé un jour faire faire de la rééducation à des enfants handicapés ? Gabrielle apprend auprès de la kinésithérapeute à solliciter leurs membres pour les assouplir, les doigts, les mains, les pieds... Les enfants apprécient ces petites séances de « gym à domicile ». Nous improvisons une petite classe avec les plus studieux. En quelques leçons, Anita apprend à écrire son prénom et celui de sa meilleure amie en alphabet latin…
                 François, Anita… et les jambes de Sikoti

Les jours passent, et c’est déjà la fin des deux semaines prévues. Les adieux avec les laïques sont chaleureux (plus sobres avec les sœurs, réserve oblige), nous n’avons pas l’impression d’être arrivés il y a si peu de temps… Vient le moment de dire au revoir aux enfants. Anita, lorsqu’elle apprend que l’on va partir, nous demande de revenir. Parmi les autres, qui s’en rend compte lorsque nous les prenons dans nos bras une dernière fois ? Certains réaliseront sans doute demain. En tout cas nous, nous réalisons tout de suite… ils vont nous manquer.

Comment les aider ?

Les Missionnaires de la Charité ont besoin de financement pour poursuivre leur action à travers le monde. Tous les dons doivent être envoyés au siège de l’organisation, à Kolkata (Calcutta). Des dons en nature de vêtements sont également appréciés, bien que le coût du transport depuis l’Europe soit sans doute supérieur à des achats sur place.

L’aide bénévole est également la bienvenue. Les centres des Missionnaires de la Charité sont généralement organisés pour permettre de recevoir des volontaires, pour des durées plus ou moins longues. L’organisation dispose de centres à travers toute l’Inde (Ahmedabad, Mysore, Chennai…) dans lesquels il est possible de se rendre directement. Il est préférable de proposer ses services en dehors de Kolkata (Calcutta) où les volontaires sont déjà très nombreux. Une méthode simple est de se rendre sur place et demander l’adresse du centre « Mother Teresa » le plus proche à un représentant de l’église catholique.

Contacts

Centre de Kochi
Missionaries of Charity
Eraveli Road
Kochi – Kerala

Siège de Kolkata
Mother House
Missionaries of Charity
78 A.J.C. Bose Road
Kolkata 7000014

West Bengal
India
Téléphone :
•    +91 217 22 77
•    +91 33 224 97 115

Pour faire un don depuis la France (reçu fiscal possible)
Association des oeuvres de Mère Teresa
62, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
(possibilité de préciser l'intention de destination)

Gabrielle et François