Nous passons la frontières arméno-iranienne le 2 avril. Gabrielle ajuste son voile et sa tunique. Nous traversons à pied le pont qui enjambe la rivière Araxe séparant les deux pays.

Nous avons la sensation de plonger dans l’inconnu : nous ne savons pas grand-chose sur ce pays et les rares informations que nous avons glanées avant notre départ étaient plutôt contradictoires. Nous sommes un peu inquiets, vont-ils nous laisser rentrer ?… un homme en costume, à l’anglais impeccable, nous accueille et prend nos passeports. Il nous les rend quelques minutes après en nous gratifiant d’un grand « Welcome to Iran ! ».
Nous voilà en Iran ! Nous faisons quelques mètres, le douanier nous rappelle… souhaitons nous un taxi pour Jolfa ?

Le chauffeur du taxi nous fait vite comprendre que l’Iran est un pays dangereux… pour sa conduite routière. Nous roulons à tombeau ouvert, longeant la frontière au milieu de paysages lunaires parsemés de tentes de camping multicolores. Tout au long de la rivière, des familles sont confortablement installées pour pique-niquer, leur voiture Peugeot garée le long de la route.

Une soixantaine de kilomètres plus tard nous arrivons à Jolfa. Nous prenons nos quartiers dans un modeste « mosaferkhaneh » (littéralement « maison du voyageur »). Lorsque nous sortons en ville, la plupart des commerces sont fermés. Nous demandons à un jeune homme au look soigné (petit jean taille basse, coiffure tectonique et bracelet afro) de nous indiquer un café Internet. Nous sommes vendredi, c’est le week-end !… en plus c’est le dernier jour de la semaine fériée qui suit No Ruz, le nouvel an iranien. Tout le monde est parti passer ces quelques jours en famille.

Nous achetons quelques fruits et légumes chez le primeur. Au moment de payer, celui-ci refuse notre argent. Surpris, nous acceptons avec plaisir, finalement l’accueil se révèle beaucoup plus chaleureux que ce que nous imaginions ! Plus tard, en repensant à ce moment, nous nous demanderons si il ne s’agissait pas en fait d’un exemple de Ta’arof. Cette coutume iranienne consiste pour un commerçant à ne pas faire payer, mais le client est censé insister pour régler, au moins 3 fois.

Nous nous arrêtons dans un parc près du marché. Un grand nombre de familles sont installées pour pique-niquer, certaines ont même planté leur tente. Nous sommes en train de nous partager nos bananes quand un petit homme chauve nous aborde avec un large sourire. « Follow me ! » Il est sympathique, nous ramassons nos affaires et le suivons… nous apercevons toute sa famille qui observe la scène d’un peu plus loin en riant, nous voilà invités à prendre le thé.

Dans un anglais approximatif, les présentations sont faites. Avocat, ingénieur ou enseignant, ils sont venus passer les vacances de No Ruz à Jolfa. Ils nous offrent des fruits, des pistaches, déçus de n’avoir pas plus à nous donner. Ces gens sont bien loin des clichés entretenus sur l’Iran. Si ce n’était l’omniprésence du voile pour les femmes, nous aurions presque l’impression de rencontrer d’autres Européens. Pourtant, à la fin de la collation, au moment des adieux, les femmes serrent la main de Gabrielle, les hommes la mienne. Nous avons bien quitté l’Arménie et ses grandes embrassades.

           Rencontres à Jolfa

François