Nous rencontrons Indra Prasad à Katmandou, au Népal. Il est le fondateur de
l’association TOIT qui a pour objectif de favoriser la scolarisation
des enfants de familles défavorisées.
Indra Prasad commence par nous raconter l’histoire de son engagement précoce. A
16-17 ans, au lycée, un professeur fait étudier l’histoire du Dr Schweitzer à
sa classe. Indra Prasad est impressionné par l’action menée par le célèbre
docteur au Gabon. Visiblement inspiré, dans les années qui suivent, il essaie
de monter un hôpital au Népal. Cependant il n’est pas médecin et comprend
rapidement que pour être réellement efficace il doit s’engager dans une
action conforme à son profil.
A 19 ans, Indra Prasad étudie en faculté de sociologie. Avec l’aide d’un
professeur et de quelques amis, il décide de débuter un programme de
parrainage d’enfants destiné à financer la scolarité d’enfants népalais
défavorisés.
Au Népal, les écoles sont payantes. Les écoles publiques sont les moins chères.
Les parents doivent acheter l’uniforme de l’enfant, ses fournitures scolaires
et contribuer pour quelques frais, ce qui revient en moyenne à 50€ par an et
par enfant*, mais le niveau est faible : seuls 30% des enfants atteignent la
10ème, l’équivalent de la seconde française. Les écoles privées sont plus
chères, en moyenne 200 à 300€ par an, et inabordables pour de nombreuses
familles. Pourtant, ces écoles sont celles qui garantissent les meilleures
chances de succès scolaires : 80% des enfants scolarisés y atteignent la
10ème.
Ecoliers népalais
En 2000, Indra Prasad fonde l’organisation TOIT avec l’aide d’amis européens.
Le principe du parrainage mis en place est simple. Le parrain verse 15€ par
mois qui permettent de couvrir les frais de scolarité d’un enfant.
L’association choisit les enfants des familles qui sont le plus dans le besoin,
puis s’occupe de les inscrire dans des établissements sélectionnés. Elle assure
ensuite le bon suivi administratif du parrainage et organise la correspondance
entre les enfants et leur parrain. Le nombre d’enfants scolarisés grâce à
l’association augmente rapidement et atteint 150 en 2009.
Les enfants parrainés
En 2005, grâce à des fonds collectés auprès d’associations françaises, TOIT
commence à construire sa propre école près de Bhaktapur, à une heure de bus de
Katmandou. Nous sommes invités à visiter l’école primaire Saraswati Pathshala
où Sanchita Lama nous accueille. Elle assure les fonctions de principale depuis
2008, alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années et est encore étudiante,
comme les 9 autres enseignants de l’école. Plusieurs jours par semaine, elle
vient de Katmandou où elle habite pour s’occuper de la gestion administrative
de l’établissement et enseigner. Ce qui la motive ? Quand elle était enfant, sa
famille a connu une période difficile et a été aidée, elle a envie de rendre la
pareille.
Sanchita Lama, la principale de l’école
L’école accueille 94 enfants de 5 à 13 ans dans 7 niveaux différents. Les
enfants parrainés plus âgés sont scolarisés dans d’autres établissements. Le
fonctionnement de l’école est assuré grâce au parrainage des enfants
scolarisés. En outre, les familles des enfants doivent participer
symboliquement aux frais pour un montant de 60 roupies (0,60€) par mois. Le
versement de cette petite somme permet de faire venir les parents une fois par
mois à l’école pour les impliquer dans la scolarité de leur enfant.
L’école Saraswati Pathshala… en partie encore en travaux
Avec professionnalisme et dévouement, les jeunes étudiants de TOIT
s’investissent pour donner un avenir à ces enfants, avec les talents et les
moyens dont ils disposent aujourd’hui.
Comment les aider ?
TOIT cherche des parrains pour pouvoir scolariser davantage
d’enfants. L’association ne sollicite aucune aide du gouvernement pour rester
indépendante.
TOIT accueille également régulièrement des volontaires pour assister l’équipe
enseignante et également poursuivre les travaux de construction de
l’école.
Contacts
Site Internet : www.toit.org.np
E-mail : toit_org@ntc.net.np
François
* Le revenu moyen annuel par habitant au Népal est d’environ 170
€.
dimanche 25 octobre 2009
TOIT
Par François le dimanche 25 octobre 2009, 11:13 - Les porteurs d'espoir
mardi 20 octobre 2009
Entre bouddhisme et hindouisme
Par Gabrielle le mardi 20 octobre 2009, 17:09 - Voyage voyage
Par la voie du hasard, nous quittons l’Inde pour le Népal sur les traces de Bouddha. Près de Varanasi, nous marchons à travers les vestiges archéologiques de Sarnath, où Bouddha donna son premier sermon après son illumination. A cet endroit, se dresse une imposante stupa de pierres sombres, au pied de laquelle nous croisons des pèlerins venus du Sri Lanka tout habillés de blanc. Assis au pied de l’édifice, ils écoutent attentivement l’enseignement d’un moine.
Quelques jours plus tard nous sommes à Lumbini, de l’autre côté de la frontière. Assis au bord d’une mare dans un joli jardin rempli de fleurs, nous poursuivons notre voyage dans le temps. En 563 avant JC, la princesse Maya Devi attend l’enfant Bouddha. Elle est en route vers le royaume de son père. Eprouvée par la chaleur, elle découvre cet endroit magnifique au cœur de la forêt et souhaite s’y arrêter afin de se baigner. Elle sent alors l’enfant sur le point de naître et a tout juste le temps de sortir de l’eau pour s’agripper à l’arbre le plus proche. Au grand étonnement de tous, le jeune prince fait déjà ses premiers pas sous chacun desquels s’épanouit une fleur de lotus…
Représentation de la naissance de Bouddha
Le bouddhisme s’est ensuite répandu au Népal comme en témoignent les grandes stupas blanches qui restent aujourd’hui des symboles du pays. Ces larges dômes sont surmontés de grandes paires d’yeux qui scrutent les quatre points de l’horizon. De longues guirlandes de drapeaux de prières s’étendent depuis le sommet laissant flotter dans l’air leurs multiples couleurs. Les fidèles prient en marchant autour de la stupa, faisant tourner ses nombreux moulins à prières. De nombreux Tibétains réfugiés se sont installés autour de la stupa de Bodhnath. Il y règne une effervescence toute particulière où se mêlent petits commerces et temples, activité et prière, jeans et robes traditionnelles...
Stupa de Bodhnath
Pourtant, en dehors de quelques « îlots » dans la vallée de Katmandou, le bouddhisme s’est depuis longtemps retranché dans les montagnes au profit de l’hindouisme largement majoritaire au Népal. Un hindouisme bien différent de celui du grand voisin indien, moins coloré, moins exubérant… Il se lit néanmoins sur les nombreux fronts marqués par la tika : ce mélange de poudre rouge et de riz apposé en signe de bénédiction. Les « Durbar Square », les places royales de la vallée de Katmandou, témoignent de la richesse de son histoire. On y découvre des ensembles de temples dressés les uns à côté des autres entourant les somptueux palais des anciens rois Malla. Inspirés des paysages de montagnes, ils s’élèvent sur plusieurs étages en forme pyramidale. Des briques orangées et de rares éclats dorés contrastent avec le gris de la pierre et le bois sombre dont sont faits les temples. S’il reste peu de traces des peintures anciennes, la richesse et la finesse des sculptures demeurent : de nombreuses créatures fantastiques ou sacrées, dragons, lions ailés, éléphants côtoient les dieux, les déesses et même les simples mortels...
Patan – Durbar Square
Dans l’enceinte de ces demeures divines, l’activité est intense : les bougies brûlent et les fidèles déposent leurs offrandes au pieds des dieux, Krishna, Vishnou, Ganesh… et Bouddha lui-même ! En effet, les hindous ont intégré Bouddha dans leur panthéon comme étant la dixième incarnation de Vishnou. La princesse Maya Devi est elle aussi devenue une de leurs déesses. Assimilation de la concurrence bouddhiste ou fusion des cultures ? Tout s’embrouille quand on apprend que le dieu de la vallée de Katmandou est lui-même une incarnation d’Awalokiteshwara, une des figures de Bouddha… Pourtant, à part les Occidentaux que nous sommes, ce savant mélange népalais n’étonne personne.
Patan – Temple de Kumbeshwar
Certaines divinités sont également les « enfants » du pays, au sens figuré et parfois au sens propre, comme la célèbre Kumari. Cette déesse vivante vient sur terre sous les traits d’une petite fille âgée d’au moins quatre ans. La tradition lui confère 32 particularités physiques et au moins autant dans son thème astral. Cela permet aux sages de trouver parmi les petites Népalaises plusieurs candidates à la divinité. Elles sont ensuite enfermées dans une pièce sombre où sont disposées 108 têtes de buffles égorgés, entre autres choses effrayantes. Celle qui ne pleure pas est reconnue comme l’incarnation de la déesse ; elle est vénérée jusqu’à sa puberté où elle redevient une simple mortelle…
Ainsi les hommes et les femmes du Népal mêlent leurs cultures et leurs croyances, fiers d’appartenir à un pays qui conserve depuis toujours son indépendance entre les grandes puissances. Vu du toit du monde, ces différences doivent en fait sembler toutes petites…
Gabrielle
jeudi 15 octobre 2009
n°7 – Pendjab, Rajasthan, Varanasi
Par Gabrielle et François le jeudi 15 octobre 2009, 11:33 - Newsletters

n°7 – Pendjab, Rajasthan, Varanasi
Nous redescendons des montagnes de Dharamsala et entamons une lente
traversée de l’Inde d’ouest en est, du Pendjab à Varanasi, en passant par le
Rajasthan.
Au Pendjab,
nous découvrons Amritsar, la ville sainte des Sikhs, et son célèbre temple d’or.
Nous
descendons plus au sud, dans le désert du Thar, et rencontrons les fondateurs
de l’association Malenbai,
qui tentent de venir en aide aux habitants du désert.
Nous traversons
le Rajasthan, le pays des
rois, et découvrons ses splendeurs. Petit détour par Agra pour admirer
l’incontournable Taj Mahal.
En
chemin, nous faisons halte à Tilonia, près d’Ajmer. Nous y visitons le campus
du Barefoot College,
et découvrons sa philosophie originale.
Dernière
étape indienne à Varanasi, la
ville sainte des hindous, pour une plongée dans l’inexplicable.
Depuis Varanasi, nous nous mettons en route pour le Népal, la tête et le cœur
remplis de cette « incredible India »…
Bonne lecture !
Gabrielle et François
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lundi 12 octobre 2009
Varanasi
Par François le lundi 12 octobre 2009, 08:43 - Voyage voyage
Pour notre dernière étape en Inde, nous faisons halte à Varanasi, plus connue sous le nom de Bénarès. Cette ville parmi les plus anciennes du monde aurait été fondée par Shiva en personne. Elle plonge ses racines dans le Gange, le grand fleuve sacré de l’Inde, où elle puise son atmosphère spirituelle unique.
La vieille ville est immense, nous nous perdons dans le labyrinthe de ses ruelles tortueuses. Des habitants nous aident à retrouver notre chemin : pour rejoindre les rives du Gange, nous quittons l’animation des rues et nous nous engageons dans un souterrain sordide où des vieillards et malades semblent attendre que la mort vienne les prendre.
De fait, Varanasi est la ville de la Mort. Pour un hindou, mourir à Varanasi permettrait de mettre fin au cycle des réincarnations successives, et donc de quitter définitivement ce monde de souffrances. Animés par cet espoir, de nombreux mourants viennent ici passer leurs derniers instants. Nous logeons à deux pas des bûchers funéraires qui brûlent en permanence et dégagent une fumée âpre. A intervalle régulier, une civière dorée abondamment fleurie passe, suivie d’une petite foule d’hommes chantant une mélopée funèbre.
La vocation de la ville pourrait en faire un endroit sinistre, pourtant, à Varanasi, la mort est belle. Pour les croyants, elle est au pire un passage vers une autre vie, qu’on espère meilleure, au mieux une libération. Autour des bûchers, des vaches sacrées ruminent tranquillement, semblant accompagner avec bienveillance les âmes des défunts. Des hommes sont assis sur les marches voisines, la paix qui se lit sur leurs visages n’est pas troublée par le crépitement des flammes. Ici, la Vie et la Mort ne sont pas fâchées et ne cherchent pas à s’exclure par le tabou. L’une et l’autre s’engendrent mutuellement et se côtoient avec un naturel troublant.
De la barque qui nous porte sur les flots du Gange, nous observons les ghâts*. Il n’est pas 6h du matin et déjà les fidèles s’animent autour du fleuve, procédant à leurs ablutions avec un soin méticuleux. Beaucoup concluent le rituel en buvant une gorgée d’eau du Gange. A une vingtaine de mètres, flotte un cadavre humain à demi rongé par les vers (selon la tradition, les corps défunts des femmes enceintes, enfants de moins de 5 ans, lépreux et vaches sont déversés sans crémation dans le fleuve)… L’esprit ne sait pas expliquer, encore moins juger, le coeur est fasciné par cet ailleurs total.
Le grand fleuve sacré fait de la ville un lieu de pèlerinage incontournable pour les hindous. Sur les ghâts, de nombreux sâdhus sont assis en silence. Ces hommes ont fait vœu de renoncement, souvent après une vie bien remplie, pour se consacrer à la recherche spirituelle. Leur démarche est légère et silencieuse, leur regard pénétrant, une noblesse se dégage de ces corps amaigris et vêtus de cendres…
Chaque soir, la foule des pèlerins se réunit sur le ghât principal de Varanasi : cinq Brahmanes y présentent l’offrande de la lumière au fleuve. Le cérémonial est émouvant. Autour de la scène, des marchands de religion viennent proposer poudre à tika, lampes à huile rituelles, œillets d’Inde… La tête tourne…
Un peu avant, notre hôte nous a emmené au temple dédié au chef des gardes du corps de Shiva, chargé de veiller sur Varanasi. La tradition veut que les nouveaux venus lui demandent l’autorisation de séjourner dans la ville. La réponse est censée parvenir directement au cœur, l’organe qui communique avec les dieux. J’y apprends que je suis le bienvenu, çà ne s’explique pas.
Le 28 août au soir, nous attendons notre train sur le quai de la gare de Varanasi. Nous partons vers Gorakhpur, et de là nous prendrons un bus pour Sunauli, à la frontière népalaise. Le train a du retard, nous observons une dernière fois l’effervescence inoubliable des gares indiennes.
François
* Les grandes marches qui permettent aux fidèles d’accéder au fleuve
jeudi 8 octobre 2009
Barefoot College
Par Gabrielle le jeudi 8 octobre 2009, 15:53 - Les porteurs d'espoir
Nous nous rendons à Tilonia, un petit village du Rajasthan situé entre Ajmer
et Jaipur, pour visiter le Barefoot College. Ballotés à l’arrière d’une jeep,
nous nous enfonçons sur les pistes à travers la campagne. Un grand portique
marque l’entrée du campus. Cette université forme des « ingénieurs aux pieds
nus » issus des villages en leur donnant accès aux savoirs techniques,
médicaux ou autres pour améliorer leurs conditions de vie.
En 1972, Bunker Roy, inspiré par le message du Mahatma Gandhi, fonde une
organisation à Tilonia pour venir en aide aux habitants de cette région aride
et défavorisée. Il souhaite agir aussi concrètement que possible et se met à
l’écoute des villageois : parmi toutes les difficultés auxquelles ils doivent
faire face, la première urgence est de développer l’accès à l’eau potable. Le
désert est proche, l’insuffisance et la mauvaise qualité de l’eau provoquent de
nombreuses maladies. L’organisation commence par installer des pompes manuelles
puis apprend aux habitants à les monter et les réparer. Comme dans de nombreux
villages en Inde, l’unique puits de Tilonia est régi par les Brahmanes. Les
Intouchables se cotisent pour participer à l’installation d’une pompe et
acquièrent ainsi leur indépendance. Une année, le puits est à sec et les
Brahmanes sont contraints de venir réclamer de l’eau aux Intouchables. Ce
renversement de situation bouscule l’ordre social établi par le système de
castes. Autour de la pompe, le dialogue s’engage entre des hommes et des femmes
qui ne se seraient jamais rapprochés autrement. La maîtrise de savoir-faire
technique par les plus démunis contribue à réduire les inégalités. Cette
expérience encourage Bunker Roy et son équipe et leur ouvre de nouvelles
perspectives. En 1984, ils font le pari de confier l’entretien du réseau de
pompes aux habitants et forment 2000 personnes dont les compétences sont
aujourd’hui unanimement reconnues.
Ainsi naît la vocation du Barefoot College : former des « ingénieurs
aux pieds nus » qui seront capables de prendre eux-mêmes en main le
développement de leur communauté. Bunker Roy part du principe que
chacun est capable d’acquérir des connaissances pratiques du moment qu’on
adapte la manière d’enseigner. L’originalité du Barefoot est de
vulgariser délibérément le savoir pour qu’il ne reste pas une affaire
de spécialistes ou d’experts, et puisse bénéficier au plus grand
nombre. Les cours sont dépouillés au maximum des concepts et de la
théorie sur le pourquoi du comment. L’apprentissage se fait par l’exemple et la
répétition des gestes de l’enseignant à partir de cas concrets : fabriquer un
émetteur radio, une lampe, souder des composants électroniques sur une plaque…
De retour dans leur village, les « ingénieurs aux pieds nus » mettent d’autant
mieux à profit leurs nouvelles compétences qu’ils les appliquent dans un
environnement dont ils connaissent les besoins et les fonctionnements. En
cohérence avec cette volonté de désacraliser le savoir et pour que les élèves
ne soient pas tentés d’aller vendre leur cursus dans les villes, le Barefoot ne
délivre pas de diplôme.
La dimension communautaire est une composante essentielle de la philosophie du
Barefoot : le savoir ne s’acquière pas pour soi-même dans le but
d’accroître son pouvoir personnel, mais pour servir de la communauté.
Les formations sont dispensées à celles et ceux qui ont été désignés par les
responsables des villages comme étant les plus aptes à acquérir et ramener un
savoir qui permettra d’améliorer les conditions de vie de tous. Ces missions
sont le plus souvent confiées à des mères de famille en raison de leur fidélité
à la communauté.
Toujours en se basant sur la consultation des villageois, le Barefoot College
attaque un nouveau chantier : l’accès à l’électricité. L’énergie solaire
s’avère la plus adaptée car la ressource est abondante et n’exige pas la
mise en place coûteuse d’un réseau. Par contre, elle nécessite des compétences
techniques. Le programme démarre en 1986 avec le soutien du gouvernement et
d’ONG partenaires. Chaque village parrainé désigne deux personnes qui sont
formées pendant six mois par des spécialistes en énergie solaire. A leur
retour, elles mettent en place les installations électriques jugées
prioritaires par le village et forment à leur tour d’autres habitants à la
technologie solaire. Chaque famille bénéficiant d’une installation verse une
contribution mensuelle dans un pot commun utilisé pour étendre l’accès à
l’électricité à d’autres habitations. Dès lors, le projet peut se financer par
lui-même. Le Barefoot College poursuit ce programme au-delà des frontières avec
des villages d’Afrique notamment. En tout, plus de 600 personnes ont été
formées dont un tiers à l’étranger. 80% d’entre elles sont des femmes.
Ram Nivas, notre guide, travaille ici depuis quinze ans. Marionnettiste et
responsable de la toute nouvelle « radio Tilonia », anciennement comptable, ses
divers talents illustrent la polyvalence encouragée au sein du Barefoot
College.
Ram Nivas
Nous le suivons à travers le nouveau campus, construit en 1988 sous la
direction d’un « barefoot architecte » qui n’était jamais allé à l’école.
L’ensemble de panneaux solaires assure l’autonomie en énergie. Un grand
réservoir aménagé sous l’amphithéâtre stocke les eaux de pluie de la mousson
pour offrir un accès à l’eau tout au long de l’année. Un puits spécialement
conçu recharge progressivement la nappe phréatique pour éviter qu’elle ne
s’assèche. Ce campus donne un aperçu des connaissances techniques que le
Barefoot acquière et transmet aux villages alentours depuis sa création.
Le nouveau campus
Un peu plus loin se trouve l’ancien campus. Nous approchons d’une fabrique où
brillent de grandes paraboles composées de miroirs. Ce sont des cuisinières
solaires. Les sept femmes qui travaillent activement à scier et couper des
pièces de métal sont les fondatrices et gestionnaires de cette petite société
indépendante. Elles ont appris les techniques de fabrication auprès d’un
ingénieur allemand venu partager son savoir en 2003. Depuis, les 20 fours
qu’elles ont installés dans 9 villages permettent de cuisiner à l’énergie
solaire pour près de 400 personnes.
Four solaire
En poursuivant la visite, nous avons la surprise de rencontrer des femmes
venues de toute l’Afrique. Dans la salle de formation, Ethiopiennes, Maliennes,
Sierra Léonaises… se penchent sur des plaques de composants électroniques.
Elles prennent des notes et nous expliquent le placement des différentes
diodes avec de chaleureux accents d’ailleurs. Nous apprenons que deux
étudiantes sibériennes suivent le programme depuis leur chambre climatisée à
cause de la chaleur.

Tout près, des ateliers de tissage et de fabrication de jouets éducatifs
offrent un emploi à des personnes handicapées. Les produits sont vendus dans le
magasin d’artisanat ou utilisés dans les autres activités du Barefoot,
notamment les écoles du soir.
L’approche du Barefoot est globale et les projets se développent au fur
et à mesure que naissent les bonnes idées et que se mobilisent les bonnes
volontés pour les réaliser. Dès l’origine, l’association s’attache à
développer l’éducation en créant des écoles du soir afin de s’adapter aux
réalités de la vie à la campagne où les travaux domestiques et agricoles
mobilisent toute la famille. Depuis, 150 écoles du soir ont été ouvertes dans
tout le Rajasthan avec une capacité d’accueil de 4000 élèves de 6 à 14 ans,
dont 75% de filles. L’éveil aux principes de la démocratie est également
essentiel pour préparer l’avenir, mais 3 heures de cours par jour ne peuvent y
pourvoir. Le Barefoot initie le « Parlement des Enfants » qui leur permet
d’apprendre directement par la pratique.
56 « Membres du Parlement » élus par les élèves choisissent un « Premier
Ministre » qui désigne les 25 ministres de son gouvernement chargés de l’eau
potable, de l’éclairage solaire, de la condition féminine, des jouets… Le
Premier Ministre, une jeune fille de 13 ans, organise les réunions mensuelles
où les ministres exposent les problèmes qu’on leur a rapportés dans les écoles
et demandent des comptes aux adultes. Leur pouvoir est réel : lors de la
réunion à laquelle nous assistons, le ministre de la santé dresse la liste des
médicaments manquants dans les pharmacies de certains établissements, le
responsable santé du Barefoot College l’invite à venir les chercher le soir
même au centre médical du campus.
En route vers la séance parlementaire
Le Barefoot College milite pour la mise en commun des savoirs, chacun
ici est à la fois élève et professeur. Les compétences de spécialistes
européens ou de jeunes villageois autodidactes sont accueillies avec autant
d’enthousiasme.
Pascal est un dentiste italien, il a rejoint l’équipe du centre médical du
campus pour y ouvrir un cabinet dentaire. Il forme aux soins dentaires
élémentaires deux femmes de Tilonia qui n’ont pas été à l’école. Pour lui comme
pour elles, cette formation est un challenge. De même que les autres
spécialistes étrangers qui viennent partager leurs connaissances, Pascal n’a
pas vocation à rester. Quand il s’en ira, elles seront les dentistes du
Barefoot College.
Pascal et ses élèves
Rago est un jeune garçon originaire de l’état du Bihar. Seul, il a réussi à
fabriquer un transmetteur pour diffuser sur les ondes des messages de
sensibilisation et des petites annonces propres à améliorer la vie des gens.
Cette initiative n’a pourtant pas été appréciée du gouvernement étant donné son
caractère illégal. Quand Bunker Roy entend parler de lui, il l’invite à venir
mettre ses talents au service du Barefoot College pour fonder « radio Tilonia
». Nous assistons à l’enregistrement des toutes premières émissions en
compagnie de Ram Nivas. Cette radio qui émet dans un rayon de 30 kilomètres
sera un nouveau moyen de communiquer sur la santé, l’éducation, la culture…
auprès des villages.
Radio Tilonia
En venant visiter le Barefoot College, nous nous attendions à trouver un centre
de formation original. Nous avons découvert une communauté où des ingénieurs,
des techniciens, des artisans, des médecins, indiens ou étrangers, cherchent
des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur pour les villages du
Rajasthan. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les
inégalités en éveillant le potentiel de chacun.
Comment les aider ?
Le Barefoot College est ouvert à toute initiative pour diffuser savoir et
connaissances utiles aux populations du Rajasthan. Des volontaires viennent
régulièrement sur le campus réaliser leur projet en coopération avec le
Barefoot College.
Contacts
Barefoot College
Village Tilonia, via Madanganj, District Ajmer
Rajasthan 305816, Inde
• Téléphone : +91 (0) 1463 288 204
• Site Internet : www.barefootcollege.org
Gabrielle
lundi 28 septembre 2009
Au pays des Rois
Par Gabrielle et François le lundi 28 septembre 2009, 13:49 - Voyage voyage
Après le Pendjab, direction le Rajasthan, le « pays des rois »… et
des palais. Laissons parler les images…
Bikaner, fort de Junagarth
Forteresse de Jaisalmer
Dans le désert du Thar
Jodhpur, la « ville bleue »
Sur les ghâts de la ville sainte de Pushkar
La Ganesh Pol du Amber Palace de Jaipur
Mosquée Jama Masjid, au cœur de la ville fantôme de Fatehpur
Sikri
Le Taj Mahal…
mausolée construit par le puissant Sultan Shah Jahan pour accueillir le corps
de sa défunte bien-aimée
Nous vous invitons à visiter l’album photos pour
poursuivre le voyage.
Gabrielle et François
jeudi 24 septembre 2009
Malenbai
Par Gabrielle le jeudi 24 septembre 2009, 14:29 - Les porteurs d'espoir
Nous partons au coeur du désert du Thar à la découverte de l’association
Malenbai. A une vingtaine de kilomètres de Jaisalmer, la jeep quitte la route
pour une piste qui serpente à travers des étendues de sable et de cailloux
noirs où quelques arbustes défient le vent et le soleil. Cet immense plateau
s’achève brusquement pour plonger sur une vaste étendue de sable clair,
semblable à un morceau de lune égarée sur la terre… un lac asséché. Nous nous
arrêtons au seuil d’une grande bâtisse solitaire qui semble contempler
l’horizon.
Les fondateurs de Malenbai, Capucine et Pabu, nous accueillent autour d’un thé
de bienvenue et nous racontent leur histoire… Lors d’un voyage en Inde, cette
jeune Française part avec sa famille pour un safari en chameaux sous la
conduite de Pabu. Ils se reconnaissent et décident d’unir leur destin dans ce
désert où tous deux se sentent chez eux plus que partout ailleurs. Ils s’y
installent en dépit de toutes les difficultés d’ordre matériel mais surtout
culturel et social. La mixité de leur couple n’est pas acceptée au sein de la
société indienne, d’autant que Pabu est issu d’une caste parmi les basses, les
Bilhs, chasseurs par tradition.
Capucine et Pabu
Après trois années de persévérance, la maison qu’ils ont construite est devenue
un lieu d’accueil, suivant la tradition des habitants du désert. Les
agriculteurs des terrains environnants, les bergers de passage, tous ceux qui
le souhaitent y font étape. Ils viennent seuls ou en familles, partagent leurs
repas et la grande terrasse où chacun s’endort à la belle étoile après la
veillée.
Pabu est fier d’être Bilh, mais de nombreux autres ont perdu ce sentiment.
Originaires du Gujarat, ils ont été déplacés près de Jaisalmer pour mettre
leurs talents de chasseurs au service des Maharajas. Lors de cette migration,
ils ont perdu beaucoup de leurs coutumes et de leur artisanat. Aujourd’hui, la
plupart survivent en cassant des pierres pour les chantiers de construction, un
travail de forçat dévalorisant.
Capucine et Pabu veulent faire de leur différence une force pour aider
les Bilhs à se relever. Ils se tournent d’abord vers l’agriculture :
ils investissent dans un tracteur qu’ils prêtent aux familles pour les inciter
à cultiver leurs terrains et forment des jeunes à la conduite. L’année
suivante, ils profitent de l’eau du lac et du prêt d’un générateur électrique
pour faire une culture de moutarde irriguée. De nombreuses familles participent
aux semences puis à la récolte. Autour de cette activité nouvelle, se
développent échanges et partages au rythme des chants qui accompagnent le
travail. Cependant, l’opération est déficitaire et, devant le caractère
aléatoire des récoltes, il faut trouver d’autres idées.
Suivant les conseils enthousiastes d’une amie, ils créent en août 2007
l’association Malenbai du nom de la déesse du désert vénérée par les
Bilhs. Leur objectif est de faire revivre l’artisanat local,
véhicule de la culture et des racines que les Bilhs ont besoin de retrouver.
Les savoirs se sont tellement perdus que Capucine et Pabu peinent à retrouver
les quelques personnes qui les détiennent encore, une véritable chasse aux
trésors.
Ils découvrent un tisserand, cet homme d’un certain âge n’a plus la force de
casser des pierres et peine à faire vivre sa famille. La possibilité inespérée
de reprendre son métier d’origine le réjouit. Avec l’aide de Malenbai, il
rénove le vieux métier à tisser de son père et se remet au travail. Après tant
d’années sans pratique, il lui faut plusieurs essais avant de maîtriser à
nouveau la technique. Ces tapis sont tissés à partir de poils de chèvre liés en
corde que seuls quelques vielles personnes savent encore faire ; Pabu doit
faire parfois 80 kilomètres pour trouver les précieuses pelotes. La vie de ce
tisserand est transformée : la vente des tapis à Malenbai lui assure une source
de revenus, et surtout il a retrouvé sa fierté et la considération de ses
pairs. Lorsque nous lui rendons visite, toute la famille et les enfants nous
accueillent avec joie et curiosité. En dehors de Capucine, nous sommes les
premiers étrangers à venir chez eux.
Le tisserand et sa fille
Cette année, Malenbai renouvelle l’expérience avec une famille de potiers d’un
village proche. Pour gagner leur vie, ceux-ci délaissaient peu à peu leur tour
et partaient vers les carrières casser des pierres. La poterie devenait une
activité d’appoint et risquait à terme d’être abandonnée. Motivé par
l’opportunité de vivre à nouveau de son art, le potier nous montre les nombreux
modèles qu’il sait faire. Capucine et Pabu lui donnent des idées d’objets
s’inspirant des traditions rajasthanaises et susceptibles de plaire à des
touristes. Nous sommes surpris lorsque son fils de 15 ans le remplace au tour,
faisant déjà preuve d’un grand savoir-faire. La transmission est assurée.
Le fils du potier
En visitant les familles, Capucine rencontre des femmes qui confectionnent de
magnifiques broderies pour leur usage personnel. Avec quelques idées nouvelles
puisées sur les marchés ou dans leurs traditions, elles pourraient utiliser
leurs talents et rejoindre les artisans de Malenbai…
Les huttes
Parallèlement aux activités de l’association, Capucine et Pabu cherchent à
développer une activité qui leur permette de vivre dans ce désert, condition
essentielle pour poursuivre l’action de Malenbai. Peu à peu, ils forment le
projet d’accueillir des touristes désireux de découvrir et vivre le désert.
Lors de notre venue, Pabu vient d’achever la construction de cinq belles huttes
traditionnelles qui sont harmonieusement disposées face à l’immensité du lac
asséché. Il souhaite également mettre à profit son expérience de guide pour
proposer des safaris en dromadaires aux visiteurs.
Chamelier
Leur démarche est emprunte d’éthique et de solidarité dans la continuité de
Malenbai : ils ont à cœur d’intégrer dans leur projet les artisans qu’ils
soutiennent en organisant des visites dans leurs villages afin que les
touristes découvrent leur travail. Ils conçoivent cette nouvelle activité comme
une chance de partager leur passion et leurs connaissances de cet environnement
mystérieux, dur et généreux à la fois. Ce sera pour les visiteurs l’occasion de
s’immerger dans la vie du désert : partager les repas avec les bergers de
passage, à la nuit tombée écouter leurs chants en admirant la voie lactée,
dormir dans des huttes bercés par le souffle du vent…
Comment les aider ?
Ce projet touristique soutiendra l’action de Malenbai, et avec l’aide de la
déesse du désert, pourra rendre espoir à la caste des Bilhs. Capucine et Pabu
invitent chacun à venir leur rendre visite, une belle idée pour des vacances «
découverte ». Ils sont établis à 24 kilomètres de Jaisalmer, soit 30 minutes en
jeep. Ils cherchent des contacts avec des agences de tourisme solidaire afin de
se faire connaître.
Lors de ses visites annuelles en France, Capucine collecte des vêtements et
médicaments afin de les distribuer à ceux qui en ont besoin. Les dons
financiers sont également bienvenus.
Contact
Site de Malenbai : http://malenbai.canalblog.com
Site Internet du gite : http://www.pabukidhani.com
E-mail : malenbai@hotmail.fr
Téléphone de Capucine : +91 9829552278
Téléphone de Pabu : +91 9602534344
Gabrielle
mercredi 9 septembre 2009
Le Temple d'Or des Sikhs
Par François le mercredi 9 septembre 2009, 18:09 - Voyage voyage
Le premier août, nous quittons l’ambiance tibétaine de Mac Leod Ganj et partons pour le Pendjab, la patrie des Sikhs. Au début du 16ème siècle, Gurû Nanak, un Hindou, s’intéresse à l’Islam et prêche une nouvelle spiritualité pour réconcilier les adeptes des deux religions. Ses disciples (« sikhs » en langue sanskrit) se regroupent autour de lui, le Sikhisme est né. Les Sikhs sont aujourd’hui autour de 20 millions en Inde, facilement reconnaissables à leur turban, leur barbe fournie et leur poignard qu’ils gardent avec eux en toutes circonstances.
Un Sikh se préparant à ses ablutions avec turban et
poignard
Nous faisons étape à Amritsar, la ville sainte du sikhisme. La cité est construite autour du Harmandir Sahib, plus connu sous le nom de « Temple d’Or ». En pénétrant dans l’enceinte blanche du temple, nous découvrons le sanctuaire : il semble flotter majestueusement au milieu du Amrit Sarovar (Bassin de nectar), le lac sacré qui a donné son nom à la ville.
Nous sommes tout de suite frappés par la grande ferveur religieuse qui imprègne les lieux, et la sérénité qui s’en dégage. Une litanie de chants sacrée émane en permanence du sanctuaire doré : des prêtres se relaient toutes les heures pour chanter le Âdi Granth, le livre sacré des Sikhs.
Le Temple d’Or
Nous terminons la matinée par un repas au restaurant collectif du temple. Le repas est gratuit ; les fidèles les plus fortunés peuvent faire une donation en retour, et tout le monde peut participer à l’élaboration des plats ou à la vaisselle. Cette cantine symbolise le partage et l’unité, des principes chers aux Sikhs.
Séance de plonge après le repas
Le soir, nous partons pour la frontière pakistanaise. A l’indépendance en 1947, l’empire britannique des Indes a été divisé entre le Pakistan, à majorité musulmane, et l’Union Indienne, à majorité hindoue et sikhe. Le Pendjab, qui comprenait d’importantes communautés des trois religions, fut partagé entre les deux états. Il s’ensuivit d’importants transferts de population et de nombreux massacres de part et d’autre de cette frontière toute neuve. La plaie de la partition tarde encore à se cicatriser, en témoignent les relations toujours difficiles entre l’Inde et le Pakistan.
Le Pakistan
Pourtant, au poste frontière de Wagha, à mi-chemin entre Amritsar et Lahore au Pakistan, nous assistons à un spectacle étonnant et bon enfant qui ferait presque oublier les camps militaires qui parsèment la région. La clôture quotidienne de la frontière fait l’objet d’un show dont les gardes-frontières sont les stars, acclamés par un public nombreux qui vient chaque soir s’entasser sur les gradins en dur qui entourent la scène. Dans la liesse générale, les soldats des deux camps, affublés d’une étonnante coiffe en éventail, paradent et se mesurent, faisant trembler leur crête. Le spectacle s’achève par la descente des couleurs et la fermeture des grilles.
Voir la cérémonie de fermeture de la frontière à Wagha
Avant de quitter Amritsar, nous retournons une dernière fois au Temple d’Or pour une visite nocturne. Nous contemplons les reflets dorés du sanctuaire qui se mêlent à ceux de la Lune dans les eaux sombres du Bassin de Nectar. Tout autour du lac, des pèlerins se sont installés pour passer la nuit au milieu des chants sacrés. Le calme et la paix des lieux nous envahissent, sensation étrange d’avoir atterri dans un autre monde…
François
lundi 7 septembre 2009
n°6 – D’Ahmedabad à Dharamsala
Par Gabrielle et François le lundi 7 septembre 2009, 13:11 - Newsletters

n°6 – D’Ahmedabad à Dharamsala
Après notre tour dans le sud de l’Inde, nous partons pour deux mois
explorer le nord du pays.
Première
étape à Ahmedabad,
la capitale du Gujarat. Nous y rencontrons les femmes de SEWA, un syndicat de travailleuses du
secteur informel.
Entre
Ahmedabad et Delhi, nous faisons halte à Udaipur. De là, nous partons découvrir
le superbe temple jaïn
d’Adinath à Ranakpur.
A Delhi, nous visitons le Sulabh Sanitation
Movement, une organisation qui se bat pour éradiquer le « scavenging »
(l’intouchabilité). Au centre de formation Nai Disha, nous rencontrons
d’anciennes femmes « scavengers » devenues les Anges Bleus de Sulabh.
Nous
poursuivons notre route vers le nord, vers les
sources du Gange, et atteignons les villes saintes de Haridwar et
Rishikesh.
Nous
passons les derniers jours de juillet à Dharamsala,
où vit le Dalaï-lama et le gouvernement du Tibet en exil, entourés d’une petite
communauté de 15000 âmes.
La fréquentation du site
progresse de mois en mois, et cela nous encourage à poursuivre
l’aventure.
Merci à tous ceux qui nous suivent et nous soutiennent !
Gabrielle et François
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jeudi 3 septembre 2009
Dharamsala, le « petit Lhassa »
Par Gabrielle le jeudi 3 septembre 2009, 17:35 - Voyage voyage
Nous grimpons tout au nord de l’Inde, au pied de l’Himalaya, pour une étape prolongée en terre d’asile tibétaine à Dharamsala. Nous posons nos bagages dans le petit village de Mac Leod Gange, où le 14e Dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, vit en exil depuis 50 ans, et où fut transféré le gouvernement tibétain dès 1960.
Le long des petites rues en pente, des échoppes, des étales, exposent bijoux, vêtements, artisanat tibétain… Des femmes attendent les clients, assises sur de petits tabourets. Elles discutent ou tricotent les épais bonnets et chaussettes qu’on vendra cet hiver. Certaines portent la longue robe traditionnelle ornée d’un petit tablier rayé que d’autres ont abandonnée pour de gros sweat shirts. Sur leurs visages de lune modelés par les ans, de petits yeux plissés semblent sourire au soleil. On croirait avoir changé de pays.
Depuis la rue qui grimpe vers le temple, nous contemplons la vallée de Kangra évanouie sous les brumes matinales qui s’étiolent lentement découvrant la belle endormie. L’air est frais et pur, tout est paisible.
La brume a-t-elle aussi posé son voile blanc sur l’histoire et son lot de souffrances ? Les longues traversées glacées à travers les sommets de l’Himalaya, les morsures du froid, les disparus… les monastères saccagés et pillés, des moines et des nones humiliés, tués. L’invasion chinoise s’est traduite par un long travail de sape pour anéantir un peuple et une culture millénaire, les passer au rouleau compresseur de l’uniformisation communiste, et faire du Tibet le terrain d’expériences nucléaires.
Malgré toute cette violence, le Dalaï-lama mène un combat résolument pacifique. Il défend la cause du Tibet à travers le monde. Il invite chacun à faire triompher la paix en commençant par lui-même, enseignant le bouddhisme selon la tradition tibétaine.
A Dharamsala, nous avons découvert un petit havre de paix, avec le temple en son cœur où vont et viennent de nombreux moines et nones en habit rouge. Tout autour, une communauté de 15 000 âmes a refait des racines, accrochant les maisons aux flancs des grandes montagnes couvertes de forêts et de nuages suspendus. Loin de leur terre, ils s’organisent pour sauver leur héritage culturel. Ils le transmettent à leurs enfants et le partagent aux étrangers de passage à travers des cours de yoga, de musique ou de cuisine. Désireux de soutenir la cause du Tibet, de nombreux jeunes viennent du monde entier apporter leur aide aux associations locales.
Le message du Dalaï-lama a porté ses fruits, les Tibétains sont soutenus par un élan de solidarité internationale. Le peuple vit en dehors de ses frontières et espère, malgré le temps qui passe, retrouver un jour sa terre.
Gabrielle
samedi 29 août 2009
Pèlerinage aux sources du Gange
Par François le samedi 29 août 2009, 17:26 - Voyage voyage
Après Delhi, nous continuons notre route vers le nord : direction l’Himalaya et les sources du Gange. Tout au long du trajet, le bus dépasse de petits groupes de marcheurs et de cyclistes vêtus de T-shirt orange. Certains portent d’étranges constructions faites de papier multicolore, de ficelle et… de perroquets en plastique.
Comme nous, ces pèlerins vont à Haridwar. Il fait déjà nuit quand nous atteignons la ville sainte dans les embouteillages et les klaxons. Nous apprenons que nous sommes tombés au beau milieu d’un festival en l’honneur du dieu Shiva, à moins que ce ne soit Krishna (cela dépend à qui l’on pose la question)…
Le lendemain, nous partons explorer Haridwar. Les bords de la route qui relie notre hôtel au Gange sont encombrés de pèlerins. En contrebas se dresse le plus grand camping sauvage qu’il ne nous a jamais été donné de voir.
La route est bloquée par la police. Nous parcourons à pied les derniers mètres qui nous séparent du temple Har-ki-Pairi, au milieu d’une foule d’hommes oranges, interrompus à plusieurs reprises… « One shot, one snap ! ». Il semble qu’en tant qu’étrangers nous constituions une attraction tout à fait digne d’intérêt pour ces visiteurs. Chacun veut son cliché de nos profils exotiques, de préférence en posant avec nous.
Nous finissons par atteindre le Gange. A perte de vue, les berges du fleuve sont occupées par des milliers de pèlerins en train de s’adonner au bain purificateur. L’ambiance est effervescente et survoltée, certains baigneurs se laissent emporter par le puissant courant du Gange au risque de se noyer. Au loin, une immense statue de Shiva semble veiller sur les imprudents.
Ghâts de Har-Ki-Pairi
Au pied du temple, nous sommes fortement invités à prier pour notre (future) progéniture en répétant les formules sacrées prononcées par le prêtre. Le nombre de rejetons dépendra cependant de l’offrande que nous voulons bien verser…
Un prêtre
Nous nous frayons un chemin vers les ghâts, ces escaliers qui descendent dans le Gange pour permettre à tout un chacun de procéder à ses ablutions. Plus nous approchons du fleuve, plus les photographes amateurs se pressent autour de nous. C’est la descente des marches…
Nous nous asseyons sur les ghâts pour observer la foule des baigneurs. En moins d’une minute, nous sommes encerclés par une petite foule de jeunes hommes en sous-vêtements désireux de nous prendre en photo… Certains commencent à se disputer l’honneur de poser à nos côtés, nous tentons de nous replier… finalement, la police intervient pour nous exfiltrer. Elle nous demande de patienter dans un réduit de service le temps que l’ambiance se calme et que tous les photographes amateurs se dispersent.
Sur les rives du Gange à Haridwar
Le lendemain, nous partons un peu plus en amont du fleuve sacré vers Rishikesh.
La ville est connue pour être un havre de paix et le paradis des yogis… mais
pas ces jours-ci. La masse des hommes oranges semble nous avoir suivis jusque
là, et la petite cité est saturée de marcheurs.
Rishikesh
Pour fluidifier la circulation dans cette ville piétonne, la police a institué un sens unique sur les deux passerelles qui surplombent le fleuve. L’ambiance est surréaliste : un défilé permanent de jeunes hommes hagards marche en tournant autour de la ville, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le manège dure toute la journée, jusque tard dans la nuit… Certains gardent encore assez d’énergie pour nous mitrailler de leur téléphone portable dès que nous pointons le nez en dehors de l’hôtel.
Nous cherchons à échapper à cette célébrité toute neuve en partant à pied le long de la route qui remonte le fleuve sacré. Des pèlerins font la même chose que nous, à moto. Faisant abstraction du bruit des klaxons, nous contemplons le Gange s’écouler au milieu des premiers contreforts de l’Himalaya, à peine né des glaciers et déjà puissant.
Le Gange
François
mercredi 26 août 2009
Nai Disha
Par Gabrielle le mercredi 26 août 2009, 09:47 - Les porteurs d'espoir
Dans la cour du siège de Sulabh à Delhi, une
pancarte accueille le visiteur : « Souriez, vous êtes chez Sulabh ! », la
journée commence bien. Peu après notre arrivée, le docteur Pathak vient nous
accueillir en personne et nous convie à la prière matinale… Nous sommes invités
à monter avec lui sur l’estrade face à une foule de visages. La musique
commence et tous chantent d’une seule voie. Puis, un des responsables nous
présente à l’assistance et nous souhaite la bienvenue. Nous sommes aussi
surpris qu’émus par cet accueil incroyable. A côté du comité des directeurs, se
tient un groupe de femmes toutes élégamment vêtues de saris bleus. Ce sont
les Anges Bleus de Nai Disha. Elles sont venues d’Alwar, une
ville du Rajasthan à 4 heures de route de Delhi, pour leur réunion mensuelle
avec le Docteur Pathak. Plus tard, nous nous asseyons au milieu d’elles pour
écouter leur histoire.
Un jour, lors d’une campagne de sensibilisation à Alwar, le Docteur Pathak
aperçoit des femmes scavengers revenir de leur corvée quotidienne. Elles
portent sur leur tête des pots d’excréments qu’elles ont ramassés au petit
matin pour que les habitants des maisons où elles travaillent n’aient pas à les
croiser. Le docteur Pathak va à leur rencontre et leur demande si elles
souhaitent changer de métier et avoir une vie meilleure. Elles sont
abasourdies, cet homme, ce brahmane est-il en train de se moquer d’elles ?…
Mais voyant son air sérieux et résolu, elles décident de lui faire confiance et
formulent un « oui » unanime. Nous sommes en 2003, et Sulabh ouvre le
centre de formation Nai Disha à Alwar.
Elles nous racontent avec enthousiasme les incroyables changements qui se sont
produits dans leur vie depuis lors. Elles ont tourné le dos aux champs
d’immondices et au dégoût qui les saisissait chaque jour en s’acquittant de ces
tâches humiliantes. En 3 ans de formation au centre, elles ont appris
les bases du calcul et de l’écriture, ainsi qu’un nouveau métier : la
couture, la confection de produits alimentaires, les soins esthétiques... Elles
ont un compte à la banque où elles peuvent déposer leur salaire mensuel. Avec
l’aide des formateurs du centre, elles ont pu retrouver la dignité et le
respect de soi auxquels elles avaient dû renoncer souvent très jeunes. Peu à
peu, elles ont également gagné le respect des autres.
Usha Chaumar, présidente de Sulabh International
Social Service Organisation
Elles nous invitent à leur rendre visite et, dès le lendemain, nous roulons
vers Alwar, accompagnés du Dr Suman Chahar, la directrice du centre. Les Anges
Bleus nous accueillent avec leur magnifique sourire de femmes libres. Leur
représentante, Usha Chaumar marque notre front d’un point de poudre rouge, le
Tilak, en signe de bienvenue.
Nous visitons l’atelier de couture, les femmes s’activent sur les machines à
coudre pour réaliser une commande de sacs publicitaires en toile. En plus des
séries réalisées pour les négociants, elles cousent également des modèles
qu’elles conçoivent. Le Dr Suman Chahar nous en montre quelques
échantillons.
Dans une autre salle, des femmes roulent de petites mèches de coton destinées
aux bougies des temples. Ceci n’est pas anodin quand on apprend qu’elles n’ont
obtenu le droit d’aller prier dans le temple d’Alwar que le 21 décembre 2008,
le jour où elles y sont entrées toutes ensemble, conduites par le Docteur
Pathak.
Les
femmes de Nai Disha entrent pour la première fois dans le temple de Jagannath à
Alwar (photo Sulabh)
Nous grimpons au salon de beauté du centre où une femme d’Alwar abandonne son
visage aux mains expertes d’une esthéticienne de Nai Disha, tandis qu’une autre
confie son avant-bras pour un tatouage au henné. Un peu plus loin, des femmes
en cercle confectionnent les nouilles et les papads (fines galettes
croustillantes et épicées) devenues fort appréciées dans les environs. Cette
expérience paraît incroyable dans la société indienne où le moindre contact
physique avec des « intouchables » est traditionnellement vécu comme une
souillure par les castes supérieures. Certaines femmes de Nai Disha ont même
été reçues par leurs anciens employeurs pour partager un repas, preuve qu’un
cap psychologique important a été franchi.
Activités du centre de Nai Disha
En juin 2009, Nai Disha a accueilli la nouvelle et dernière promotion de femmes
scavengers d’Alwar, célébrant ainsi la fin du scavenging dans cette
ville de 400 000 âmes. L’expérience se poursuit à présent dans un
nouveau centre de formation ouvert en 2008, près de Jaïpur (la capitale du
Rajasthan), qui accueille déjà 225 femmes.
La réussite de Nai Disha est le fruit d’un travail de longue haleine mené par
le Docteur Pathak et son équipe pour la libération des scavengers et leur
réhabilitation au sein de la société. Lorsque le Docteur Pathak crée Sulabh en
1970, il est seul contre tous. S’occuper d’un sujet aussi sale et tabou que les
toilettes est le pire des déshonneurs pour un Brahmane, mais rien ne semble
pouvoir le détourner de son objectif.
La conception
et l’installation de toilettes est le premier pas vers l’éradication du
scavenging. L’enjeu final est de redistribuer les cartes du jeu social, pour
donner une chance aux « intouchables » de commencer une vie nouvelle,
débarrassés de leur étiquette. Dès l’origine, Sulabh accompagne la reconversion
professionnelle des familles qui dépendaient de cette activité pour survivre.
Des formations sont organisées dans les villages pour apprendre la conduite, la
mécanique, la maçonnerie…
Pour faire bouger les consciences, le Docteur Pathak lance aussi de grandes
campagnes de sensibilisation. Il organise des parrainages de familles de
scavengers par des Brahmanes et œuvre pour leur droit à entrer dans les
temples.
Le Docteur Pathak mise également sur les jeunes générations qui ont l’avenir
entre leurs mains. En 1992, il ouvre une école à Delhi qui accueille 50%
d’enfants de scavengers. Lors de notre visite, nous suivons la directrice à
travers les salles de classe, les cours généraux, puis les formations
techniques de couture, électricité, informatique… Les élèves nous accueillent
sans timidité, nous donnant un aperçu de leurs exposés ou de leurs travaux.
Ici, tous les enfants étudient et jouent ensemble sans faire cas de leurs
origines.
Visite de l’école (photo Sulabh)
La métamorphose de femmes scavengers en Anges Bleus est un symbole fort. A
travers Nai Disha, Sulabh franchit une nouvelle étape qui invite la société
indienne à évoluer pour réaliser le vœu de Gandhi : éradiquer le scavenging.
Etre condamné dès sa naissance à des tâches ingrates et au mépris des autres
semble de plus en plus difficile à justifier, tout comme l’ensemble des
inégalités engendrées par le système de castes.
Aux côtés du Docteur Pathak, les femmes de Nai Disha sont devenues les
ambassadrices de Sulabh. Parmi les grands évènements auxquels elles ont
participé, leur plus beau souvenir est le sommet des Nations Unies « Sanitation
for sustainable development » en 2008, à New-York ! Quand elles évoquent ce
voyage, la conversation s’anime et leurs yeux brillent. Leur représentante,
Usha Chaumar, relit pour nous le discours qu’elle avait alors prononcé en
anglais. Nous regardons les photos du défilé de mode où des mannequins
présentaient les modèles dessinés dans l’école et cousus à Nai Disha. Ensemble,
les 46 femmes ont levé leur poing au pied de la statue de la liberté. Le conte
de fées est devenu réalité.
Les Anges Bleus à New York (photo Sulabh)
Comment les aider ?
Nai Disha recherche des clients pour ses productions de vêtements, accessoires
ou produits alimentaires que les femmes réalisent sur commande.
Contact
Dr
Suman Chahar
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
• Téléphone : +91 11 25 03 15 18
• Mobile : +98 68 80 45 42
• Site Internet : www.sulabhinternational.org
• E-mail : sumanchahar@hotmail.com
Gabrielle
vendredi 21 août 2009
Sulabh Sanitation Movement
Par François le vendredi 21 août 2009, 18:41 - Les porteurs d'espoir
En Inde, on appelle « scavengers » (éboueurs) les personnes traditionnellement chargées de s’occuper des excréments humains et des cadavres d’animaux. Il constituent la plus basse des castes qui composent la société hindoue et sont cantonnés à cette profession du fait de leur naissance. Le métier de scavenger en lui-même est particulièrement dégradant, consistant à ramasser à la main les excréments des autres, et à les porter dans un seau sur sa tête pour aller les jeter dans la rivière. En plus de cela, les membres de cette caste, considérés comme « impurs », font l’objet de discriminations inimaginables. Ce sont les célèbres « intouchables », appelés ainsi car les autres membres de la société se doivent d’éviter tout contact direct avec eux.
Le Sulabh Sanitation Movement se donne pour mission l’éradication du « scavenging ».
Le symbole de Sulabh, un pot d’excréments barré de
rouge
Le 13 juillet, nous sommes reçus par le Dr Bindeshwar Pathak, le fondateur de Sulabh, au siège de l’organisation à Delhi. Rien ne prédestinait ce brahmane (la plus haute caste en Inde) à s’occuper un jour des difficultés des « intouchables », mais les hasards de la vie l’ont porté à mener ce combat.
Jeune homme, Bindeshwar Pathak veut devenir professeur, mais ne parvient pas à décrocher un poste. En 1969, à 27 ans, il rejoint alors le Comité des Célébrations du Centenaire de Gandhi. Cette organisation est notamment chargée de donner un coup d’accélérateur à la lutte contre l’intouchabilité, un des chevaux de bataille de Gandhi. Il part quelques mois vivre auprès de scavengers dans un bidonville pour s’imprégner de la question.
Pendant cette période, il est confronté au drame quotidien que vit cette population. Un jour, un enfant est attaqué par un buffle en furie. Les hommes se précipitent pour lui porter secours… mais soudain quelqu’un crie « c’est un intouchable ! », et tous s’arrêtent nets, laissant le garçon se faire piétiner. Le Dr Pathak et quelques personnes de bonne volonté ramassent l’enfant meurtri et l’amènent à l’hôpital. Là, le personnel médical rechigne à s’approcher du petit intouchable pour le soigner. L’enfant meurt de ses blessures.
Profondément marqué par cette expérience, le Dr Pathak décide de se battre pour faire cesser les comportements inhumains engendrés par le système de castes. Il fonde Sulabh en 1970 avec la volonté d’éradiquer le scavenging. C’est un choix lourd de conséquences pour un brahmane, sa propre famille et sa belle-famille lui tournent le dos pour un temps.
Le Dr Bindeshwar Pathak
En 1970, en Inde, seulement 15% des habitations urbaines sont équipées de toilettes, et pratiquement aucune dans les campagnes. Le reste de la population fait ses besoins dans des toilettes sèches en plein air qui doivent être nettoyées régulièrement, forcément par des scavengers... En plus du problème de l’intouchabilité, cette situation a des conséquences lourdes en termes de pollution et de maladie : chaque année, en Inde, près de 500 000 enfants meurent de dysenterie ou du choléra, des infections imputables à l’absence de toilettes correctes. Le Dr Pathak est persuadé que pour éradiquer durablement le scavenging, il faut commencer par résoudre les graves problèmes sanitaires que connaît l’Inde car « tant qu’il y aura besoin du scavenging, il y aura des scavengers ».
Construire un système d’égout partout comme en occident est trop coûteux pour l’Inde, et surtout trop consommateur en eau. L’installation de fosses septiques n’est pas non plus une solution, car elle implique une vidange qui serait effectuée par des scavengers. Sulabh cherche alors à développer une technologie adaptée à la situation économique et environnementale de l’Inde, qui permette en même temps de résoudre le problème du scavenging.
En 1970, Sulabh inaugure les premières toilettes conçues selon le modèle
du Dr Pathak. Celui-ci comprend deux innovations essentielles par rapport aux
installations « classiques ». Tout d’abord, le système d’évacuation est
amélioré pour n’utiliser que 1,5 litres d’eau, contre 10 litres pour une chasse
d’eau ordinaire, grâce à un coude plus petit. Puis, les excréments sont évacués
vers un système de double cuve dont chacune a une capacité d’au moins 2 à 3 ans
d’utilisation. Une fois que la première cuve est remplie, l’évacuation est
redirigée vers la deuxième cuve. La matière fécale contenue dans la première
cuve se transforme peu à peu par l’action naturelle de la fermentation… Après
18 mois, la cuve laissée au repos est pleine d’un engrais biologique inodore et
sec, facilement transportable et utilisable pour l’agriculture.
Les
toilettes Sulabh, l’eau et le méthane produit par la fermentation sont absorbés
par la terre grâce à des espaces dans revêtement de la cuve (photo
Sulabh)
Les installations Sulabh sont déclinables pour toutes les bourses, et peuvent être réalisées avec un large éventail de matériaux locaux. A ce jour, l’organisation a construit et vendu plus de 1,2 millions de toilettes à travers toute l’Inde.
L’engrais biologique obtenu après 18 mois de fermentation (photo
Sulabh)
Pour beaucoup de foyers, la technologie simple et peu coûteuse de Sulabh reste toutefois hors d’atteinte, notamment dans les bidonvilles, pour des raisons de coût et d’espace. Les seules toilettes disponibles sont bien souvent un simple bout de trottoir à ciel ouvert que doivent nettoyer des scavengers.
En 1974, Sulabh installe les premières toilettes publiques payantes à Patna, dans l’état du Bihar. Personne n’y croit, pourtant, dès le premier jour d’ouverture, 500 personnes viennent les utiliser. Les habitants des villes sont prêts à payer 1 ou 2 roupies pour faire leurs besoins dans un environnement propre et dans l’intimité. Aujourd’hui, Sulabh gère plus de 7500 centres de toilettes publiques à travers l’Inde, qui accueillent plus de 10 000 000 d’utilisateurs chaque jour.
Sulabh continue à innover et, au début des années 1980, le Dr Pathak a l’idée
de recycler le méthane issu de la fermentation des matières fécales.
L’organisation installe des centrales à biogaz dans près de 190
toilettes publiques. Au lieu de s’échapper dans l’atmosphère où il
contribue pour une part importante à l’effet de serre, le méthane est récupéré
et utilisé pour la cuisine, l’éclairage public, la production
d’électricité…
Une
centrale à biogaz Sulabh et ses différentes applications : production
d’électricité, cuisinière, chauffage, éclairage…
Au siège de l’organisation à Delhi, un laboratoire expérimental teste de nouvelles technologies simples pour améliorer la situation sanitaire en Inde. Une des dernières idées : utiliser de « l’herbe à canard » à croissance rapide pour dépolluer les lacs et les rivières. L’herbe peut ensuite être récoltée et servir à nourrir le bétail.
A chaque fois, les solutions proposées par Sulabh sont simples et adaptés au contexte indien. D’ailleurs, en hindi « sulabh » signifie littéralement « simple, facile ».
Après la visite des installations de Sulabh, le Dr Pathak nous invite dans la
bibliothèque de l’organisation. Parmi les nombreux ouvrages, il choisit un gros
volume des éditions reliées de « Young India », le journal de Gandhi, et
l’ouvre respectueusement.
L’œuvre de Gandhi inspire l’action du Dr Pathak. Pendant la lutte pour l’indépendance de l’Inde, le Mahatma se battait déjà pour l’abolition du système des castes. A qui servirait l’indépendance si des Indiens restaient opprimés ? Il exigeait de ses disciples qu’ils nettoient eux-mêmes leurs toilettes, et enseignait les bases sanitaires dans les villages où il passait. Après l’indépendance en 1947, et la mort de Gandhi en 1948, le tout nouveau gouvernement indien passa de nombreuses lois pour lutter contre le phénomène de l’intouchabilité, avec un succès souvent mitigé.
En fondant Sulabh, le Dr Pathak cherche à aborder le problème sous un angle pratique, et c’est sans doute la raison de son succès. L’organisation estime à plus d’un million le nombre de personnes qu’elle a réussi à libérer du scavenging. Commentant le travail de Sulabh lors de sa visite en juillet 2008, la présidente indienne, Prathiba Devisingh Patil, déclare : « aucun programme en Inde ne donnerait autant de bonheur à Gandhi que celui-ci »…
Aujourd’hui, 60 000 personnes agissent au sein de Sulabh. L’organisation cherche à diffuser son modèle à travers le monde. 2,6 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à des toilettes correctes. La technologie développée par Sulabh peut contribuer à résoudre ce problème sanitaire. De plus, face au réchauffement climatique et aux pénuries d’eau, les toilettes Sulabh sont une solution écologique de premier plan.
Grâce à l’argent gagné dans la construction et l’entretien des toilettes
publiques, l’organisation mène également d’importants programmes de
réhabilitation des scavengers. A
suivre…
Comment les aider ?
L’organisation s’autofinance et n’accepte pas les donations. L’indépendance financière de Sulabh est le meilleur atout du Dr Pathak pour rester libre de penser et d’agir.
Le Dr Pathak invite tous ceux qui le souhaitent à poursuivre son action : la technologie développée par Sulabh est libre de droits, et des formations techniques peuvent être dispensées sur demande. A titre d’exemple, des ingénieurs de 14 pays africains ont récemment été formés aux différents systèmes développés par l’organisation, et de nouvelles sessions sont prévues pour étendre l’expérience à d’autres pays.
Contacts
Sulabh Sanitation Movement
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
• Téléphone : +91 11 25 03 26 17
• Site Internet : www.sulabhinternational.org
• E-mail : sulabh1@nde.vsnl.net.in

Le Musée International des Toilettes de Sulabh accueille les
visiteurs de passage à Delhi (même adresse). On y découvre des sanitaires de
tous les âges et de toutes les formes, dont certains modèles étonnants…
• Téléphone : +91 11 25 03 40 14
• Site Internet : www.sulabhtoiletmuseum.org
François
dimanche 16 août 2009
Dans le temple d’Adinath
Par Gabrielle le dimanche 16 août 2009, 16:31 - Voyage voyage
Nous profitons de notre séjour à Udaipur, superbe ville royale au sud du
Rajasthan, pour partir à la découverte du plus grand et somptueux temple jaïn
de l’Inde. Après plus de trois heures de route sous une chaleur écrasante, nous
arrivons enfin à Ranakpur, au pied du temple d’Adinath.
Dès que nous franchissons les portes, nous plongeons avec délice dans une
atmosphère nouvelle, gorgée de fraîcheur et de calme. Le temps s’arrête dans
cet univers de marbre blanc organisé selon des règles cosmiques ancestrales.
Les rayons du soleil jouent entre les arches et mettent en lumière les fines
sculptures qui parent les 1444 colonnes du temple. En admirant les
fleurs, végétaux et animaux, le regard s’élève vers les courbes gracieuses des
danseuses et musiciens qui peuplent les voûtes et les dômes.

Au centre, les fidèles se recueillent devant le sanctuaire d’Adinath, le
premier des grands maîtres jaïns, appelés Tirthankaras. Mahavira, le 24ème et
dernier d’entre eux était un contemporain de Buddha, au VIème siècle avant J.C.
Les Tirthankaras apparaissent à chaque grand cycle de l’univers, au cours
desquels se succèdent des phases de progrès et de déclin. Selon ces calculs,
nous sommes actuellement en plein déclin, proche de la fin du présent cycle. Le
jaïnisme devait alors disparaître en attendant le cycle suivant où il sera
redécouvert grâce au nouveau Tirthankara.
En attendant, 4 millions de Jaïns poursuivent leur vie d’ascète et s’efforcent
d’être sans reproche. Ils espèrent ainsi atteindre la vie éternelle en libérant
leur âme du karma qui la contraint à de multiples réincarnations. Pour cela, il
leur faut respecter cinq grands vœux : refuser la violence, le mensonge, le
vol, l’impureté et l’attachement aux biens terrestres. La mise en pratique est
difficile car les implications sont nombreuses. Il faut notamment prendre garde
de ne tuer aucun animal, pas même le plus petit des insectes. Impossible
d’utiliser les moyens de transport : le plus sûr pour ne rien écraser est de
marcher, avec un foulard sur la bouche, tout en prenant soin de balayer devant
soi. Le manque de luminosité présente également un risque, il est donc
préférable de cesser toute activité dès que le jour décline. Les petites bêtes
pourraient aussi se brûler les ailes sur une ampoule ou la flamme d’une bougie…
Ceux qui ne deviennent pas moines doivent choisir des métiers compatibles avec
leur philosophie tels que l’enseignement ou le commerce. Ironie du sort : dans
les affaires, leur réputation d’honnêteté amène la prospérité à ces
ascètes.
L’harmonie que les Jaïns souhaitent atteindre dans l’éternel est peut-être à
l’origine de la beauté pure que l’on admire et respire au cœur du temple
d’Adinath…
Gabrielle
dimanche 9 août 2009
SEWA
Par François le dimanche 9 août 2009, 18:56 - Les porteurs d'espoir
Samedi
4 juillet. Nous rencontrons Pratibha Pandya, une des responsables de
SEWA (Self Employed Women Association), dans les locaux de
l’organisation à Ahmedabad (Gujarat). Depuis
22 ans, elle travaille pour ce syndicat de femmes travailleuses
indépendantes.
En Inde, le secteur « informel » représente 60% du produit économique et plus
de 90% des travailleurs. La plupart des femmes sont employées dans ce secteur :
ces « travailleuses indépendantes » sont agricultrices, vendeuses de rue,
couturières, rouleuses de biddies (les « cigarettes » indiennes)… beaucoup
travaillent aussi à domicile pour l’industrie manufacturière qui les paie à la
tâche.
Ces femmes sont souvent exploitées par des donneurs d’ordre et des fournisseurs
qui n’hésitent pas à profiter de leur isolement professionnel. Leurs revenus
sont très irréguliers et elles doivent aussi faire face aux aléas de la vie
sans la protection sociale dont bénéficient les travailleurs salariés.
Un marché d’Ahmedabad
SEWA est fondée en 1972 par Ela Bhatt, alors cadre du TLA
(Textile Labour Association), le syndicat de travailleurs du textile créé par
Gandhi lui-même en 1917. Elle puise son inspiration dans l’œuvre du Mahatma
pour construire un modèle qui aide durablement ces femmes démunies, sans les
assister.
SEWA veut regrouper ces travailleuses indépendantes pour les aider à
prendre confiance en elles et à relever la tête. En s’unissant au sein
d’un syndicat, elles apprennent à s’organiser pour rompre le cercle vicieux de
la pauvreté. SEWA poursuit deux objectifs : permettre à ces femmes de
gagner leur autonomie économique par leur travail, et leur fournir les mêmes
avantages que ceux dont bénéficient des travailleurs
salariés.
Pour leur permettre d’augmenter leurs revenus, SEWA aide les
travailleuses du secteur informel à s’associer en coopératives. Le
regroupement offre de nombreux avantages : mise en commun de moyen (achats
d’outils, de stocks…), division du travail qui rend ces femmes plus
productives, partage des risques… et surtout, il donne à ses femmes un vrai
poids face aux autres acteurs économiques.
Nous sommes invités à visiter une coopérative de poissonnières créée par SEWA à
Ahmedabad. Suruchi Mehta, la coordinatrice des activités de la coopérative,
nous présente le travail réalisé depuis 2003. A cette date, les poissonnières
d’Ahmedabad travaillent séparément et ne sont pas respectées par les négociants
qui les fournissent en poissons. Elles sont mal servies et doivent se contenter
des poissons de qualité inégale qu’on leur propose, au prix qu’on leur fixe.
Une fois sur le marché, elles se livrent à une rude concurrence entre elles, et
au final ne gagnent pratiquement rien.
Suruchi Mehta
Avec l’aide de Suruchi Mehta, les poissonnières s’organisent en coopérative et
créent une centrale d’achat de poissons. En groupant les commandes, la
coopérative est en position de négocier les prix et la qualité avec les
négociants. Sur les 200 femmes membres, 2 sont chargées d’acheter le poisson en
commun au marché central tous les matins, et de le transporter au local ouvert
par SEWA sur le marché du quartier. Les frais de transport sont réduits, et les
poissonnières ne sont plus obligées de se lever aux aurores. Elles achètent
directement au magasin SEWA un poisson de meilleure qualité à un prix plus bas.
La coopérative ne prend que 2 roupies (0,03€) de marge par kg de poisson pour
couvrir le loyer du local, acheter la glace et payer les 2 salariées chargées
de l’achat en gros.
Les résultats sont palpables. En 2003, ces poissonnières gagnaient en moyenne
80 roupies (1,20€) par jour, en commençant leur journée à 4h du matin.
Aujourd’hui, elles gagnent en moyenne 120 roupies (1,80€) par jour de semaine,
et jusqu’à 200 roupies (3€) le dimanche, en ne commençant à travailler qu’à
partir de 7h. Même si les montants peuvent sembler dérisoires, il s’agit d’une
augmentation de revenus de plus de 50%, dans de meilleures conditions
de travail, qui permet à ces femmes d’améliorer très concrètement
leurs conditions de vie et notamment de financer la scolarité de leurs enfants.
De plus, ces femmes ne sont plus confrontées à l’humiliation quotidienne
qu’elles subissaient en achetant leur poisson individuellement ; elles ont
retrouvé leur dignité.
Shanta Ben, une des salariées de la centrale d’achat
En achetant du poisson sur un marché de Pondichéry, 1 mois auparavant,
nous avions été frappés de constater la concurrence effrénée à laquelle se
livraient les poissonnières entre elles. La qualité des poissons était
médiocre, et les femmes cassaient les prix pour vendre leur maigre marchandise
et gagner de quoi survivre. Sur le marché que nous visitons à Ahmedabad,
l’ambiance est radicalement différente. Les poissonnières, radieuses, nous
montrent de gros morceaux appétissants de poisson frais. Regroupée au sein
d’une même coopérative, et gagnant mieux leur vie, elles sont devenues
solidaires.
Suruchi Mehta a d’autres projets pour continuer d’accroître l’autonomie
économique de ces femmes. Elle souhaite profiter de l’expérience acquise pour
ouvrir des magasins SEWA sur les autres marchés de quartier d’Ahmedabad. Elle
rêve aussi de construire un vrai marché couvert, qui permettrait une
augmentation des ventes dans de meilleures conditions de travail. Elle voit
déjà plus loin : organiser les pêcheurs entre eux et leur acheter directement
le poisson sans passer par les négociants du marché central. La marge ainsi
gagnée serait redistribuée entre les travailleurs : pêcheurs et
poissonnières…
Les poissonnières de SEWA
SEWA est à l’origine de 102 coopératives similaires dans différents métiers.
Elle accompagne les travailleuses indépendantes dans la création et le suivi de
celles-ci.
L’organisation procure à ses membres des formations pour leur apprendre à gérer
leur coopérative de manière autonome. Des séances de développement personnel
sont également organisées pour aider ces femmes à prendre confiance en elles et
à s’affirmer dans le monde économique. Enfin, d’autres formations techniques
sont aussi proposées qui permettent aux travailleuses de gagner en
productivité.
En 1992, SEWA fonde une fédération de coopératives, la « Gujarat State Women’s
SEWA Cooperative Federation Ltd ». Cette fédération a pour objectif de faire
prendre aux coopératives SEWA une ampleur plus grande en leur offrant des
services spécialisés en administration, marketing, labellisation, formation
professionnelle… Il ne s’agit cependant pas de recréer une grande entreprise :
cette « super coopérative » se pose en prestataire de services ; les
coopératives conservent leur autonomie de décision, les femmes restent leur
propre patron.
Un magasin SEWA de textiles
Le deuxième objectif de SEWA est d’offrir aux travailleuses du secteur
informel une protection sociale et des services dont elles étaient jusque là
exclues.
SEWA organise une véritable assurance sociale pour ses membres. Après avoir
payé une cotisation, les travailleuses de SEWA bénéficient d’une assurance
santé pour elles et leurs enfants, incluant la maternité. Les accidents du
travail sont également couverts. Un service de garde d’enfant est disponible,
pour permettre aux femmes de travailler en toute sérénité.
La SEWA Bank, un des plus gros succès de l’organisation, donne la possibilité à
ses membres de disposer d’un compte en banque pour épargner, et de souscrire à
des « micro-crédits ». Grâce à des prêts de petits montants, les travailleuses
peuvent investir sans avoir recours aux services hors de prix des usuriers. Ces
micro-crédits peuvent être utilisés pour acheter des outils ou un stock de
matières premières ; souvent il s’agit de prêts agricoles destinés à l’achat de
semences.
SEWA a pour vocation de s’autofinancer, pour rester viable et
indépendante.
Le syndicat est organisé en coopératives dont les bénéficiaires sont
actionnaires (la SEWA Bank compte ainsi 100 000 actionnaires). Tous les
services proposés (dont les formations) sont payants, et les coopératives qui
les gèrent ont un objectif de rentabilité. Les membres du syndicat paient en
plus une cotisation de 5 roupies (0,08€) par an pour couvrir les frais de
structure, et l’organisation prélève également un pourcentage sur les ventes
des coopératives.
Les 10 objectifs de SEWA pour ses membres
Aujourd’hui SEWA compte plus de 1 000 000 de membres à travers
l’Inde (500 000 au Gujarat et 500 000 dans le reste de l’Union
indienne), c'est-à-dire autant de foyers impactés, ce qui en fait le plus grand
syndicat indien.
SEWA étend maintenant ses activités en Afghanistan, à Kaboul. En 2005, le
gouvernement indien a fait appel à l’organisation pour organiser la formation
de plus de 1000 femmes afghanes en horticulture et en agriculture. C’est une
reconnaissance officielle de son travail en Inde.
Le succès de SEWA s’explique peut-être par sa philosophie : l’organisation ne
cherche pas à assister des personnes en difficulté, mais mise sur les capacités
non utilisées des travailleuses du secteur informel. En leur donnant les moyens
de gagner une vie décente par leur travail, SEWA aide ces femmes à prendre
confiance en elle et à utiliser tout leur potentiel.
Comment les aider ?
La meilleure façon d’aider les femmes de SEWA est sans doute d’acheter leurs
produits. L’organisation est intéressée par des acheteurs potentiels
sensibilisés à la démarche du commerce équitable.
Les donations financières ainsi que les bénévoles sont également les
bienvenus.
Contacts
Site Internet : www.sewa.org
François
vendredi 7 août 2009
Au pays de Gandhi
Par Gabrielle et François le vendredi 7 août 2009, 15:00 - Voyage voyage
Sur notre chemin vers le Nord de l’Inde, nous faisons étape à Ahmedabad, la
capitale de l’état du Gujarat dans lequel vit le jour le célèbre leader
indépendantiste indien, Gandhi, l’apôtre de la non-violence.
Nous suivons ses pas jusqu’à l’Ashram qu’il fonda en 1917 à son retour
d’Afrique du Sud et entrons dans la maison où il vécut jusqu’en 1930. Il part
alors pour la marche du sel, en faisant le vœu de ne rentrer que lorsque l’Inde
sera libérée de la domination britannique. Il mourra quelques mois après
l’indépendance proclamée en 1947. Dans le musée, nous pouvons lire les hommages
que lui ont rendu d’autres grands hommes (Einstein, Martin Luther King…). Ils
font écho aux témoignages des porteurs d’espoir que nous rencontrons et dont il
a inspiré l’action.
Dans la maison de Gandhi
Deux jours plus tard, nous nous laissons guider pour une plongée dans l’univers
du vieil Ahmedabad. Nous nous perdons dans les ruelles et pénétrons dans les
pols (porte en gujarâtî), de petits quartiers typiques de l’architecture de la
ville, avec une entrée unique pour mieux se défendre en cas d’attaque…et des
passages secrets pour mieux s’enfuir.
Le
temple hindou Swaminarayan Mandir Kalupur
A l’origine, Hindous, Jaïns et Musulmans avaient chacun leurs quartiers, et la
ville était organisée de manière à ce qu’il n’aient pas à se rencontrer, sauf
sur la place centrale du marché. Chaque religion rivalise pour offrir au regard
les plus beaux sanctuaires.
Temple jaïn (en haut) et mosquée Jumma Masjid (en bas)
L’après-midi, nous partons voir le puit-citerne de Dada Hari. Nous jouons les
Indiana Jones dans cet immense réservoir d’eau du XVème siècle, six étages sous
terre, au milieu des colonnes sculptées et des chauves-souris.
Dada Hari
De l’autre côté de la rive, Ahmedabad offre un visage plus moderne. Le célèbre
architecte Le Corbusier est passé par là. Nous contemplons une des ses œuvres,
deux étudiants coréens en architecture nous font part de leur émerveillement.
Nous sommes plus sceptiques devant tout ce béton, même si certains agencements
ne manquent pas d’harmonie.
Immeuble de l’ATMA – Le Corbusier
Nous sommes arrivés à Ahmedabad par hasard, pour rencontrer les membres de
SEWA. La ville n’est pas très connue des touristes. Pourtant, en plus de ses
vieilles (et moins vieilles) pierres, Ahmedabad a aussi pour elle la
gentillesse tranquille de ses habitants. Une agréable surprise...
Gabrielle et François
jeudi 6 août 2009
n°5 – Le Tamil Nadu
Par Gabrielle et François le jeudi 6 août 2009, 09:43 - Newsletters

n°5 – Le Tamil Nadu
Le 7 juin, nous franchissons la chaîne des Ghats occidentaux pour quitter le
Kerala et entrer dans le Tamil Nadu. Changement radical d’ambiance, en quelques
kilomètres nous pouvons vérifier la devise indienne : « One state, many
worlds » (un état, plusieurs univers).
Nous faisons route
vers Madurai., notre première étape au Tamil Nadu. Là, nous avons
rendez-vous avec Henri Tiphagne qui nous présente l’action de son organisation
de défense des droits de l’homme, People’s
Watch.
Nous profitons de notre passage dans le Tamil Nadu pour visiter
les
grands temples vivants Chola, une plongée au cœur de l’hindouisme.
Nous nous arrêtons quelques jours à Pondichéry,
l’ancien comptoir français des Indes. A une dizaine de kilomètres, nous
découvrons Auroville,
une « cité universelle en construction »…
A Chennai (autrefois appelée Madras), nous rencontrons les
membres de Janodayam,
qui se battent pour les droits des « scavengers », les plus déshérités des «
intouchables ». Nous faisons également la connaissance d’un
jeune entrepreneur qui a décidé de mettre son énergie au service des
autres.
En repartant du Tamil Nadu, nous faisons halte à Bangalore, où
nous rencontrons Harish Hande, le fondateur de Selco, une
entreprise d’un genre nouveau.

Nous retournons à Mumbai pour clôturer notre grande boucle dans le sud de l’Inde. Nous rencontrons le Dr Mary Alphonse, qui nous présente les activités du « College of Social Work » qu'elle dirige.
Nous repartons de Mumbai le 2 juillet, après un mois particulièrement
riche en découvertes. Direction le nord de l’Inde, jusqu’aux montagnes de
l’Himalaya, pour aller chercher un peu de fraîcheur.
Bonne lecture !
Gabrielle et François
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lundi 3 août 2009
College of Social Work Nirmala Niketan
Par Gabrielle le lundi 3 août 2009, 15:11 - Les porteurs d'espoir
Le « College of Social Work Nirmala Niketan » est né en 1955 de l’initiative des Filles du Cœur de Marie, une société religieuse venue travailler à Bombay auprès des populations défavorisées. Dans le but d’organiser une aide de qualité sur le long terme, elles créent cette école pour former des professionnels du travail social parmi la jeunesse indienne. Depuis l’Institut s’appuie sur son expérience pour s’adapter à l’évolution de la société et anticiper les besoins de demain.
La principale, Dr Mary Alphonse, souligne la particularité de l’Institut qui s’attache à transmettre non seulement des connaissances, mais aussi la passion et la conviction nécessaires pour travailler dans le milieu social. Les élèves acquièrent une rigueur professionnelle tout en s’appuyant sur des valeurs humaines fortes. Ils développent à la fois un regard critique et une vision globale pour appréhender les problèmes qui leur seront confiés. En formant cette « armée de travailleurs sociaux », l’Institut veut contribuer à la construction d’un nouvel ordre social basé sur la dignité humaine et la justice sociale.
Dr Mary Alphonse, principale du CSW
Le « College of Social Work » est affilié à l’Université de Bombay. Chaque année, près de 250 étudiants sont diplômés en licence et maîtrise. Un doctorat est également proposé aux travailleurs sociaux ayant au moins 3 ans d’expérience professionnelle. L’Institut dispense par ailleurs des formations de courte durée et des cours par correspondance, pour des adultes en recherche d’emploi ou exerçant un métier auprès de populations sensibles.
Nous suivons la principale à travers les couloirs de l’école, elle nous montre le laboratoire audio-visuel, la salle informatique, puis nous entrons dans une bibliothèque toute neuve où de gros volumes de droit social et de nombreux ouvrages emplissent les étagères. Ces différents supports sont mis à disposition des élèves pour leur permettre de mener les travaux de recherche qui servent de base dans les cours. L’équipe enseignante aussi est mise à contribution au sein d’une unité de recherche qui étudie certains problèmes sociaux à la demande du gouvernement ou d’ONG telles que l’UNICEF. Des professeurs et des intervenants extérieurs partagent leurs réflexions dans une publication trimestrielle.
La bibliothèque du CSW
Pour être fructueux, cet esprit de recherche doit être confronté avec les réalités extérieures. L’Institut accorde une place importante à l’apprentissage sur le terrain : les étudiants consacrent 2 jours et demi par semaine à leur projet d’étude. Cette approche leur donne une perspective critique à travers la pratique. C’est au cœur de l’action que les élèves acquièrent leur « savoir-faire » et révèlent leur « savoir-être ».
Les sujets proposés aux élèves sont sélectionnés par l’équipe enseignante auprès d’organisations partenaires, ou parmi les projets de terrain conçus et développés au sein de l’Institut. Grâce à l’expérience acquise au fil des années, l’école et ses professeurs sont devenus des observateurs privilégiés des problématiques sociales à Bombay et dans la région. Depuis 1974, ils ont lancé plusieurs projets pour s’attaquer à certains problèmes sociaux avec des approches innovantes : dialogue interreligieux, éducation des enfants de mères prostituées, travail auprès des enfants des rues… Lorsque le Dr Mary Alphonse nous présente ces programmes, nous sommes impressionnés par la diversité des interventions et l’ampleur des actions menées.
L’école agit comme une pépinière de projets sociaux. Les projets lancés sont accompagnés par les professeurs et soutenus financièrement par le College of Social Work pendant cinq ans. Les responsables, choisis parmi les anciens élèves, sont chargés de la coordination, de la communication et des recherches de financements. A la fin des cinq années, le projet doit voler de ses propres ailes, de manière indépendante ou sous la tutelle d’une autre ONG.
Les responsables des deux projets initiés depuis 2004 sont venus nous présenter
leurs travaux.
Manisha Desai nous présente le projet AROEHAN (Activities Related to the Organisation of Education, Health and Nutrition), mené à Mokhada. Cette région de l’état du Maharastra cumule tous les maux dont un grave problème de malnutrition : 3 enfants sur 4 sont touchés. L’équipe décide de s’attaquer aux racines du problème pour faire revivre Mokhada. D’ailleurs en langue Mahrati, AROEHAN signifie résurrection.
Manisha Desai, responsable du projet AROEHAN
Les filles mariées très jeunes ont souvent leur premier enfant dès 13 ans,
alors qu’elles ne sont pas prêtes à être mères. L’association leur donne des
cours de santé et de nutrition dans les écoles pour les aider à prendre soin de
leur enfant comme d’elles-mêmes.
D’autre part, la déforestation a entraîné la sécheresse et l’appauvrissement
des sols, rendus impropres à l’agriculture. Le manque de nourriture et
d’emplois pousse certaines familles à l’exode et la région s’appauvrit
d’autant. Pour arrêter ce cercle vicieux, l’association enseigne avec l’aide
d’experts des techniques agricoles simples et respectueuses de l’environnement
pour enrichir de nouveau les sols et lutter contre la sécheresse.
Enfin, il existe des lois d’aide aux zones rurales défavorisées concernant
l’emploi, les services de santé, les subventions à l’achat de nourriture…
AROEHAN joue un rôle important en informant les habitants de leurs droits et en
les encourageant à se mobiliser pour les faire valoir auprès du gouvernement.
Au début du projet, les habitants craignaient que de telles démarches ne mènent
à des représailles d’agents de l’Etat corrompus. A force de sensibilisation et
d’accompagnement, les habitants se sont organisés et ont obtenu des aides
importantes, s’ouvrant la voie d’une vie meilleure grâce à leur courage.
Les 14 membres de l’équipe poursuivent leur combat avec l’aide de l’école, du gouvernement et d’ONG partenaires.
Le lendemain, nous avons rendez-vous sur le terrain avec Greeshma Francis, la
responsable du programme CHIRAG (Communauty Health Initiative
and Research Action Group), créé en 2004 pour aider les personnes atteintes du
SIDA. L’Inde est la 2ème région du monde la plus touchée par l’épidémie après
l’Afrique (2% de la population est infectée). Les malades et leur famille
souffrent d’une discrimination très forte, qui s’ajoute au poids la maladie
elle-même. CHIRAG, qui signifie en hindi « lampe allumée », veut redonner aux
malades l’espoir d’une vie meilleure et les moyens d’y parvenir.
Greeshma
Francis, responsable du projet CHIRAG et Kamlakar, membre de l’équipe
Il pleut des cordes, nous grimpons dans un train de banlieue en direction de Dharavi. Ce quartier concentre une population de migrants qui affluent chaque jour par centaines. Le SIDA est un des nombreux maux qui frappe ici plus qu’ailleurs. Nous sortons de la gare au milieu de rangées d’immeubles prématurément vieillis. Nous suivons Greeshma dans le dédale des rues pour grimper dans l’un d’entre eux où se trouve le bureau de CHIRAG. Les enfants jouent, les voisins nous saluent… Immergée dans la vie du quartier, l’association accueille les malades et se bat pour leur réhabilitation au sein de la communauté.
Le premier contact avec les malades s’établit le plus souvent au travers de
la cellule de soutien mise en place à l’hôpital où 300 à 500 malades viennent
chaque jour recevoir leur traitement.
A Dharavi, CHIRAG propose différents ateliers pour apprendre aux malades à
prendre soin d’eux, à gérer leur maladie, et surtout à surmonter le choc et
reprendre confiance en eux. Un groupe de soutien rassemble chaque mois 50 à 60
personnes pour partager leurs problèmes, doutes ou interrogations. CHIRAG rend
visite aux familles pour les informer sur le SIDA et les encourager à soutenir
leurs malades.
L’équipe mène un important travail de sensibilisation auprès de la communauté
pour que cesse la discrimination. Elle s’appuie sur le réseau des structures
publiques existantes : écoles, administrations, hôpitaux… dans lesquelles elle
a formé plus de 200 animateurs pour relayer son message. Des animations sont
également organisées autour d’évènements festifs : tournoi de cricket, concours
de peinture, théâtre de rue… autant d’occasions de parler du SIDA et de
défendre la cause des malades, en dépassant la peur.
La réintégration des malades passe aussi par un emploi que la plupart ont
perdu. L’association propose des formations professionnelles pour leur
permettre de créer leur propre activité à domicile. Dans la même perspective,
un programme de micro-crédit dédié aux femmes a été lancé récemment.
Enfin, quand le recours à la justice est nécessaire (violence conjugale,
licenciement abusif …), CHIRAG se bat auprès des malades avec l’aide d’avocats
spécialisés.
Encouragée par la réussite du projet à Dharavi, l’équipe de CHIRAG ouvre un
second bureau dans le quartier de Bhandup en 2005.
Tout ce travail est réalisé par une équipe de 8 personnes avec le soutien de l’école et de l’ONG Rangoonwala Foundation India Trust.
Une bénéficiaire du programme CHIRAG
Ces deux projets illustrent la philosophie du travail social enseignée par le « College of Social Work ». Ils sont menés avec cœur et talent par des jeunes enthousiastes qui prennent garde de ne pas confondre l’empathie avec la sympathie.
Comment les aider ?
Pour continuer à accompagner les projets en cours, et en lancer de nouveaux, le College of Social Work est constamment en recherche de fonds auprès des ONG comme des particuliers. Les volontaires sont également bienvenus dans le cadre des projets AROEHAN et CHIRAG (Greeshma Francis recherche notamment des personnes pour maintenir et développer le site internet de CHIRAG).
Contacts
College of Social Work Nirmala Niketan
38, New Marines Lines
MUMBAI 400 020
Téléphone : +91 22 22002615, +91 22 22067345
Fax : +91 22 22014880
Email : colsocwk@mtnl.net.in
Website : www.collegeofsocialwork.in
AROEHAN
Email : aroehan@gmail.com
CHIRAG
Email : chirag_nn@yahoo.com
Gabrielle
dimanche 26 juillet 2009
Selco
Par François le dimanche 26 juillet 2009, 18:00 - Les porteurs d'espoir
27 juin. Nous sommes à Bangalore, la capitale du high-tech en Inde, pour rendre visite à Selco, une entreprise qui travaille dans le domaine de la technologie solaire.
Selco n’est pas une ONG, mais une entreprise, et plus exactement une « entreprise sociale ». A la différence d’une entreprise « normale », dont l’objectif prioritaire est la maximisation des profits, une entreprise sociale a pour but premier le service de l’intérêt général. Les profits sont recherchés, mais seulement pour permettre la réalisation d’un objectif social, comme un moyen plutôt qu’une fin. Selco se donne pour mission l’approvisionnement en électricité solaire des personnes exclues des circuits de distribution classiques.
En 1993-94, Harish Hande poursuit ses études d’ingénieur aux Etats-Unis dans le domaine de l’énergie. Lors d’un voyage en République Dominicaine, il découvre que des personnes à faible revenu peuvent choisir de s’approvisionner en énergie solaire et payer le coût de l’installation plutôt que de rester sans électricité. Il fait de l’électrification en milieu rural le sujet de sa thèse. En 1995, son doctorat obtenu, il retourne en Inde et il fonde Selco pour mettre en pratique ses théories.
Pourquoi choisit-il de créer une entreprise sociale plutôt qu’une société standard ?
Harish Hande nous répond que le modèle actuel de l’entreprise qui vise le profit pour lui-même n’est pas viable. Cette course à l’enrichissement s’appuie sur une vision à court terme et génère une fausse richesse, un faux confort. En Inde, la croissance actuelle de 8-9% a pour contrepartie une dégradation accélérée de l’environnement et une augmentation du nombre de pauvres qui déstabilise la société. Il cite le Mahatma Gandhi : « une affaire commencée dans le seul but de faire du profit n’est pas durable ».
L’argent est un bien mauvais maître… mais il est un bon serviteur : Gandhi explique aussi que la rentabilité est la seule façon de rendre viable une organisation. Pour Harish Hande, qui a toujours voulu travailler dans le domaine du développement, la forme de l’entreprise est plus efficace que celle de l’ONG. Alors qu’une ONG « classique » doit être constamment approvisionnée en fonds, l’entreprise sociale cherche à rentabiliser un investissement initial pour offrir ses services sur le long terme. Harish Hande est convaincu qu’on peut satisfaire les besoins en électricité des personnes qui en sont privées tout en restant rentable.
En Inde, 57% de la population n’a pas accès à l’électricité, principalement en zone rurale. Ces personnes exclues du réseau de distribution sont des pauvres, et doivent payer plus cher pour s’éclairer que des citadins aisés. A titre d’exemple, pour un vendeur de rue ou une famille de villageois, l’utilisation d’une simple lampe à fuel (polluante) revient à 40 roupies (0,60 €) par jour en carburant, alors qu’un foyer moyen de Bangalore paie environ 20 roupies (0,30€) par jour pour sa facture d’électricité, tout compris.
De manière naturelle, Harish Hande se tourne vers le solaire, une énergie propre particulièrement adaptée au milieu rural dans un pays tropical. Les débuts de l’entreprise sont difficiles : pendant les 5 premières années, Selco ne vend que 500 installations. Plutôt que de chercher à casser les prix en diminuant la qualité, Harish Hande persévère à fournir des solutions réellement durables à ses clients. C’est un autre aspect du renversement des priorités par rapport à une entreprise classique : la recherche de la satisfaction du client est un but en soi, et non une simple question d’image… Il met en place un service après-vente, toutes les installations Selco sont garanties pendant 5 ans.
Une installation solaire nécessite un investissement important, mais à long terme l’électricité produite est gratuite. Pour permettre à ses clients pauvres d’accéder à cette technologie, Selco noue des partenariats avec des institutions financières qui permettront à ceux-ci de financer l’investissement à crédit. Selco n’est pas un fabricant de matériel solaire, mais s’approvisionne auprès de différents fournisseurs sélectionnés pour la qualité de leur offre. Le rôle de l’entreprise est d’écouter les besoins spécifiques du client et d’évaluer sa capacité de remboursement. Ce modèle d’entreprise lui offre la plus grande liberté pour offrir à chaque client la solution la plus adaptée à son cas : installation technique et mode de financement.
Ce travail est effectué par des petites équipes de terrain disséminées dans tout le vaste état indien du Karnataka, particulièrement motivées par leur « mission ». C’est le mot qu’emploie Sarah Alexander, une des responsables de l’entreprise, quand elle nous détaille les activités de Selco ; ses yeux brillent. Visiblement, travailler pour une entreprise sociale donne une perspective différente au travail, et elle nous confie que sa motivation est sans commune mesure avec ce qu’elle a connu dans de précédents emplois.
L’efficacité d’une entreprise sociale n’est pas mesurée par le niveau de profit atteint, mais par sa capacité à remplir un objectif « social » : pour Selco, équiper un maximum de foyer avec des installations de qualité. Harish Hande prend soin de choisir des investisseurs qui partagent la même vision. Actuellement, tous les actionnaires de Selco sont des organisations à but non lucratif qui trouvent la démarche d’Harish Hande plus efficace et moins coûteuse qu’une assistance directe à la population visée.
Et çà marche ! Statistiquement, les clients à faible revenu de Selco remboursent leur emprunt plus sûrement que ne le feraient des personnes plus aisées. Ils constatent l’apport réel que l’électricité leur procure : souvent une simple lampe est une source de revenus supplémentaires pour ces personnes, leur permettant de travailler après la tombée de la nuit. Une fois qu’une famille a été démarchée par les équipes de Selco, généralement le reste du village demande peu à peu à s’équiper grâce au bouche-à-oreille, la meilleure publicité.
Aujourd’hui, Selco compte 140 collaborateurs et continue sa croissance. Depuis sa fondation en 1995, la société a vendu plus de 100 000 installations solaires.
A l’origine implantée dans le seul état du Karnataka, Selco tente une percée au Gujarat avec l’aide de SEWA, un syndicat de femmes indépendantes dont la banque coopérative servira de partenaire financier dans cet état. La société projette d’étendre ses activités dans d’autres états indiens, selon les partenariats financiers qui pourront être conclus localement.
Harish Hande souhaite aussi étendre le modèle qu’il a construit à d’autres technologies. Selco cherche des solutions simples et peu coûteuses à mettre en œuvre pour permettre à ses clients d’améliorer leur quotidien tout en respectant leur environnement. Récemment, la société s’est associée à un fournisseur de cuisinières à bois innovantes qui récupèrent le maximum de la chaleur produite par la combustion. Le client a besoin de moins de bois pour cuisiner, la forêt s’en porte mieux. Comme pour l’énergie solaire, Selco se pose en partenaire d’un fournisseur de technologie douce et d’un organisme financier pour fournir la solution la plus adaptée à chaque client.
Contacts
Site Internet : www.selco-india.com
François
mardi 21 juillet 2009
La Boulangerie, histoire d’un jeune entrepreneur
Par Gabrielle le mardi 21 juillet 2009, 18:46 - Réflexions
Nous profitons de la fraîcheur du hall d’un hôtel de luxe de Chennai, où se
trouve… une boulangerie à la française, qui offre à nos regards d’appétissantes
pâtisseries ainsi qu’un assortiment de petits pains et de belles baguettes.
Insolite ? Nous sommes venus rencontrer Alexis de Ducla, le jeune entrepreneur
français qui a ouvert cette boutique au cours d’une aventure un peu
particulière…
Alors qu’Alexis se prépare à entrer en école de commerce et imagine déjà sa
carrière dans la finance, il fait une rencontre déterminante qui bouleverse
tous ses plans. Le Père Ceyrac, très actif auprès des pauvres en Inde, est venu
faire une conférence sur la cause des dalits dans le lycée d’Alexis. Ce dernier
n’y assiste pas, préférant prendre une pause dans un café voisin. Le destin est
parfois tenace car c’est justement là qu’ils font connaissance. Le Père Ceyrac
a la conviction qu’Alexis a les qualités de cœur et d’esprit pour l’aider dans
son combat contre la pauvreté et l’invite à venir en Inde. Dès le lendemain,
Alexis prend ses billets d’avion. Puis, il organise des évènements culturels
pour récolter des fonds avant son départ. Quelques mois plus tard, il est à
Madurai, dans le Tamil Nadu, où il travaille deux mois dans une association
fondée par le Père Ceyrac. Il attrape le virus…
Rencontre avec le Père Ceyrac
A son retour, il intègre l’ESSEC, une prestigieuse école de commerce française,
où il choisit une spécialisation en entreprenariat social. Son cursus lui
permet de retourner régulièrement en Inde durant 5 ans, alternant les périodes
de cours et les séjours à Madurai. Pendant cette période, il travaille avec une
association qui soutient les dalits dans les villages en leur offrant éducation
et formations professionnelles. Il y rencontre un boulanger français venu
enseigner son métier. Il a alors l’idée d’ouvrir une « boulangerie-école » à
Chennai pour former des jeunes de milieux défavorisés et leur permettre de
trouver un emploi dans la restauration de luxe. Les profits des ventes de la
boulangerie devront permettre de financer le fonctionnement de l’école.
L’aventure est lancée. Il crée une association et trouve des financements pour
démarrer son projet. Il a l’occasion de mettre en pratique les connaissances
acquises durant ses études et de créer une structure dans laquelle le profit
n’est pas une fin, mais un moyen au service d’un objectif social.
En 2006, La Boulangerie voit le jour. L’encadrement est constitué d’un chef
boulanger et de six employés, pour une capacité d’accueil de 24 apprentis par
an, formés en alternance. Ceux-ci sont recrutés sur des critères de pauvreté et
de motivation. Ils sont nourris, logés, blanchis et reçoivent un salaire pour
les aider à démarrer leur vie professionnelle une fois la formation terminée.
Les deux premières années se déroulent avec succès, La Boulangerie
s’autofinance à 50%. Malheureusement la crise survient, et les fonds se
tarissent. Alexis tente de redresser la barre en augmentant le taux
d’autofinancement, mais le suivi de l’école en pâtit. Se rendant compte des
limites de son modèle, il limite le nombre d’inscriptions en 2008, avant de
fermer l’école à la rentrée 2009. Cela lui permet de finir sur un bilan positif
: sur 35 apprentis formés, 30 ont déjà un emploi, et il accompagne les derniers
dans leur recherche.
Alexis de Ducla et un des employés de La Boulangerie
Alexis ne se décourage pas, et part visiter de nombreuses associations à
travers l’Inde pour étudier leur fonctionnement et comprendre leurs points
forts. Il constate que les organisations qui marchent sont celles qui adoptent
des règles claires et cohérentes, sans « romantiser la misère » selon
l’expression d’un de ses mentors. La plupart des formations proposées sont
payantes, et cela leur donne de la valeur aux yeux de ceux qui investissent
pour les suivre. Alexis cite l’exemple d’une de ces organisations qui propose
des formations ultra spécialisées, sur 3 mois, à un rythme intensif. Le
responsable part du principe que les pauvres n’ont pas les moyens de rester
plus longtemps sans travail et doivent pouvoir rentabiliser rapidement leur
formation.
Alexis réfléchit à présent à un nouveau projet, où il pourra mettre à profit
l’expérience acquise. Il s’est détourné d’une carrière classique pour mettre
ses talents au service de ce en quoi il croit. Nous lui souhaitons d’être de
ceux qui inventent et ouvrent le chemin de l’entreprenariat social, qui redonne
la priorité aux valeurs humaines.
Gabrielle
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