Lundi 9 mars, nous sommes reçus dans les bureaux de l’association CRPCF (Children Protection Charity Fund) par Karine Antonyan, la présidente, juriste, Edmon Simonian, docteur en médecine et vice-directeur d’un grand hôpital d’Erevan, et Lamara Kocharyan, avocate. L’association, fondée en 2001, compte en tout 8 membres, tous d’éminentes personnalités dans leur domaine : le droit, la médecine ou l’enseignement supérieur.

Karine Antonyan nous présente le CRPCF, la seule association en Arménie qui a pour objet la défense des droits des enfants. Les membres de l’association agissent en donnant de leur temps et en utilisant leur réseau d’influence pour défendre les droits des enfants.

Les membres du CRPCF demandent auprès des autorités l’application des lois existantes et le respect de la charte de l’ONU sur les droits de l’enfant que l’Arménie a ratifiée. A titre d’exemple, la loi qui prévoit la gratuité des soins pour tous les enfants jusqu’à 14 ans n’était appliquée dans les faits que pour les enfants de 0 à 3 ans. Suite à l’action du CRPCF, en 2002 les autorités ont étendu l’application de cette loi aux enfants de 4 à 7 ans.

Le CRPCF tente aussi de faire voter de nouvelles lois en faveur de l’enfance. Au moment de notre visite, il milite auprès du parlement pour instaurer un examen médical gratuit et obligatoire pour tous les enfants jusqu’à 14 ans.

Les actions de lobbying sont parfois plus ciblées. Lorsque Karine Antonyan a appris que l’hôpital pour enfants de Erevan devait être privatisé pour la modique somme de 25 000 dollars, elle a alerté jusqu’au président arménien pour stopper la vente. Cette vigilance a permis à cet hôpital de rester un service public.

Enfin, le CRPCF fournit une aide juridique gratuite aux familles démunies pour que les droits des enfants soient mieux pris en compte, notamment dans les nombreux cas de divorces. L’association a ainsi procuré bénévolement plus de 3 500 consultations juridiques depuis sa création. Même si l’objectif recherché est la conciliation, le CRPCF ne recule pas devant le recours à l’institution judiciaire pour défendre les intérêts des enfants.

   Karine Antonyan et Lamara Kocharyan encadrant Amar, notre traducteur

Nous partons pour le tribunal d’Octamberian, à une cinquantaine de kilomètres de Erevan,  où Lamara Kocharyan va plaider devant nous la cause d’une mère de 2 enfants. Lorsque son divorce a été prononcé, le père des enfants a fourni de faux documents pour obtenir de payer la pension minimale, soit 7 000 Drams (16 €) par mois pour les deux enfants. Le CRPCF demande la révision de la pension.

La plaidoirie commence. Alors qu’elle nous paraissait être une femme plutôt discrète, Lamara Kocharyan change d’expression et expose les faits avec détermination. Le juge, lui, semble écouter distraitement. De temps en temps il jette des petits coups d’œil de notre côté, se demandant sans doute ce que font ces deux Français dans son tribunal, puis reprend sa mine austère de circonstance.

Une demi-heure plus tard la séance est levée. Lamara Kocharyan a l’air optimiste sur le verdict, nous apprendrons plus tard qu’elle a obtenu que la pension soit révisée à 30 000 Drams par mois (68 €), plus de 4 fois le montant initial.

 

 

 

Nous sommes invités dans les coulisses du tribunal pour rencontrer le juge. Il s’avère plutôt sympathique, et nous fait part de ses impressions très positives sur le travail de l’association. Il a quitté son masque d’homme de loi et nous accorde l’honneur de le prendre en photo, en revêtant sa robe pour l’occasion.


 

 

En plus de la protection des droits des enfants, le CRPCF mène aussi de nombreuses autres actions pour l’amélioration de leur santé et de leur bien-être.

Sur le chemin du retour, nous sommes accueillis par la directrice de la crèche municipale de Metzamor. A l’époque soviétique, cette crèche était financée par la centrale nucléaire attenante à la ville, mais la municipalité n’a pas pris le relais lors du changement de régime. Le bâtiment est dans un état déplorable faute d’entretien, et le CRPCF finance certains travaux de rénovation les plus urgents.

  • Le CRPCF a également financé la rénovation de l’unité de réanimation de l’hôpital d’enfants de Erevan, et distribué des vitamines et des lunettes pour environ 150 enfants.
  • Il tente de remettre sur pied un système semblable au SAMU qui existait du temps de l’URSS mais a périclité. Actuellement seul Erevan et quelques grandes villes disposent d’un service d’ambulances.
  • Il arrive ponctuellement aux membres de l’association de financer pour des enfants de plus de 7 ans certaines opérations chirurgicales, dont ils négocient le prix avec les médecins de leur réseau.
  • L’association distribue des vêtements, des chaussures et de la nourriture à des familles défavorisées.

Comment aider le CRPCF ?

L’association est intéressée par toutes les bonnes volontés disposées à agir pour le bien-être des enfants. Financements, vêtements, matériel médical… les besoins sont énormes, mais Karine Antonyan insiste sur la nécessité de les consulter avant toute initiative. Il est arrivé au CRPCF de recevoir des colis de vêtements complètement inutilisables. L’association a dû payer pour les brûler, alors que l’argent donné pour les envoyer aurait permis d’acheter le nécessaire sur place…

Le CRPCF mène ses actions dans le domaine juridique grâce au travail bénévole de ses membres. Les dépenses de fonctionnement et les autres actions du CRPCF sont financées par ses membres et parfois par des dons non conditionnels. Cette association se pose en contrepouvoir et a pour priorité de conserver son indépendance.
Nous saluons la détermination et l’implication des membres du CRPCF dans la défense de l’intérêt des enfants. A force de travail et de pragmatisme, leur action porte ses fruits.

Contacts

E-mail : crpcf@operamail.com
Site Internet : www.crpcf.netfirms.com
Téléphone (en Arménien) : +374 10 573 356
Fax : +374 10 269 282

François