5h00 du matin, le train entre en gare. Après notre périple dans le nord du pays, et plusieurs jours à Téhéran ponctués de nombreuses visites… à l’ambassade de l’Inde pour nos visas, nous voilà enfin dans cette ville dont le nom seul fait rêver : Ispahan! Enfin presque… Un compagnon de route nous guide de bus en bus jusqu’à un majestueux pont qui  garde l’entrée de la ville. Le soleil se lève, nous entamons la traversée. Les grandes arches de pierre de part et d’autre du pont donnent vue sur la large rivière Zayandeh qui coule au milieu de parcs verdoyants.

Nous nous engageons sur une grande avenue dotée d’une allée centrale fleurie ; les jardiniers s’activent déjà. Nous trouvons une chambre malgré l’heure matinale. Nous y prenons tout le repos nécessaire pour entamer le tour de « la moitié du monde », surnom de la ville que l’on doit à un poète français tombé sous son charme au 16ème siècle.

En ce premier jour, la visite va crescendo : d’abord la mosquée Hakim, la plus ancienne d’Ispahan. Je pousse quelques notes sous le dôme… Avec un tel écho, les imams pouvaient se passer de micro ! La ballade se poursuit à travers le bazar, nous avons la sensation d’être entrés dans une ville souterraine. A l’abri de hautes voûtes de briques, nous parcourons le dédale des ruelles sombres, fraîches… et entièrement vides aujourd’hui : jeudi, premier jour du week-end. Quelle étrange impression dans un lieu habituellement si grouillant de vie !
                               Bazar-e-Bozorg, Ispahan

Nous débouchons de ce long tunnel un peu éblouis devant la mosquée Jameh, la plus grande d’Iran, construite au fil des siècles et des dynasties, chacune ayant laissé son empreinte. Dans la cour intérieure, les 4 iwans* rivalisent de beauté. Pourtant, nous préférons déambuler à travers la forêt de colonnes qui soutient l’édifice dans l’ombre et le silence des pièces attenantes, ouvrant le passage vers les immenses dômes qui se dressent à chaque extrémité.
                                  Mosquée Jameh d’Ispahan

Dès la sortie de la mosquée, la tentation nous guette : le marché aux fruits et toutes ces délicieuses friandises dont l’Iran a le secret… Non loin de là, nous trouvons le marché aux oiseaux dans une toute petite cour où des centaines de cages sont empilées. Les oiseaux tropicaux côtoient les poules, et des poussins de toutes les couleurs se serrent dans de grands cartons, drôle de cacophonie !
 
Après un nouveau passage à l’abri des voûtes du bazar, nous arrivons sans nous y attendre sur la place de l’Imam… grandiose ! Nous restons bouche bée devant cet immense ensemble rectangulaire bordé d’arcades (la deuxième plus grande place du monde après la place Tienanmen à Beijing). En son centre, une fontaine autour de laquelle sont agencés des  espaces verts parfaitement entretenus. Les familles s’y retrouvent pour pique-niquer ou discuter, les étudiantes sont installées pour dessiner les splendeurs qui font la fierté du pays : la mosquée de l’Imam et la mosquée Lotfollah dont les dômes bleus turquoise étincellent sous le soleil.
                  Place de l’Imam

Nous grimpons sur la terrasse d’une maison de thé. Surprise, c’est la première fois depuis le début du voyage que nous sommes entourés de touristes européens. Comme eux, nous profitons de la vue imprenable sur ce tableau qui semble sorti tout droit d’un conte des mille et une nuits. Peut-être est-ce l’impression que le Shah Abbas Ier le Grand voulait donner de sa nouvelle capitale à ses visiteurs ? La Mosquée de l’Imam est sans doute la pièce maîtresse de cette place. En pénétrant derrière ses hautes portes, nous ne savons plus où donner de la tête devant tant de beauté et d’harmonie. Nous sommes pris d’une frénésie de photos devant les mosaïques, les dômes, les minarets, les voûtes… qui se poursuit sous le grand dôme de sa voisine, la mosquée Lotfollah. Des oiseaux se sont invités, nous suivons du regard leur vol entre les fleurs et les poèmes calligraphiés en lettres persanes.
                     Mosquée de l’Imam

Au milieu de tous ces trésors du passé, Ispahan vit au présent. Nous profitons du calme des grands parcs où s’organisent des parties d’échec à côté des engins de musculation en libre service. Nous goûtons l’ambiance d’un week-end ensoleillé, où les familles migrent sur les bords de la rivière pour passer la journée à l’ombre des arbres avec tout le nécessaire pour pique-niquer. Il  n’est pas rare d’être invité à partager le thé. Certains se reposent, lisent ou révisent, pendant que d’autres font une petite promenade en pédalo sous les grands ponts de pierre. On se croirait presque un dimanche d’été sur les bords de Marne…
 
Gabrielle

* Hall voûté ouvert sur une cour intérieure

(Plus d'images des merveilles d'Ispahan dans l'album photos)