Changements de décor
Par Gabrielle le samedi 9 mai 2009, 16:22 - Voyage voyage - Lien permanent
La Perse est un carrefour où se sont croisés au fil des siècles des hommes
venus de lointaines contrés. Conquérants et commerçants ont laissé leur
empreinte sur les visages des Iraniens d’aujourd’hui : de teint clair ou foncé,
vieillards au profil mandarin, rouquins et blonds se côtoient. A cet endroit,
se rencontrent également trois grandes plaques tectoniques, qui ont donné
naissance à de gigantesques chaînes de montagnes et des paysages aussi divers
qu’extraordinaires. En traversant l’Iran, nous avons la sensation de passer à
travers différents univers… quel voyage !
A notre arrivée, nous débarquons sur la lune, au milieu de grandes montagnes
plissées aux dégradés de beige, jaune et ocre, ponctués ça et la de sommets
d’une blancheur éclatante. Photos déconseillées, zone frontalière oblige…
dommage !
Quelques jours plus tard, après avoir contourné le Mont Sabaland et ses 4811
mètres, nous plongeons vers la mer Caspienne, au milieu de collines verdoyantes
noyées dans la brume… Un géni nous aurait-il transporté en Irlande ? Les jeunes
feuilles des arbres d’un vert tendre brillent sous le soleil. Cette descente
vers Astara a quelque chose d’irréel. Le lendemain, un taxi nous dépose sur la
plage au milieu de nulle part. Nous endossons nos gros sacs et rejoignons le
bord de l’eau. Nous marchons la plupart du temps seuls et croisons parfois des
pêcheurs affairés autour de leurs bateaux de bois. A gauche, la mer calme et
plate, à droite les collines embrumées…
Lors de nos différentes étapes, nous entendons parler de Masuleh, un charmant
village perché sur les hauteurs du Gilan. L’accueil y est sympathique, et on
s’y promène de toit en toit pour admirer la densité des forêts qui couvrent la
vallée et refroidissent l’air quand la nuit vient à tomber.
Masuleh
Nous poursuivons au sud-est en direction de Téhéran pour percer le mystère des
légendaires châteaux des Assassins cachés dans les brumes de la vallée
d’Alamut. De nouveaux dégradés de brun, rouille, vert surplombés de sommets
enneigés s’offrent à nos regards sur des kilomètres alentours… sauf quand nous
entrons dans un de ces épais nuages qui couvrent la vallée. Nous arrivons à
Gazor Khan, un tout petit village de quelques centaines d’âmes, au dessus
duquel se dresse un de ces châteaux vieux de mille ans. Là se rassemblaient les
membres d’une secte Ismaélienne pour fomenter l’assassinat des leaders
politiques de l’époque. L’histoire raconte que les volontaires étaient dopés au
haschich pour perpétrer leur forfait, d’où leur nom « Hashish-Iyun », à
l’origine du mot « assassin »… Entre temps, les Mongols sont passés par là. Au
XIIIème siècle, ils mettent fin à cette épopée, ne laissant que ruines derrière
eux.
La vallée d’Alamut
Changement total de décor quelques jours plus tard et environ 700 kilomètres au
sud. Au départ d’Ispahan, nous grimpons dans un petit bus qui file vers l’est.
Peu à peu, les habitations, la végétation laissent place à une vaste étendue de
pierres noires et grises. Nous descendons à Toudeshk, petit village aux portes
de ce désert un peu spécial fait de sable et de sel, le Dasht-e-Kavir. Ici, les
maisons sont faites d’un mélange de terre et de paille, isolant parfait pour
cette région soumise aux températures les plus extrêmes. Du haut de la dune de
roches sombres qui domine le village, le carré vert des cultures jouxte le
carré brun des habitations, au milieu de cette immense plaine bordée au loin
par une longue chaîne de montagnes. Seul le souffle puissant du vent et le
bruit de nos pas troublent le silence qui règne autour de nous.
Toudeshk
Nous ne sommes pas au bout de nos surprises : le lendemain, nous nous rendons
au pied de vraies grandes dunes de sable comme on les imagine. Malgré l’heure
matinale, le soleil parade déjà bien haut et rend l’ascension difficile. Quelle
récompense quand se découvre sous nos yeux l’immensité du désert ! Le groupe se
scinde, comme si chacun souhaitait absorber cet infini pour lui seul et se
perdre en contemplation dans ce profond silence qui envahit l’âme… Voilà pour
nous l’expérience rêvée du désert, mais nous découvrons un peu plus tard que
cela ne va pas forcément de soi. Un car d’étudiantes iraniennes arrive. De si
loin que nous sommes, nous entendons leurs cris, leurs rires. Pour elles, les
dunes sont un immense terrain de jeu où elles se défoulent joyeusement et se
roulent dans le sable. Leur bonne humeur est communicative. Nous descendons
tranquillement de notre retraite pour reprendre le chemin du monde des hommes,
la ville.
A la fin de notre séjour, nous traversons à nouveau ce désert dans le train qui
nous ramène de Yazd à Téhéran, nous offrant comme dernier spectacle une immense
plaine de sable couverte d’un fin manteau de sel blanc.
Et dire que nous avons parcouru à peine un quart du pays…
Gabrielle