Notre première étape iranienne est Tabriz, située à l’emplacement des portes du jardin d’Eden selon la Bible. La ville est surtout connue comme ayant été une étape importante sur la route de la soie. Cette route commerciale fameuse, qui ramenait la précieuse étoffe de Chine, traversait la Perse d’est en ouest. Nous nous perdons volontiers dans son immense bazar, « le plus grand bazar du monde en brique » nous affirme-t-on, où nous faisons provision de dattes, d’halva et autres douceurs orientales.
             Le bazar de Tabriz

En ouvrant notre Lonely Planet * pendant nos nombreux trajets en bus et en train à travers le pays, nous découvrons l’histoire ancienne de l’Iran, ou plutôt l’histoire de la Perse : en 1936, le Shah de Perse Reza Khan renomme officiellement le pays « Iran », ce qui signifie à peu de chose près « pays des Aryens »… sans doute pour coller à l’air du temps. Jugé finalement trop proche de l’Allemagne nazie lors de la seconde guerre mondiale, les Anglais le forcent à quitter le pouvoir pour y installer son fils (sous leur contrôle) ; le nom « Iran » reste.

L’histoire de la Perse fait penser à un grand mouvement de respiration… Un groupe local ou un envahisseur unifie le pays, en fait un très puissant empire, puis cet empire connaît une période de déclin avant de s’effondrer et de se morceler. Un autre groupe profite alors du chaos ambiant pour émerger.

Les choses sérieuses commencent dès 550 avant JC. Les Gaulois ne sont pas encore en Gaule, Rome n’est qu’une petite cité, et Cyrus II le Grand fonde le plus grand empire ayant jamais existé à l’époque : de l’Egypte à l’actuel Pakistan, et jusqu’aux bords du Danube. De somptueuses fêtes sont données chaque année dans la capitale Persépolis, où les vassaux viennent « offrir » leur tribut à l’empereur. Cependant les cités grecques résistent et, après la défaite de Marathon en -490, l’empire décline peu à peu, jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand lui porte le coup de grâce en -331.
              Darius I recevant l’hommage d’un prince vassal

Les Séleucides (des Grecs), les Parthes (venus des bords de la mer d’Aral) fondent tour à tour leur propre empire, jusqu’à ce que les Perses reprennent le dessus en 224. Les Sassanides créent alors le 2ème empire perse. Ils instaurent le Zoroastrisme comme religion d’état. Fondé par Zoroastre (aussi appelé Zarathoustra) au 2ème millénaire avant JC, ce monothéisme a pour principale doctrine la lutte permanente entre le Bien et le Mal en toutes choses. Ses adeptes sont surnommés les « adorateurs du feu » en raison du feu sacré qui brûle en permanence dans leurs sanctuaires ; ils ne sont plus aujourd’hui que quelques dizaines de milliers en Iran.

L’empire est à son apogée quand les Arabes profitent d’un problème de succession pour s’emparer sans coup férir de toute la Perse en 637. La population se convertit massivement à l’Islam, adoptant son courant minoritaire le Chiisme. La rencontre des cultures perse et islamique produit une période d’intense développement culturel et artistique. Malheureusement, du 9ème au 15ème siècle, les invasions des Turcs Seljukides, des Mongols de Gengis Khan, puis du sanguinaire Tamerlan ravagent de nombreuses cités…

En visitant Ispahan, nous découvrons les splendeurs du 3ème empire perse fondé en 1502 par les Safavides, sorte de renaissance perse. Un illustre membre de cette dynastie, Abbas 1er le Grand, déplace la capitale à Ispahan. Il entreprend de reconstruire la ville et en fait un joyau surnommé « la moitié du monde » par les visiteurs émerveillés… dont nous sommes ! L’art perse est alors à son apogée. A la mort d’Abbas, l’empire est victime de querelles intestines et s’effondre. Cette fois, ce sont les Afghans qui envahissent le pays en 1722…
               Place de l’Imam, Ispahan

Au 19ème siècle, les Shahs de la dynastie des Qajars tentent de raviver la splendeur passée : ils fondent une nouvelle capitale dans le village de Téhéran, mais leur gestion dispendieuse est catastrophique… Lors de notre passage à Téhéran, nous visitons le palais du Golestan, construit avec l’ambition d’égaler ceux des monarques d’Europe. Ces derniers ne se laissent pas impressionner pour autant. Les Russes annexent le Caucase et prennent le contrôle du nord de la Perse, les Anglais s’installent au sud.

Après la 1ère guerre mondiale, le Gilan (région qui borde la Caspienne) fait sécession pour devenir une république soviétique. Les Anglais installent au pouvoir Reza Khan, un officier à poigne, pour ramener l’ordre et s’assurer la mainmise sur les ressources pétrolières du pays…
jusqu’en 1951. Le premier ministre iranien, le Dr Mossadegh, décide de nationaliser le pétrole. La CIA veille au grain et un coup d’état est organisé en 1953 depuis l’ambassade US pour rétablir la situation. Désormais les Anglais doivent partager la manne avec les Américains.
              Le palais du Golestan

De nos jours le pays est plus connu pour son régime original de « République Islamique ». En 1979, l’opposition au Shah est à son paroxysme : d’un côté, des marxistes et des libéraux, qui réclament plus de réformes, de l’autre des groupes religieux, qui veulent un retour à la tradition… Le Shah a le mérite de mettre  tout le monde d’accord sur un point : son nécessaire départ. La révolution le force à s’enfuir le 16 janvier 1979. Dès le 1er février 1979, l’Ayatollah Khomeiny, figure de l’opposition au Shah, rentre de l’exil où ce dernier l’avait contraint. A 77 ans, il prend le pouvoir, profitant de la disparition plus ou moins naturelle des leaders plus modérés… La République Islamique d’Iran est proclamée et l’Ayatollah Khomeiny en devient le Guide Suprême. Il instaure l’application stricte de la charia, la loi islamique, qui marque pour la population le début d’un contrôle permanent sur tous les aspects de leur vie privée.

En 1980, Saddam Hussein tente de profiter du chaos qui suit la révolution pour s’accaparer les champs pétroliers du Khuzestan, au sud-ouest de l’Iran. S’ensuivent 8 ans de guerre et plus de 500 000 victimes de chaque côté pour rien… si ce n’est que la guerre solidifie durablement le nouveau régime iranien.

L’Ayatollah Khomeiny meurt en 1989, lui succède l’Ayatollah Khamenei au poste de Guide Suprême. En 1997, l’Ayatollah Khatami est élu Président. Réformiste, il promet le « changement depuis l’intérieur ». Les femmes laissent apparaître leurs cheveux, se maquillent… les espoirs d’un assouplissement du régime sont grands. Mais le conseil des Gardiens de la Constitution (dirigé par le Guide Suprême) veille : il met son veto aux réformes et disqualifie les députés réformistes pour les élections. Les conservateurs reviennent au pouvoir et en 2005 Mahmoud Ahmadinejad est élu président…

François
(source : Lonely Planet)

* équivalent anglo-saxon du Guide du Routard