Rencontres persanes
Par Francois le vendredi 22 mai 2009, 18:49 - Voyage voyage - Lien permanent
« D’où venez vous ? » Avant même « Salam » (Bonjour), c’est la façon qu’ont les Iraniens d’aborder les étrangers dans la rue, dans les transports, tout le temps. Pour peu qu’on s’attarde deux minutes, l’inévitable « Que pensez vous de l’Iran ? » vient sur le tapis (persan, évidemment).
Beaucoup d’Iraniens sont anglophones, d’autres germanophones, ce qui
facilite le contact.
Eduqués et cultivés, ils sont nombreux à avoir passé quelques années à
l’étranger et sont très ouverts sur le monde extérieur. Nous comprenons vite
que la perception de l’Iran à l’étranger les taraude… Ils aiment leur pays et
veulent nous donner leur version : « ce que les médias occidentaux disent de
l’Iran n’est pas la vérité, nous ne sommes pas des terroristes ». Leur
président qui défraye la chronique ? « Un provocateur, un menteur ».
Notre silence prudent n’empêche pas les confidences. Mahmoud*, qui nous a pris en stop, revient de lune de miel. Il est très fier d’être amoureux de sa femme dont il nous montre le voile : « je n’aime pas çà, mais ils nous obligent ». Et de fait, toutes les femmes ne le portent pas de manière très volontaire. A Bandar Anzali (station « balnéaire » sur la Caspienne) et dans certains quartiers de Téhéran, nous pensons parfois nous être égarés en Italie… Certaines femmes portent un voile léger et coloré simplement accroché à leur chignon, comme une provocation. Elles sont d’une élégance raffinée, on croirait presque qu’il s’agit d’un accessoire de mode. Bien entendu, il y a aussi toutes celles qui portent le long tchador noir, qui les couvre de la tête au pied. Elles glissent comme des fantômes dans les venelles des bazars.
Touristes iraniennes à Yazd
Pour les garçons, c’est différent. A part quelques très rares mollahs, tous les hommes sont habillés à l’occidentale. Beaucoup de jeunes ont (malheureusement) adopté la même coupe tectonique qu’à Paris. Le look est souvent soigné, jusqu’aux lentilles colorantes pour les yeux… Nous découvrons que les hommes ne sont pas tenus à la même pudeur que les femmes, et on ne peut s’empêcher de s’étonner de ces grandes embrassades entres garçons en pleine rue, parfois sur la bouche. Pas d’ambiguïté possible cependant, puisque il n’y a pas d’homosexuel en Iran… selon les autorités.
Téhéran, dans le bus
Pas d’homosexuel, et pas d’alcool non plus, sauf pour les minorités arménienne et juive (environ 400 000 chrétiens arméniens et 25 000 juifs vivent en Iran). Pourtant Muhammad, quand il apprend que nous sommes français, nous fait part de son goût prononcé pour le vin de Bourgogne, dont sa cave serait pleine… « L’alcool n’est-il pas interdit en Iran ? » demandons nous naïvement. Il éclate de rire. « C’est autorisé tant qu’on ne se fait pas prendre, sinon… ». Le goût de l’alcool ne semble pas être réservé aux amateurs de grands crus. Dans un taxi collectif, de retour de promenade, un passager nous propose de la « vodka » locale. Même question naïve, mêmes éclats de rire…
En fait, les restrictions sévères que la République Islamique impose à ses citoyens pour les garder dans le « droit chemin » semblent produire l’effet inverse, notamment sur la jeunesse. Marjane et Zohreh, deux sœurs blondes comme les blés, nous reçoivent chez leurs parents. L’aînée a son propre appartement en ville, elle a décidé qu’elle ne se marierait pas. Toutes deux rejettent le régime en bloc et rêvent de partir à l’étranger. Leur mère les approuve mais contrairement à ses filles elle a gardé son voile en notre présence, sans doute par pudeur … pas si simple.
Cyrus aussi veut partir à l’étranger. Nous nous étions promis de garder nos distances avec tout ce qui porte un uniforme, pour éviter de mauvaises rencontres avec des milices religieuses trop zélées. Cependant, quand ce militaire hésitant se décide à nous aborder avec une extrême gentillesse, nous engageons la conversation avec plaisir. Cyrus compte filer en Autriche dès qu’il aura fini son service militaire, rejoindre son frère qui y est ingénieur. En attendant il savoure sa chance d’avoir été affecté à Téhéran, pendant que d’autres appelés tombent sous les balles des trafiquants d’héroïne aux frontières du Pakistan et de l’Afghanistan.
La conversation continue dans le bus. Lui et moi d’un côté de la barrière centrale, Gabrielle de l’autre. Car dans les bus, les hommes sont à l’avant, les femmes à l’arrière. Pas toujours très pratique pour se concerter quand on ne sait pas exactement où descendre, à l’heure de pointe … Dans les taxis collectifs, les choses sont plus souples par la force des choses : tout le monde s’y entasse sans se poser de question, se serrant parfois à 7 dans une modeste Renault 12 : convivialité et rencontres assurées. Dans les trains de nuit, certains wagons sont réservés aux femmes, qui peuvent aussi choisir la mixité… Sauf qu’en réservant nos billets nous ne l’avons pas précisé. Cela nous permet de faire la connaissance de Reza, un Irano-américain qui nous aide à obtenir du chef de train de voyager ensemble.
Un vendredi à Ispahan
Le lendemain, nous rejoignons Reza pour une longue promenade au bord de la rivière. Comme chaque vendredi de nombreuses familles pique-niquent dans les parcs. Reza disserte sur le caractère exceptionnel de l’accueil iranien : « En Iran, on peut même demander à se faire inviter, sans problème ! ». Exemple in situ, il aborde une famille pour lui demander du thé. Ni une ni deux, nous sommes chaleureusement accueillis sur la couverture familiale, une tasse et des friandises posées devant nous. Plus loin, il renouvelle l’expérience avec un groupe d’étudiantes. Leur cagoule réglementaire ne les empêche pas de rester coquettes, leur donnant seulement un air un peu sage. Nous ne comprenons pas grand-chose à la discussion que Reza engage avec elles en farsi, nous voyons seulement qu’elles éclatent de rire à plusieurs reprises. Après quelques photos souvenirs, nous les quittons pour continuer notre ballade. Reza nous traduit les blagues coquines qui ont eues tant de succès… pas si sages on dirait.
Etudiantes iraniennes
Les Iraniens nous invitent facilement chez eux, en toute simplicité. Une fois, nous mangeons devant la télévision, branchée sur une chaîne satellite irano-californienne. Peut-être que les autorités religieuses n’ont pas réagi assez vite lorsque les antennes satellite sont arrivées en Iran ? Quoiqu’il en soit, aujourd’hui de nombreux Iraniens sont équipés pour recevoir le genre de programmes musicaux auxquels nous assistons : des clips dans lesquels des chanteuses dénudées dansent en prenant des poses suggestives. Notre hôte nous explique que les chanteuses iraniennes doivent s’expatrier, parce qu’en Iran… les femmes n’ont pas le droit de chanter.
Javad, lui, chante dans un groupe. Nous avons rencontré cet adolescent ébouriffé dans la rue, et il a décidé de faire un bout de chemin avec nous. Il nous parle de sa grande passion : le hard rock et le métal. La vie en Iran est très dure pour cet artiste incompris. Il nous confie avec l’air blasé des gens de son âge qu’en Iran la majorité des gens ne s’intéresse pas au hard rock et ne connaissent même pas Rammstein… on ne sait pas quoi lui répondre, on doit avoir un peu vieilli.
Nous nous quittons devant le « Coffee net » où nous nous rendions. Les Iraniens sont de gros utilisateurs d’Internet, malgré la censure : impossible d’accéder au site qui gère notre newsletter. Relation de cause à effet, les Iraniens sont devenus des professionnels du piratage, et les codes pour « craquer » les verrous de sécurité sont tagués sur les murs… Et puis, si l’on en croit les recherches effectuées dans Google par les précédents utilisateurs, tous les sites « immoraux » n’ont pas encore été recensés par les autorités.
Cela étant, il existe une autre facette de la censure qui ne se contourne pas. Ali, avec qui nous avons pris des photos « mixtes » (au moins un homme et une femme non mariés dont un ou une Iranien(ne)) nous prie de ne pas les diffuser sur notre site. Il s’est déjà fait taper sur les doigts pour s’être retrouvé sur le blog de voyage de touristes européens… Orwellien.
Sans doute est-ce cela le plus déroutant. Nous avons une impression de « normalité », à bien des moments nous pourrions nous croire en Europe du sud. Cependant nos interlocuteurs nous rappellent qu’il existe dans l’ombre un régime qui surveille et contrôle leur vie privée. Toutes ces règles, tous ces interdits, semblent être collés sur une société qui, c’est le moins que l’on puisse dire, ne les a pas réellement intériorisés. Il y a quelque chose d’un peu artificiel dans l’air, dans ce pays qui ne nous apparaît pas particulièrement religieux ni traditionaliste…
Cependant, si de nombreuses personnes nous confient leur rejet du régime islamique, beaucoup nous font aussi part de leur profond attachement à l’Iran. D’un côté, il y a ce vendeur de nougats, qui nous montre l’Ayatollah Khomeiny sur le billet de 10 000 rials que nous lui tendons : « c’est le diable ! ». De l’autre, ce voisin de table au restaurant, commentant le clip de propagande que diffuse la télévision sur la menace d’une attaque israélienne : « nous sommes prêts à nous défendre ». Les Iraniens sont très patriotes et ne confondent pas leur pays avec son régime. Pour Nasser, ce serveur qui nous fait un bref exposé de la splendeur passée de la Perse, « un jour l’Iran sera libre ».
François
* Tous les prénoms ont été modifiés
Commentaires
He is a good friend that speaks well of us behind our backs.
Blossom, actually should nothing to do with the season. A lot of time in his life is confused, find a better reason to let himself not to want to some other people think unimportant matters.
We all like a clown, in our lifetime playing five balls, the five balls is work, health, family, friends, and spirit. Five balls with only one is rubber, fall can play up and that is work. The other four balls are use made of glass, the off, broken...