Warning: Parameter 1 to myFavicon::publicHeadContent() expected to be a reference, value given in /var/alternc/html/e/esperrance/www/esperrance.lautre.net/inc/core/class.dc.core.php on line 304

Esp'errance

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 8 novembre 2009

Wongsanit Ashram

Le 14 octobre, nous partons pour Ongkharak, dans la lointaine banlieue de Bangkok. Le chauffeur de taxi nous arrête au bord d’un des nombreux petits canaux qui quadrillent la région. Nous traversons le cours d’eau qui nous sépare de notre destination à l’aide d’un petit bac en bois tiré par des cordes. Les gamins qui l’utilisaient comme plongeoir avant notre arrivée nous accompagnent à la nage vers l’autre rive.
 
Nous accostons l’ashram de Wongsanit, qui se définit comme une « communauté spirituelle dévouée au développement et à la promotion d’un mode de vie alternatif ancré dans les principes bouddhistes, la diversité culturelle et le respect de l’environnement ». A peine débarqués, nous sommes accueillis par Phienphan Thamrongruttanarit, surnommée « Apple ». Elle nous invite à nous restaurer dans le joli réfectoire de l’ashram, puis nous montre notre chambre. Nous commençons notre séjour par prendre quelques instants de repos. Le lieu, rempli de verdure et de sérénité, s’y prête à merveille.

Nous retrouvons Apple un peu plus tard dans les bureaux de l’ashram : une belle pagode de bois au milieu d’un étang, qui semble flotter au milieu des fleurs de lotus. Nous nous installons sur la large terrasse du rez-de-chaussée ouverte sur l’extérieur qui sert de salle de réunion. Apple nous en dit un peu plus long sur l’activité de la communauté de Wongsanit.
                    La pagode de l’étang aux lotus, centre administratif de l’ashram

L’ashram est fondé en 1984 par l’activiste social thaïlandais Sulak Sivaraksa et les membres de la fondation Sathirakoses-Nagapradipa. En langue sanskrit, ashram signifie littéralement « travail sur soi ». De fait, la première mission des familles qui rejoignent la communauté est d’expérimenter une nouvelle manière de vivre, tant au niveau pratique que spirituel, qui pourra inspirer et aider la société à évoluer vers plus d’harmonie. L’ashram compte aujourd’hui une trentaine de membres. Ils forment en quelque sorte une équipe de « chercheurs en vie meilleure » qui font de leur quotidien leur premier terrain d’expérimentation.

L’ashram prône une vie simple, hors du système consumériste, qui permette d’une part de préserver la nature et retrouver ses bienfaits et d’autre part de gagner en indépendance. Les membres de la communauté commencent par développer leurs propres cultures selon des méthodes biologiques. En visant l’auto-suffisance, ils se donnent les moyens de manger sainement sans abîmer la terre. Ils plantent également des centaines d’arbres pour faire du terrain de l’ashram un parc ombragé et frais. Leur autre grand projet, la construction d’habitations à base de matériaux naturels, s’inscrit dans leur principe de « faire plus avec moins ». Les bâtiments de la communauté sont réalisés l’un après l’autre selon ces techniques.

Une bibliothèque est construite dès le début du projet. Elle accueille aujourd’hui plus de 10000 ouvrages : philosophie, spiritualité, sociologie, mais aussi développement et ouvrages pratiques d’écologie appliquée, un coup d’œil sur les rayonnages en dit long sur les principales préoccupations des habitants de Wongsanit.

La gestion de la communauté est basée sur le partage de l’information et la concertation. Chaque mois, les membres se réunissent et les difficultés éventuelles sont alors soulevées devant tous. Le partage de valeurs communes et la pratique de la méditation aident les habitants à mettre de côté leur ego pour avancer de manière constructive.
 
En 1992, les membres de l’ashram ont acquis une expérience significative qu’ils sont prêts à partager. L’ashram devient un lieu d’accueil où sont organisées des formations pour diffuser le savoir acquis par ses membres.

Nous rencontrons Sombat Tharak, surnommé « Nui ». Il a rejoint l’ashram il y a 10 ans, attiré par un environnement de travail qui encourage le développement personnel et par la grande liberté laissée dans les moyens de se réaliser. Aujourd’hui, il est le responsable du programme de formations de la communauté.




Les formations de l’ashram accueillent 400 à 500 participants par an, à raison de 2 à 3 sessions par mois. Les thèmes sont variés et reflètent la diversité des domaines de recherche : formations en agriculture biologique, construction écologique, médecine douce, ou bien stages de méditation, retraites silencieuses, cures de désintoxication du corps…

Les formations dispensées sont toujours basées sur une expérience concrète. Yupin Tabsisod est la chef cuisinière de l’ashram depuis 17 ans. Pour répondre aux exigences de vie saine de la communauté, cette autodidacte a développé des recettes de cuisine biologique et bonne pour la santé qu’elle expérimente au quotidien dans le réfectoire de la communauté. Aujourd’hui, elle partage son expérience à travers des formations et un livre de ses recettes sera édité pour le 25ème anniversaire de l’ashram en décembre prochain. L’ashram est en effet en train de se donner une nouvelle mission : mettre par écrit toutes les connaissances accumulées pour les mettre à disposition d’un public encore plus large.
                  Yupin Tabsisod (deuxième en partant de la gauche) et son équipe de cuistots

Pour l’instant, le programme de formation de l’ashram de Wongsanit vise essentiellement un public thaïlandais, les cours étant dispensés en thaï. Néanmoins, tous les visiteurs sont les bienvenus et un stage est organisé en anglais tous les ans sur le thème de la conception d’écovillages.

L’ashram de Wongsanit accueille également des stagiaires birmans, laotiens et cambodgiens et les forme à l’organisation de communauté ainsi qu’aux différentes techniques qu’il a développées. Pour les fondateurs de l’ashram, la Thaïlande, le pays le plus riche de la région, se doit d’aider ses voisins moins bien lotis. Rien que pour la Birmanie, le programme GTLP (Grassroots Leadership Training for Burma) a permis en 12 ans la formation de plus de 300 leaders de communautés, qui ont à leur tour diffusés leurs connaissances dans leur pays : une aide concrète et durable pour les habitants de villages souvent marginalisés par la junte birmane.
                Formation dans un bâtiment de l’ashram aux murs en briques de terre séchées

Lors de notre dernier jour à l’ashram, nous sommes invités à assister au stage de construction de maisons en terre qui débute. Les ingénieurs de l’ashram se sont inspirés des méthodes de construction traditionnelles africaines et ont adapté la technique aux ressources et au climat thaïlandais.

Nous participons avec les autres stagiaires à la première étape : la fabrication de briques. Elles sont constituées d’un mélange optimal d’argile, de sable et de paille de riz, puis séchées au soleil. Les avantages de ce matériau sont nombreux : quasi-gratuit, plus durable que ses concurrents du commerce, il procure aussi une meilleure isolation thermique. En plus, il est 100% biodégradable en cas de démolition. L’après-midi est consacrée à la pratique, la technique est d’une simplicité déconcertante… Sans doute pour inspirer les participants, l’animateur conclut la journée avec un diaporama présentant des exemples d’habitations réalisées en matériaux naturels en Thaïlande et dans le monde. Elles sont plus belles les unes que les autres, nous sommes convaincus…
                    Dosage, malaxage et moulage des briques…

L’ashram de Wongsanit développe ses activités selon la méthode bouddhiste : d’abord s’améliorer soi-même, puis partager son expérience avec ceux qui le souhaitent. Les membres de la communauté poursuivent leurs recherches dans les 3 directions indiquées dans leur devise : « Head, Heart and Hand » (la tête, le cœur et la main), convaincus que, pour parvenir à l’harmonie, ces 3 aspects de l’existence doivent être cultivés chez chacun.


Comment les aider ?

L’ashram de Wongsanit tire ses revenus de l’accueil des visiteurs et des formations. Il tente de parvenir à l’autosuffisance mais des dons sont les bienvenus.

L’ashram accueille en permanence des bénévoles.


Contacts

Wongsanit Ashram
Klong 15 Rangsit, Ongkharak Road
Nakhon Nayok 26120
Thaïlande

Téléphone : +66 (0) 37 333 182 / +66 (0) 37 333 183
Fax : +66 (0) 37 333 184
E-mail : ashram@semsikkha.org


François

mercredi 4 novembre 2009

Le Golfe de Thaïlande

A peine arrivés à Bangkok, nous ne résistons pas à l’appel de la mer et filons vers le sud à la découverte des îles du Golfe de Thaïlande. Sur le pont du bateau, nous respirons l’air salé et scrutons l’horizon…
                                  Terre !

Parmi une myriade de terres émergées, trois îles jouent aux poupées russes : la grande Kho Samui, la petite Kho Tao et la moyenne où nous accostons, Kho Phangan. Il nous faut à peine 15 minutes pour rejoindre le nord de l’île et son charme paisible. Nous y dénichons une petite baie cachée derrière les collines de cocotiers, un vrai petit coin de rêve avec ses eaux transparentes et sa plage de sable clair.
 
Sous la surface bleue turquoise de la baie d’Hat Khom, se cachent d’autres merveilles que l’on peut découvrir simplement équipé d’un masque et d’un tuba. A quelques dizaines de mètres de la plage, nous nageons au milieu de fabuleux poissons de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Au fond de l’eau, un magnifique parterre de coraux bleus, verts, rouges, aux formes alambiquées, fait monter jusqu’à nous une petite musique cristalline. En un instant, nous sommes entrés dans un nouvel univers et nous oublions le temps…
 
Retour à la surface… Nous filons à bord d’un bateau-taxi en direction de la baie voisine nommée « Bottle Beach », la plage de la bouteille. Trônant à l’arrière de la petite embarcation colorée, l’énorme moteur fait l’effet d’une œuvre d’art moderne. Nous goûtons le repos de ce petit paradis quand un grand oiseau atterrit tout près de nous dans un fracas de froissement d’ailes. Il se perche aussitôt et nous laisse tout le temps de l’admirer.
 
Après quelques jours, nous partons découvrir la petite île voisine de Kho Tao. Autour du grand rocher qui se dresse dans la baie d’Ao Tanote, nous retournons nager au milieu d’immenses bancs de poissons qui jamais ne nous effleurent.
                                   Baie d’Ao Tanote

Après une semaine de repos et de dépaysement absolus, nous quittons les îles du Golfe de Thaïlande pour poursuivre notre découverte du pays de Siam.
 

Gabrielle

dimanche 1 novembre 2009

n°8 – Le Népal


n°8 – Le Népal


Après une longue route depuis Varanasi, nous arrivons au bord du paisible lac de Pokhara où nous prenons quelques jours de repos.

                                                 Lac Phewa, Pokhara


Nous découvrons le Népal, passerelle montagneuse entre l’Inde et le Tibet, carrefour d’influences, entre bouddhisme et hindouisme.

Septembre 2009





 

Près de Bhaktapur, dans la vallée de Katmandou, nous rencontrons les jeunes membres de l’association TOIT, qui cherchent à offrir une scolarité de qualité à des enfants de familles défavorisées.

Septembre 2009

 


 
Le Népal est connu pour ses montagnes, les plus hautes du monde. Nous partons dans l’Himalaya pour une randonnée de 2 semaines autour du massif du Manaslu.

 Septembre 2009






De retour de randonnée, nous prenons quelques jours de repos à Katmandou. Puis, c’est le départ pour Bangkok, la Thaïlande et l’Asie du sud-est. Une autre aventure commence…


Bonne lecture !


Gabrielle et François


PS : Pour recevoir directement nos newsletters, inscrivez vous sur notre site, et n'oubliez pas de valider votre inscription dans le mail de confirmation.

jeudi 29 octobre 2009

Autour du Manaslu

Népal, pays de montagnes… Depuis 60 millions d’années, ton sol se plisse et se soulève toujours plus haut, sous la pression de la plaque tectonique Indo australienne qui s’enfonce obstinément sous l’Eurasie. La somptueuse chaîne de l’Himalaya accapare les deux tiers de ton espace mais n’abrite que 20% de ta population. Elle t’offre en revanche 8 des 10 plus grands sommets de la Terre dont le célèbre Mont Everest qui culmine aujourd’hui à 8850 mètres. Après une semaine dans tes plaines et tes vallées, il nous tarde de nous aventurer sur tes sentiers de pierres et d’apercevoir tes neiges éternelles. 

Notre choix se porte sur le tour du Manaslu dont le sommet s’élève à 8162 mètres, à l’est des Annapurna. Au matin de notre premier jour de marche, le Mont Ganesh nous fait l’honneur de se dévoiler au dessus de son lit de brume… Un bon présage quand on songe que le dieu à tête d’éléphant est invoqué pour tout commencement. Une lumière diffuse inonde les rizières gorgées d’eau.

                    Au loin, le Mont Ganesh

Nous contournons la montagne par son flanc est, en remontant le cours d’une rivière lunatique. Tantôt elle sautille sur les galets au milieu de grandes herbes argentées qui ploient doucement sous le vent, tantôt elle s’enfonce en grondant dans des dans des gorges profondes. D’impressionnantes cascades viennent s’y jeter de toute leur hauteur, éclaboussant tout autour d’elles et jouant avec les rayons du soleil. Le sentier souvent s’élève au-dessus de la belle comme pour lui échapper mais replonge irrésistiblement vers son lit bouillonnant, émergeant parfois sur l’autre rive. Nous la traversons sur de larges ponts de fer suspendus ; l’eau fait de grands remous sous nos pieds. Les cultures étagées décorent harmonieusement les parois de la montagne : riz, maïs, blé, à chaque altitude sa spécialité. A partir de 2700 mètres, les forêts prennent le relais et conservent encore un temps un étonnant caractère tropical avec des bananiers, des bambous élancés vers le ciel, quantités de fleurs exotiques et de grands papillons colorés qui s’en donnent à cœur joie.

Nous arrivons en terre bouddhiste où vivent les peuples gurungs et tibétains. Nous croisons les premiers chortens, de longs murets composés de larges pierres grises et plates où sont gravés avec finesse textes et figures sacrées. Comme tous les édifices bouddhistes, on se doit de les contourner par la gauche, sauf les petites stupas qui gardent l’entrée des villages. En passant dessous, ceux qui lèvent les yeux au plafond y découvrent de belles fresques religieuses. Des enfants nous accueillent avec des regards curieux, des sourires timides ou des cris d’excitation, leurs bouilles rondes et leurs joues brûlées par la rigueur des saisons. Chaque jour, on se rapproche un peu plus des sommets enneigés qui se dressent à l’horizon. Les soirées se font fraîches, on se rassemble autour du feu de la cuisine où bouillent les marmites, où sèche des morceaux de  viande...

L’atmosphère continue de changer avec l’altitude. A 3500 mètres, on débouche sur un vaste plateau où paissent des yaks. Nous observons ces belles bêtes aux longs poils brillants, plantureuses, massives et non moins agiles. On les croise jusqu’au dernier jour de marche avant la traversée du col. Le Manaslu trône devant nous, éclatant de blancheur. Ce soir-là nous campons à 4500 mètres d’altitude, nous préparant à franchir cette fameuse passe de Larke dont on entend parler depuis le début. Les villageois la connaissent bien, les caravanes de mules y passent depuis des centaines d’années pour assurer le commerce avec le Tibet.

Départ à 5 heures du matin dans la nuit, on distingue à peine le contour des montagnes. Le jour se lève peu à peu réveillant les couleurs et réchauffant l’atmosphère. L’air se raréfie et nous marchons lentement entourés de sommets rivalisant de beauté. Puis s’ouvre devant nous une immense vallée glacière toute nue : durant ces quelques semaines de l’année, elle perd son manteau de neige et dévoile le gris de ses pierres à l’infini. Seul le bruit de nos pas, de notre souffle, semble troubler le silence absolu qui règne dans ce désert minéral… et parfois le vol lourd d’un insecte qu’on entend arriver de loin. Soudain apparaissent comme des oasis de tous petits lacs couleur de jade qui contrastent avec le gigantisme des montagnes. Après huit jours et cinq heures d’ascension, nous atteignons le col à 5106 mètres d’altitude, la joie au cœur ! Le vent et le brouillard se lèvent nous pressant de redescendre. Le soir nous fêtons notre passage autour d’un verre de vin local avant de nous effondrer de fatigue.

Sur le chemin du retour, nous retrouvons les forêts, les fleurs, les champs, les rizières, les rivières… puis un jour le goudron, un engin à quatre roues, un bruit de moteur, l’agitation d’une petite ville où l’aventure se termine. En grimpant dans le bus qui nous ramène vers Katmandou, nous emmenons les parfums, les sensations, les images du spectacle grandiose que la nature nous a offert tout au long de ces journées de marche. 

Gabrielle


Plus d’images dans l’album photos

dimanche 25 octobre 2009

TOIT

Nous rencontrons Indra Prasad à Katmandou, au Népal. Il est le fondateur de l’association TOIT qui a pour objectif de favoriser la scolarisation des enfants de familles défavorisées.

Indra Prasad commence par nous raconter l’histoire de son engagement précoce. A 16-17 ans, au lycée, un professeur fait étudier l’histoire du Dr Schweitzer à sa classe. Indra Prasad est impressionné par l’action menée par le célèbre docteur au Gabon. Visiblement inspiré, dans les années qui suivent, il essaie de monter un hôpital au Népal. Cependant il n’est pas médecin et comprend rapidement que pour être réellement efficace il doit s’engager dans une action conforme à son profil.

A 19 ans, Indra Prasad étudie en faculté de sociologie. Avec l’aide d’un professeur et de quelques amis, il décide de débuter un programme de parrainage d’enfants destiné à financer la scolarité d’enfants népalais défavorisés.

Au Népal, les écoles sont payantes. Les écoles publiques sont les moins chères. Les parents doivent acheter l’uniforme de l’enfant, ses fournitures scolaires et contribuer pour quelques frais, ce qui revient en moyenne à 50€ par an et par enfant*, mais le niveau est faible : seuls 30% des enfants atteignent la 10ème, l’équivalent de la seconde française. Les écoles privées sont plus chères, en moyenne 200 à 300€ par an, et inabordables pour de nombreuses familles. Pourtant, ces écoles sont celles qui garantissent les meilleures chances de succès scolaires : 80% des enfants scolarisés y atteignent la 10ème.
                                Ecoliers népalais

En 2000, Indra Prasad fonde l’organisation TOIT avec l’aide d’amis européens. Le principe du parrainage mis en place est simple. Le parrain verse 15€ par mois qui permettent de couvrir les frais de scolarité d’un enfant. L’association choisit les enfants des familles qui sont le plus dans le besoin, puis s’occupe de les inscrire dans des établissements sélectionnés. Elle assure ensuite le bon suivi administratif du parrainage et organise la correspondance entre les enfants et leur parrain. Le nombre d’enfants scolarisés grâce à l’association augmente rapidement et atteint 150 en 2009.
                     Les enfants parrainés

En 2005, grâce à des fonds collectés auprès d’associations françaises, TOIT commence à construire sa propre école près de Bhaktapur, à une heure de bus de Katmandou. Nous sommes invités à visiter l’école primaire Saraswati Pathshala où Sanchita Lama nous accueille. Elle assure les fonctions de principale depuis 2008, alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années et est encore étudiante, comme les 9 autres enseignants de l’école. Plusieurs jours par semaine, elle vient de Katmandou où elle habite pour s’occuper de la gestion administrative de l’établissement et enseigner. Ce qui la motive ? Quand elle était enfant, sa famille a connu une période difficile et a été aidée, elle a envie de rendre la pareille.
                   Sanchita Lama, la principale de l’école

L’école accueille 94 enfants de 5 à 13 ans dans 7 niveaux différents. Les enfants parrainés plus âgés sont scolarisés dans d’autres établissements. Le fonctionnement de l’école est assuré grâce au parrainage des enfants scolarisés. En outre, les familles des enfants doivent participer symboliquement aux frais pour un montant de 60 roupies (0,60€) par mois. Le versement de cette petite somme permet de faire venir les parents une fois par mois à l’école pour les impliquer dans la scolarité de leur enfant.
                    L’école Saraswati Pathshala… en partie encore en travaux

Avec professionnalisme et dévouement, les jeunes étudiants de TOIT s’investissent pour donner un avenir à ces enfants, avec les talents et les moyens dont ils disposent aujourd’hui.


Comment les aider ?

TOIT cherche des parrains pour pouvoir scolariser davantage d’enfants. L’association ne sollicite aucune aide du gouvernement pour rester indépendante.

TOIT accueille également régulièrement des volontaires pour assister l’équipe enseignante et également poursuivre les travaux de construction de l’école.


Contacts

Site Internet : www.toit.org.np
E-mail : toit_org@ntc.net.np


François


* Le revenu moyen annuel par habitant au Népal est d’environ 170 €.

mardi 20 octobre 2009

Entre bouddhisme et hindouisme

Par la voie du hasard, nous quittons l’Inde pour le Népal sur les traces de Bouddha. Près de Varanasi, nous marchons à travers les vestiges archéologiques de Sarnath, où Bouddha donna son premier sermon après son illumination. A cet endroit, se dresse une imposante stupa de pierres sombres, au pied de laquelle  nous croisons des pèlerins venus du Sri Lanka tout habillés de blanc. Assis au pied de l’édifice, ils écoutent attentivement l’enseignement d’un moine.

Quelques jours plus tard nous sommes à Lumbini, de l’autre côté de la frontière. Assis au bord d’une mare dans un joli jardin rempli de fleurs, nous poursuivons notre voyage dans le temps. En 563 avant JC, la princesse Maya Devi attend l’enfant Bouddha. Elle est en route vers le royaume de son père. Eprouvée par la chaleur, elle découvre cet endroit magnifique au cœur de la forêt et souhaite s’y arrêter afin de se baigner. Elle sent alors l’enfant sur le point de naître et a tout juste le temps de sortir de l’eau pour s’agripper à l’arbre le plus proche. Au grand étonnement de tous, le jeune prince fait déjà ses premiers pas sous chacun desquels s’épanouit une fleur de lotus…

                  Représentation de la naissance de Bouddha

Le bouddhisme s’est ensuite répandu au Népal comme en témoignent les grandes stupas blanches qui restent aujourd’hui des symboles du pays. Ces larges dômes sont surmontés de grandes paires d’yeux qui scrutent les quatre points de l’horizon. De longues guirlandes de drapeaux de prières s’étendent depuis le sommet laissant flotter dans l’air leurs multiples couleurs. Les fidèles prient en marchant autour de la stupa, faisant tourner ses nombreux moulins à prières. De nombreux Tibétains réfugiés se sont installés autour de la stupa de Bodhnath. Il y règne une effervescence toute particulière où se mêlent petits commerces et temples, activité et prière, jeans et robes traditionnelles...

                  Stupa de Bodhnath

Pourtant, en dehors de quelques « îlots » dans la vallée de Katmandou, le bouddhisme s’est depuis longtemps retranché dans les montagnes au profit de l’hindouisme largement majoritaire au Népal. Un hindouisme bien différent de celui du grand voisin indien, moins coloré, moins exubérant… Il se lit néanmoins sur les nombreux fronts marqués par la tika : ce mélange de poudre rouge et de riz apposé en signe de bénédiction. Les « Durbar Square », les places royales de la vallée de Katmandou, témoignent de la richesse de son histoire. On y découvre des ensembles de temples dressés les uns à côté des autres entourant les somptueux palais des anciens rois Malla. Inspirés des paysages de montagnes, ils s’élèvent sur plusieurs étages en forme pyramidale. Des briques orangées et de rares éclats dorés contrastent avec le gris de la pierre et le bois sombre dont sont faits les temples. S’il reste peu de traces des peintures anciennes, la richesse et la finesse des sculptures demeurent : de nombreuses créatures fantastiques ou sacrées, dragons, lions ailés, éléphants côtoient les dieux, les déesses et même les simples mortels...

                  Patan – Durbar Square

Dans l’enceinte de ces demeures divines, l’activité est intense : les bougies brûlent et les fidèles déposent leurs offrandes au pieds des dieux, Krishna, Vishnou, Ganesh… et Bouddha lui-même ! En effet, les hindous ont intégré Bouddha dans leur panthéon comme étant la dixième incarnation de Vishnou. La princesse Maya Devi est elle aussi devenue une de leurs déesses. Assimilation de la concurrence bouddhiste ou fusion des cultures ? Tout s’embrouille quand on apprend que le dieu de la vallée de Katmandou est lui-même une incarnation d’Awalokiteshwara, une des figures de Bouddha… Pourtant, à part les Occidentaux que nous sommes, ce savant mélange népalais n’étonne personne.

                                 Patan – Temple de Kumbeshwar

Certaines divinités sont également les « enfants » du pays, au sens figuré et parfois au sens propre, comme la célèbre Kumari. Cette déesse vivante vient sur terre sous les traits d’une petite fille âgée d’au moins quatre ans. La tradition lui confère 32 particularités physiques et au moins autant dans son thème astral. Cela permet aux sages de trouver parmi les petites Népalaises plusieurs candidates à la divinité. Elles sont ensuite enfermées dans une pièce sombre où sont disposées 108 têtes de buffles égorgés, entre autres choses effrayantes. Celle qui ne pleure pas est reconnue comme l’incarnation de la déesse ; elle est vénérée jusqu’à sa puberté où elle redevient une simple mortelle…

Ainsi les hommes et les femmes du Népal mêlent leurs cultures et leurs croyances, fiers d’appartenir à un pays qui conserve depuis toujours son indépendance entre les grandes puissances. Vu du toit du monde, ces différences doivent en fait sembler toutes petites…


Gabrielle

jeudi 15 octobre 2009

n°7 – Pendjab, Rajasthan, Varanasi


n°7 – Pendjab, Rajasthan, Varanasi


Nous redescendons des montagnes de Dharamsala et entamons une lente traversée de l’Inde d’ouest en est, du Pendjab à Varanasi, en passant par le Rajasthan.

Au Pendjab, nous découvrons Amritsar, la ville sainte des Sikhs, et son célèbre temple d’or.









 

Nous descendons plus au sud, dans le désert du Thar, et rencontrons les fondateurs de l’association Malenbai, qui tentent de venir en aide aux habitants du désert.




 

 


 
Nous traversons le Rajasthan, le pays des rois, et découvrons ses splendeurs. Petit détour par Agra pour admirer l’incontournable Taj Mahal.





 

En chemin, nous faisons halte à Tilonia, près d’Ajmer. Nous y visitons le campus du Barefoot College, et découvrons sa philosophie originale.










Dernière étape indienne à Varanasi, la ville sainte des hindous, pour une plongée dans l’inexplicable.
 


 



 


Depuis Varanasi, nous nous mettons en route pour le Népal, la tête et le cœur remplis de cette « incredible India »…

Bonne lecture !


Gabrielle et François


PS : Pour recevoir directement nos newsletters, inscrivez vous sur notre site, et n'oubliez pas de valider votre inscription dans le mail de confirmation.

lundi 12 octobre 2009

Varanasi


Pour notre dernière étape en Inde, nous faisons halte à Varanasi, plus connue sous le nom de Bénarès. Cette ville parmi les plus anciennes du monde aurait été fondée par Shiva en personne. Elle plonge ses racines dans le Gange, le grand fleuve sacré de l’Inde, où elle puise son atmosphère spirituelle unique.
                                                  Varanasi et le Gange

La vieille ville est immense, nous nous perdons dans le labyrinthe de ses ruelles tortueuses. Des habitants nous aident à retrouver notre chemin : pour rejoindre les rives du Gange, nous quittons l’animation des rues et nous nous engageons dans un souterrain sordide où des vieillards et malades semblent attendre que la mort vienne les prendre.

De fait, Varanasi est la ville de la Mort. Pour un hindou, mourir à Varanasi permettrait de mettre fin au cycle des réincarnations successives, et donc de quitter définitivement ce monde de souffrances. Animés par cet espoir, de nombreux mourants viennent ici passer leurs derniers instants. Nous logeons à deux pas des bûchers funéraires qui brûlent en permanence et dégagent une fumée âpre. A intervalle régulier, une civière dorée abondamment fleurie passe, suivie d’une petite foule d’hommes chantant une mélopée funèbre.

La vocation de la ville pourrait en faire un endroit sinistre, pourtant, à Varanasi, la mort est belle. Pour les croyants, elle est au pire un passage vers une autre vie, qu’on espère meilleure, au mieux une libération. Autour des bûchers, des vaches sacrées ruminent tranquillement, semblant accompagner avec bienveillance les âmes des défunts. Des hommes sont assis sur les marches voisines, la paix qui se lit sur leurs visages n’est pas troublée par le crépitement des flammes. Ici, la Vie et la Mort ne sont pas fâchées et ne cherchent pas à s’exclure par le tabou. L’une et l’autre s’engendrent mutuellement et se côtoient avec un naturel troublant.
                                                  Derrière les bûchers

De la barque qui nous porte sur les flots du Gange, nous observons les ghâts*. Il n’est pas 6h du matin et déjà les fidèles s’animent autour du fleuve, procédant à leurs ablutions avec un soin méticuleux. Beaucoup concluent le rituel en buvant une gorgée d’eau du Gange. A une vingtaine de mètres, flotte un cadavre humain à demi rongé par les vers (selon la tradition, les corps défunts des femmes enceintes, enfants de moins de 5 ans, lépreux et vaches sont déversés sans crémation dans le fleuve)… L’esprit ne sait pas expliquer, encore moins juger, le coeur est fasciné par cet ailleurs total.
                                                   Baignade

Le grand fleuve sacré fait de la ville un lieu de pèlerinage incontournable pour les hindous. Sur les ghâts, de nombreux sâdhus sont assis en silence. Ces hommes ont fait vœu de renoncement, souvent après une vie bien remplie, pour se consacrer à la recherche spirituelle. Leur démarche est légère et silencieuse, leur regard pénétrant, une noblesse se dégage de ces corps amaigris et vêtus de cendres…

Chaque soir, la foule des pèlerins se réunit sur le ghât principal de Varanasi : cinq Brahmanes y présentent l’offrande de la lumière au fleuve. Le cérémonial est émouvant. Autour de la scène, des marchands de religion viennent proposer poudre à tika, lampes à huile rituelles, œillets d’Inde… La tête tourne…
                                                  L’offrande de la lumière

Un peu avant, notre hôte nous a emmené au temple dédié au chef des gardes du corps de Shiva, chargé de veiller sur Varanasi. La tradition veut que les nouveaux venus lui demandent l’autorisation de séjourner dans la ville. La réponse est censée parvenir directement au cœur, l’organe qui communique avec les dieux. J’y apprends que je suis le bienvenu, çà ne s’explique pas.
 
Le 28 août au soir, nous attendons notre train sur le quai de la gare de Varanasi. Nous partons vers Gorakhpur, et de là nous prendrons un bus pour Sunauli, à la frontière népalaise. Le train a du retard, nous observons une dernière fois l’effervescence inoubliable des gares indiennes.
 

François

* Les grandes marches qui permettent aux fidèles d’accéder au fleuve

jeudi 8 octobre 2009

Barefoot College

Nous nous rendons à Tilonia, un petit village du Rajasthan situé entre Ajmer et Jaipur, pour visiter le Barefoot College. Ballotés à l’arrière d’une jeep, nous nous enfonçons sur les pistes à travers la campagne. Un grand portique marque l’entrée du campus. Cette université forme des « ingénieurs aux pieds nus » issus des villages en leur donnant accès aux savoirs techniques, médicaux ou autres pour améliorer leurs conditions de vie.

En 1972, Bunker Roy, inspiré par le message du Mahatma Gandhi, fonde une organisation à Tilonia pour venir en aide aux habitants de cette région aride et défavorisée. Il souhaite agir aussi concrètement que possible et se met à l’écoute des villageois : parmi toutes les difficultés auxquelles ils doivent faire face, la première urgence est de développer l’accès à l’eau potable. Le désert est proche, l’insuffisance et la mauvaise qualité de l’eau provoquent de nombreuses maladies. L’organisation commence par installer des pompes manuelles puis apprend aux habitants à les monter et les réparer. Comme dans de nombreux villages en Inde, l’unique puits de Tilonia est régi par les Brahmanes. Les Intouchables se cotisent pour participer à l’installation d’une pompe et acquièrent ainsi leur indépendance. Une année, le puits est à sec et les Brahmanes sont contraints de venir réclamer de l’eau aux Intouchables. Ce renversement de situation bouscule l’ordre social établi par le système de castes. Autour de la pompe, le dialogue s’engage entre des hommes et des femmes qui ne se seraient jamais rapprochés autrement. La maîtrise de savoir-faire technique par les plus démunis contribue à réduire les inégalités. Cette expérience encourage Bunker Roy et son équipe et leur ouvre de nouvelles perspectives. En 1984, ils font le pari de confier l’entretien du réseau de pompes aux habitants et forment 2000 personnes dont les compétences sont aujourd’hui unanimement reconnues.

Ainsi naît la vocation du Barefoot College : former des « ingénieurs aux pieds nus » qui seront capables de prendre eux-mêmes en main le développement de leur communauté. Bunker Roy part du principe que chacun est capable d’acquérir des connaissances pratiques du moment qu’on adapte la manière d’enseigner. L’originalité du Barefoot est de vulgariser délibérément le savoir pour qu’il ne reste pas une affaire de spécialistes ou d’experts, et puisse bénéficier au plus grand nombre. Les cours sont dépouillés au maximum des concepts et de la théorie sur le pourquoi du comment. L’apprentissage se fait par l’exemple et la répétition des gestes de l’enseignant à partir de cas concrets : fabriquer un émetteur radio, une lampe, souder des composants électroniques sur une plaque… De retour dans leur village, les « ingénieurs aux pieds nus » mettent d’autant mieux à profit leurs nouvelles compétences qu’ils les appliquent dans un environnement dont ils connaissent les besoins et les fonctionnements. En cohérence avec cette volonté de désacraliser le savoir et pour que les élèves ne soient pas tentés d’aller vendre leur cursus dans les villes, le Barefoot ne délivre pas de diplôme.

La dimension communautaire est une composante essentielle de la philosophie du Barefoot : le savoir ne s’acquière pas pour soi-même dans le but d’accroître son pouvoir personnel, mais pour servir de la communauté. Les formations sont dispensées à celles et ceux qui ont été désignés par les responsables des villages comme étant les plus aptes à acquérir et ramener un savoir qui permettra d’améliorer les conditions de vie de tous. Ces missions sont le plus souvent confiées à des mères de famille en raison de leur fidélité à la communauté.
 
Toujours en se basant sur la consultation des villageois, le Barefoot College attaque un nouveau chantier : l’accès à l’électricité. L’énergie solaire s’avère  la plus adaptée car la ressource est abondante et n’exige pas la mise en place coûteuse d’un réseau. Par contre, elle nécessite des compétences techniques. Le programme démarre en 1986 avec le soutien du gouvernement et d’ONG partenaires. Chaque village parrainé désigne deux personnes qui sont formées pendant six mois par des spécialistes en énergie solaire. A leur retour, elles mettent en place les installations électriques jugées prioritaires par le village et forment à leur tour d’autres habitants à la technologie solaire. Chaque famille bénéficiant d’une installation verse une contribution mensuelle dans un pot commun utilisé pour étendre l’accès à l’électricité à d’autres habitations. Dès lors, le projet peut se financer par lui-même. Le Barefoot College poursuit ce programme au-delà des frontières avec des villages d’Afrique notamment. En tout, plus de 600 personnes ont été formées dont un tiers à l’étranger. 80% d’entre elles sont des femmes.


Ram Nivas, notre guide, travaille ici depuis quinze ans. Marionnettiste et responsable de la toute nouvelle « radio Tilonia », anciennement comptable, ses divers talents illustrent la polyvalence encouragée au sein du Barefoot College.
                   Ram Nivas

Nous le suivons à travers le nouveau campus, construit en 1988 sous la direction d’un  « barefoot architecte » qui n’était jamais allé à l’école. L’ensemble de panneaux solaires assure l’autonomie en énergie. Un grand réservoir aménagé sous l’amphithéâtre stocke les eaux de pluie de la mousson pour offrir un accès à l’eau tout au long de l’année. Un puits spécialement conçu recharge progressivement la nappe phréatique pour éviter qu’elle ne s’assèche. Ce campus donne un aperçu des connaissances techniques que le Barefoot acquière et transmet aux villages alentours depuis sa création.
                   Le nouveau campus

Un peu plus loin se trouve l’ancien campus. Nous approchons d’une fabrique où brillent de grandes paraboles composées de miroirs. Ce sont des cuisinières solaires. Les sept femmes qui travaillent activement à scier et couper des pièces de métal sont les fondatrices et gestionnaires de cette petite société indépendante. Elles ont appris les techniques de fabrication auprès d’un ingénieur allemand venu partager son savoir en 2003. Depuis, les 20 fours qu’elles ont installés dans 9 villages permettent de cuisiner à l’énergie solaire pour près de 400 personnes.
                    Four solaire

En poursuivant la visite, nous avons la surprise de rencontrer des femmes venues de toute l’Afrique. Dans la salle de formation, Ethiopiennes, Maliennes, Sierra Léonaises… se penchent sur des plaques de composants électroniques. Elles prennent des notes et  nous expliquent le placement des différentes diodes avec de chaleureux accents d’ailleurs. Nous apprenons que deux étudiantes sibériennes suivent le programme depuis leur chambre climatisée à cause de la chaleur.
 
Tout près, des ateliers de tissage et de fabrication de jouets éducatifs offrent un emploi à des personnes handicapées. Les produits sont vendus dans le magasin d’artisanat ou utilisés dans les autres activités du Barefoot, notamment les écoles du soir.


L’approche du Barefoot est globale et les projets se développent au fur et à mesure que naissent les bonnes idées et que se mobilisent les bonnes volontés pour les réaliser. Dès l’origine, l’association s’attache à développer l’éducation en créant des écoles du soir afin de  s’adapter aux réalités de la vie à la campagne où les travaux domestiques et agricoles mobilisent toute la famille. Depuis, 150 écoles du soir ont été ouvertes dans tout le Rajasthan avec une capacité d’accueil de 4000 élèves de 6 à 14 ans, dont 75% de filles. L’éveil aux principes de la démocratie est également essentiel pour préparer l’avenir, mais 3 heures de cours par jour ne peuvent y pourvoir. Le Barefoot initie le « Parlement des Enfants » qui leur permet d’apprendre directement par la pratique.

56 « Membres du Parlement » élus par les élèves choisissent un « Premier Ministre » qui désigne les 25 ministres de son gouvernement chargés de l’eau potable, de l’éclairage solaire, de la condition féminine, des jouets… Le Premier Ministre, une jeune fille de 13 ans, organise les réunions mensuelles où les ministres exposent les problèmes qu’on leur a rapportés dans les écoles et demandent des comptes aux adultes. Leur pouvoir est réel : lors de la réunion à laquelle nous assistons, le ministre de la santé dresse la liste des médicaments manquants dans les pharmacies de certains établissements, le responsable santé du Barefoot College l’invite à venir les chercher le soir même au centre médical du campus.
                   En route vers la séance parlementaire

Le Barefoot College milite pour la mise en commun des savoirs, chacun ici est à la fois élève et professeur. Les compétences de spécialistes européens ou de jeunes villageois autodidactes sont accueillies avec autant d’enthousiasme.

Pascal est un dentiste italien, il a rejoint l’équipe du centre médical du campus pour y ouvrir un cabinet dentaire. Il forme aux soins dentaires élémentaires deux femmes de Tilonia qui n’ont pas été à l’école. Pour lui comme pour elles, cette formation est un challenge. De même que les autres spécialistes étrangers qui viennent partager leurs connaissances, Pascal n’a pas vocation à rester. Quand il s’en ira, elles seront les dentistes du Barefoot College.
                   Pascal et ses élèves

Rago est un jeune garçon originaire de l’état du Bihar. Seul, il a réussi à fabriquer un transmetteur pour diffuser sur les ondes des messages de sensibilisation et des petites annonces propres à améliorer la vie des gens. Cette initiative n’a pourtant pas été appréciée du gouvernement étant donné son caractère illégal. Quand Bunker Roy entend parler de lui, il l’invite à venir mettre ses talents au service du Barefoot College pour fonder « radio Tilonia ». Nous assistons à l’enregistrement des toutes premières émissions en compagnie de Ram Nivas. Cette radio qui émet dans un rayon de 30 kilomètres sera un nouveau moyen de communiquer sur la santé, l’éducation, la culture… auprès des villages.
                    Radio Tilonia

En venant visiter le Barefoot College, nous nous attendions à trouver un centre de formation original. Nous avons découvert une communauté où des ingénieurs, des techniciens, des artisans, des médecins, indiens ou étrangers, cherchent des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur pour les villages du Rajasthan. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les inégalités en éveillant le potentiel de chacun.


Comment les aider ?

Le Barefoot College est ouvert à toute initiative pour diffuser savoir et connaissances utiles aux populations du Rajasthan. Des volontaires viennent régulièrement sur le campus réaliser leur projet en coopération avec le Barefoot College.


Contacts

Barefoot College
Village Tilonia, via Madanganj, District Ajmer
Rajasthan 305816, Inde
•    Téléphone : +91 (0) 1463 288 204
•    Site Internet : www.barefootcollege.org


Gabrielle

lundi 28 septembre 2009

Au pays des Rois

Après le Pendjab, direction le Rajasthan, le « pays des rois »… et des palais. Laissons parler les images…

                                                           Bikaner, fort de Junagarth

                                                           Forteresse de Jaisalmer

                                                           Dans le désert du Thar

                                                           Jodhpur, la « ville bleue »

                                      Sur les ghâts de la ville sainte de Pushkar

                                      La Ganesh Pol du Amber Palace de Jaipur

               Mosquée Jama Masjid, au cœur de la ville fantôme de Fatehpur Sikri

Le Taj Mahal… mausolée construit par le puissant Sultan Shah Jahan pour accueillir le corps de sa défunte bien-aimée

Nous vous invitons à visiter l’album photos pour poursuivre le voyage.

Gabrielle et François

jeudi 24 septembre 2009

Malenbai

Nous partons au coeur du désert du Thar à la découverte de l’association Malenbai. A une vingtaine de kilomètres de Jaisalmer, la jeep quitte la route pour une piste qui serpente à travers des étendues de sable et de cailloux noirs où quelques arbustes défient le vent et le soleil. Cet immense plateau s’achève brusquement pour plonger sur une vaste étendue de sable clair, semblable à un morceau de lune égarée sur la terre… un lac asséché. Nous nous arrêtons au seuil d’une grande bâtisse solitaire qui semble contempler l’horizon.

Les fondateurs de Malenbai, Capucine et Pabu, nous accueillent autour d’un thé de bienvenue et nous racontent leur histoire… Lors d’un voyage en Inde, cette jeune Française part avec sa famille pour un safari en chameaux sous la conduite de Pabu. Ils se reconnaissent et décident d’unir leur destin dans ce désert où tous deux se sentent chez eux plus que partout ailleurs. Ils s’y installent en dépit de toutes les difficultés d’ordre matériel mais surtout culturel et social. La mixité de leur couple n’est pas acceptée au sein de la société indienne, d’autant que Pabu est issu d’une caste parmi les basses, les Bilhs, chasseurs par tradition.
                      Capucine et Pabu

Après trois années de persévérance, la maison qu’ils ont construite est devenue un lieu d’accueil, suivant la tradition des habitants du désert. Les agriculteurs des terrains environnants, les bergers de passage, tous ceux qui le souhaitent y font étape. Ils viennent seuls ou en familles, partagent leurs repas et la grande terrasse où chacun s’endort à la belle étoile après la veillée.
 
Pabu est fier d’être Bilh, mais de nombreux autres ont perdu ce sentiment. Originaires du Gujarat, ils ont été déplacés près de Jaisalmer pour mettre leurs talents de chasseurs au service des Maharajas. Lors de cette migration, ils ont perdu beaucoup de leurs coutumes et de leur artisanat. Aujourd’hui, la plupart survivent en cassant des pierres pour les chantiers de construction, un travail de forçat dévalorisant.

Capucine et Pabu veulent faire de leur différence une force pour aider les Bilhs à se relever. Ils se tournent d’abord vers l’agriculture : ils investissent dans un tracteur qu’ils prêtent aux familles pour les inciter à cultiver leurs terrains et forment des jeunes à la conduite. L’année suivante, ils profitent de l’eau du lac et du prêt d’un générateur électrique pour faire une culture de moutarde irriguée. De nombreuses familles participent aux semences puis à la récolte. Autour de cette activité nouvelle, se développent échanges et partages au rythme des chants qui accompagnent le travail. Cependant, l’opération est déficitaire et, devant le caractère aléatoire des récoltes, il faut trouver d’autres idées.
 
Suivant les conseils enthousiastes d’une amie, ils créent en août 2007 l’association Malenbai du nom de la déesse du désert vénérée par les Bilhs. Leur objectif est de faire revivre l’artisanat local, véhicule de la culture et des racines que les Bilhs ont besoin de retrouver. Les savoirs se sont tellement perdus que Capucine et Pabu peinent à retrouver les quelques personnes qui les détiennent encore, une véritable chasse aux trésors.

Ils découvrent un tisserand, cet homme d’un certain âge n’a plus la force de casser des pierres et peine à faire vivre sa famille. La possibilité inespérée de reprendre son métier d’origine le réjouit. Avec l’aide de Malenbai, il rénove le vieux métier à tisser de son père et se remet au travail. Après tant d’années sans pratique, il lui faut plusieurs essais avant de maîtriser à nouveau la technique. Ces tapis sont tissés à partir de poils de chèvre liés en corde que seuls quelques vielles personnes savent encore faire ; Pabu doit faire parfois 80 kilomètres pour trouver les précieuses pelotes. La vie de ce tisserand est transformée : la vente des tapis à Malenbai lui assure une source de revenus, et surtout il a retrouvé sa fierté et la considération de ses pairs. Lorsque nous lui rendons visite, toute la famille et les enfants nous accueillent avec joie et curiosité. En dehors de Capucine, nous sommes les premiers étrangers à venir chez eux.
                   Le tisserand et sa fille

Cette année, Malenbai renouvelle l’expérience avec une famille de potiers d’un village proche. Pour gagner leur vie, ceux-ci délaissaient peu à peu leur tour et partaient vers les carrières casser des pierres. La poterie devenait une activité d’appoint et risquait à terme d’être abandonnée. Motivé par l’opportunité de vivre à nouveau de son art, le potier nous montre les nombreux modèles qu’il sait faire. Capucine et Pabu lui donnent des idées d’objets s’inspirant des traditions rajasthanaises et susceptibles de plaire à des touristes. Nous sommes surpris lorsque son fils de 15 ans le remplace au tour, faisant déjà preuve d’un grand savoir-faire. La transmission est assurée.
                   Le fils du potier

En visitant les familles, Capucine rencontre des femmes qui confectionnent de magnifiques broderies pour leur usage personnel. Avec quelques idées nouvelles puisées sur les marchés ou dans leurs traditions, elles pourraient utiliser leurs talents et rejoindre les artisans de Malenbai…
                   Les huttes

Parallèlement aux activités de l’association, Capucine et Pabu cherchent à développer une activité qui leur permette de vivre dans ce désert, condition essentielle pour poursuivre l’action de Malenbai. Peu à peu, ils forment le projet d’accueillir des touristes désireux de découvrir et vivre le désert. Lors de notre venue, Pabu vient d’achever la construction de cinq belles huttes traditionnelles qui sont harmonieusement disposées face à l’immensité du lac asséché. Il souhaite également mettre à profit son expérience de guide pour proposer des safaris en dromadaires aux visiteurs.
                                Chamelier

Leur démarche est emprunte d’éthique et de solidarité dans la continuité de Malenbai : ils ont à cœur d’intégrer dans leur projet les artisans qu’ils soutiennent en organisant des visites dans leurs villages afin que les touristes découvrent leur travail. Ils conçoivent cette nouvelle activité comme une chance de partager leur passion et leurs connaissances de cet environnement mystérieux, dur et généreux à la fois. Ce sera pour les visiteurs l’occasion de s’immerger dans la vie du désert : partager les repas avec les bergers de passage, à la nuit tombée écouter leurs chants en admirant la voie lactée, dormir dans des huttes bercés par le souffle du vent…



Comment les aider ?

Ce projet touristique soutiendra l’action de Malenbai, et avec l’aide de la déesse du désert, pourra rendre espoir à la caste des Bilhs. Capucine et Pabu invitent chacun à venir leur rendre visite, une belle idée pour des vacances « découverte ». Ils sont établis à 24 kilomètres de Jaisalmer, soit 30 minutes en jeep. Ils cherchent des contacts avec des agences de tourisme solidaire afin de se faire connaître.

Lors de ses visites annuelles en France, Capucine collecte des vêtements et médicaments afin de les distribuer à ceux qui en ont besoin. Les dons financiers sont également bienvenus.


Contact

Site de Malenbai : http://malenbai.canalblog.com
Site Internet du gite : http://www.pabukidhani.com
E-mail : malenbai@hotmail.fr
Téléphone de Capucine : +91 9829552278  
Téléphone de Pabu : +91 9602534344


Gabrielle

mercredi 9 septembre 2009

Le Temple d'Or des Sikhs

Le premier août, nous quittons l’ambiance tibétaine de Mac Leod Ganj et partons pour le Pendjab, la patrie des Sikhs. Au début du 16ème siècle, Gurû Nanak, un Hindou, s’intéresse à l’Islam et prêche une nouvelle spiritualité pour réconcilier les adeptes des deux religions. Ses disciples (« sikhs » en langue sanskrit) se regroupent autour de lui, le Sikhisme est né. Les Sikhs sont aujourd’hui autour de 20 millions en Inde, facilement reconnaissables à leur turban, leur barbe fournie et leur poignard qu’ils gardent avec eux en toutes circonstances.

                     Un Sikh se préparant à ses ablutions avec turban et poignard

Nous faisons étape à Amritsar, la ville sainte du sikhisme. La cité est construite autour du Harmandir Sahib, plus connu sous le nom de « Temple d’Or ». En pénétrant dans l’enceinte blanche du temple, nous découvrons le sanctuaire : il semble flotter majestueusement au milieu du Amrit Sarovar (Bassin de nectar), le lac sacré qui a donné son nom à la ville.

Nous sommes tout de suite frappés par la grande ferveur religieuse qui imprègne les lieux, et la sérénité qui s’en dégage. Une litanie de chants sacrée émane en permanence du sanctuaire doré : des prêtres se relaient toutes les heures pour chanter le Âdi Granth, le livre sacré des Sikhs.

                   Le Temple d’Or

Nous terminons la matinée par un repas au restaurant collectif du temple. Le repas est gratuit ; les fidèles les plus fortunés peuvent faire une donation en retour, et tout le monde peut participer à l’élaboration des plats ou à la vaisselle. Cette cantine symbolise le partage et l’unité, des principes chers aux Sikhs.

                    Séance de plonge après le repas

Le soir, nous partons pour la frontière pakistanaise. A l’indépendance en 1947, l’empire britannique des Indes a été divisé entre le Pakistan, à majorité musulmane, et l’Union Indienne, à majorité hindoue et sikhe. Le Pendjab, qui comprenait d’importantes communautés des trois religions, fut partagé entre les deux états. Il s’ensuivit d’importants transferts de population et de nombreux massacres de part et d’autre de cette frontière toute neuve. La plaie de la partition tarde encore à se cicatriser, en témoignent les relations toujours difficiles entre l’Inde et le Pakistan.

                           Le Pakistan

Pourtant, au poste frontière de Wagha, à mi-chemin entre Amritsar et Lahore au Pakistan, nous assistons à un spectacle étonnant et bon enfant qui ferait presque oublier les camps militaires qui parsèment la région. La clôture quotidienne de la frontière fait l’objet d’un show dont les gardes-frontières sont les stars, acclamés par un public nombreux qui vient chaque soir s’entasser sur les gradins en dur qui entourent la scène. Dans la liesse générale, les soldats des deux camps,  affublés d’une étonnante coiffe en éventail, paradent et se mesurent, faisant trembler leur crête. Le spectacle s’achève par la descente des couleurs et la fermeture des grilles.


Voir la cérémonie de fermeture de la frontière à Wagha

Avant de quitter Amritsar, nous retournons une dernière fois au Temple d’Or pour une visite nocturne. Nous contemplons les reflets dorés du sanctuaire qui se mêlent à ceux de la Lune dans les eaux sombres du Bassin de Nectar. Tout autour du lac, des pèlerins se sont installés pour passer la nuit au milieu des chants sacrés. Le calme et la paix des lieux nous envahissent, sensation étrange d’avoir atterri dans un autre monde…

François

lundi 7 septembre 2009

n°6 – D’Ahmedabad à Dharamsala


n°6 – D’Ahmedabad à Dharamsala


Après notre tour dans le sud de l’Inde, nous partons pour deux mois explorer le nord du pays.

Première étape à Ahmedabad, la capitale du Gujarat. Nous y rencontrons les femmes de SEWA, un syndicat de travailleuses du secteur informel.








 

Entre Ahmedabad et Delhi, nous faisons halte à Udaipur. De là, nous partons découvrir le superbe temple jaïn d’Adinath à Ranakpur.




 

 


 
A Delhi, nous visitons le Sulabh Sanitation Movement, une organisation qui se bat pour éradiquer le « scavenging » (l’intouchabilité). Au centre de formation Nai Disha, nous rencontrons d’anciennes femmes « scavengers » devenues les Anges Bleus de Sulabh.


 

 

Nous poursuivons notre route vers le nord, vers les sources du Gange, et atteignons les villes saintes de Haridwar et Rishikesh.











Nous passons les derniers jours de juillet à Dharamsala, où vit le Dalaï-lama et le gouvernement du Tibet en exil, entourés d’une petite communauté de 15000 âmes.
 

 


 


 

La fréquentation du site progresse de mois en mois, et cela nous encourage à poursuivre l’aventure.

Merci à tous ceux qui nous suivent et nous soutiennent !


Gabrielle et François


PS : Pour recevoir directement nos newsletters, inscrivez vous sur notre site, et n'oubliez pas de valider votre inscription dans le mail de confirmation.

jeudi 3 septembre 2009

Dharamsala, le « petit Lhassa »


Nous grimpons tout au nord de l’Inde, au pied de l’Himalaya, pour une étape prolongée en terre d’asile tibétaine à Dharamsala. Nous posons nos bagages dans le petit village de Mac Leod Gange, où le 14e Dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, vit en exil depuis 50 ans, et où fut transféré le gouvernement tibétain dès 1960.
                    Départ du Dalaï-lama salué par ses fidèles

Le long des petites rues en pente, des échoppes, des étales, exposent bijoux, vêtements, artisanat tibétain… Des femmes attendent les clients, assises sur de petits tabourets. Elles discutent ou tricotent les épais bonnets et chaussettes qu’on vendra cet hiver. Certaines portent la longue robe traditionnelle ornée d’un petit tablier rayé que d’autres ont abandonnée pour de gros sweat shirts. Sur leurs visages de lune modelés par les ans, de petits yeux plissés semblent sourire au soleil. On croirait avoir changé de pays.
 
Depuis la rue qui grimpe vers le temple, nous contemplons la vallée de Kangra évanouie sous les brumes matinales qui s’étiolent lentement découvrant la belle endormie. L’air est frais et pur, tout est paisible.
 
La brume a-t-elle aussi posé son voile blanc sur l’histoire et son lot de souffrances ? Les longues traversées glacées à travers les sommets de l’Himalaya, les morsures du froid, les disparus… les monastères saccagés et pillés, des moines et des nones humiliés, tués. L’invasion chinoise s’est traduite par un long travail de sape pour anéantir un peuple et une culture millénaire, les passer au rouleau compresseur de l’uniformisation communiste, et faire du Tibet le terrain d’expériences nucléaires.

Malgré toute cette violence, le Dalaï-lama mène un combat résolument pacifique. Il défend la cause du Tibet à travers le monde. Il invite chacun à faire triompher la paix en commençant par lui-même, enseignant le bouddhisme selon la tradition tibétaine.
 
A Dharamsala, nous avons découvert un petit havre de paix, avec le temple en son cœur où vont et viennent de nombreux moines et nones en habit rouge. Tout autour, une communauté de 15 000 âmes a refait des racines, accrochant les maisons aux flancs des grandes montagnes couvertes de forêts et de nuages suspendus. Loin de leur terre, ils s’organisent pour sauver leur héritage culturel. Ils le transmettent à leurs enfants et le partagent aux étrangers de passage à travers des cours de yoga, de musique ou de cuisine. Désireux de soutenir la cause du Tibet, de nombreux jeunes viennent du monde entier apporter leur aide aux associations locales.
 
Le message du Dalaï-lama a porté ses fruits, les Tibétains sont soutenus par un élan de solidarité internationale. Le peuple vit en dehors de ses frontières et espère, malgré le temps qui passe, retrouver un jour sa terre.

Gabrielle

samedi 29 août 2009

Pèlerinage aux sources du Gange

Après Delhi, nous continuons notre route vers le nord : direction l’Himalaya et les sources du Gange. Tout au long du trajet, le bus dépasse de petits groupes de marcheurs et de cyclistes vêtus de T-shirt orange. Certains portent d’étranges constructions faites de papier multicolore, de ficelle et… de perroquets en plastique.

Comme nous, ces pèlerins vont à Haridwar. Il fait déjà nuit quand nous atteignons la ville sainte dans les embouteillages et les klaxons. Nous apprenons que nous sommes tombés au beau milieu d’un festival en l’honneur du dieu Shiva, à moins que ce ne soit Krishna (cela dépend à qui l’on pose la question)…

Le lendemain, nous partons explorer Haridwar. Les bords de la route qui relie notre hôtel au Gange sont encombrés de pèlerins. En contrebas se dresse le plus grand camping sauvage qu’il ne nous a jamais été donné de voir.

La route est bloquée par la police. Nous parcourons à pied les derniers mètres qui nous séparent du temple Har-ki-Pairi, au milieu d’une foule d’hommes oranges, interrompus à plusieurs reprises… « One shot, one snap ! ». Il semble qu’en tant qu’étrangers nous constituions une attraction tout à fait digne d’intérêt pour ces visiteurs. Chacun veut son cliché de nos profils exotiques, de préférence en posant avec nous.

Nous finissons par atteindre le Gange. A perte de vue, les berges du fleuve sont occupées par des milliers de pèlerins en train de s’adonner au bain purificateur. L’ambiance est effervescente et survoltée, certains baigneurs se laissent emporter par le puissant courant du Gange au risque de se noyer. Au loin, une immense statue de Shiva semble veiller sur les imprudents.

              Ghâts de Har-Ki-Pairi

Au pied du temple, nous sommes fortement invités à prier pour notre (future) progéniture en répétant les formules sacrées prononcées par le prêtre. Le nombre de rejetons dépendra cependant de l’offrande que nous voulons bien verser…

                                      Un prêtre

Nous nous frayons un chemin vers les ghâts, ces escaliers qui descendent dans le Gange pour permettre à tout un chacun de procéder à ses ablutions. Plus nous approchons du fleuve, plus les photographes amateurs se pressent autour de nous. C’est la descente des marches…

Nous nous asseyons sur les ghâts pour observer la foule des baigneurs. En moins d’une minute, nous sommes encerclés par une petite foule de jeunes hommes en sous-vêtements désireux de nous prendre en photo…  Certains commencent à se disputer l’honneur de poser à nos côtés, nous tentons de nous replier… finalement, la police intervient pour nous exfiltrer. Elle nous demande de patienter dans un réduit de service le temps que l’ambiance se calme et que tous les photographes amateurs se dispersent.

  Sur les rives du Gange à Haridwar


Le lendemain, nous partons un peu plus en amont du fleuve sacré vers Rishikesh. La ville est connue pour être un havre de paix et le paradis des yogis… mais pas ces jours-ci. La masse des hommes oranges semble nous avoir suivis jusque là, et la petite cité est saturée de marcheurs.

                 Rishikesh

Pour fluidifier la circulation dans cette ville piétonne, la police a institué un sens unique sur les deux passerelles qui surplombent le fleuve. L’ambiance est surréaliste : un défilé permanent de jeunes hommes hagards marche en tournant autour de la ville, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le manège dure toute la journée, jusque tard dans la nuit… Certains gardent encore assez d’énergie pour nous mitrailler de leur téléphone portable dès que nous pointons le nez en dehors de l’hôtel.

Nous cherchons à échapper à cette célébrité toute neuve en partant à pied le long de la route qui remonte le fleuve sacré. Des pèlerins font la même chose que nous, à moto. Faisant abstraction du bruit des klaxons, nous contemplons le Gange s’écouler au milieu des premiers contreforts de l’Himalaya, à peine né des glaciers et déjà puissant.

                  Le Gange

François

mercredi 26 août 2009

Nai Disha

Dans la cour du siège de Sulabh à Delhi, une pancarte accueille le visiteur : « Souriez, vous êtes chez Sulabh ! », la journée commence bien. Peu après notre arrivée, le docteur Pathak vient nous accueillir en personne et nous convie à la prière matinale… Nous sommes invités à monter avec lui sur l’estrade face à une foule de visages. La musique commence et tous chantent d’une seule voie. Puis, un des responsables nous présente à l’assistance et nous souhaite la bienvenue. Nous sommes aussi surpris qu’émus par cet accueil incroyable. A côté du comité des directeurs, se tient un groupe de femmes toutes élégamment vêtues de saris bleus. Ce sont les Anges Bleus de Nai Disha. Elles sont venues d’Alwar, une ville du Rajasthan à 4 heures de route de Delhi, pour leur réunion mensuelle avec le Docteur Pathak. Plus tard, nous nous asseyons au milieu d’elles pour écouter leur histoire.
 
Un jour, lors d’une campagne de sensibilisation à Alwar, le Docteur Pathak aperçoit des femmes scavengers revenir de leur corvée quotidienne. Elles portent sur leur tête des pots d’excréments qu’elles ont ramassés au petit matin pour que les habitants des maisons où elles travaillent n’aient pas à les croiser. Le docteur Pathak va à leur rencontre et leur demande si elles souhaitent changer de métier et avoir une vie meilleure. Elles sont abasourdies, cet homme, ce brahmane est-il en train de se moquer d’elles ?… Mais voyant son air sérieux et résolu, elles décident de lui faire confiance et formulent un « oui » unanime. Nous sommes en 2003, et Sulabh ouvre le centre de formation Nai Disha à Alwar.

Elles nous racontent avec enthousiasme les incroyables changements qui se sont produits dans leur vie depuis lors. Elles ont tourné le dos aux champs d’immondices et au dégoût qui les saisissait chaque jour en s’acquittant de ces tâches humiliantes. En 3 ans de formation au centre, elles ont appris les bases du calcul et de l’écriture, ainsi qu’un nouveau métier : la couture, la confection de produits alimentaires, les soins esthétiques... Elles ont un compte à la banque où elles peuvent déposer leur salaire mensuel. Avec l’aide des formateurs du centre, elles ont pu retrouver la dignité et le respect de soi auxquels elles avaient dû renoncer souvent très jeunes. Peu à peu, elles ont également gagné le respect des autres.
                Usha Chaumar, présidente de Sulabh International Social Service Organisation

Elles nous invitent à leur rendre visite et, dès le lendemain, nous roulons vers Alwar, accompagnés du Dr Suman Chahar, la directrice du centre. Les Anges Bleus nous accueillent avec leur magnifique sourire de femmes libres. Leur représentante, Usha Chaumar marque notre front d’un point de poudre rouge, le Tilak, en signe de bienvenue.

Nous visitons l’atelier de couture, les femmes s’activent sur les machines à coudre pour réaliser une commande de sacs publicitaires en toile. En plus des séries réalisées pour les négociants, elles cousent également des modèles qu’elles conçoivent. Le Dr Suman Chahar nous en montre quelques échantillons.
 
Dans une autre salle, des femmes roulent de petites mèches de coton destinées aux bougies des temples. Ceci n’est pas anodin quand on apprend qu’elles n’ont obtenu le droit d’aller prier dans le temple d’Alwar que le 21 décembre 2008, le jour où elles y sont entrées toutes ensemble, conduites par le Docteur Pathak.
 Les femmes de Nai Disha entrent pour la première fois dans le temple de Jagannath à Alwar (photo Sulabh)

Nous grimpons au salon de beauté du centre où une femme d’Alwar abandonne son visage aux mains expertes d’une esthéticienne de Nai Disha, tandis qu’une autre confie son avant-bras pour un tatouage au henné. Un peu plus loin, des femmes en cercle confectionnent les nouilles et les papads (fines galettes croustillantes et épicées) devenues fort appréciées dans les environs. Cette expérience paraît incroyable dans la société indienne où le moindre contact physique avec des « intouchables » est traditionnellement vécu comme une souillure par les castes supérieures. Certaines femmes de Nai Disha ont même été reçues par leurs anciens employeurs pour partager un repas, preuve qu’un cap psychologique important a été franchi.
                        Activités du centre de Nai Disha

En juin 2009, Nai Disha a accueilli la nouvelle et dernière promotion de femmes scavengers d’Alwar, célébrant ainsi la fin du scavenging dans cette ville de 400 000 âmes. L’expérience se poursuit à présent dans un nouveau centre de formation ouvert en 2008, près de Jaïpur (la capitale du Rajasthan), qui accueille déjà 225 femmes.

La réussite de Nai Disha est le fruit d’un travail de longue haleine mené par le Docteur Pathak  et son équipe pour la libération des scavengers et leur réhabilitation au sein de la société. Lorsque le Docteur Pathak crée Sulabh en 1970, il est seul contre tous. S’occuper d’un sujet aussi sale et tabou que les toilettes est le pire des déshonneurs pour un Brahmane, mais rien ne semble pouvoir le détourner de son objectif.

La conception et l’installation de toilettes est le premier pas vers l’éradication du scavenging. L’enjeu final est de redistribuer les cartes du jeu social, pour donner une chance aux « intouchables » de commencer une vie nouvelle, débarrassés de leur étiquette. Dès l’origine, Sulabh accompagne la reconversion professionnelle des familles qui dépendaient de cette activité pour survivre. Des formations sont organisées dans les villages pour apprendre la conduite, la mécanique, la maçonnerie…

Pour faire bouger les consciences, le Docteur Pathak lance aussi de grandes campagnes de sensibilisation. Il organise des parrainages de familles de scavengers par des Brahmanes et œuvre pour leur droit à entrer dans les temples.

Le Docteur Pathak mise également sur les jeunes générations qui ont l’avenir entre leurs mains. En 1992, il ouvre une école à Delhi qui accueille 50% d’enfants de scavengers. Lors de notre visite, nous suivons la directrice à travers les salles de classe, les cours généraux, puis les formations techniques de couture, électricité, informatique… Les élèves nous accueillent sans timidité, nous donnant un aperçu de leurs exposés ou de leurs travaux. Ici, tous les enfants étudient et jouent ensemble sans faire cas de leurs origines.
                          Visite de l’école (photo Sulabh)

La métamorphose de femmes scavengers en Anges Bleus est un symbole fort. A travers Nai Disha, Sulabh franchit une nouvelle étape qui invite la société indienne à évoluer pour réaliser le vœu de Gandhi : éradiquer le scavenging. Etre condamné dès sa naissance à des tâches ingrates et au mépris des autres semble de plus en plus difficile à justifier, tout comme l’ensemble des inégalités engendrées par le système de castes.

Aux côtés du Docteur Pathak, les femmes de Nai Disha sont devenues les ambassadrices de Sulabh. Parmi les grands évènements auxquels elles ont participé, leur plus beau souvenir est le sommet des Nations Unies « Sanitation for sustainable development » en 2008, à New-York ! Quand elles évoquent ce voyage, la conversation s’anime et leurs yeux brillent. Leur représentante, Usha Chaumar, relit pour nous le discours qu’elle avait alors prononcé en anglais. Nous regardons les photos du défilé de mode où des mannequins présentaient les modèles dessinés dans l’école et cousus à Nai Disha. Ensemble, les 46 femmes ont levé leur poing au pied de la statue de la liberté. Le conte de fées est devenu réalité.
               Les Anges Bleus à New York (photo Sulabh)


Comment les aider ?

Nai Disha recherche des clients pour ses productions de vêtements, accessoires ou produits alimentaires que les femmes réalisent sur commande.


Contact

Dr Suman Chahar 
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
•    Téléphone : +91 11 25 03 15 18
•    Mobile : +98 68 80 45 42
•    Site Internet : www.sulabhinternational.org
•    E-mail : sumanchahar@hotmail.com


Gabrielle

vendredi 21 août 2009

Sulabh Sanitation Movement

En Inde, on appelle « scavengers » (éboueurs) les personnes traditionnellement chargées de s’occuper des excréments humains et des cadavres d’animaux. Il constituent la plus basse des castes qui composent la société hindoue et sont cantonnés à cette profession du fait de leur naissance. Le métier de scavenger en lui-même est particulièrement dégradant, consistant à ramasser à la main les excréments des autres, et à les porter dans un seau sur sa tête pour aller les jeter dans la rivière. En plus de cela, les membres de cette caste, considérés comme « impurs », font l’objet de discriminations inimaginables. Ce sont les célèbres « intouchables », appelés ainsi car les autres membres de la société se doivent d’éviter tout contact direct avec eux.

Le Sulabh Sanitation Movement se donne pour mission l’éradication du « scavenging ».

                         Le symbole de Sulabh, un pot d’excréments barré de rouge

Le 13 juillet, nous sommes reçus par le Dr Bindeshwar Pathak, le fondateur de Sulabh, au siège de l’organisation à Delhi. Rien ne prédestinait ce brahmane (la plus haute caste en Inde) à s’occuper un jour des difficultés des « intouchables », mais les hasards de la vie l’ont porté à mener ce combat.

Jeune homme, Bindeshwar Pathak veut devenir professeur, mais ne parvient pas à décrocher un poste. En 1969, à 27 ans, il rejoint alors le Comité des Célébrations du Centenaire de Gandhi. Cette organisation est notamment chargée de donner un coup d’accélérateur à la lutte contre l’intouchabilité, un des chevaux de bataille de Gandhi. Il part quelques mois vivre auprès de scavengers dans un bidonville pour s’imprégner de la question.

Pendant cette période, il est confronté au drame quotidien que vit cette population. Un jour, un enfant est attaqué par un buffle en furie. Les hommes se précipitent pour lui porter secours… mais soudain quelqu’un crie « c’est un intouchable ! », et tous s’arrêtent nets, laissant le garçon se faire piétiner. Le Dr Pathak et quelques personnes de bonne volonté ramassent l’enfant meurtri et l’amènent à l’hôpital. Là, le personnel médical rechigne à s’approcher du petit intouchable pour le soigner. L’enfant meurt de ses blessures.

Profondément marqué par cette expérience, le Dr Pathak décide de se battre pour faire cesser les comportements inhumains engendrés par le système de castes. Il fonde Sulabh en 1970 avec la volonté d’éradiquer le scavenging. C’est un choix lourd de conséquences pour un brahmane, sa propre famille et sa belle-famille lui tournent le dos pour un temps.

                               Le Dr Bindeshwar Pathak

En 1970, en Inde, seulement 15% des habitations urbaines sont équipées de toilettes, et pratiquement aucune dans les campagnes. Le reste de la population fait ses besoins dans des toilettes sèches en plein air qui doivent être nettoyées régulièrement, forcément par des scavengers... En plus du problème de l’intouchabilité, cette situation a des conséquences lourdes en termes de pollution et de maladie : chaque année, en Inde, près de 500 000 enfants meurent de dysenterie ou du choléra, des infections imputables à l’absence de toilettes correctes. Le Dr Pathak est persuadé que pour éradiquer durablement le scavenging, il faut commencer par résoudre les graves problèmes sanitaires que connaît l’Inde car « tant qu’il y aura besoin du scavenging, il y aura des scavengers ».

Construire un système d’égout partout comme en occident est trop coûteux pour l’Inde, et surtout trop consommateur en eau. L’installation de fosses septiques n’est pas non plus une solution, car elle implique une vidange qui serait effectuée par des scavengers. Sulabh cherche alors à développer une technologie adaptée à la situation économique et environnementale de l’Inde, qui permette en même temps de résoudre le problème du scavenging.


En 1970, Sulabh inaugure les premières  toilettes conçues selon le modèle du Dr Pathak. Celui-ci comprend deux innovations essentielles par rapport aux installations « classiques ». Tout d’abord, le système d’évacuation est amélioré pour n’utiliser que 1,5 litres d’eau, contre 10 litres pour une chasse d’eau ordinaire, grâce à un coude plus petit. Puis, les excréments sont évacués vers un système de double cuve dont chacune a une capacité d’au moins 2 à 3 ans d’utilisation. Une fois que la première cuve est remplie, l’évacuation est redirigée vers la deuxième cuve. La matière fécale contenue dans la première cuve se transforme peu à peu par l’action naturelle de la fermentation… Après 18 mois, la cuve laissée au repos est pleine d’un engrais biologique inodore et sec, facilement transportable et utilisable pour l’agriculture.

Les toilettes Sulabh, l’eau et le méthane produit par la fermentation sont absorbés par la terre grâce à des espaces dans revêtement de la cuve (photo Sulabh)

Les installations Sulabh sont déclinables pour toutes les bourses, et peuvent être réalisées avec un large éventail de matériaux locaux. A ce jour, l’organisation a construit et vendu plus de 1,2 millions de toilettes à travers toute l’Inde.

           L’engrais biologique obtenu après 18 mois de fermentation (photo Sulabh)

Pour beaucoup de foyers, la technologie simple et peu coûteuse de Sulabh reste toutefois hors d’atteinte, notamment dans les bidonvilles, pour des raisons de coût et d’espace. Les seules toilettes disponibles sont bien souvent un simple bout de trottoir à ciel ouvert que doivent nettoyer des scavengers.

En 1974, Sulabh installe les premières toilettes publiques payantes à Patna, dans l’état du Bihar. Personne n’y croit, pourtant, dès le premier jour d’ouverture, 500 personnes viennent les utiliser. Les habitants des villes sont prêts à payer 1 ou 2 roupies pour faire leurs besoins dans un environnement propre et dans l’intimité. Aujourd’hui, Sulabh gère plus de 7500 centres de toilettes publiques à travers l’Inde, qui accueillent plus de 10 000 000 d’utilisateurs chaque jour.


Sulabh continue à innover et, au début des années 1980, le Dr Pathak a l’idée de recycler le méthane issu de la fermentation des matières fécales. L’organisation installe des centrales à biogaz dans près de 190 toilettes publiques. Au lieu de s’échapper dans l’atmosphère où il contribue pour une part importante à l’effet de serre, le méthane est récupéré et utilisé pour la cuisine, l’éclairage public, la production d’électricité…

Une centrale à biogaz Sulabh et ses différentes applications : production d’électricité, cuisinière, chauffage, éclairage…

Au siège de l’organisation à Delhi, un laboratoire expérimental teste de nouvelles technologies simples pour améliorer la situation sanitaire en Inde. Une des dernières idées : utiliser de « l’herbe à canard » à croissance rapide pour dépolluer les lacs et les rivières. L’herbe peut ensuite être récoltée et servir à nourrir le bétail.

A chaque fois, les solutions proposées par Sulabh sont simples et adaptés au contexte indien. D’ailleurs, en hindi « sulabh » signifie littéralement « simple, facile ».


Après la visite des installations de Sulabh, le Dr Pathak nous invite dans la bibliothèque de l’organisation. Parmi les nombreux ouvrages, il choisit un gros volume des éditions reliées de « Young India », le journal de Gandhi, et l’ouvre respectueusement.

L’œuvre de Gandhi inspire l’action du Dr Pathak. Pendant la lutte pour l’indépendance de l’Inde, le Mahatma se battait déjà pour l’abolition du système des castes. A qui servirait l’indépendance si des Indiens restaient opprimés ? Il exigeait de ses disciples qu’ils nettoient eux-mêmes leurs toilettes, et enseignait les bases sanitaires dans les villages où il passait. Après l’indépendance en 1947, et la mort de Gandhi en 1948, le tout nouveau gouvernement indien passa de nombreuses lois pour lutter contre le phénomène de l’intouchabilité, avec un succès souvent mitigé.

En fondant Sulabh, le Dr Pathak cherche à aborder le problème sous un angle pratique, et c’est sans doute la raison de son succès. L’organisation estime à plus d’un million le nombre de personnes qu’elle a réussi à libérer du scavenging. Commentant le travail de Sulabh lors de sa visite en juillet 2008, la présidente indienne, Prathiba Devisingh Patil, déclare : « aucun programme en Inde ne donnerait autant de bonheur à Gandhi que celui-ci »…

Aujourd’hui, 60 000 personnes agissent au sein de Sulabh. L’organisation cherche à diffuser son modèle à travers le monde. 2,6 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à des toilettes correctes. La technologie développée par Sulabh peut contribuer à résoudre ce problème sanitaire. De plus, face au réchauffement climatique et aux pénuries d’eau, les toilettes Sulabh sont une solution écologique de premier plan.


Grâce à l’argent gagné dans la construction et l’entretien des toilettes publiques, l’organisation mène également d’importants programmes de réhabilitation des scavengers. A suivre…


Comment les aider ?

L’organisation s’autofinance et n’accepte pas les donations. L’indépendance financière de Sulabh est le meilleur atout du Dr Pathak pour rester libre de penser et d’agir.

Le Dr Pathak invite tous ceux qui le souhaitent à poursuivre son action : la technologie développée par Sulabh est libre de droits, et des formations techniques peuvent être dispensées sur demande. A titre d’exemple, des ingénieurs de 14 pays africains ont récemment été formés aux différents systèmes développés par l’organisation, et de nouvelles sessions sont prévues pour étendre l’expérience à d’autres pays.


Contacts

Sulabh Sanitation Movement
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
• Téléphone : +91 11 25 03 26 17
• Site Internet : www.sulabhinternational.org
• E-mail : sulabh1@nde.vsnl.net.in


Le Musée International des Toilettes de Sulabh accueille les visiteurs de passage à Delhi (même adresse). On y découvre des sanitaires de tous les âges et de toutes les formes, dont certains modèles étonnants…

• Téléphone : +91 11 25 03 40 14
• Site Internet : www.sulabhtoiletmuseum.org



François

dimanche 16 août 2009

Dans le temple d’Adinath

Nous profitons de notre séjour à Udaipur, superbe ville royale au sud du Rajasthan, pour partir à la découverte du plus grand et somptueux temple jaïn de l’Inde. Après plus de trois heures de route sous une chaleur écrasante, nous arrivons enfin à Ranakpur, au pied du temple d’Adinath.
 
Dès que nous franchissons les portes, nous plongeons avec délice dans une atmosphère nouvelle, gorgée de fraîcheur et de calme. Le temps s’arrête dans cet univers de marbre blanc organisé selon des règles cosmiques ancestrales. Les rayons du soleil jouent entre les arches et mettent en lumière les fines sculptures qui parent  les 1444 colonnes du temple. En admirant les fleurs, végétaux et animaux, le regard s’élève vers les courbes gracieuses des danseuses et musiciens qui peuplent les voûtes et les dômes.
 
Au centre, les fidèles se recueillent devant le sanctuaire d’Adinath, le premier des grands maîtres jaïns, appelés Tirthankaras. Mahavira, le 24ème et dernier d’entre eux était un contemporain de Buddha, au VIème siècle avant J.C. Les Tirthankaras apparaissent à chaque grand cycle de l’univers, au cours desquels se succèdent des phases de progrès et de déclin. Selon ces calculs, nous sommes actuellement en plein déclin, proche de la fin du présent cycle. Le jaïnisme devait alors disparaître en attendant le cycle suivant où il sera redécouvert grâce au nouveau Tirthankara.
 
En attendant, 4 millions de Jaïns poursuivent leur vie d’ascète et s’efforcent d’être sans reproche. Ils espèrent ainsi atteindre la vie éternelle en libérant leur âme du karma qui la contraint à de multiples réincarnations. Pour cela, il leur faut respecter cinq grands vœux : refuser la violence, le mensonge, le vol, l’impureté et l’attachement aux biens terrestres. La mise en pratique est difficile car les implications sont nombreuses. Il faut notamment prendre garde de ne tuer aucun animal, pas même le plus petit des insectes. Impossible d’utiliser les moyens de transport : le plus sûr pour ne rien écraser est de marcher, avec un foulard sur la bouche, tout en prenant soin de balayer devant soi. Le manque de luminosité présente également un risque, il est donc préférable de cesser toute activité dès que le jour décline. Les petites bêtes pourraient aussi se brûler les ailes sur une ampoule ou la flamme d’une bougie… Ceux qui ne deviennent pas moines doivent choisir des métiers compatibles avec leur philosophie tels que l’enseignement ou le commerce. Ironie du sort : dans les affaires, leur réputation d’honnêteté amène la prospérité à ces ascètes.
 
L’harmonie que les Jaïns souhaitent atteindre dans l’éternel est peut-être à l’origine de la beauté pure que l’on admire et respire au cœur du temple d’Adinath…

Gabrielle

dimanche 9 août 2009

SEWA

Samedi 4 juillet. Nous rencontrons Pratibha Pandya, une des responsables de SEWA (Self Employed Women Association), dans les locaux de l’organisation à Ahmedabad (Gujarat). Depuis 22 ans, elle travaille pour ce syndicat de femmes travailleuses indépendantes.





En Inde, le secteur « informel » représente 60% du produit économique et plus de 90% des travailleurs. La plupart des femmes sont employées dans ce secteur : ces « travailleuses indépendantes » sont agricultrices, vendeuses de rue, couturières, rouleuses de biddies (les « cigarettes » indiennes)… beaucoup travaillent aussi à domicile pour l’industrie manufacturière qui les paie à la tâche.

Ces femmes sont souvent exploitées par des donneurs d’ordre et des fournisseurs qui n’hésitent pas à profiter de leur isolement professionnel. Leurs revenus sont très irréguliers et elles doivent aussi faire face aux aléas de la vie sans la protection sociale dont bénéficient les travailleurs salariés.
                Un marché d’Ahmedabad

SEWA est fondée en 1972 par Ela Bhatt, alors cadre du TLA (Textile Labour Association), le syndicat de travailleurs du textile créé par Gandhi lui-même en 1917. Elle puise son inspiration dans l’œuvre du Mahatma pour construire un modèle qui aide durablement ces femmes démunies, sans les assister.
 
SEWA veut regrouper ces travailleuses indépendantes pour les aider à prendre confiance en elles et à relever la tête. En s’unissant au sein d’un syndicat, elles apprennent à s’organiser pour rompre le cercle vicieux de la pauvreté. SEWA poursuit deux objectifs : permettre à ces femmes de gagner leur autonomie économique par leur travail, et leur fournir les mêmes avantages que ceux dont bénéficient des travailleurs salariés.


Pour leur permettre d’augmenter leurs revenus, SEWA aide les travailleuses du secteur informel à s’associer en coopératives. Le regroupement offre de nombreux avantages : mise en commun de moyen (achats d’outils, de stocks…), division du travail qui rend ces femmes plus productives, partage des risques… et surtout, il donne à ses femmes un vrai poids face aux autres acteurs économiques.

Nous sommes invités à visiter une coopérative de poissonnières créée par SEWA à Ahmedabad. Suruchi Mehta, la coordinatrice des activités de la coopérative, nous présente le travail réalisé depuis 2003. A cette date, les poissonnières d’Ahmedabad travaillent séparément et ne sont pas respectées par les négociants qui les fournissent en poissons. Elles sont mal servies et doivent se contenter des poissons de qualité inégale qu’on leur propose, au prix qu’on leur fixe. Une fois sur le marché, elles se livrent à une rude concurrence entre elles, et au final ne gagnent pratiquement rien.
                                Suruchi Mehta

Avec l’aide de Suruchi Mehta, les poissonnières s’organisent en coopérative et créent une centrale d’achat de poissons. En groupant les commandes, la coopérative est en position de négocier les prix et la qualité avec les négociants. Sur les 200 femmes membres, 2 sont chargées d’acheter le poisson en commun au marché central tous les matins, et de le transporter au local ouvert par SEWA sur le marché du quartier. Les frais de transport sont réduits, et les poissonnières ne sont plus obligées de se lever aux aurores. Elles achètent directement au magasin SEWA un poisson de meilleure qualité à un prix plus bas. La coopérative ne prend que 2 roupies (0,03€) de marge par kg de poisson pour couvrir le loyer du local, acheter la glace et payer les 2 salariées chargées de l’achat en gros.

Les résultats sont palpables. En 2003, ces poissonnières gagnaient en moyenne 80 roupies (1,20€) par jour, en commençant leur journée à 4h du matin. Aujourd’hui, elles gagnent en moyenne 120 roupies (1,80€) par jour de semaine, et jusqu’à 200 roupies (3€) le dimanche, en ne commençant à travailler qu’à partir de 7h. Même si les montants peuvent sembler dérisoires, il s’agit d’une augmentation de revenus de plus de 50%, dans de meilleures conditions de travail, qui permet à ces femmes d’améliorer très concrètement leurs conditions de vie et notamment de financer la scolarité de leurs enfants. De plus, ces femmes ne sont plus confrontées à l’humiliation quotidienne qu’elles subissaient en achetant leur poisson individuellement ; elles ont retrouvé leur dignité.
                                Shanta Ben, une des salariées de la centrale d’achat

En achetant du poisson sur un marché de Pondichéry, 1 mois auparavant, nous avions été frappés de constater la concurrence effrénée à laquelle se livraient les poissonnières entre elles. La qualité des poissons était médiocre, et les femmes cassaient les prix pour vendre leur maigre marchandise et gagner de quoi survivre. Sur le marché que nous visitons à Ahmedabad, l’ambiance est radicalement différente. Les poissonnières, radieuses, nous montrent de gros morceaux appétissants de poisson frais. Regroupée au sein d’une même coopérative, et gagnant mieux leur vie, elles sont devenues solidaires.

Suruchi Mehta a d’autres projets pour continuer d’accroître l’autonomie économique de ces femmes. Elle souhaite profiter de l’expérience acquise pour ouvrir des magasins SEWA sur les autres marchés de quartier d’Ahmedabad. Elle rêve aussi de construire un vrai marché couvert, qui permettrait une augmentation des ventes dans de meilleures conditions de travail. Elle voit déjà plus loin : organiser les pêcheurs entre eux et leur acheter directement le poisson sans passer par les négociants du marché central. La marge ainsi gagnée serait redistribuée entre les travailleurs : pêcheurs et poissonnières…
                   Les poissonnières de SEWA

SEWA est à l’origine de 102 coopératives similaires dans différents métiers. Elle accompagne les travailleuses indépendantes dans la création et le suivi de celles-ci.

L’organisation procure à ses membres des formations pour leur apprendre à gérer leur coopérative de manière autonome. Des séances de développement personnel sont également organisées pour aider ces femmes à prendre confiance en elles et à s’affirmer dans le monde économique. Enfin, d’autres formations techniques sont aussi proposées qui permettent aux travailleuses de gagner en productivité.

En 1992, SEWA fonde une fédération de coopératives, la « Gujarat State Women’s SEWA Cooperative Federation Ltd ». Cette fédération a pour objectif de faire prendre aux coopératives SEWA une ampleur plus grande en leur offrant des services spécialisés en administration, marketing, labellisation, formation professionnelle… Il ne s’agit cependant pas de recréer une grande entreprise : cette « super coopérative » se pose en prestataire de services ; les coopératives conservent leur autonomie de décision, les femmes restent leur propre patron.
                  Un magasin SEWA  de textiles

Le deuxième objectif de SEWA est d’offrir aux travailleuses du secteur informel une protection sociale et des services dont elles étaient jusque là exclues.

SEWA organise une véritable assurance sociale pour ses membres. Après avoir payé une cotisation, les travailleuses de SEWA bénéficient d’une assurance santé pour elles et leurs enfants, incluant la maternité. Les accidents du travail sont également couverts. Un service de garde d’enfant est disponible, pour permettre aux femmes de travailler en toute sérénité.

La SEWA Bank, un des plus gros succès de l’organisation, donne la possibilité à ses membres de disposer d’un compte en banque pour épargner, et de souscrire à des « micro-crédits ». Grâce à des prêts de petits montants, les travailleuses peuvent investir sans avoir recours aux services hors de prix des usuriers. Ces micro-crédits peuvent être utilisés pour acheter des outils ou un stock de matières premières ; souvent il s’agit de prêts agricoles destinés à l’achat de semences.


SEWA a pour vocation de s’autofinancer, pour rester viable et indépendante.
Le syndicat est organisé en coopératives dont les bénéficiaires sont actionnaires (la SEWA Bank compte ainsi 100 000 actionnaires). Tous les services proposés (dont les formations) sont payants, et les coopératives qui les gèrent ont un objectif de rentabilité. Les membres du syndicat paient en plus une cotisation de 5 roupies (0,08€) par an pour couvrir les frais de structure, et l’organisation prélève également un pourcentage sur les ventes des coopératives.
                                     Les 10 objectifs de SEWA pour ses membres

Aujourd’hui SEWA compte plus de 1 000 000 de membres à travers l’Inde (500 000 au Gujarat et 500 000 dans le reste de l’Union indienne), c'est-à-dire autant de foyers impactés, ce qui en fait le plus grand syndicat indien.

SEWA étend maintenant ses activités en Afghanistan, à Kaboul. En 2005, le gouvernement indien a fait appel à l’organisation pour organiser la formation de plus de 1000 femmes afghanes en horticulture et en agriculture. C’est une reconnaissance officielle de son travail en Inde.


Le succès de SEWA s’explique peut-être par sa philosophie : l’organisation ne cherche pas à assister des personnes en difficulté, mais mise sur les capacités non utilisées des travailleuses du secteur informel. En leur donnant les moyens de gagner une vie décente par leur travail, SEWA aide ces femmes à prendre confiance en elle et à utiliser tout leur potentiel.


Comment les aider ?

La meilleure façon d’aider les femmes de SEWA est sans doute d’acheter leurs produits. L’organisation est intéressée par des acheteurs potentiels sensibilisés à la démarche du commerce équitable.

Les donations financières ainsi que les bénévoles sont également les bienvenus.


Contacts

Site Internet : www.sewa.org


François

vendredi 7 août 2009

Au pays de Gandhi

Sur notre chemin vers le Nord de l’Inde, nous faisons étape à Ahmedabad, la capitale de  l’état du Gujarat dans lequel vit le jour le célèbre leader indépendantiste indien, Gandhi, l’apôtre de la non-violence.

Nous suivons ses pas jusqu’à l’Ashram qu’il fonda en 1917 à son retour d’Afrique du Sud et entrons dans la maison où il vécut jusqu’en 1930. Il part alors pour la marche du sel, en faisant le vœu de ne rentrer que lorsque l’Inde sera libérée de la domination britannique. Il mourra quelques mois après l’indépendance proclamée en 1947. Dans le musée, nous pouvons lire les hommages que lui ont rendu d’autres grands hommes (Einstein, Martin Luther King…). Ils font écho aux témoignages des porteurs d’espoir que nous rencontrons et dont il a inspiré l’action.

            Dans la maison de Gandhi

Deux jours plus tard, nous nous laissons guider pour une plongée dans l’univers du vieil Ahmedabad. Nous nous perdons dans les ruelles et pénétrons dans les pols (porte en gujarâtî), de petits quartiers typiques de l’architecture de la ville, avec une entrée unique pour mieux se défendre en cas d’attaque…et des passages secrets pour mieux s’enfuir.

             Le temple hindou Swaminarayan Mandir Kalupur

A l’origine, Hindous, Jaïns et Musulmans avaient chacun leurs quartiers, et la ville était organisée de manière à ce qu’il n’aient pas à se rencontrer, sauf sur la place centrale du marché. Chaque religion rivalise pour offrir au regard les plus beaux sanctuaires.

            Temple jaïn (en haut) et mosquée Jumma Masjid (en bas)

L’après-midi, nous partons voir le puit-citerne de Dada Hari. Nous jouons les Indiana Jones dans cet immense réservoir d’eau du XVème siècle, six étages sous terre, au milieu des colonnes sculptées et des chauves-souris.

            Dada Hari

De l’autre côté de la rive, Ahmedabad offre un visage plus moderne. Le célèbre architecte Le Corbusier est passé par là. Nous contemplons une des ses œuvres, deux étudiants coréens en architecture nous font part de leur émerveillement. Nous sommes plus sceptiques devant tout ce béton, même si certains agencements ne manquent pas d’harmonie.

             Immeuble de l’ATMA – Le Corbusier

Nous sommes arrivés à Ahmedabad par hasard, pour rencontrer les membres de SEWA. La ville n’est pas très connue des touristes. Pourtant, en plus de ses vieilles (et moins vieilles) pierres, Ahmedabad a aussi pour elle la gentillesse tranquille de ses habitants. Une agréable surprise...

Gabrielle et François

- page 2 de 5 -