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Esp'errance

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jeudi 6 août 2009

n°5 – Le Tamil Nadu


n°5 – Le Tamil Nadu


Le 7 juin, nous franchissons la chaîne des Ghats occidentaux pour quitter le Kerala et entrer dans le Tamil Nadu. Changement radical d’ambiance, en quelques kilomètres nous pouvons vérifier la devise indienne : « One state, many worlds » (un état, plusieurs univers).

Nous faisons route vers Madurai., notre première étape au Tamil Nadu. Là, nous avons rendez-vous avec Henri Tiphagne qui nous présente l’action de son organisation de défense des droits de l’homme, People’s Watch







 

Nous profitons de notre passage dans le Tamil Nadu pour visiter les grands temples vivants Chola, une plongée au cœur de l’hindouisme.

 


 

 


 
Nous nous arrêtons quelques jours à Pondichéry, l’ancien comptoir français des Indes. A une dizaine de kilomètres, nous découvrons Auroville, une « cité universelle en construction »…


 


 

 

A Chennai (autrefois appelée Madras), nous rencontrons les membres de  Janodayam, qui se battent pour les droits des « scavengers », les plus déshérités des « intouchables ». Nous faisons également la connaissance d’un jeune entrepreneur qui a décidé de mettre son énergie au service des autres.
 






En repartant du Tamil Nadu, nous faisons halte à Bangalore, où nous rencontrons Harish Hande, le fondateur de Selco, une entreprise d’un genre nouveau.
 

 

 


 

Nous retournons à Mumbai pour clôturer notre grande boucle dans le sud de l’Inde. Nous rencontrons le Dr Mary Alphonse, qui nous présente les activités du « College of Social Work » qu'elle dirige.

 


  



Nous repartons de Mumbai le 2 juillet, après un mois particulièrement  riche en découvertes. Direction le nord de l’Inde, jusqu’aux montagnes de  l’Himalaya, pour aller chercher un peu de fraîcheur.

Bonne lecture !


Gabrielle et François


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lundi 3 août 2009

College of Social Work Nirmala Niketan

Le « College of Social Work Nirmala Niketan » est né en 1955 de l’initiative des Filles du Cœur de Marie, une société religieuse venue travailler à Bombay auprès des populations défavorisées. Dans le but d’organiser une aide de qualité sur le long terme, elles créent cette école pour former des professionnels du travail social parmi la jeunesse indienne. Depuis l’Institut s’appuie sur son expérience pour s’adapter à l’évolution de la société et anticiper les besoins de demain. 

La principale, Dr Mary Alphonse, souligne la particularité de l’Institut qui s’attache à transmettre non seulement des connaissances, mais aussi la passion et la conviction nécessaires pour travailler dans le milieu social. Les élèves acquièrent une rigueur professionnelle tout en s’appuyant sur des valeurs humaines fortes. Ils développent à la fois un regard critique et une vision globale pour appréhender les problèmes qui leur seront confiés. En formant cette « armée de travailleurs sociaux », l’Institut veut contribuer à la construction d’un nouvel ordre social basé sur la dignité humaine et la justice sociale.

            Dr Mary Alphonse, principale du CSW

Le « College of Social Work » est affilié à l’Université de Bombay. Chaque année, près de 250 étudiants sont diplômés en licence et maîtrise. Un doctorat est également proposé aux travailleurs sociaux ayant au moins 3 ans d’expérience professionnelle. L’Institut dispense par ailleurs des formations de courte durée et des cours par correspondance, pour des adultes en recherche d’emploi ou exerçant un métier auprès de populations sensibles.

Nous suivons la principale à travers les couloirs de l’école, elle nous montre le laboratoire audio-visuel, la salle informatique, puis nous entrons dans une bibliothèque toute neuve où de gros volumes de droit social et de nombreux ouvrages emplissent les étagères. Ces différents supports sont mis à disposition des élèves pour leur permettre de mener les travaux de recherche qui servent de base dans les cours. L’équipe enseignante aussi est mise à contribution au sein d’une unité de recherche qui étudie certains problèmes sociaux à la demande du gouvernement ou d’ONG telles que l’UNICEF. Des professeurs et des intervenants extérieurs partagent leurs réflexions dans une publication trimestrielle.

                            La bibliothèque du CSW

Pour être fructueux, cet esprit de recherche doit être confronté avec les réalités extérieures. L’Institut accorde une place importante à l’apprentissage sur le terrain : les étudiants consacrent 2 jours et demi par semaine à leur projet d’étude. Cette approche leur donne une perspective critique à travers la pratique. C’est au cœur de l’action que les élèves acquièrent leur  « savoir-faire » et révèlent leur « savoir-être ».

Les sujets proposés aux élèves sont sélectionnés par l’équipe enseignante auprès d’organisations partenaires, ou parmi les projets de terrain conçus et développés au sein de l’Institut. Grâce à l’expérience acquise au fil des années, l’école et ses professeurs sont devenus des observateurs privilégiés des problématiques sociales à Bombay et dans la région. Depuis 1974, ils ont lancé plusieurs projets pour s’attaquer à certains problèmes sociaux avec des approches innovantes : dialogue interreligieux, éducation des enfants de mères prostituées, travail auprès des enfants des rues… Lorsque le Dr Mary Alphonse nous présente ces programmes, nous sommes impressionnés par la diversité des interventions et l’ampleur des actions menées.

L’école agit comme une pépinière de projets sociaux. Les projets lancés sont accompagnés par les professeurs et soutenus financièrement par le College of Social Work pendant cinq ans. Les responsables, choisis parmi les anciens élèves, sont chargés de la coordination, de la communication et des recherches de financements. A la fin des cinq années, le projet doit voler de ses propres ailes, de manière indépendante ou sous la tutelle d’une autre ONG.


Les responsables des deux projets initiés depuis 2004 sont venus nous présenter leurs travaux.

Manisha Desai nous présente le projet AROEHAN (Activities Related to the Organisation of Education, Health and Nutrition), mené à Mokhada. Cette région de l’état du Maharastra cumule tous les maux dont un grave problème de malnutrition : 3 enfants sur 4 sont touchés. L’équipe décide de s’attaquer aux racines du problème pour faire revivre Mokhada. D’ailleurs en langue Mahrati, AROEHAN signifie résurrection.

            Manisha Desai, responsable du projet AROEHAN

Les filles mariées très jeunes ont souvent leur premier enfant dès 13 ans, alors qu’elles ne sont pas prêtes à être mères. L’association leur donne des cours de santé et de nutrition dans les écoles pour les aider à prendre soin de leur enfant comme d’elles-mêmes.
D’autre part, la déforestation a entraîné la sécheresse et l’appauvrissement des sols, rendus impropres à l’agriculture. Le manque de nourriture et d’emplois pousse certaines familles à l’exode et la région s’appauvrit d’autant. Pour arrêter ce cercle vicieux, l’association enseigne avec l’aide d’experts des techniques agricoles simples et respectueuses de l’environnement pour enrichir de nouveau les sols et lutter contre la sécheresse.
Enfin, il existe des lois d’aide aux zones rurales défavorisées concernant l’emploi, les services de santé, les subventions à l’achat de nourriture… AROEHAN joue un rôle important en informant les habitants de leurs droits et en les encourageant à se mobiliser pour les faire valoir auprès du gouvernement. Au début du projet, les habitants craignaient que de telles démarches ne mènent à des représailles d’agents de l’Etat corrompus. A force de sensibilisation et d’accompagnement, les habitants se sont organisés et ont obtenu des aides importantes, s’ouvrant la voie d’une vie meilleure grâce à leur courage.

Les 14 membres de l’équipe poursuivent leur combat avec l’aide de l’école, du gouvernement et d’ONG partenaires.


Le lendemain, nous avons rendez-vous sur le terrain avec Greeshma Francis, la responsable du programme CHIRAG (Communauty Health Initiative and Research Action Group), créé en 2004 pour aider les personnes atteintes du SIDA. L’Inde est la 2ème région du monde la plus touchée par l’épidémie après l’Afrique (2% de la population est infectée). Les malades et leur famille souffrent d’une discrimination très forte, qui s’ajoute au poids la maladie elle-même. CHIRAG, qui signifie en hindi « lampe allumée », veut redonner aux malades l’espoir d’une vie meilleure et les moyens d’y parvenir.

Greeshma Francis, responsable du projet CHIRAG et Kamlakar, membre de l’équipe

Il pleut des cordes, nous grimpons dans un train de banlieue en direction de Dharavi. Ce quartier concentre une population de migrants qui affluent chaque jour par centaines. Le SIDA est un des nombreux maux qui frappe ici plus qu’ailleurs. Nous sortons de la gare au milieu de rangées d’immeubles prématurément vieillis. Nous suivons Greeshma dans le dédale des rues pour grimper dans l’un d’entre eux où se trouve le bureau de CHIRAG. Les enfants jouent, les voisins nous saluent… Immergée dans la vie du quartier, l’association accueille les malades et se bat pour leur réhabilitation au sein de la communauté.

Le premier contact avec les malades s’établit le plus souvent au travers de la cellule de soutien mise en place à l’hôpital où 300 à 500 malades viennent chaque jour recevoir leur traitement.
A Dharavi, CHIRAG propose différents ateliers pour apprendre aux malades à prendre soin d’eux, à gérer leur maladie, et surtout à surmonter le choc et reprendre confiance en eux. Un groupe de soutien rassemble chaque mois 50 à 60 personnes pour partager leurs problèmes, doutes ou interrogations. CHIRAG rend visite aux familles pour les informer sur le SIDA et les encourager à soutenir leurs malades.
L’équipe mène un important travail de sensibilisation auprès de la communauté pour que cesse la discrimination. Elle s’appuie sur le réseau des structures publiques existantes : écoles, administrations, hôpitaux… dans lesquelles elle a formé plus de 200 animateurs pour relayer son message. Des animations sont également organisées autour d’évènements festifs : tournoi de cricket, concours de peinture, théâtre de rue… autant d’occasions de parler du SIDA et de défendre la cause des malades, en dépassant la peur.
La réintégration des malades passe aussi par un emploi que la plupart ont perdu. L’association propose des formations professionnelles pour leur permettre de créer leur propre activité à domicile. Dans la même perspective, un programme de micro-crédit dédié aux femmes a été lancé récemment.
Enfin, quand le recours à la justice est nécessaire (violence conjugale, licenciement abusif …), CHIRAG se bat auprès des malades avec l’aide d’avocats spécialisés.
Encouragée par la réussite du projet à Dharavi, l’équipe de CHIRAG ouvre un second bureau dans le quartier de Bhandup en 2005.

Tout ce travail est réalisé par une équipe de 8 personnes avec le soutien de l’école et de l’ONG Rangoonwala Foundation India Trust.

            Une bénéficiaire du programme CHIRAG

Ces deux projets illustrent la philosophie du travail social enseignée par le « College of Social Work ». Ils sont menés avec cœur et talent par des jeunes enthousiastes qui prennent garde de ne pas confondre l’empathie avec la sympathie.


Comment les aider ?

Pour continuer à accompagner les projets en cours, et en lancer de nouveaux, le College of Social Work est constamment en recherche de fonds auprès des ONG comme des particuliers. Les volontaires sont également bienvenus dans le cadre des projets AROEHAN et CHIRAG (Greeshma Francis recherche notamment des personnes pour maintenir et développer le site internet de CHIRAG).

Contacts

College of Social Work Nirmala Niketan
38, New Marines Lines
MUMBAI 400 020
Téléphone : +91 22 22002615, +91 22 22067345
Fax : +91 22 22014880
Email : colsocwk@mtnl.net.in
Website : www.collegeofsocialwork.in

AROEHAN
Email : aroehan@gmail.com

CHIRAG
Email : chirag_nn@yahoo.com

Gabrielle

dimanche 26 juillet 2009

Selco


27 juin. Nous sommes à Bangalore, la capitale du high-tech en Inde, pour rendre visite à Selco, une entreprise qui travaille dans le domaine de la technologie solaire.


Selco n’est pas une ONG, mais une entreprise, et plus exactement une « entreprise sociale ». A la différence d’une entreprise « normale », dont l’objectif prioritaire est la maximisation des profits, une entreprise sociale a pour but premier le service de l’intérêt général. Les profits sont recherchés, mais seulement pour permettre la réalisation d’un objectif social, comme un moyen plutôt qu’une fin. Selco se donne pour mission l’approvisionnement en électricité solaire des personnes exclues des circuits de distribution classiques.

En 1993-94, Harish Hande poursuit ses études d’ingénieur aux Etats-Unis dans le domaine de l’énergie. Lors d’un voyage en République Dominicaine, il découvre que des personnes à faible revenu peuvent choisir de s’approvisionner en énergie solaire et payer le coût de l’installation plutôt que de rester sans électricité. Il fait de l’électrification en milieu rural le sujet de sa thèse. En 1995, son doctorat obtenu, il retourne en Inde et il fonde Selco pour mettre en pratique ses théories.
                                Harish Hande

Pourquoi choisit-il de créer une entreprise sociale plutôt qu’une société standard ?

Harish Hande nous répond que le modèle actuel de l’entreprise qui vise le profit pour lui-même n’est pas viable. Cette course à l’enrichissement s’appuie sur une vision à court terme et génère une fausse richesse, un faux confort. En Inde, la croissance actuelle de 8-9% a pour contrepartie une dégradation accélérée de l’environnement et une augmentation du nombre de pauvres qui déstabilise la société. Il cite le Mahatma Gandhi : « une affaire commencée dans le seul but de faire du profit n’est pas durable ».

L’argent est un bien mauvais maître… mais il est un bon serviteur : Gandhi explique aussi que la rentabilité est la seule façon de rendre viable une organisation. Pour Harish Hande, qui a toujours voulu travailler dans le domaine du développement, la forme de l’entreprise est plus efficace que celle de l’ONG. Alors qu’une ONG « classique » doit être constamment approvisionnée en fonds, l’entreprise sociale cherche à rentabiliser un investissement initial pour offrir ses services sur le long terme. Harish Hande est convaincu qu’on peut satisfaire les besoins en électricité des personnes qui en sont privées tout en restant rentable.

             Gandhi

En Inde, 57% de la population n’a pas accès à l’électricité, principalement en zone rurale. Ces personnes exclues du réseau de distribution sont des pauvres, et doivent payer plus cher pour s’éclairer que des citadins aisés. A titre d’exemple, pour un vendeur de rue ou une famille de villageois, l’utilisation d’une simple lampe à fuel (polluante) revient à 40 roupies (0,60 €) par jour en carburant, alors qu’un foyer moyen de Bangalore paie environ 20 roupies (0,30€) par jour pour sa facture d’électricité, tout compris.

De manière naturelle, Harish Hande se tourne vers le solaire, une énergie propre particulièrement adaptée au milieu rural dans un pays tropical. Les débuts de l’entreprise sont difficiles : pendant les 5 premières années, Selco ne vend que 500 installations. Plutôt que de chercher à casser les prix en diminuant la qualité, Harish Hande persévère à fournir des solutions réellement durables à ses clients. C’est un autre aspect du renversement des priorités par rapport à une entreprise classique : la recherche de la satisfaction du client est un but en soi, et non une simple question d’image… Il met en place un service après-vente, toutes les installations Selco sont garanties pendant 5 ans.

Une installation solaire nécessite un investissement important, mais à long terme l’électricité produite est gratuite. Pour permettre à ses clients pauvres d’accéder à cette technologie, Selco noue des partenariats avec des institutions financières qui permettront à ceux-ci de financer l’investissement à crédit. Selco n’est pas un fabricant de matériel solaire, mais s’approvisionne auprès de différents fournisseurs sélectionnés pour la qualité de leur offre. Le rôle de l’entreprise est d’écouter les besoins spécifiques du client et d’évaluer sa capacité de remboursement. Ce modèle d’entreprise lui offre la plus grande liberté pour offrir à chaque client la solution la plus adaptée à son cas : installation technique et mode de financement.

Ce travail est effectué par des petites équipes de terrain disséminées dans tout le vaste état indien du Karnataka, particulièrement motivées par leur « mission ». C’est le mot qu’emploie Sarah Alexander, une des responsables de l’entreprise, quand elle nous détaille les activités de Selco ; ses yeux brillent. Visiblement, travailler pour une entreprise sociale donne une perspective différente au travail, et elle nous confie que sa motivation est sans commune mesure avec ce qu’elle a connu dans de précédents emplois.
              Sarah Alexander

L’efficacité d’une entreprise sociale n’est pas mesurée par le niveau de profit atteint, mais par sa capacité à remplir un objectif « social » : pour Selco, équiper un maximum de foyer avec des installations de qualité. Harish Hande prend soin de choisir des investisseurs qui partagent la même vision. Actuellement, tous les actionnaires de Selco sont des organisations à but non lucratif qui trouvent la démarche d’Harish Hande plus efficace et moins coûteuse qu’une assistance directe à la population visée.

Et çà marche ! Statistiquement, les clients à faible revenu de Selco remboursent leur emprunt plus sûrement que ne le feraient des personnes plus aisées. Ils constatent l’apport réel que l’électricité leur procure : souvent une simple lampe est une source de revenus supplémentaires pour ces personnes, leur permettant de travailler après la tombée de la nuit. Une fois qu’une famille a été démarchée par les équipes de Selco, généralement le reste du village demande peu à peu à s’équiper grâce au bouche-à-oreille, la meilleure publicité.

             Un lampadaire solaire Selco Solar

Aujourd’hui, Selco compte 140 collaborateurs et continue sa croissance. Depuis sa fondation en 1995, la société a vendu plus de 100 000 installations solaires.

A l’origine implantée dans le seul état du Karnataka, Selco tente une percée au Gujarat avec l’aide de SEWA, un syndicat de femmes indépendantes dont la banque coopérative servira de partenaire financier dans cet état. La société projette d’étendre ses activités dans d’autres états indiens, selon les partenariats financiers qui pourront être conclus localement.

Harish Hande souhaite aussi étendre le modèle qu’il a construit à d’autres technologies. Selco cherche des solutions simples et peu coûteuses à mettre en œuvre pour permettre à ses clients d’améliorer leur quotidien tout en respectant leur environnement. Récemment, la société s’est associée à un fournisseur de cuisinières à bois innovantes qui récupèrent le maximum de la chaleur produite par la combustion. Le client a besoin de moins de bois pour cuisiner, la forêt s’en porte mieux. Comme pour l’énergie solaire, Selco se pose en partenaire d’un fournisseur de technologie douce et d’un organisme financier pour fournir la solution la plus adaptée à chaque client.

Contacts

Site Internet : www.selco-india.com

François

mardi 21 juillet 2009

La Boulangerie, histoire d’un jeune entrepreneur

Nous profitons de la fraîcheur du hall d’un hôtel de luxe de Chennai, où se trouve… une boulangerie à la française, qui offre à nos regards d’appétissantes pâtisseries ainsi qu’un assortiment de petits pains et de belles baguettes. Insolite ? Nous sommes venus rencontrer Alexis de Ducla, le jeune entrepreneur français qui a ouvert cette boutique au cours d’une aventure un peu particulière…

Alors qu’Alexis se prépare à entrer en école de commerce et imagine déjà sa carrière dans la finance, il fait une rencontre déterminante qui bouleverse tous ses plans. Le Père Ceyrac, très actif auprès des pauvres en Inde, est venu faire une conférence sur la cause des dalits dans le lycée d’Alexis. Ce dernier n’y assiste pas, préférant prendre une pause dans un café voisin. Le destin est parfois tenace car c’est justement là qu’ils font connaissance. Le Père Ceyrac a la conviction qu’Alexis a les qualités de cœur et d’esprit pour l’aider dans son combat contre la pauvreté et l’invite à venir en Inde. Dès le lendemain, Alexis prend ses billets d’avion. Puis, il organise des évènements culturels pour récolter des fonds avant son départ. Quelques mois plus tard, il est à Madurai, dans le Tamil Nadu, où il travaille deux mois dans une association fondée par le Père Ceyrac. Il attrape le virus…
                                  Rencontre avec le Père Ceyrac

A son retour, il intègre l’ESSEC, une prestigieuse école de commerce française, où il choisit une spécialisation en entreprenariat social. Son cursus lui permet de retourner régulièrement en Inde durant 5 ans, alternant les périodes de cours et les séjours à Madurai. Pendant cette période, il travaille avec une association qui soutient les dalits dans les villages en leur offrant éducation et formations professionnelles. Il y rencontre un boulanger français venu enseigner son métier. Il a alors l’idée d’ouvrir une « boulangerie-école » à Chennai pour former des jeunes de milieux défavorisés et leur permettre de trouver un emploi dans la restauration de luxe. Les profits des ventes de la boulangerie devront permettre de financer le fonctionnement de l’école. L’aventure est lancée. Il crée une association et trouve des financements pour démarrer son projet. Il a l’occasion de mettre en pratique les connaissances acquises durant ses études et de créer une structure dans laquelle le profit n’est pas une fin, mais un moyen au service d’un objectif social.
 
En 2006, La Boulangerie voit le jour. L’encadrement est constitué d’un chef boulanger et de six employés, pour une capacité d’accueil de 24 apprentis par an, formés en alternance. Ceux-ci sont recrutés sur des critères de pauvreté et de motivation. Ils sont nourris, logés, blanchis et reçoivent un salaire pour les aider à démarrer leur vie professionnelle une fois la formation terminée. Les deux premières années se déroulent avec succès, La Boulangerie s’autofinance à 50%. Malheureusement la crise survient, et les fonds se tarissent. Alexis tente de redresser la barre en augmentant le taux d’autofinancement, mais le suivi de l’école en pâtit. Se rendant compte des limites de son modèle, il limite le nombre d’inscriptions en 2008, avant de fermer l’école à la rentrée 2009. Cela lui permet de finir sur un bilan positif : sur 35 apprentis formés, 30 ont déjà un emploi, et il accompagne les derniers dans leur recherche.
                                  Alexis de Ducla et un des employés de La Boulangerie

Alexis ne se décourage pas, et part visiter de nombreuses associations à travers l’Inde pour étudier leur fonctionnement et comprendre leurs points forts. Il constate que les organisations qui marchent sont celles qui adoptent des règles claires et cohérentes, sans « romantiser la misère » selon l’expression d’un de ses mentors. La plupart des formations proposées sont payantes, et cela leur donne de la valeur aux yeux de ceux qui investissent pour les suivre. Alexis cite l’exemple d’une de ces organisations qui propose des formations ultra spécialisées, sur 3 mois, à un rythme intensif. Le responsable part du principe que les pauvres n’ont pas les moyens de rester plus longtemps sans travail et doivent pouvoir rentabiliser rapidement leur formation.

Alexis réfléchit à présent à un nouveau projet, où il pourra mettre à profit l’expérience acquise. Il s’est détourné d’une carrière classique pour mettre ses talents au service de ce en quoi il croit. Nous lui souhaitons d’être de ceux qui inventent et ouvrent le chemin de l’entreprenariat social, qui redonne la priorité aux valeurs humaines.

Gabrielle

lundi 13 juillet 2009

Janodayam

Le 23 juin, nous avons rendez-vous avec l’organisation Janodayam à Chennai (Madras).

Dans la tradition hindoue, la société est organisée en différentes castes. Par sa naissance, chacun appartient à une caste qui lui confère un rôle spécifique. Dans l’ordre décroissant en terme de « pureté » rituelle : les brahmanes sont les prêtres et les lettrés, les ksatryas sont les guerriers (et les policiers), les vaisyas sont les commerçants et les paysans, et les sudras sont les artisans. Reste tous les « hors-castes », appelés parias ou dalits (ou encore « intouchables »), cantonnés aux tâches considérées comme les plus impures.

Chaque caste est elle-même divisée en un grand nombre de sous-castes (on en compte 3000 en Inde), correspondant à des métiers bien particuliers. Les arunthathiyars ont hérité du métier « d’éboueurs ». Ces dalits ont pour tâche de s’occuper de tout ce qui touche aux déchets et excréments humains dans des conditions souvent dégradantes (ils sont notamment chargés de nettoyer les toilettes et les égouts à mains nues). Environ 1,6 millions en Inde, ils sont méprisés par tous, même par les autres dalits. L’objectif de Janodayam est de venir en aide à ces « éboueurs », les parias des parias, dans l’état du Tamil Nadu.
              Les castes en Inde

Nous sommes reçus dans les locaux exigus de Janodayam par G. Israel, le directeur du programme. Tous les responsables de l’association sont réunis pour l’occasion. Jayanthi, une des organisatrices, nous accueille par un chant de bienvenue. En tout, l’association compte 22 permanents et 30 animateurs à temps partiel.
             L’équipe de Janodayam

Janodayam est une ONG fondée en 1983 par le révérend Claude D’souza, un jésuite. G. Israel rejoint l’organisation en 1984. Lui-même fils « d’éboueur », ses études lui ont permis d’échapper au destin attaché à sa caste et il veut entraîner le reste de sa communauté derrière lui.

L’organisation mise sur l’éducation des enfants pour mettre fin à la condition infamante des arunthathiyars. Dans ce but, Janodayam soutient près de 1000 enfants en leur donnant gratuitement des cours du soir. En plus de cela, chaque année, les enfants de 10ème (15 ans) et de 12ème (17 ans) peuvent suivre un mois d’école intensive avant les examens. Grâce à ce programme, environ 70 enfants par an intègrent le Loyola College voisin, une des meilleures universités d’Inde. Avec un diplôme d’ingénieur ou un doctorat, leur condition sociale change automatiquement. Depuis 1983, 2000 enfants arunthathiyars ont ainsi pu intégrer cette université.
                      L’université Loyola de Chennai

Janodayam mène aussi des actions auprès des femmes arunthathiyars. En 2000, l’organisation crée l’APMS, qui se donne pour objectif d’aider les femmes à atteindre l’autonomie économique et sociale. Des groupes d’entraide se réunissent chaque semaine pour aider ces femmes à prendre confiance en elles. L’APMS organise des formations professionnelles courtes (3 à 6 mois) : couture, broderie, informatique, soins médicaux… Grâce à ce programme, les femmes peuvent trouver un emploi et augmenter les revenus du foyer. Et surtout, elles retrouvent leur dignité vis-à-vis d’une société qui les considère comme « intouchables ».


La même année, G. Israel fonde un mouvement citoyen, le TAAMS (Tamilnadu Adi Andhra Arunthathiar Mahasabha). Celui-ci a pour objectif d’organiser les arunthathiars afin de faire pression sur le gouvernement pour satisfaire les besoins les plus criants de la communauté et faire respecter ses droits.

En 1993, une loi fédérale a été promulguée en Inde pour l’éradication du travail manuel des « éboueurs » : les excréments humains ne doivent plus être ramassés à la main, et tout employeur contrevenant s’expose à 1 an de prison et 2000 roupies d’amende. Mais cette loi est facilement contournée car les entreprises et les administrations font le plus souvent appel à des éboueurs « indépendants » qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. En 2002, le TAAMS plaide la cause des arunthathiyars auprès du gouverneur du Tamil Nadu. La rémunération des éboueurs « indépendants » employés ponctuellement dans les administrations et les écoles est augmentée au niveau du salaire minimum légal.

Le TAMMS continue à militer avec d’autres organisations de défense des dalits. En 2007, ils réussissent à obtenir une couverture sociale pour ces éboueurs « indépendants » auprès de l’état du Tamil Nadu. Dès 2008, des fonds publics permettent d’offrir à ces travailleurs une assurance santé et accidents du travail, ainsi que des aides en cas de maternité, mariage ou décès (les funérailles coûtent très cher en Inde). Janodayam est associé à la mise en place de la nouvelle administration créée pour gérer ce système.

En Inde, 18% des places dans les universités et des postes dans l’administration sont réservées aux dalits pour favoriser leur insertion sociale. Cependant, au sein des dalits, les arunthathiars sont trop déconsidérés pour en bénéficier. Le TAAMS obtient en 2008 du gouvernement du Tamil Nadu un quota dans le quota, 3% des places sont désormais réservées aux seuls membres de la communauté des « éboueurs ».


L’entretien se termine, et G. Israel nous propose de rester pour déjeuner. Avec joie ! En attendant les plateaux repas, nous sommes conviés à participer à un petit concert improvisé de chansons, pourquoi pas ? Les « filles des forges » ont un beau succès.

Comment les aider ?

Les ressources de Janodayam proviennent principalement d’ONG internationales, notamment le CCFD (Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement) en France ou Coordaid aux Pays-Bas.

Pour aider Janodayam, mieux vaut contacter ces organisations directement. Financements et matériel scolaire sont les bienvenus, ainsi que toute offre d’aide bénévole.

Contacts

CCFD
Site Internet : http://www.ccfd.asso.fr
Téléphone : +33 1 44 82 80 00

Janodayam
122, Sterling Road
Nunggambakkam
600 034 Chennai
INDE
•    E-mail : janodayams@eth.net

François

samedi 11 juillet 2009

Auroville

Un joli coin de nature et de calme, à l’ombre d’une vaste forêt… Des véhicules électriques roulent sans bruit sur des routes éclairées par des lampadaires solaires. Des bâtiments aux formes curieuses émergent ça et la au milieu de la verdure. Les restaurants servent de délicieux repas cuisinés avec les produits bios des fermes environnantes. En tendant l’oreille, on peut entendre les notes cristallines d’un piège à vent… et pour bien commencer la journée, on pratique le yoga ou la méditation.

Nous avons découvert Auroville un peu par hasard. Ce nom nous évoquait vaguement les hippies, une certaine utopie… mais la description enthousiaste du Guide du Routard a attisé notre curiosité.

Nous arrivons à Repos Beach, ainsi nommé pour son emplacement en bord de mer à 8 kilomètres du centre d’Auroville. Nous prenons nos quartiers dans une petite hutte aérienne en palme de coco, ouverte aux quatre vents grâce à un ingénieux système de ventilation naturelle bien appréciable.

           Lever de soleil sur Repos Beach

Il est d’usage de se déplacer à vélo ou en moto, nous choisissons cette deuxième option pour explorer le vaste espace sur lequel se déploie Auroville. Pas de clôture, pas de portail d’entrée, le site est complètement ouvert et intégré aux villages tamouls environnants. Nous commençons par nous rendre au centre spécialement dédié aux visiteurs. Une exposition nous permet d’en savoir un peu plus.

Auroville est une « cité universelle en construction ». Cette utopie est née dans les années 1960 de l’influence du philosophe indien Sri Aurobindo, et de l’élan donné par la Mère, une française qui l’a rejoint à Pondichéry en 1914. Depuis plus de 40 ans (le premier coup de pioche fut donné en février 1968), une poignée d’hommes et de femmes de tous les continents se joignent pour réaliser le rêve d’une humanité unifiée. La ville se bâtit doucement sur le plan d’une galaxie, pour accueillir à terme 50 000 habitants.

                         Le plan original de la galaxie en forme de galaxie (image www.auroville.org)

Les premiers Aurovilliens ont commencé par rendre fertile la terre qui leur a été confiée : de nombreux barrages ont été construits pour collecter l’eau de pluie et empêcher l’érosion des sols, et plus de 2 millions d’arbres ont été plantés… Le plateau aride et crevassé d’origine est devenu une magnifique forêt, où les nombreuses espèces d’arbres abritent une faune et une flore de plus en plus diversifiées.

Dans l’optique de réaliser une cité idéale, où l’homme vivrait en harmonie avec son environnement, les Aurovilliens sont aussi des pionniers des énergies alternatives. Dès les débuts du projet, Auroville mise sur le vent et le soleil pour son approvisionnement électrique. Des moyens de transport hybrides sont utilisés ou en projet pour réduire au maximum les émissions de CO2. Les compétences des Aurovilliens dans les domaines de la reforestation et de l’énergie solaire sont reconnues et sollicitées dans toute l’Inde et au-delà.

Tous ces projets sont menés au sein de différentes unités de travail, où chacun s’investit selon ses aptitudes et ses goûts personnels. Le travail est avant tout compris comme une source d’épanouissement pour l’individu, en même temps qu’un service pour la communauté. Ainsi, l’éducation, la santé, la culture et de nombreux autres services sont gratuits pour tous les Aurovilliens. Ce système réduit au minimum la circulation de l’argent, qui à l’origine devait être bannie d’Auroville. Pour l’instant, chacun reçoit un revenu pour couvrir ses besoins sur une base égalitaire. Selon la Mère, à un plus grand talent doit correspondre une plus grande responsabilité, et non de plus grands privilèges. L’absence de propriété est la règle. On comprend alors que devenir Aurovillien est un choix de vie qui engage sur le long terme.

            Gabrielle devant le pavillon tibétain, inauguré en 2008 par le Dalaï Lama

Le cœur de la ville abrite la plus belle des réalisations aurovilliennes, fruit du travail colossal des premiers arrivants : le Matrimandir. Cette construction harmonieuse toute en rondeurs et en symboles est le centre de méditation des Aurovilliens, le lieu où ils viennent se ressourcer. Le monument est impressionnant et surréaliste.

A côté se trouve l’amphithéâtre où se réunissent les citoyens lors de séances de méditations collectives. En son centre sont enterrées la charte de la cité et de la terre provenant des 124 différents pays qui constituaient l’UNESCO lors de la fondation de la cité. Le projet a reçu dès le départ le soutien de cette agence de l’ONU et du gouvernement indien. C’était un temps où l’humanité rêvait sans honte à un avenir meilleur et tentait de le construire…

           Le Matrimandir

Cette « unité dans la diversité » est rendue possible par le partage d’une spiritualité commune. Il ne s’agit pas d’une religion, les Aurovilliens n’ont pas de chef spirituel, mais ils se retrouvent autour de la pratique du « yoga intégral » développée par Sri Aurobindo. Celle-ci doit permettre à chacun de trouver l’harmonie en soi et avec les autres, et d’accéder à la vérité en se libérant de la tyrannie de l’ego. Sans doute est-ce cette philosophie qui a donné la force à un si petit nombre de réaliser un si grand projet.

Aujourd’hui Auroville est peuplée de 2090 Aurovilliens (dont à peu près 1 tiers d’Indiens et 1 tiers d’Européens). Environ 100 nouveaux arrivants rejoignent la ville chaque année. Le phénomène a tendance à s’accélérer et la communauté doit faire face à une « crise du logement » en concentrant son énergie sur la construction d’habitations. Dans le hall de la mairie, sont affichés des articles sur différents systèmes de transport en commun. Ils témoignent de la vision à long terme des Aurovilliens et de leur foi en leur projet. L’utopie se construit lentement, sur plusieurs vies d’homme…

Gabrielle et François


Pour en savoir plus, consultez le site Internet d’Auroville : www.auroville.org

dimanche 5 juillet 2009

Pondichéry

Le 12 juin au soir nous arrivons à Pondichéry. Nous avons atteint le golfe du Bengale, un nom chargé d’exotisme. Pourtant nous avons plutôt l’impression d’être revenu en terrain connu.
             Beach Road, Pondichéry

La ville est calme, les trottoirs sont larges et propres. Nous prenons nos aises dans  une petite maison du quartier musulman, qui a la réputation d’être le plus paisible de la ville. A l’heure de la sieste, on se croirait dans une petite cité d’Europe du sud : pas un klaxon, pas un bruit de moteur. Nous découvrons tranquillement cette ville produite par la rencontre de l’Inde et de la France.
 

Et puis… nous profitons de la gastronomie locale un peu particulière pour redécouvrir avec plaisir des saveurs familières : pâtes au fromage, moussaka… et même baguette au petit-déjeuner !

François

jeudi 2 juillet 2009

Les temples Chola

En quittant le Kerala, nous traversons le Tamil Nadu d’Est en Ouest pour rejoindre Pondichéry, l’occasion pour nous de découvrir en chemin les immenses temples hindous érigés par la dynastie des Cholas aux environs du Xème siècle.

Première étape à Madurai, où se trouve le temple Sri Meenakshi. Dès notre arrivée, le vernis technicolor d’une grande tour me saute aux yeux. Je suis aussi surprise que devant le grand Shiva argenté d’Honnavar, sauf que ce temple est bien plus ancien… Il se trouve que nous avons de la chance, le rafraîchissement des peintures qui a lieu tous les 13 ans vient d’être achevé. Nous découvrons l’architecture des temples Chola, une grande enceinte carrée avec quatre portes, surmontées d’immenses pyramides ornées de statues : les gopurams. Dieux et déesses paradent, entourés de leurs gardiens. Certains déploient tous leurs bras, rouges de colère ou verts de rage, d’autres se tiennent assis en lotus levant leur main en signe d’apaisement.

A l’intérieur, un dédale de cours, de couloirs et de grands halls mènent aux deux temples d’or qui abritent le dieu Shiva et son épouse  Parvati. L’excentricité des couleurs a cédé la place au noir uniforme de la pierre, et la lumière extérieure pénètre faiblement à travers les hautes colonnes ornées des légendaires dragons éléphants.

Les statues des nombreuses divinités se dressent de toutes parts, couvertes de poudre ou de vêtements offerts par les fidèles. L’atmosphère est saturée d’encens et de l’odeur du beurre qui brûle aux pieds des idoles.

            François se fait bénir par l’éléphante sacrée

Le soir, nous suivons le cortège qui accompagne Parvati à la demeure de son époux. La déesse est portée par les prêtres au son des instruments et des chants à travers un nuage d’encens. La foule se presse à sa suite et tourne autour du trône arrêté formant une étrange ronde, puis Parvati rejoint Shiva dans son temple. Nous ressortons un peu étourdis.

            La procession nocturne

En arrivant à Tanjore (Thanjavur) devant le temple de Brihadishvara, nous nous laissons surprendre à nouveau… par l’absence de couleurs cette fois : une belle pierre de sable donne une jolie teinte ocre couvre l’ensemble de l’édifice. Ici, pas de grandes portes… l’immensité attend le visiteur à l’intérieur, où un gopuram de 70 mètres se dresse au dessus du temple de Shiva. Cette tour est un chef d’œuvre d’architecture et de sculpture. En écoutant notre guide, on s’imagine le ballet des milliers d’êtres humains à l’œuvre, et des centaines d’éléphants tirant d’énormes chariots de pierres et de sable. Ce « big temple » ainsi que les Anglais l’ont rebaptisé abrite également deux colossales sculptures taillées chacune dans un seul bloc de granit : le lingam qui symbolise la force de Shiva et, face à lui, le taureau Nandi qui lui sert de monture. Shiva est le dieu de la destruction, il anéantit les démons pour purifier ce qui doit l’être. Shiva est considéré comme le plus puissant des Dieux devant Vishnou le protecteur et Brahma le créateur ; ensemble ils forment la trinité hindoue.

            Temple de Tanjore

Le temple Srirangam que nous partons visiter à Trichy (Tiruchirapally) est dédié à Vishnou, le Dieu bleu. Derrière la première porte, surplombée par un gopuram coloré de 73 mètres, nous découvrons une allée bordée de petits commerces en tous genres, des habitations… une véritable petite ville, où profane et sacré se mêlent entre les étales. Ce temple a été édifié au fil des siècles par les Cholas et les dynasties qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui. Seuls les hindous pourront franchir la septième enceinte, pour entrer dans le temple d’or où Vishnou se repose. La quatrième enceinte marque l’entrée du sanctuaire, où les commerces s’arrêtent et où on entre pieds nus.

            Temple de Trichy

Notre guide nous mène à travers ce labyrinthe jusqu’à la porte du Paradis ! Quelques contorsions sont nécessaires pour l’apercevoir…

            François tente d’apercevoir la porte du Paradis

Nous admirons les représentations de Vishnou et de sa femme, la belle Lakshmi. Nous croisons en chemin les diverses réincarnations du Dieu, notamment Krishna. Le Don Juan est perché sur son arbre, il attend que les demoiselles dont il a caché les vêtements sortent nues de leur bain... et l’ascèse dans tout ça ?

            Krishna caché dans son arbre

Gabrielle

mardi 30 juin 2009

People’s Watch

Mercredi 10 juin, nous sommes à Madurai, dans l’état du Tamil Nadu au sud-est de l’Inde. Nous avons rendez-vous avec Henri Tiphagne, le fondateur et directeur exécutif de People’s Watch, une organisation qui travaille à promouvoir les droits de l’Homme en Inde.

Henri Tiphagne nous explique l’origine de son engagement en rendant hommage à sa mère adoptive. Cette femme originaire de Normandie est venue en Inde consacrer sa vie à soigner les lépreux, elle lui a transmis son sens des valeurs et de l’action.

            Henri Tiphagne dans son bureau de Madurai

Lors de ses études à Chennai (Madras), Henri Tiphagne rejoint un mouvement étudiant où il réfléchit avec d’autres jeunes à l’origine des inégalités et aux moyens de lutter contre. Lorsque des inondations dévastatrices frappent le sud du Tamil Nadu en 1977, les paroles ne suffisent plus. Le groupe se rend à Madurai pour agir concrètement auprès des sinistrés. Cette expérience le marque durablement : il constate que malgré les conditions extrêmes auxquelles est confrontée la population, les discriminations entre castes persistent au cœur du désastre.

Il décide d’agir contre ces discriminations, et s’oriente vers des études de droit. Devenu avocat, il s’engage dans la défense de victimes de violations des droits de l’Homme au sein du PUCL (People Union for Civil Liberties). Lors de cette expérience, il est confronté à la mauvaise volonté de l’administration judiciaire indienne à faire appliquer la loi.

Un tournant s’opère en 1993 quand il se rend pour la première fois à une conférence internationale sur les droits de l’Homme, à Vienne. Il y rencontre des participants d’autres continents (d’Afrique et d’Amérique latine notamment) qui agissent différemment pour défendre la cause des droits de l’Homme. Au lieu de se consacrer uniquement à la défense des victimes, ils établissent un travail rigoureux de collecte et d’analyse des violations constatées, utilisé ensuite pour mettre l’Etat en face de ses responsabilités et l’obliger à modifier son fonctionnement.

Il rentre à Madurai avec la ferme intention de développer un programme similaire en Inde, et People’s Watch voit le jour en 1996.

            Les bureaux de People’s Watch à Madurai

Au départ, l’action de People’s Watch est concentrée sur l’état du Tamil Nadu. Henri Tiphagne arrête quelques temps ses activités de défense des victimes pour se consacrer entièrement à l’organisation de ce travail de veille : il lui faut acquérir une nouvelle manière d’appréhender la question des droits de l’Homme. Cette veille consiste à relier entre eux des faits isolés pour mettre en relief des cas répétés de violation des droits élémentaires et faire réagir les institutions au niveau national ou international. Ainsi, People’s Watch attire l’attention des organisations internationales sur les discriminations contre les dalits (autrefois appelés intouchables) en Inde. En 2000, l’ONU ajoute la « discrimination en raison de l’ascendance ou de la profession » à la liste des violations contre les droits de l’homme.

Lorsque Henri Tiphagne reprend son activité de défense des victimes en 1999, il comprend que le refus d’agir des magistrats et des autorités vient en partie de leur insensibilité à la souffrance des victimes. Il lance une grande campagne de réhabilitation de la personne et applique également cette réflexion au sein de People’s Watch : la comparution devant un tribunal, et même les réparations obtenues ne suffisent pas, il faut que la vie reprenne. Henri Tiphagne crée deux centres d’accueil où des équipes de médecins et de psychologues accompagnent les victimes pour les aider à dépasser leur traumatisme et retrouver une place dans la société. Des aides sont également attribuées à des enfants orphelins de victimes pour leurs études. Ses plus grands espoirs naissent quand ils voient ces hommes et ces femmes se relever, et devenir à leur tour des défenseurs des droits de l’Homme. Aujourd’hui, 4 anciennes victimes travaillent au sein de People’s Watch, d’autres sont en formation et prêtes à rejoindre l’équipe.

L’idéal serait d’éviter que soient commises toutes ces violations : discriminations entre castes, violence domestique, torture, mauvais traitements à l’école… Pour cela, People’s Watch place son action dans une perspective de long terme : promouvoir une culture des droits de l’Homme en Inde, garante de paix et de liberté, dont tous les citoyens soient des acteurs. Selon ce principe, People’s Watch initie un mouvement de citoyens pour les droits de l’Homme, le CHRM (Civilian Human Right Movement), qui compte aujourd’hui des cellules dans des centaines de villages du Tamil Nadu et près de 25 000 membres. Ces volontaires sont les relais de People’s Watch sur le terrain.

La culture des droits de l’Homme doit se construire également à travers l’éducation des plus jeunes. Dès ses débuts, en 1997, People’s Watch lance un programme d’éducation des droits de l’Homme. D’abord limité à quelques écoles pilotes, le dispositif s’étend rapidement à travers tout l’état, puis commence son développement dans le reste de l’Inde à partir de 2005. Les chiffres sont éloquents : 3786 écoles participent à travers 13 états de l’Inde, plus de 5000 professeurs ont été formés, et plus de 300 000 enfants de 11 à 14 ans ont suivi le programme. Henri Tiphagne croit en la capacité des jeunes à faire changer les choses. Il évoque le courage de ce petit garçon qui a fait face à une vieille femme et réussi à lui faire promettre devant d’autres habitants du village de ne pas tuer sa petite fille qui venait de naître. Ce petit garçon a rapporté les faits à son professeur, et toute la classe a élaboré un programme de surveillance des femmes enceintes pour empêcher les infanticides de filles, nombreux en Inde en raison du poids des traditions. Les professeurs qui enseignent les droits de l’Homme sont devenus pour les enfants des référents en qui ils ont confiance, le message passe !

Après toutes ces années, et malgré les menaces et les intimidations auxquelles People’s Watch doit faire face, Henri Tiphagne reste toujours déterminé à poursuivre son combat.

Il nous explique en quoi le respect des droits de l’Homme est essentiel pour asseoir la paix sociale et la démocratie, qui en est l’expression politique. Au contraire, leur absence mène à la violence et au désordre. Il prend l’exemple des élections en Inde, où les dés sont souvent pipés : le non-respect de la démocratie conduit l’opposition politique à s’exprimer par la violence et le terrorisme (qui constituent eux-mêmes des violations des droits de l’Homme).

D’une manière plus générale, les droits de l’Homme sont les droits de tous les Hommes de vivre décemment, librement, en paix. Les pays doivent s’unir pour les promouvoir ensemble en tant que système de valeurs universel, à la fois au sein des organisations internationales, et auprès de leurs citoyens. Les destins des différents peuples sont de plus en plus liés, et les droits de l’Homme représentent la base juridique commune sur laquelle ils pourront s’entendre pour faire face aux défis de notre époque.

Comment aider ?

En tant que structure indépendante, People’s Watch n’est pas soutenue par l’Etat. L’association dépend des dons financiers pour son fonctionnement et la poursuite de son action. L’échange est une des valeurs de People’s Watch et les volontaires, les stagiaires sont bienvenus pour partager un bout d’aventure avec Henri Tiphagne et son équipe.

Contact

People’s Watch
6A, Vallabhai Road, Chokkikulam
Madurai – 625002
Inde

Site Internet : www.pwtn.org
Téléphone : +91 (0) 452 – 2539520
Fax : +91 (0) 452 – 2531874

Gabrielle et François

jeudi 25 juin 2009

Sur la route de Madurai

Le 7 juin, nous quittons Munnar pour Madurai, via Theni. C’est notre premier long trajet en bus depuis l’Iran.

On nous avait conseillé d’attendre le bus au dépôt, pour être sûrs d’avoir des places assises. Plutôt une bonne idée : à son premier arrêt, dans le centre de Munnar, le bus est pris d’assaut par des hommes et se remplit avant même de s’arrêter. Les femmes et les enfants suivent, les plus chanceux rejoignent les sièges réservés par les pères de famille.

Pour notre correspondance à Theni, on nous avait promis des départs pour Madurai toutes les minutes. Pas faux, les bus partent de la station pare-choc contre pare-choc, rapidement remplis par la marée humaine des voyageurs. Nous sommes obligés de forcer la main au jeune contrôleur qui rechigne à nous laisser monter à cause de nos gros sacs (ils prennent de l’espace sans payer leur ticket).
 
Le bus part, bondé. Pas tout à fait sans doute : au fil des arrêts, de nouveaux passagers viennent s’agglutiner dans l’allée centrale. Dans les virages, ces nouveaux venus s’écroulent à moitié sur les passagers assis… Paf ! un sac de mangues vole et heurte ma tête. « Elles n’ont rien » semble me dire la jeune femme souriante qui lutte contre la force centrifuge. Nos sacs à dos, eux, servent sans doute de sièges à l’avant…

Nous sommes assis sur les fauteuils qui donnent sur la porte centrale, très bien placés pour apprécier le spectacle de la montée et la descente dans le bus en marche. Il est tellement plein qu’il déborde, une grappe humaine s’est formée à l’extérieur du bus, accrochée aux barreaux des fenêtres sans vitre. Un des hommes suspendus nous aperçoit. « Hello ! » nous lance son visage rieur. Il entame la conversation, jetant seulement un coup d’œil de temps à autre pour voir si le bus ne passe pas trop près d’un arbre ou d’un poteau de signalisation. Quand il apprend que nous sommes français, il lance un « Oh… » admiratif. « France, no cricket, only football ? ». A peine lui avons-nous répondu que c’est pour lui le moment de descendre, ou plutôt de sauter. Il nous fait de grands signes d’au revoir.

François

mercredi 24 juin 2009

n°4 – De Mumbai au Kerala


n°4 – De Mumbai au Kerala

 

Durant notre premier mois en Inde, nous descendons tout au long de la côte de Malabar à la découverte de l’Inde du Sud-Ouest, pour une plongée en douceur dans ce nouvel univers haut en couleurs. De notre arrivée dans la grande ville de Mumbaï aux accents « british », aux montagnes paisibles et verdoyantes du  Kerala, de belles surprises nous attendent…

 

Nous arrivons en Inde le 27 avril à Mumbai. Après quelques jours, nous mettons le cap vers la petite plage de Palolem à Goa, un petit coin de paradis parfait pour recharger les batteries.






 

A Honnavar, dans l’état du Karnataka, nous rencontrons les femmes qui font vivre l’Institut Maria Nilaya. A cette occasion, nous sommes invités à un mariage indien et partons visiter un temple hindou d’un genre particulier…



 


 
Nous nous arrêtons à Kochi, dans le Kerala, pour deux semaines de bénévolats où nous vivons une expérience forte auprès des enfants handicapés de l’orphelinat tenu par les Missionnaires de la Charité.





 

Avant de quitter le Kerala nous passons quelques jours à Munnar, petite ville de montagne au cœur des plantations de théiers.
 






 



A Munnar, depuis Top Point, nous apercevons notre prochaine étape, le Tamil Nadu, la terre des Tamouls.

                            Au loin les plaines du Tamil Nadu


Vous êtes de plus en plus nombreux à nous suivre, et cela nous encourage à poursuivre notre aventure.

N’hésitez pas à poster vos commentaires sur le site !

A bientôt

Gabrielle et François


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dimanche 21 juin 2009

Retour en Iran

Nous avons pris connaissance des évènements qui secouent actuellement l’Iran, où nous étions encore il y a moins de deux mois.

Nous pensons à toutes ces personnes qui nous ont accueillis si chaleureusement et fait découvrir une facette de leur pays absente des diverses propagandes. Nous leur souhaitons de pouvoir choisir leur destin librement et dans la paix.

Gabrielle et François

jeudi 18 juin 2009

Des montagnes de thé

Après Kochi, nous filons vers les montagnes à Munnar. Autour de nous s’étendent à perte de vue les plantations de thé, entrecoupées de bosquets d’eucalyptus. Atmosphère champêtre au milieu de paysages acidulés. Nous louons une petite moto pour nous promener dans les plantations, jusqu’à atteindre Top Point d’où nous contemplons le Tamil Nadu.

            Ballade dans les plantations de thé

Nous profitons d’être à Munnar pour pousser jusqu’à la réserve naturelle de Chinnar. Après une ballade en brousse où notre guide nous fait poursuivre des antilopes et admirer des singes gris, nous avons la chance d’apercevoir des éléphants sauvages. Avant d’approcher de trop près, notre guide nous mime la chose à faire en cas d’attaque : courir. Il tient une pierre dans sa main, pour leur lancer si ils chargent… rassurant !

            Sur la piste des éléphants

Notre dernière journée au Kerala, le 6 juin, se passe à l’hôtel. La mousson commence à s’installer sérieusement. Demain, direction l’est et le Tamil Nadu, derrière la chaîne des Ghats occidentaux, pour échapper à la pluie.

             Ballade dans Hydel Park – Munnar

François

dimanche 14 juin 2009

Nouveau sponsor

Bonne nouvelle !

Nous avons gagné le soutien d’un nouveau sponsor. Esp’errance vient d’être retenu comme lauréat dans le cadre du programme « Paris Jeunes Aventure » de la Mairie de Paris.
 
Un grand merci à Manuel pour avoir défendu notre projet si brillement devant le jury !

Gabrielle et François

jeudi 11 juin 2009

Missionnaires de la Charité – Kochi

Le 19 mai, nous nous rendons au centre des Missionnaires de la Charité de Kochi (Cochin), dans le Kerala. A l’extérieur, une statue de Mère Térésa en indique l’entrée. La célèbre religieuse a fondé cet ordre catholique en 1950, à Calcutta, pour venir en aide aux « plus pauvres des pauvres » (mourants, handicapés, malades, orphelins…). Depuis, l’ordre a essaimé et compte 4500 religieuses réparties dans plus de 600 missions à travers 133 pays.

Nous sommes reçus par la Mère Supérieure du centre, Sœur Rosyline, à laquelle nous proposons notre aide bénévole pendant 2 semaines. Pourquoi pas ? Les volontaires sont toujours les bienvenus chez les Missionnaires de la Charité. Elle répond brièvement à nos interrogations : ce centre est un orphelinat pour enfants handicapés mentaux et nous pourrons participer au ménage, au service des repas, et jouer avec les enfants. Par contre, voyant nos sacs à dos et notre mine fatiguée, elle nous conseille de prendre une chambre en ville et de nous reposer pour revenir frais et dispos le lendemain. Nous l’apprendrons durant ces deux semaines : avant d’aider son prochain, il faut s’aider soi-même pour être dans la meilleure forme possible.
                 Le centre Missionaries of Charity de Kochi

Le lendemain matin, nous retournons au centre pour notre première journée de bénévolat. Dès notre arrivée, Soeur Rosyline nous invite à la suivre. Balai et raclette en main, nous sommes mis à contribution pour le grand ménage quotidien des dortoirs. Les seaux d’eau mousseuse se déversent entre les lits… Ensuite direction la lessive : les 35 enfants sont changés plusieurs fois par jour, ce qui fait un beau paquet de linge sale. Pas de machine, tout est fait à la main selon une organisation bien précise : après le savonnage, chaque pièce de linge passe successivement dans trois grands bacs d’eau. Nous sommes postés au rinçage, il faut suivre la cadence ! Une fois lavé, le linge est monté d’un étage dans de grands paniers pour être étendu sur la grande terrasse. Les travaux ménagers terminés, nous sommes invités à prendre notre pause matinale autour d’un thé et de biscuits fortifiants.

Vient le premier contact avec les enfants. C’est la première fois que nous sommes confrontés à des personnes aussi « différentes ». Les enfants sont handicapés mentaux, pour la plupart lourdement, et beaucoup présentent en plus un handicap physique qui ne leur permet pas de marcher. Nous ne sommes pas très à l’aise face à cette réalité habituellement si loin de nous. Que va-t-on pouvoir leur apporter ? Nous allons devoir mettre de côté les jeux auxquels nous avions pensé et trouver comment établir le contact avec ces enfants. L’heure du déjeuner sonne. La plupart d’entre eux ne peuvent pas manger seuls, et doivent être alimentés à la cuillère. Certains, qui ne peuvent tenir assis seuls, sont nourris allongés. Difficile… Allons nous tenir ?

Nous nous accrochons, et revenons les jours suivants. Peu à peu, notre regard change sur ces enfants, nous laissons nos références de normalité et entrons dans leur univers. Nous comprenons le caractère de chacun d’eux, ce qui les fait rire. Nous explorons de nouveaux modes de communication par les sons, le regard, le toucher. Les enfants aussi s’habituent à nous. Les plus espiègles nous accaparent dès qu’elles nous aperçoivent : Kala réclame des câlins et Rincy, la commère, est toujours à vouloir nous montrer quelque chose.
                 Rincy et Gabrielle

Finalement, leur handicap ne nous importe plus. Nous voyons davantage la vie que ces enfants portent en eux, les plus petits (Sopna, 9 ans) comme les plus grands (Maria, 32 ans). Au-delà de leurs souffrances physiques, et du drame de leur abandon, ils attrapent tous les petits bonheurs qui passent sur leur chemin.

François a pris l’habitude de secouer le lit d’Alok à chaque fois qu’il passe devant. Ce petit asthmatique, pour qui respirer est une souffrance, rit aux éclats quand il sent son petit monde remuer. Il y a aussi Sopna, la petite mélomane. Elle peut passer des heures à écouter le bruit que fait un objet en tapant le sol. Mais ce qui lui plait, c’est « l’avion », quand on la prend dans ses bras et qu’on la fait tourner.
                    Alok, Cherry, Krupa et Anila

Et puis il y a Subash, la star du dortoir B, qui ne communique que par le chant et le rire. Il écoute très attentivement lorsqu’on lui sifflote « singing in the rain » (c’est un jour de mousson), puis reprend sa chanson.
                                Subash

L’ambiance qui règne ici est joyeuse et sereine. Elle est le fruit du travail accompli chaque jour par les 7 sœurs et les 12 laïques du centre qui aiment « leurs » enfants et prennent soin d’eux.
                 Les laïques

Malgré notre inexpérience, les sœurs et les laïques nous intègrent et nous font rapidement confiance pour nous occuper des enfants. Qui de nous se serait imaginé un jour faire faire de la rééducation à des enfants handicapés ? Gabrielle apprend auprès de la kinésithérapeute à solliciter leurs membres pour les assouplir, les doigts, les mains, les pieds... Les enfants apprécient ces petites séances de « gym à domicile ». Nous improvisons une petite classe avec les plus studieux. En quelques leçons, Anita apprend à écrire son prénom et celui de sa meilleure amie en alphabet latin…
                 François, Anita… et les jambes de Sikoti

Les jours passent, et c’est déjà la fin des deux semaines prévues. Les adieux avec les laïques sont chaleureux (plus sobres avec les sœurs, réserve oblige), nous n’avons pas l’impression d’être arrivés il y a si peu de temps… Vient le moment de dire au revoir aux enfants. Anita, lorsqu’elle apprend que l’on va partir, nous demande de revenir. Parmi les autres, qui s’en rend compte lorsque nous les prenons dans nos bras une dernière fois ? Certains réaliseront sans doute demain. En tout cas nous, nous réalisons tout de suite… ils vont nous manquer.

Comment les aider ?

Les Missionnaires de la Charité ont besoin de financement pour poursuivre leur action à travers le monde. Tous les dons doivent être envoyés au siège de l’organisation, à Kolkata (Calcutta). Des dons en nature de vêtements sont également appréciés, bien que le coût du transport depuis l’Europe soit sans doute supérieur à des achats sur place.

L’aide bénévole est également la bienvenue. Les centres des Missionnaires de la Charité sont généralement organisés pour permettre de recevoir des volontaires, pour des durées plus ou moins longues. L’organisation dispose de centres à travers toute l’Inde (Ahmedabad, Mysore, Chennai…) dans lesquels il est possible de se rendre directement. Il est préférable de proposer ses services en dehors de Kolkata (Calcutta) où les volontaires sont déjà très nombreux. Une méthode simple est de se rendre sur place et demander l’adresse du centre « Mother Teresa » le plus proche à un représentant de l’église catholique.

Contacts

Centre de Kochi
Missionaries of Charity
Eraveli Road
Kochi – Kerala

Siège de Kolkata
Mother House
Missionaries of Charity
78 A.J.C. Bose Road
Kolkata 7000014

West Bengal
India
Téléphone :
•    +91 217 22 77
•    +91 33 224 97 115

Pour faire un don depuis la France (reçu fiscal possible)
Association des oeuvres de Mère Teresa
62, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
(possibilité de préciser l'intention de destination)

Gabrielle et François

dimanche 7 juin 2009

Jour de mariage à Honnavar

A peine arrivés à Honnavar, Maria nous annonce une bonne nouvelle : demain, le frère de Lycie, l’une des membres de l’équipe, se marie ! Tout le monde sera de la fête, et bien sûr nous sommes cordialement invités. Politesse française oblige, on s’assure que ça ne dérange pas, mais on ne se fait pas prier car on se réjouit déjà.

Le lendemain, à 9 heures, nous sommes prêts pour le départ vers l’église. Sur le parvis, les personnes affluent peu à peu. La fanfare arrive, escortant les mariés, robe blanche pour Madame, complet noir pour Monsieur… qu’ils sont beaux ! Lissy fait les présentations, ils ne sont pas surpris et plutôt contents de voir des invités surprise venus d’Europe. La cérémonie se déroule en kannada, la langue parlée dans le Karnataka. Le prêtre doit avoir le sens de l’humour car il n’est pas rare d’entendre des rires parmi l’assistance.
                  Mother Teresa Band

A la sortie de l’église, la fanfare « Mother Teresa Band » reprend du service dans la liesse générale. La suite se déroule juste en face dans une longue battisse aménagée comme une salle de spectacle. Des rangées de chaises sont alignées devant l’estrade où se trouvent deux  grands trônes dorés sous une arche au nom des mariés. Ceux-ci entrent sous les applaudissements et se dirigent vers le gâteau qui les attend déjà. Ils échangent une bouchée, sans oublier une cuillère pour les témoins, et que la fête commence ! Est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Danses en couples, farandoles, puis la mariée sort, accompagnée de nombreuses jeunes filles. Le DJ lance les premiers tubes et les hommes s’emparent de la piste. Chacun s’en donne à cœur joie sans se soucier du regard de l’assistance. Nous sommes invités à entrer dans la danse…
 
La musique s’arrête car la mariée fait son entrée en tenue traditionnelle : un magnifique sari rouge sombre et or et une coiffe de fleurs qui recouvre entièrement sa chevelure. L’ensemble est de toute beauté ! Le repas est ensuite servi. Chacun se lève une fois son assiette terminée, puis monte sur l’estrade pour saluer les mariés et offrir son présent avant de s’en aller… étonnant. Nos accompagnatrices nous font signe, c’est également pour nous le moment de partir.
                                 La cérémonie des colliers de fleurs

La journée n’est pas finie. Maria a prévu pour nous et quelques autres visiteurs une petite excursion à la découverte d’un temple hindou non loin de là. Nous nous imaginons déjà tomber sous le charme des vieilles pierres… Quelle surprise quand nous découvrons un immense complexe en béton que surplombe un gigantesque Shiva (le deuxième plus grand de l’Inde) dans la position du lotus en haut de son rocher artificiel. On se sent tout petit à côté de ce géant recouvert de peinture argentée. Nous nous promenons entre les diverses représentations de personnages mythologiques du même ton.
                                 Shiva

Face à Shiva se dresse une tour vertigineuse fraîchement achevée, avec ses nombreuses divinités moulées dans le béton et des fenêtres en PVC où les bandes de scotch sont restées collées. Cette tour donne accès au temple (tout doré cette fois). Nous entrons dans le flot des nombreux hindous venus prier et faire des offrandes. Le soleil se couche déjà et nous assistons par hasard au rituel de l’offrande de la lumière : le prêtre offre à la divinité les cinq éléments dans le bruit assourdissant des cloches agitées par les fidèles.
 
Le mélange de ferveur et de kitsh qui règne dans ce colossal ensemble nous laisse dubitatifs mais nous plongeons avec plaisir dans l’ambiance vivante et populaire des lieux.

Gabrielle   

mercredi 3 juin 2009

Institut Maria Nilaya – Honnavar (Karnataka)

Nous quittons notre jolie plage sous les cocotiers pour rendre visite à Maria Fernandes, une Indienne que j’avais rencontrée au Burkina Faso il y a 6 ans (déjà…). Nous nous rendons à Honnavar, une petite ville du nord-ouest du Karnataka. Maria y dirige l’institut Maria Nilaya, créé il y a 30 ans pour promouvoir l’éducation dans cette région rurale de l’Inde. En nous promenant au milieu des jolies maisons avoisinantes nous avons du mal à imaginer le contexte de l’époque que décrivent les plus anciennes de l’équipe. A travers son combat, l’institut a été à la fois témoin et acteur de ce développement. Il a d’abord créé un internat, puis a mis au point des formations professionnelles.

Eulalia, la gestionnaire du centre, nous fait visiter l’internat qui accueille chaque année environ 45 filles issues de familles démunies, pour leur permettre de suivre des études dans de bonnes conditions. L’internat assure le gîte et le couvert : les petites (11 à 16 ans) et les grandes (après le bac) dorment dans deux grands dortoirs séparés et des repas complets sont servis chaque jour. De plus elles bénéficient d’un suivi qui les aide à progresser, et elles peuvent se concentrer sur leurs devoirs sans être accaparées par les tâches quotidiennes familiales. Les parents participent de manière symbolique aux frais. En bonne gestionnaire, Eulalia nous explique les trucs et astuces pour faire de bons repas pas chers, et tout ce qui permet de réaliser des économies sans nuire à la qualité de l’accueil.
               Eulalia nous présente les activités de l’institut Maria Nilaya

Pour permettre à des jeunes filles d’exercer rapidement un métier qui n’exige pas plusieurs années d’études, l’institut a également développé deux formations professionnelles de trois mois débouchant sur un diplôme reconnu. Le centre dispose d’une grande salle équipée pour dispenser des formations de couture. Chaque session accueille une trentaine de jeunes filles qui repartent chacune avec une machine à coudre et peuvent dès lors travailler à leur compte.
Une autre formation d’aide médicale a été créée par la suite avec le même objectif. Les cours (soins, bien-être, nourriture, toilette…) sont dispensés par un médecin de l’hôpital d’Honnavar, des professeurs extérieurs et des membres de l’équipe. Le prochain objectif est de mettre en place une formation de travailleur social.

En Inde, les progrès de l’éducation ont pour effet d’accroître la demande de formations et d’emplois dans des filières plus en vogue comme les nouvelles technologies et l’informatique. Les élèves rêvent tous de partir à Bangalore dans une start-up à succès et délaissent les filières traditionnelles. Beaucoup déchantent lorsqu’ils ne trouvent pas de travail à la fin de leurs études, surtout les filles que la tradition empêche souvent de partir seules loin de leur famille.  Pour Eulalia, les formations qualifiantes de courte durée telles qu’elles sont proposées dans le centre doivent être développées et encouragées. D’une part, elles sont adaptées au niveau scolaire du plus grand nombre, d’autre part elles débouchent sur des métiers où les besoins de main d’œuvre restent importants. Les jeunes filles qui décident de suivre leurs programmes sont nombreuses à trouver du travail ou à créer leur emploi, s’offrant ainsi la chance d’une vie plus indépendante et plus épanouie.

Comment les aider ?

Julali travaille dans le centre depuis 10 ans. Elle a vu l’éducation prendre de l’importance et rentrer dans les mœurs à Honnavar, notamment grâce au travail de sensibilisation menée par l’institut. En le soutenant financièrement, vous pouvez l’aider à poursuivre son action auprès des plus pauvres et développer ses programmes de formation.

Contact

Institut Maria Nilaya
Church Road – N.Kanara
Honnavar 581 334
Inde

Téléphone : +91 8387 220392
E-mail : mnilaya@yahoo.com

Gabrielle

dimanche 31 mai 2009

La Porte de l'Inde

Nous atterrissons le 27 avril, tôt le matin, à Mumbai (le nouveau nom de Bombay). En sortant du hall climatisé de l’aéroport, nous sommes saisis par la moiteur tropicale de l’air, malgré l’heure matinale (il est 6h30). Notre chauffeur sikh nous fait monter dans son taxi jaune et noir, en route vers le vieux Bombay où se trouve notre hôtel.

La ville se réveille doucement, beaucoup de ceux qui dorment dans la rue sont encore couchés. La ville est pleine de couleurs et déborde de vie : des arbres immenses poussent entre les voix de l’autoroute suspendue, des gamins courent déjà, des animaux se promènent librement au bord de la route…

Le chauffeur nous fait involontairement cadeau d’un détour par la fameuse « Gates of India », la Porte de l’Inde, tout un symbole.
                  Gates of India, Mumbai

Nous découvrons Mumbai les jours suivants. Nous flânons tranquillement entre les immeubles de l’époque victorienne à l’architecture étrange, mélange des styles britannique et moghol… Nous trouvons Mumbai reposante, cela surprend beaucoup les Indiens et les autres touristes que nous croisons. L’anarchie indienne contraste avec la rigueur et l’ordre iraniens, l’esprit comme le corps se sentent plus libres.
                      Mumbai (Bombay)

Nous filons ensuite pour Goa, ce petit état de l’Inde qui appartenait encore au Portugal il y a moins de 50 ans. Nous faisons une étape culturelle à Panaji et Old Goa (oh ! les belles églises portugaises !) avant de jeter notre dévolu sur la plage de Palolem pour une semaine de farniente. Sable fin et cocotiers… un cliché bien agréable !
                   La plage de Palolem

Les batteries rechargées à bloc, nous repartons plus au sud pour Honnavar et notre premier « porteur d’espoir » en Inde…

François

jeudi 28 mai 2009

n°3 – L’Iran


n°3 – L'Iran

 

Nouvelle newsletter pour partager nos impressions sur l’Iran.

En arrivant en Iran, nous nous préparions à entrer dans l’inconnu. Notre plus grande surprise a été de découvrir un pays qui nous a parfois rappelé l’Europe… Dès le premier jour, nous avons fait de sympathiques rencontres avec les Iraniens, très accueillants.

Nous n’avons pas visité de porteurs d’espoir. Non pas qu’ils n’existent pas, mais nous avons mis du temps à comprendre le fonctionnement de ce pays, et les occasions se sont présentées trop tard. En outre, nous avons appris pendant notre séjour que parler d’un Iranien identifié sur un site Internet, même étranger, pouvait lui porter préjudice.

Quoiqu’il en soit, nous avons été heureux de découvrir l’Iran de nos propres yeux. Nous espérons simplement ouvrir une petite fenêtre sur ce pays mal connu, qui ne mérite pas sa réputation actuelle. 

 

Nous quittons l’Arménie le 2 avril, et passons notre première journée iranienne à Jolfa. Premières rencontres chaleureuses, et premières difficultés… avec la monnaie iranienne, un peu compliquée.







 

Pendant notre périple nous découvrons ce pays et sa brillante civilisation, la Perse. Sa géographie est aussi riche que son histoire et nous évoluons au milieu d’une grande diversité de paysages, aussi envoûtants les uns que les autres.




 


 
A Isfahan, nous avons une chance unique : faire le tour de « la moitié du monde », ainsi que l’on surnomme cette ville splendide qui ne nous laisse pas non plus indifférents. 


 
 



 

 

Notre périple en Iran, c’est aussi la rencontre des Iraniens, qui nous montrent un visage de leur pays bien éloigné des clichés et de la propagande.
 

 





 

Avant de partir pour l’Inde, dernière étape à Yazd. Pendant ces 25 jours passés en Iran, nous avons réussi à apprivoiser ce pays particulier, à moins que ce ne soit l’inverse…









Voilà un mois déjà que nous sommes en Inde, et on ne s’en lasse pas. Les 4 mois prévus pour parcourir ce gigantesque pays ne seront pas de trop.


Changement de décor et d’ambiance radical à notre arrivée à Mumbai (Bombay). Nous séjournons à présent à Kochi (Cochin) dans le Kerala, tout au sud de l’Inde. Après quelques jours de tourisme, nous avons replongé dans l’action pour quinze jours de volontariat dans un centre de Mère Térésa, à découvrir dans les prochains billets….
 


Bonne lecture !

Gabrielle et François


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mardi 26 mai 2009

25 jours en Iran


25 jours en Iran, autant que notre visa nous le permet. Nous pensions avoir tout notre temps, mais nous voilà déjà à la fin du voyage. A peine dans le bain et alors qu’il nous reste tant d’endroits à explorer… il est déjà temps de partir.

Malgré toutes nos bonnes intentions, il faut avouer que nous ne sommes pas arrivés dans ce pays remplis de sérénité. Premier hôtel, assez miteux. Au petit matin, des cris dans le couloir. Nous voilà pris de panique, sautant du lit à l’idée d’une possible descente de la police des mœurs… En fait, il s’agit plutôt d’une simple dispute de priorité pour la douche commune.

Quelques jours plus tard, nous embarquons pour Masuleh dans une fourgonnette improvisée taxi, nos sacs dans la remorque pleine de paille, nous sommes trois à l’avant, la police nous arrête. Cà y est, il vont nous embarquer ! Contrôle des passeports… qu’ils nous rendent avec un grand sourire, et « bon voyage ».
                  Masuleh

Autre ville, nous hélons un taxi (officiel cette fois) pour le terminal de bus. Nous roulons, roulons, sortons de la ville… Où nous embarque-t-il ? Je ne suis pas rassurée, mais nous finissons par arriver à bon port. Cela fait partie des petites choses à savoir : tous les terminaux de bus et les gares sont très excentrés. Dans le même registre, les taxis collectifs qui relient une ville à l’autre s’arrêtent à l’entrée. Les taxis de ville prennent alors le relais. Chacun son territoire ! Nous l’apprenons sur le tas, débarqués au milieu d’un carrefour sans explication…

Nous ne comprenons pas le farsi, et nous nous mélangeons souvent les pinceaux entre les rials et les tomans. Cela rend parfois les choses difficiles quand il s’agit de demander une direction ou de négocier un prix. Les taxis sont les plus durs en affaire. Patience, il nous suffit juste d’attendre un peu, et un ange gardien anglophone ou germanophone vole à notre secours, traduisant et négociant pour nous, heureux de faire notre connaissance et de nous rendre service.
 
De manière générale, les Iraniens sont contents de voir des étrangers venir leur rendre visite.
Ils tiennent à nous offrir un bon souvenir de leur pays ; nous recevons tous les jours des cadeaux : un thé, un repas, une glace, un coup de main, une ballade, un ticket de bus, une entrée dans un musée… Avec tout çà, nous finissons par nous détendre.
                                 L‘heure de la sieste à Yazd

Nous passons nos dernières journées paisiblement à Yazd, une des villes les plus anciennes du monde aux portes du désert. Les premières grosses chaleurs nous poussent à adopter le rythme local : repos entre midi et 17 heures. Nous aimons l’atmosphère des ruelles étroites de la vieille ville toute brune. Nous flânons entre les murs faits de terre et de paille, à l’ombre des passages couverts, croyant toujours nous perdre. Ca et là, se dressent de grandes tours à vents qui refroidissent depuis des centaines d’années l’intérieur des maisons et l’eau des puits. Les derniers rayons du soleil ajoutent une jolie teinte dorée à l’ensemble avant que la nuit tombe et que la ville s’anime. C’est alors le moment d’aller faire ses emplettes. Nous nous sentons à l’aise dans cette ville paisible qui a un atout de choc : un glacier incroyable et ses glaces à la pistache absolument fabuleuses !
                                  Dans les rues de Yazd

Nous avons adopté le rituel du thé. Les Iraniens en consomment à toute heure du jour, et partout. Sur le tableau de bord des chauffeurs de bus, se trouvent immanquablement un petit sucrier en porcelaine et une tasse, le thermos n’est pas loin. Dans le calme de la cour de l’hôtel, nous nous asseyons avec d’autres voyageurs sur de grands tapis autour du thé et échangeons nos impressions. Sans surprise, les femmes discutent du voile noué sur leur tête, le temps de dire qu’il est désagréable de ne jamais pouvoir sortir sans le mettre (même pour aller à la salle de bain commune). Elles savent qu’elles auront le choix de le retirer bientôt.
La conversation poursuit son cours. Chacun évoque les villes magiques, les paysages incroyables,  les rencontres improbables, les découvertes, les bons moments … l’Iran ne laisse personne indifférent.

                   Yazd

Gabrielle

(Plus d'images de Yazd dans l'album photos)

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