Dimanche 22 mars. Nous partons pour le Haut-Karabakh, avec un jour d’avance sur ce qu’autorisent nos visas, pour pouvoir rencontrer Jacques Matossian de SPFA qui en repart le lendemain. Ce détail ne semble pas gêner le douanier lors du contrôle des passeports, et nous entrons par une belle journée sans nuage dans ce pays qui n’existe pas. Le Haut-karabakh, ou officiellement « République du Nagorno Karabakh » est en effet un de ces états autoproclamés du Caucase, et n’est reconnu par aucun autre état au monde, pas même l’Arménie.

          Drapeau du Karabakh

Autour de nous, la nature est en avance sur ce que nous avons quitté en Arménie. Les arbres bourgeonnent déjà et certains sont même en fleurs. Nous roulons autour de paysages magnifiques, au milieu d’une nature foisonnante. Dans un mélange de turc et de persan, Karabakh signifie d’ailleurs jardin noir, pour évoquer à la fois la fertilité de son sol et sa couverture boisée qui tranche avec les montagnes pelées des régions environnantes.

          Paysage du Karabakh

Ce petit « pays » (aujourd’hui environ145 000 habitants et 4 400 km²) est un territoire peuplé d’Arméniens qui fut rattaché à la République Soviétique d’Azerbaïdjan pendant la période soviétique. A la chute de l’URSS en 1991, le Haut-Karabakh déclare son indépendance de l’Azerbaïdjan. S’ensuit une guerre de 3 ans pendant laquelle l’Arménie et l’Azerbaïdjan vont s’affronter de façon très brutale. Bien que moins nombreuses et moins bien équipées, les forces arméniennes l’emportent en 1994 et un cessez-le-feu est signé entre les parties, entérinant l’indépendance de facto du Haut-Karabakh.

         Le Haut-Karabakh aujourd’hui (source wikipedia)

On estime le nombre des victimes de la guerre à 30 000 morts de chaque côté (à ramener à la population arménienne globale de 3 millions de personnes). Le nombre des réfugiés est encore plus impressionnant : 400 000 Arméniens et 800 000 Azéris fuient leur domicile pour ne pas se retrouver derrière les lignes adverses… Lors de notre visite du village de Khnabad, nous apercevons au loin la ville fantôme d’Agdam. Autrefois prospère cité azérie de 100 000 âmes, l’avancée des forces arméniennes a contraint ses habitants à l’exode. En l’absence de résolution définitive du conflit, la ville reste à l’abandon depuis 1994 et tombe peu à peu en ruines…

La ville fantôme d’Agdam

L’histoire ancienne du Haut-Karabakh se confond avec celle de l’Arménie. Lors de nos escapades touristiques, les monastères et les nombreux « khatchkars » (littéralement « croix de pierre ») nous rappellent l’Arménie. Même monnaie, même langue, nous n’avons pas l’impression d’avoir changé de pays.

          Khatchkars au monastère de Gandzassar

A la sortie de Stepanakert, la capitale (45 000 habitants), la statue de « Tatik et Papik » (« Grand-mère et grand-père ») symbolise l’irréductibilité des Karabakhtis et leur devise : « Nous sommes nos montagnes ».

          Tatik et Papik, « nous sommes nos montagnes »

Nous retrouvons au Karabakh le même accueil chaleureux qu’en Arménie, et la même tradition de générosité. La principale difficulté du Karabakh est son enclavement, puisque la seule « frontière » ouverte est celle partagée avec l’Arménie. Malgré la situation de « république autoproclamée » et le conflit gelé avec l’Azerbaïdjan, l’ambiance est sereine et détendue, nulle part nous ne ressentons une quelconque tension. Lorsque nous repartons du Haut-Karabakh, notre visa est cette fois expiré d’une journée. Le même douanier qu’à l’aller nous reconnaît et nous gratifie d’un large sourire, il s’étonne quand nous lui demandons si ce détail pose problème…

François