La Perse est un carrefour où se sont croisés au fil des siècles des hommes venus de lointaines contrés. Conquérants et commerçants ont laissé leur empreinte sur les visages des Iraniens d’aujourd’hui : de teint clair ou foncé, vieillards au profil mandarin, rouquins et blonds se côtoient. A cet endroit, se rencontrent également trois grandes plaques tectoniques, qui ont donné naissance à de gigantesques chaînes de montagnes et des paysages aussi divers qu’extraordinaires. En traversant l’Iran, nous avons la sensation de passer à travers différents univers… quel voyage !

A notre arrivée, nous débarquons sur la lune, au milieu de grandes montagnes plissées aux dégradés de beige, jaune et ocre, ponctués ça et la de sommets d’une blancheur éclatante. Photos déconseillées, zone frontalière oblige… dommage !

Quelques jours plus tard, après avoir contourné le Mont Sabaland et ses 4811 mètres, nous plongeons vers la mer Caspienne, au milieu de collines verdoyantes noyées dans la brume… Un géni nous aurait-il transporté en Irlande ? Les jeunes feuilles des arbres d’un vert tendre brillent sous le soleil. Cette descente vers Astara a quelque chose d’irréel. Le lendemain, un taxi nous dépose sur la plage au milieu de nulle part. Nous endossons nos gros sacs et rejoignons le bord de l’eau. Nous marchons la plupart du temps seuls et croisons parfois des pêcheurs affairés autour de leurs bateaux de bois. A gauche, la mer calme et plate, à droite les collines embrumées…
 
Lors de nos différentes étapes, nous entendons parler de Masuleh, un charmant village perché sur les hauteurs du Gilan. L’accueil y est sympathique, et on s’y promène de toit en toit pour admirer la densité des forêts qui couvrent la vallée et refroidissent l’air quand la nuit vient à tomber.
              Masuleh

Nous poursuivons au sud-est en direction de Téhéran pour percer le mystère des légendaires châteaux des Assassins cachés dans les brumes de la vallée d’Alamut. De nouveaux dégradés de brun, rouille, vert surplombés de sommets enneigés s’offrent à nos regards sur des kilomètres alentours… sauf quand nous entrons dans un de ces épais nuages qui couvrent la vallée. Nous arrivons à Gazor Khan, un tout petit village de quelques centaines d’âmes, au dessus duquel se dresse un de ces châteaux vieux de mille ans. Là se rassemblaient les membres d’une secte Ismaélienne pour fomenter l’assassinat des leaders politiques de l’époque. L’histoire raconte que les volontaires étaient dopés au haschich pour perpétrer leur forfait, d’où leur nom « Hashish-Iyun », à l’origine du mot « assassin »… Entre temps, les Mongols sont passés par là. Au XIIIème siècle, ils mettent fin à cette épopée, ne laissant que ruines derrière eux.
              La vallée d’Alamut

Changement total de décor quelques jours plus tard et environ 700 kilomètres au sud. Au départ d’Ispahan, nous grimpons dans un petit bus qui file vers l’est. Peu à peu, les habitations, la végétation laissent place à une vaste étendue de pierres noires et grises. Nous descendons à Toudeshk, petit village aux portes de ce désert un peu spécial fait de sable et de sel, le Dasht-e-Kavir. Ici, les maisons sont faites d’un mélange de terre et de paille, isolant parfait pour cette région soumise aux températures les plus extrêmes. Du haut de la dune de roches sombres qui domine le village, le carré vert des cultures jouxte le carré brun des habitations, au milieu de cette immense plaine bordée au loin par une longue chaîne de montagnes. Seul le souffle puissant du vent et le bruit de nos pas troublent le silence qui règne autour de nous.
              Toudeshk

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises : le lendemain, nous nous rendons au pied de vraies grandes dunes de sable comme on les imagine. Malgré l’heure matinale, le soleil parade déjà bien haut et rend l’ascension difficile. Quelle récompense quand se découvre sous nos yeux l’immensité du désert ! Le groupe se scinde, comme si chacun souhaitait absorber cet infini pour lui seul et se perdre en contemplation dans ce profond silence qui envahit l’âme… Voilà pour nous l’expérience rêvée du désert, mais nous découvrons un peu plus tard que cela ne va pas forcément de soi. Un car d’étudiantes iraniennes arrive. De si loin que nous sommes, nous entendons leurs cris, leurs rires. Pour elles, les dunes sont un immense terrain de jeu où elles se défoulent joyeusement et se roulent dans le sable. Leur bonne humeur est communicative. Nous descendons tranquillement de notre retraite pour reprendre le chemin du monde des hommes, la ville.
 
A la fin de notre séjour, nous traversons à nouveau ce désert dans le train qui nous ramène de Yazd à Téhéran, nous offrant comme dernier spectacle une immense plaine de sable couverte d’un fin manteau de sel blanc.
 
Et dire que nous avons parcouru à peine un quart du pays…

Gabrielle