SPFA (Solidarité Protestante France-Arménie) est présente à Gumri depuis 1990, avec pour objectif d’aider la ville à se relever du séisme qui l’a dévastée en 1988. Nous avons entendu parlé de cette association à travers un projet qui a permis aux habitants de tout un quartier de Gumri, dénommé « Ani », d’avoir accès à l’eau 24h/24 ; nous avons voulu en savoir plus…

A peine arrivés, Aram Khatchatarian nous fait partager cette aventure à travers son récit, traduit par Lilith Haroutunian. Gagik Papikian, l’ingénieur travaux de SPFA, nous emmène ensuite pour une visite de terrain.

        Kagik Papikian, Aram Khatchatarian et Lilith Haroutunian de SPFA Gumri

En 1997, face aux mauvaises conditions d’accès à l’eau subies par les habitants de Gumri, SPFA décide de donner la priorité à l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable. L’eau ne coule que 2 heures par jour dans chaque quartier, alors que l’eau captée dans les montagnes pourrait suffire à alimenter 4 villes comme Gumri ! Certains immeubles n’ont pas du tout accès à l’eau courante… Cette situation s’explique par les nombreuses fuites dues à la mauvaise qualité du réseau de canalisations reconstruit à la hâte après le séisme et par la surconsommation d’eau au niveau des habitations.
 
Sous la direction de Jacques Matossian, le projet « Eau et santé » débute en 1997 dans l’hôpital infectieux du quartier d’Ani avec l’appui de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. SPFA restaure le réseau de canalisations, construit un réservoir de 30 000 litres d’eau qui alimente l’hôpital 24 heures sur 24, et installe un appareil d’ultrafiltration pour l’eau potable. Les riverains en bénéficient également grâce à une fontaine extérieure. Gagik Papikian assure la maintenance de ces appareils sophistiqués depuis leur installation.

La priorité étant l’alimentation des infrastructures publiques, SPFA installe entre 2000 et 2003 6 kilomètres de canalisations à travers la ville pour desservir écoles et hôpitaux.

        Le quartier d’Ani

Jacques Matossian décide ensuite de « s’attaquer » à la distribution d’eau courante pour les habitants. Pour ce projet ambitieux, il choisit le quartier d’Ani et ses 25 000 habitants avec le souhait d’en faire un modèle pour le reste de la ville.

En 2001, il parvient à s’adjoindre les compétences techniques des professionnels d’ Aquassistance, association spécialisée dans l’approvisionnement en eau. Puis il réussit à rassembler les fonds nécessaires auprès de la fondation Armenianos Liechtenstein, du gouvernement français, et de l’Agence de l’eau Seine-Normandie. Le travail peut commencer.

Sous la direction de Dominique Chenille, l’équipe d’Aquassistance mène une étude de terrain qui révèle de graves problèmes de déperdition dans le réseau, de l’ordre de 80%, en raison de fuites importantes liées au mauvais état des canalisations. De plus, un gaspillage important est avéré au niveau des habitations. Les installations sont en mauvais état, et surtout les habitants paient pour l’eau un prix forfaitaire par personne, ce qui entraîne de mauvaises habitudes de consommation : les chasses d’eau coulent en permanence, les robinets sont laissés ouverts toute la journée pour signaler l’arrivée d’eau dans le quartier et pour remplir la baignoire qui sert de réserve d’eau. Dans beaucoup d’immeubles les habitants des étages supérieurs se retrouvent sans eau à cause de la surconsommation des étages inférieurs. Au total, la consommation moyenne d’eau est de 1 000 à 1 500 litres par personne et par jour (contre 100 litres selon les standards internationaux)…

Munis de leurs « poêles à frire », les spécialistes d’Aquassistance commencent par rechercher et supprimer les fuites d’eau dans le réseau. Dès 2003, le réseau d’eau du quartier d’Ani est entièrement rénové.

Il faut ensuite convaincre les habitants du quartier d’installer des compteurs chez eux. Pour cela une campagne de sensibilisation est menée pour leur prouver qu’ils ne paieront pas plus cher en surveillant leur consommation d’eau par des moyens simples, et que les économies réalisées permettront à tous d’avoir de l’eau 24h/24. Ils parviennent à emporter leur adhésion et 10 000 compteurs d’eau individuels offerts par Aquassistance sont installés. La mairie fournit une liste de 1500 foyers « économiquement faibles » pour lesquels l’installation est également offerte.

        Dans les rues du quartier Ani

Grâce à ce travail, en 2005 la consommation moyenne des habitants du quartier d’Ani est divisée par plus de 10 et passe à 100 litres par habitant et par jour. 20 000 à 30 000 m3 d’eau sont ainsi économisés chaque jour pour le seul quartier d’Ani, qui peuvent être redistribués dans les autres quartiers de la ville en attendant la rénovation de leur réseau.

Enfin, l’approvisionnement en eau est assuré 24 heures sur 24 dans le quartier d’Ani, ce qui est unique à Gumri et extrêmement rare en Arménie. Pour les habitants, ce confort représente un luxe inestimable. La reconnaissance de la population s’exprime à travers le taux d’encaissement des factures : la compagnie des eaux ne comptabilise dans le quartier d’Ani qu’à peine 5% de factures impayées, et l’entretien du réseau d’Ani est autofinancé par le paiement de leur consommation par les habitants.

Fin 2005, il reste malgré tout un différentiel important entre l’eau qui arrive dans le quartier et les consommations enregistrées aux compteurs des habitations. A force de recherches, une fuite importante finit par être identifiée. Sa réparation permet une économie d’eau suffisante pour pouvoir étendre le projet aux quartiers voisins Mouch 1 et Mouch 2.
Bonne nouvelle : lorsque nous rencontrons Jacques Matossian à Stepanakert (Haut-Karabakh), il nous informe qu’il vient de recevoir une partie des 140 000€ nécessaires via l’Agence de l’eau Seine-Normandie, et que les travaux peuvent commencer. 


Entre-temps, pas de repos…
En 2006, SPFA permet l’approvisionnement en eau 24 heures sur 24 de l’hôpital Samariter à Gumri grâce à deux réservoirs de 5000 m3, et installe un appareil d’ultrafiltration pour la nouvelle unité d’hémodialyse (qu’elle contribue à financer également).

L’accès à l’eau ne saurait être réservé aux habitants des villes. Forts de nouveaux financements, et avec cette même volonté d’agir, Jacques Matossian et Dominique Chenille prennent cette fois la route des montagnes pour installer l’eau courante à Lernout en 2006 et Djadjour en 2007, deux villages près de Gumri.
A Lernout, ils doivent d’abord construire la voie qui permettra de réaliser les captages. Ils installent ensuite un réservoir neuf et rénovent la canalisation centrale. Après, à chaque habitant de prendre sa pelle pour creuser lui-même la tranchée dans laquelle sera posée le raccordement jusqu’à son habitation.

Les projets sur l’eau de SPFA ne s’arrêtent pas à la région de Gumri. En 2007 et 2008 l’association agit pour l’accès à l’eau dans les villages de Khatchen et Khanbad, dans le Haut-Karabakh, toujours en collaboration avec Aquassistance.
 

Jacques Matossian veut que tous les Arméniens aient accès à l’eau courante. Il sait que ce rêve prendra encore plusieurs années. Il cherche un ingénieur projet bénévole pour lui passer un jour le flambeau de cette mission.

Le centre de Gumri mène également des projets dans les domaines de la santé et de l’éducation. A suivre…

Contacts

SPFA (Solidarité Protestante France Arménie
E-mail : Paris@spfa-armenie.org
Site Internet : www.spfa-armenie.org
Téléphone : +33 1 47 35 30 23
Fax : +33 1 53 80 19 49

Aquassistance
E-mail : contact@aquassistancenet.org
Site Internet : www.aquassistancenet.org
Téléphone : +33 1 58 18 50 36
Fax : +33 1 58 18 46 87

Gabrielle et François