Mercredi 11 mars. Nous partons de Vanadzor pour Gumri, pour visiter le travail que mène l’association SPFA dans cette ville.

La ville de Gumri a été entièrement dévastée en 1988 par un tremblement de terre de 6,9 sur l’échelle de Richter qui a fait environ 30 000 victimes et plus de 15 000 blessés. Auparavant, la ville comptait 250 000 habitants et était un important centre industriel d’Arménie ; son combinat de textile était le 3ème d’URSS. Aujourd’hui, la population de Gumri est d'environ 130 000 habitants, et l’activité économique est au ralenti.

Après le séisme, chaque république d’URSS a apporté sa contribution pour reconstruire la ville, quartier par quartier. Gagik Papikian, dit "Gagou", l’ingénieur de SPFA, nous conduit vers le réservoir d’eau de Gumri pour nous montrer une installation réalisée par l’association. Nous apercevons au loin les quartiers de Mouch 1 et Mouch 2 où se dressent des immeubles fantômes au milieu de champs défoncés.
A la chute de l’URSS en 1991, le travail de reconstruction a été brutalement interrompu, et les quartiers Mouch alors en chantier sont restés inachevés. De plus, lors des travaux de terrassement toute la terre arable a été transportée ailleurs, du coup la zone n’est même  plus bonne pour l’agriculture.

   Quartiers Mouch

Après la visite du réservoir d’eau, Gagou nous conduit à l’extérieur de la ville, vers la frontière turque. Nous quittons la route pour un chemin de terre qui se perd au milieu de gravats. Nous roulons dans une ancienne carrière où ont été évacués les débris des immeubles après le séisme.
Au détour d’un lacet, nous apercevons le clocher typique d’une église arménienne. C’est une « surprise » de Gagou, qui mêle l’utile à l’agréable en nous faisant faire un peu de tourisme. Nous arrivons au monastère de Marmashen, plus que millénaire (sa construction a commencé en 986). A côté de l’église, une rivière s’écoule au milieu de gorges escarpées. L’atmosphère paisible du lieu donne l’impression de respirer à pleins poumons. Quel contraste avec l’ambiance sinistre de la carrière ! C’est comme une perle dans son écrin.

   Monastère de Marmashen

Nous retournons à SPFA en passant par le centre ville. Kagou nous explique qu’autrefois se tenaient là des immeubles de 15-20 étages… il n’en reste plus un seul. Le vieux Gumri est en partie rénové, mais il reste encore beaucoup à faire et le chantier continue. A côté des églises, le clocher abattu est conservé en témoignage de la violence du choc.

Nous allions à Gumri pour visiter des projets menés par SPFA, le séisme de 1988 était pour nous une donnée de départ assez théorique. A travers nos visites et les conversations avec les membres de l’association (et malgré leur grande pudeur), nous mesurons mieux l’ampleur du désastre.
Depuis 20 ans, la ville a dû aussi faire face à la chute de l’Union Soviétique puis à la guerre contre l’Azerbaïdjan. Des hommes et des femmes de bonne volonté se battent pour relever la ville, et petit à petit l’espoir renaît grâce à leur énergie et leur persévérance.

François