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Esp'errance

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jeudi 18 juin 2009

Des montagnes de thé

Après Kochi, nous filons vers les montagnes à Munnar. Autour de nous s’étendent à perte de vue les plantations de thé, entrecoupées de bosquets d’eucalyptus. Atmosphère champêtre au milieu de paysages acidulés. Nous louons une petite moto pour nous promener dans les plantations, jusqu’à atteindre Top Point d’où nous contemplons le Tamil Nadu.

            Ballade dans les plantations de thé

Nous profitons d’être à Munnar pour pousser jusqu’à la réserve naturelle de Chinnar. Après une ballade en brousse où notre guide nous fait poursuivre des antilopes et admirer des singes gris, nous avons la chance d’apercevoir des éléphants sauvages. Avant d’approcher de trop près, notre guide nous mime la chose à faire en cas d’attaque : courir. Il tient une pierre dans sa main, pour leur lancer si ils chargent… rassurant !

            Sur la piste des éléphants

Notre dernière journée au Kerala, le 6 juin, se passe à l’hôtel. La mousson commence à s’installer sérieusement. Demain, direction l’est et le Tamil Nadu, derrière la chaîne des Ghats occidentaux, pour échapper à la pluie.

             Ballade dans Hydel Park – Munnar

François

dimanche 7 juin 2009

Jour de mariage à Honnavar

A peine arrivés à Honnavar, Maria nous annonce une bonne nouvelle : demain, le frère de Lycie, l’une des membres de l’équipe, se marie ! Tout le monde sera de la fête, et bien sûr nous sommes cordialement invités. Politesse française oblige, on s’assure que ça ne dérange pas, mais on ne se fait pas prier car on se réjouit déjà.

Le lendemain, à 9 heures, nous sommes prêts pour le départ vers l’église. Sur le parvis, les personnes affluent peu à peu. La fanfare arrive, escortant les mariés, robe blanche pour Madame, complet noir pour Monsieur… qu’ils sont beaux ! Lissy fait les présentations, ils ne sont pas surpris et plutôt contents de voir des invités surprise venus d’Europe. La cérémonie se déroule en kannada, la langue parlée dans le Karnataka. Le prêtre doit avoir le sens de l’humour car il n’est pas rare d’entendre des rires parmi l’assistance.
                  Mother Teresa Band

A la sortie de l’église, la fanfare « Mother Teresa Band » reprend du service dans la liesse générale. La suite se déroule juste en face dans une longue battisse aménagée comme une salle de spectacle. Des rangées de chaises sont alignées devant l’estrade où se trouvent deux  grands trônes dorés sous une arche au nom des mariés. Ceux-ci entrent sous les applaudissements et se dirigent vers le gâteau qui les attend déjà. Ils échangent une bouchée, sans oublier une cuillère pour les témoins, et que la fête commence ! Est-ce la fin du début ou le début de la fin ? Danses en couples, farandoles, puis la mariée sort, accompagnée de nombreuses jeunes filles. Le DJ lance les premiers tubes et les hommes s’emparent de la piste. Chacun s’en donne à cœur joie sans se soucier du regard de l’assistance. Nous sommes invités à entrer dans la danse…
 
La musique s’arrête car la mariée fait son entrée en tenue traditionnelle : un magnifique sari rouge sombre et or et une coiffe de fleurs qui recouvre entièrement sa chevelure. L’ensemble est de toute beauté ! Le repas est ensuite servi. Chacun se lève une fois son assiette terminée, puis monte sur l’estrade pour saluer les mariés et offrir son présent avant de s’en aller… étonnant. Nos accompagnatrices nous font signe, c’est également pour nous le moment de partir.
                                 La cérémonie des colliers de fleurs

La journée n’est pas finie. Maria a prévu pour nous et quelques autres visiteurs une petite excursion à la découverte d’un temple hindou non loin de là. Nous nous imaginons déjà tomber sous le charme des vieilles pierres… Quelle surprise quand nous découvrons un immense complexe en béton que surplombe un gigantesque Shiva (le deuxième plus grand de l’Inde) dans la position du lotus en haut de son rocher artificiel. On se sent tout petit à côté de ce géant recouvert de peinture argentée. Nous nous promenons entre les diverses représentations de personnages mythologiques du même ton.
                                 Shiva

Face à Shiva se dresse une tour vertigineuse fraîchement achevée, avec ses nombreuses divinités moulées dans le béton et des fenêtres en PVC où les bandes de scotch sont restées collées. Cette tour donne accès au temple (tout doré cette fois). Nous entrons dans le flot des nombreux hindous venus prier et faire des offrandes. Le soleil se couche déjà et nous assistons par hasard au rituel de l’offrande de la lumière : le prêtre offre à la divinité les cinq éléments dans le bruit assourdissant des cloches agitées par les fidèles.
 
Le mélange de ferveur et de kitsh qui règne dans ce colossal ensemble nous laisse dubitatifs mais nous plongeons avec plaisir dans l’ambiance vivante et populaire des lieux.

Gabrielle   

dimanche 31 mai 2009

La Porte de l'Inde

Nous atterrissons le 27 avril, tôt le matin, à Mumbai (le nouveau nom de Bombay). En sortant du hall climatisé de l’aéroport, nous sommes saisis par la moiteur tropicale de l’air, malgré l’heure matinale (il est 6h30). Notre chauffeur sikh nous fait monter dans son taxi jaune et noir, en route vers le vieux Bombay où se trouve notre hôtel.

La ville se réveille doucement, beaucoup de ceux qui dorment dans la rue sont encore couchés. La ville est pleine de couleurs et déborde de vie : des arbres immenses poussent entre les voix de l’autoroute suspendue, des gamins courent déjà, des animaux se promènent librement au bord de la route…

Le chauffeur nous fait involontairement cadeau d’un détour par la fameuse « Gates of India », la Porte de l’Inde, tout un symbole.
                  Gates of India, Mumbai

Nous découvrons Mumbai les jours suivants. Nous flânons tranquillement entre les immeubles de l’époque victorienne à l’architecture étrange, mélange des styles britannique et moghol… Nous trouvons Mumbai reposante, cela surprend beaucoup les Indiens et les autres touristes que nous croisons. L’anarchie indienne contraste avec la rigueur et l’ordre iraniens, l’esprit comme le corps se sentent plus libres.
                      Mumbai (Bombay)

Nous filons ensuite pour Goa, ce petit état de l’Inde qui appartenait encore au Portugal il y a moins de 50 ans. Nous faisons une étape culturelle à Panaji et Old Goa (oh ! les belles églises portugaises !) avant de jeter notre dévolu sur la plage de Palolem pour une semaine de farniente. Sable fin et cocotiers… un cliché bien agréable !
                   La plage de Palolem

Les batteries rechargées à bloc, nous repartons plus au sud pour Honnavar et notre premier « porteur d’espoir » en Inde…

François

mardi 26 mai 2009

25 jours en Iran


25 jours en Iran, autant que notre visa nous le permet. Nous pensions avoir tout notre temps, mais nous voilà déjà à la fin du voyage. A peine dans le bain et alors qu’il nous reste tant d’endroits à explorer… il est déjà temps de partir.

Malgré toutes nos bonnes intentions, il faut avouer que nous ne sommes pas arrivés dans ce pays remplis de sérénité. Premier hôtel, assez miteux. Au petit matin, des cris dans le couloir. Nous voilà pris de panique, sautant du lit à l’idée d’une possible descente de la police des mœurs… En fait, il s’agit plutôt d’une simple dispute de priorité pour la douche commune.

Quelques jours plus tard, nous embarquons pour Masuleh dans une fourgonnette improvisée taxi, nos sacs dans la remorque pleine de paille, nous sommes trois à l’avant, la police nous arrête. Cà y est, il vont nous embarquer ! Contrôle des passeports… qu’ils nous rendent avec un grand sourire, et « bon voyage ».
                  Masuleh

Autre ville, nous hélons un taxi (officiel cette fois) pour le terminal de bus. Nous roulons, roulons, sortons de la ville… Où nous embarque-t-il ? Je ne suis pas rassurée, mais nous finissons par arriver à bon port. Cela fait partie des petites choses à savoir : tous les terminaux de bus et les gares sont très excentrés. Dans le même registre, les taxis collectifs qui relient une ville à l’autre s’arrêtent à l’entrée. Les taxis de ville prennent alors le relais. Chacun son territoire ! Nous l’apprenons sur le tas, débarqués au milieu d’un carrefour sans explication…

Nous ne comprenons pas le farsi, et nous nous mélangeons souvent les pinceaux entre les rials et les tomans. Cela rend parfois les choses difficiles quand il s’agit de demander une direction ou de négocier un prix. Les taxis sont les plus durs en affaire. Patience, il nous suffit juste d’attendre un peu, et un ange gardien anglophone ou germanophone vole à notre secours, traduisant et négociant pour nous, heureux de faire notre connaissance et de nous rendre service.
 
De manière générale, les Iraniens sont contents de voir des étrangers venir leur rendre visite.
Ils tiennent à nous offrir un bon souvenir de leur pays ; nous recevons tous les jours des cadeaux : un thé, un repas, une glace, un coup de main, une ballade, un ticket de bus, une entrée dans un musée… Avec tout çà, nous finissons par nous détendre.
                                 L‘heure de la sieste à Yazd

Nous passons nos dernières journées paisiblement à Yazd, une des villes les plus anciennes du monde aux portes du désert. Les premières grosses chaleurs nous poussent à adopter le rythme local : repos entre midi et 17 heures. Nous aimons l’atmosphère des ruelles étroites de la vieille ville toute brune. Nous flânons entre les murs faits de terre et de paille, à l’ombre des passages couverts, croyant toujours nous perdre. Ca et là, se dressent de grandes tours à vents qui refroidissent depuis des centaines d’années l’intérieur des maisons et l’eau des puits. Les derniers rayons du soleil ajoutent une jolie teinte dorée à l’ensemble avant que la nuit tombe et que la ville s’anime. C’est alors le moment d’aller faire ses emplettes. Nous nous sentons à l’aise dans cette ville paisible qui a un atout de choc : un glacier incroyable et ses glaces à la pistache absolument fabuleuses !
                                  Dans les rues de Yazd

Nous avons adopté le rituel du thé. Les Iraniens en consomment à toute heure du jour, et partout. Sur le tableau de bord des chauffeurs de bus, se trouvent immanquablement un petit sucrier en porcelaine et une tasse, le thermos n’est pas loin. Dans le calme de la cour de l’hôtel, nous nous asseyons avec d’autres voyageurs sur de grands tapis autour du thé et échangeons nos impressions. Sans surprise, les femmes discutent du voile noué sur leur tête, le temps de dire qu’il est désagréable de ne jamais pouvoir sortir sans le mettre (même pour aller à la salle de bain commune). Elles savent qu’elles auront le choix de le retirer bientôt.
La conversation poursuit son cours. Chacun évoque les villes magiques, les paysages incroyables,  les rencontres improbables, les découvertes, les bons moments … l’Iran ne laisse personne indifférent.

                   Yazd

Gabrielle

(Plus d'images de Yazd dans l'album photos)

vendredi 22 mai 2009

Rencontres persanes

« D’où venez vous ? » Avant même « Salam » (Bonjour), c’est la façon qu’ont les Iraniens d’aborder les étrangers dans la rue, dans les transports, tout le temps. Pour peu qu’on s’attarde deux minutes, l’inévitable « Que pensez vous de l’Iran ? » vient sur le tapis (persan, évidemment).

Beaucoup d’Iraniens sont anglophones, d’autres germanophones, ce qui facilite le contact.
Eduqués et cultivés, ils sont nombreux à avoir passé quelques années à l’étranger et sont très ouverts sur le monde extérieur. Nous comprenons vite que la perception de l’Iran à l’étranger les taraude… Ils aiment leur pays et veulent nous donner leur version : « ce que les médias occidentaux disent de l’Iran n’est pas la vérité, nous ne sommes pas des terroristes ». Leur président qui défraye la chronique ? « Un provocateur, un menteur ».

Notre silence prudent n’empêche pas les confidences. Mahmoud*, qui nous a pris en stop, revient de lune de miel. Il est très fier d’être amoureux de sa femme dont il nous montre le voile : « je n’aime pas çà, mais ils nous obligent ». Et de fait, toutes les femmes ne le portent pas de manière très volontaire. A Bandar Anzali (station « balnéaire » sur la Caspienne) et dans certains quartiers de Téhéran, nous pensons parfois nous être égarés en Italie… Certaines femmes portent un voile léger et coloré simplement accroché à leur chignon, comme une provocation. Elles sont d’une élégance raffinée, on croirait presque qu’il s’agit d’un accessoire de mode. Bien entendu, il y a aussi toutes celles qui portent le long tchador noir, qui les couvre de la tête au pied. Elles glissent comme des fantômes dans les venelles des bazars.

            Touristes iraniennes à Yazd

Pour les garçons, c’est différent. A part quelques très rares mollahs, tous les hommes sont habillés à l’occidentale. Beaucoup de jeunes ont (malheureusement) adopté la même coupe tectonique qu’à Paris. Le look est souvent soigné, jusqu’aux lentilles colorantes pour les yeux… Nous découvrons que les hommes ne sont pas tenus à la même pudeur que les femmes, et on ne peut s’empêcher de s’étonner de ces grandes embrassades entres garçons en pleine rue, parfois sur la bouche. Pas d’ambiguïté possible cependant, puisque il n’y a pas d’homosexuel en Iran… selon les autorités.

                          Téhéran, dans le bus

Pas d’homosexuel, et pas d’alcool non plus, sauf pour les minorités arménienne et juive (environ 400 000 chrétiens arméniens et 25 000 juifs vivent en Iran). Pourtant Muhammad, quand il apprend que nous sommes français, nous fait part de son goût prononcé pour le vin de Bourgogne, dont sa cave serait pleine… « L’alcool n’est-il pas interdit en Iran ? » demandons nous naïvement. Il éclate de rire. « C’est autorisé tant qu’on ne se fait pas prendre, sinon… ». Le goût de l’alcool ne semble pas être réservé aux amateurs de grands crus. Dans un taxi collectif, de retour de promenade, un passager nous propose de la « vodka » locale. Même question naïve,  mêmes éclats de rire…

En fait, les restrictions sévères que la République Islamique impose à ses citoyens pour les garder dans le « droit chemin » semblent produire l’effet inverse, notamment sur la jeunesse. Marjane et Zohreh, deux sœurs blondes comme les blés, nous reçoivent chez leurs parents. L’aînée a son propre appartement en ville, elle a décidé qu’elle ne se marierait pas. Toutes deux rejettent le régime en bloc et rêvent de partir à l’étranger. Leur mère les approuve mais contrairement à ses filles elle a gardé son voile en notre présence, sans doute par pudeur … pas si simple.

Cyrus aussi veut partir à l’étranger. Nous nous étions promis de garder nos distances avec tout ce qui porte un uniforme, pour éviter de mauvaises rencontres avec des milices religieuses trop zélées. Cependant, quand ce militaire hésitant se décide à nous aborder avec une extrême gentillesse, nous engageons la conversation avec plaisir. Cyrus compte filer en Autriche dès qu’il aura fini son service militaire, rejoindre son frère qui y est ingénieur. En attendant il savoure sa chance d’avoir été affecté à Téhéran, pendant que d’autres appelés tombent sous les balles des trafiquants d’héroïne aux frontières du Pakistan et de l’Afghanistan.

La conversation continue dans le bus. Lui et moi d’un côté de la barrière centrale, Gabrielle de l’autre. Car dans les bus, les hommes sont à l’avant, les femmes à l’arrière. Pas toujours  très pratique pour se concerter quand on ne sait pas exactement où descendre, à l’heure de pointe … Dans les taxis collectifs, les choses sont plus souples par la force des choses : tout le monde s’y entasse sans se poser de question, se serrant parfois à 7 dans une modeste Renault 12 : convivialité et rencontres assurées. Dans les trains de nuit, certains wagons sont réservés aux femmes, qui peuvent aussi choisir la mixité… Sauf qu’en réservant nos billets nous ne l’avons pas précisé. Cela nous permet de faire la connaissance de Reza, un Irano-américain qui nous aide à obtenir du chef de train de voyager ensemble.

             Un vendredi à Ispahan

Le lendemain, nous rejoignons Reza pour une longue promenade au bord de la rivière. Comme chaque vendredi de nombreuses familles pique-niquent dans les parcs. Reza disserte sur le caractère exceptionnel de l’accueil iranien : « En Iran, on peut même demander à se faire inviter, sans problème ! ». Exemple in situ, il aborde une famille pour lui demander du thé. Ni une ni deux, nous sommes chaleureusement accueillis sur la couverture familiale, une tasse et des friandises posées devant nous. Plus loin, il renouvelle l’expérience avec un groupe d’étudiantes. Leur cagoule réglementaire ne les empêche pas de rester coquettes, leur donnant seulement un air un peu sage. Nous ne comprenons pas grand-chose à la discussion que Reza engage avec elles en farsi, nous voyons seulement qu’elles éclatent de rire à plusieurs reprises. Après quelques photos souvenirs, nous les quittons pour continuer notre ballade. Reza nous traduit les blagues coquines qui ont eues tant de succès… pas si sages on dirait.

             Etudiantes iraniennes

Les Iraniens nous invitent facilement chez eux, en toute simplicité. Une fois, nous mangeons devant la télévision, branchée sur une chaîne satellite irano-californienne. Peut-être que les autorités religieuses n’ont pas réagi assez vite lorsque les antennes satellite sont arrivées en Iran ? Quoiqu’il en soit, aujourd’hui de nombreux Iraniens sont équipés pour recevoir le genre de programmes musicaux auxquels nous assistons : des clips dans lesquels des chanteuses dénudées dansent en prenant des poses suggestives. Notre hôte nous explique que les chanteuses iraniennes doivent s’expatrier, parce qu’en Iran… les femmes n’ont pas le droit de chanter.

Javad, lui, chante dans un groupe. Nous avons rencontré  cet adolescent ébouriffé dans la rue, et il  a décidé de faire un bout de chemin avec nous. Il nous parle de sa grande passion : le hard rock et le métal. La vie en Iran est très dure pour cet artiste incompris. Il nous confie avec l’air blasé des gens de son âge qu’en Iran la majorité des gens ne s’intéresse pas au hard rock et ne connaissent même pas Rammstein… on ne sait pas quoi lui répondre, on doit avoir un peu vieilli.

Nous nous quittons devant le « Coffee net » où nous nous rendions. Les Iraniens sont de gros utilisateurs d’Internet, malgré la censure : impossible d’accéder au site qui gère notre newsletter. Relation de cause à effet, les Iraniens sont devenus des professionnels du piratage, et les codes pour « craquer » les verrous de sécurité sont tagués sur les murs… Et puis, si l’on en croit les recherches effectuées dans Google par les précédents utilisateurs, tous les sites « immoraux »  n’ont pas encore été recensés par les autorités.

Cela étant, il existe une autre facette de la censure qui ne se contourne pas. Ali, avec qui nous avons pris des photos « mixtes » (au moins un homme et une femme non mariés dont un ou une Iranien(ne)) nous prie de ne pas les diffuser sur notre site. Il s’est déjà fait taper sur les doigts pour s’être retrouvé sur le blog de voyage de touristes européens… Orwellien.

Sans doute est-ce cela le plus déroutant. Nous avons une impression de « normalité », à bien des moments nous pourrions nous croire en Europe du sud. Cependant nos interlocuteurs nous rappellent qu’il existe dans l’ombre un régime qui surveille et contrôle leur vie privée. Toutes ces règles, tous ces interdits, semblent être collés sur une société qui, c’est le moins que l’on puisse dire, ne les a pas réellement intériorisés. Il y a quelque chose d’un peu artificiel dans l’air, dans ce pays qui ne nous apparaît pas particulièrement religieux ni traditionaliste…

Cependant, si de nombreuses personnes nous confient leur rejet du régime islamique, beaucoup nous font aussi part de leur profond attachement à l’Iran. D’un côté, il y a ce vendeur de nougats, qui nous montre l’Ayatollah Khomeiny sur le billet de 10 000 rials que nous lui tendons : « c’est le diable ! ». De l’autre, ce voisin de table au restaurant, commentant le clip de propagande que diffuse la télévision sur la menace d’une attaque israélienne : « nous sommes prêts à nous défendre ». Les Iraniens sont très patriotes et ne confondent pas leur pays avec son régime. Pour Nasser, ce serveur qui nous fait un bref exposé de la splendeur passée de la Perse, « un jour l’Iran sera libre ».

François

* Tous les prénoms ont été modifiés

samedi 16 mai 2009

Le tour de la moitié du monde

5h00 du matin, le train entre en gare. Après notre périple dans le nord du pays, et plusieurs jours à Téhéran ponctués de nombreuses visites… à l’ambassade de l’Inde pour nos visas, nous voilà enfin dans cette ville dont le nom seul fait rêver : Ispahan! Enfin presque… Un compagnon de route nous guide de bus en bus jusqu’à un majestueux pont qui  garde l’entrée de la ville. Le soleil se lève, nous entamons la traversée. Les grandes arches de pierre de part et d’autre du pont donnent vue sur la large rivière Zayandeh qui coule au milieu de parcs verdoyants.

Nous nous engageons sur une grande avenue dotée d’une allée centrale fleurie ; les jardiniers s’activent déjà. Nous trouvons une chambre malgré l’heure matinale. Nous y prenons tout le repos nécessaire pour entamer le tour de « la moitié du monde », surnom de la ville que l’on doit à un poète français tombé sous son charme au 16ème siècle.

En ce premier jour, la visite va crescendo : d’abord la mosquée Hakim, la plus ancienne d’Ispahan. Je pousse quelques notes sous le dôme… Avec un tel écho, les imams pouvaient se passer de micro ! La ballade se poursuit à travers le bazar, nous avons la sensation d’être entrés dans une ville souterraine. A l’abri de hautes voûtes de briques, nous parcourons le dédale des ruelles sombres, fraîches… et entièrement vides aujourd’hui : jeudi, premier jour du week-end. Quelle étrange impression dans un lieu habituellement si grouillant de vie !
                               Bazar-e-Bozorg, Ispahan

Nous débouchons de ce long tunnel un peu éblouis devant la mosquée Jameh, la plus grande d’Iran, construite au fil des siècles et des dynasties, chacune ayant laissé son empreinte. Dans la cour intérieure, les 4 iwans* rivalisent de beauté. Pourtant, nous préférons déambuler à travers la forêt de colonnes qui soutient l’édifice dans l’ombre et le silence des pièces attenantes, ouvrant le passage vers les immenses dômes qui se dressent à chaque extrémité.
                                  Mosquée Jameh d’Ispahan

Dès la sortie de la mosquée, la tentation nous guette : le marché aux fruits et toutes ces délicieuses friandises dont l’Iran a le secret… Non loin de là, nous trouvons le marché aux oiseaux dans une toute petite cour où des centaines de cages sont empilées. Les oiseaux tropicaux côtoient les poules, et des poussins de toutes les couleurs se serrent dans de grands cartons, drôle de cacophonie !
 
Après un nouveau passage à l’abri des voûtes du bazar, nous arrivons sans nous y attendre sur la place de l’Imam… grandiose ! Nous restons bouche bée devant cet immense ensemble rectangulaire bordé d’arcades (la deuxième plus grande place du monde après la place Tienanmen à Beijing). En son centre, une fontaine autour de laquelle sont agencés des  espaces verts parfaitement entretenus. Les familles s’y retrouvent pour pique-niquer ou discuter, les étudiantes sont installées pour dessiner les splendeurs qui font la fierté du pays : la mosquée de l’Imam et la mosquée Lotfollah dont les dômes bleus turquoise étincellent sous le soleil.
                  Place de l’Imam

Nous grimpons sur la terrasse d’une maison de thé. Surprise, c’est la première fois depuis le début du voyage que nous sommes entourés de touristes européens. Comme eux, nous profitons de la vue imprenable sur ce tableau qui semble sorti tout droit d’un conte des mille et une nuits. Peut-être est-ce l’impression que le Shah Abbas Ier le Grand voulait donner de sa nouvelle capitale à ses visiteurs ? La Mosquée de l’Imam est sans doute la pièce maîtresse de cette place. En pénétrant derrière ses hautes portes, nous ne savons plus où donner de la tête devant tant de beauté et d’harmonie. Nous sommes pris d’une frénésie de photos devant les mosaïques, les dômes, les minarets, les voûtes… qui se poursuit sous le grand dôme de sa voisine, la mosquée Lotfollah. Des oiseaux se sont invités, nous suivons du regard leur vol entre les fleurs et les poèmes calligraphiés en lettres persanes.
                     Mosquée de l’Imam

Au milieu de tous ces trésors du passé, Ispahan vit au présent. Nous profitons du calme des grands parcs où s’organisent des parties d’échec à côté des engins de musculation en libre service. Nous goûtons l’ambiance d’un week-end ensoleillé, où les familles migrent sur les bords de la rivière pour passer la journée à l’ombre des arbres avec tout le nécessaire pour pique-niquer. Il  n’est pas rare d’être invité à partager le thé. Certains se reposent, lisent ou révisent, pendant que d’autres font une petite promenade en pédalo sous les grands ponts de pierre. On se croirait presque un dimanche d’été sur les bords de Marne…
 
Gabrielle

* Hall voûté ouvert sur une cour intérieure

(Plus d'images des merveilles d'Ispahan dans l'album photos)

samedi 9 mai 2009

Changements de décor

La Perse est un carrefour où se sont croisés au fil des siècles des hommes venus de lointaines contrés. Conquérants et commerçants ont laissé leur empreinte sur les visages des Iraniens d’aujourd’hui : de teint clair ou foncé, vieillards au profil mandarin, rouquins et blonds se côtoient. A cet endroit, se rencontrent également trois grandes plaques tectoniques, qui ont donné naissance à de gigantesques chaînes de montagnes et des paysages aussi divers qu’extraordinaires. En traversant l’Iran, nous avons la sensation de passer à travers différents univers… quel voyage !

A notre arrivée, nous débarquons sur la lune, au milieu de grandes montagnes plissées aux dégradés de beige, jaune et ocre, ponctués ça et la de sommets d’une blancheur éclatante. Photos déconseillées, zone frontalière oblige… dommage !

Quelques jours plus tard, après avoir contourné le Mont Sabaland et ses 4811 mètres, nous plongeons vers la mer Caspienne, au milieu de collines verdoyantes noyées dans la brume… Un géni nous aurait-il transporté en Irlande ? Les jeunes feuilles des arbres d’un vert tendre brillent sous le soleil. Cette descente vers Astara a quelque chose d’irréel. Le lendemain, un taxi nous dépose sur la plage au milieu de nulle part. Nous endossons nos gros sacs et rejoignons le bord de l’eau. Nous marchons la plupart du temps seuls et croisons parfois des pêcheurs affairés autour de leurs bateaux de bois. A gauche, la mer calme et plate, à droite les collines embrumées…
 
Lors de nos différentes étapes, nous entendons parler de Masuleh, un charmant village perché sur les hauteurs du Gilan. L’accueil y est sympathique, et on s’y promène de toit en toit pour admirer la densité des forêts qui couvrent la vallée et refroidissent l’air quand la nuit vient à tomber.
              Masuleh

Nous poursuivons au sud-est en direction de Téhéran pour percer le mystère des légendaires châteaux des Assassins cachés dans les brumes de la vallée d’Alamut. De nouveaux dégradés de brun, rouille, vert surplombés de sommets enneigés s’offrent à nos regards sur des kilomètres alentours… sauf quand nous entrons dans un de ces épais nuages qui couvrent la vallée. Nous arrivons à Gazor Khan, un tout petit village de quelques centaines d’âmes, au dessus duquel se dresse un de ces châteaux vieux de mille ans. Là se rassemblaient les membres d’une secte Ismaélienne pour fomenter l’assassinat des leaders politiques de l’époque. L’histoire raconte que les volontaires étaient dopés au haschich pour perpétrer leur forfait, d’où leur nom « Hashish-Iyun », à l’origine du mot « assassin »… Entre temps, les Mongols sont passés par là. Au XIIIème siècle, ils mettent fin à cette épopée, ne laissant que ruines derrière eux.
              La vallée d’Alamut

Changement total de décor quelques jours plus tard et environ 700 kilomètres au sud. Au départ d’Ispahan, nous grimpons dans un petit bus qui file vers l’est. Peu à peu, les habitations, la végétation laissent place à une vaste étendue de pierres noires et grises. Nous descendons à Toudeshk, petit village aux portes de ce désert un peu spécial fait de sable et de sel, le Dasht-e-Kavir. Ici, les maisons sont faites d’un mélange de terre et de paille, isolant parfait pour cette région soumise aux températures les plus extrêmes. Du haut de la dune de roches sombres qui domine le village, le carré vert des cultures jouxte le carré brun des habitations, au milieu de cette immense plaine bordée au loin par une longue chaîne de montagnes. Seul le souffle puissant du vent et le bruit de nos pas troublent le silence qui règne autour de nous.
              Toudeshk

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises : le lendemain, nous nous rendons au pied de vraies grandes dunes de sable comme on les imagine. Malgré l’heure matinale, le soleil parade déjà bien haut et rend l’ascension difficile. Quelle récompense quand se découvre sous nos yeux l’immensité du désert ! Le groupe se scinde, comme si chacun souhaitait absorber cet infini pour lui seul et se perdre en contemplation dans ce profond silence qui envahit l’âme… Voilà pour nous l’expérience rêvée du désert, mais nous découvrons un peu plus tard que cela ne va pas forcément de soi. Un car d’étudiantes iraniennes arrive. De si loin que nous sommes, nous entendons leurs cris, leurs rires. Pour elles, les dunes sont un immense terrain de jeu où elles se défoulent joyeusement et se roulent dans le sable. Leur bonne humeur est communicative. Nous descendons tranquillement de notre retraite pour reprendre le chemin du monde des hommes, la ville.
 
A la fin de notre séjour, nous traversons à nouveau ce désert dans le train qui nous ramène de Yazd à Téhéran, nous offrant comme dernier spectacle une immense plaine de sable couverte d’un fin manteau de sel blanc.
 
Et dire que nous avons parcouru à peine un quart du pays…

Gabrielle

L’Iran, ou la Perse

Notre première étape iranienne est Tabriz, située à l’emplacement des portes du jardin d’Eden selon la Bible. La ville est surtout connue comme ayant été une étape importante sur la route de la soie. Cette route commerciale fameuse, qui ramenait la précieuse étoffe de Chine, traversait la Perse d’est en ouest. Nous nous perdons volontiers dans son immense bazar, « le plus grand bazar du monde en brique » nous affirme-t-on, où nous faisons provision de dattes, d’halva et autres douceurs orientales.
             Le bazar de Tabriz

En ouvrant notre Lonely Planet * pendant nos nombreux trajets en bus et en train à travers le pays, nous découvrons l’histoire ancienne de l’Iran, ou plutôt l’histoire de la Perse : en 1936, le Shah de Perse Reza Khan renomme officiellement le pays « Iran », ce qui signifie à peu de chose près « pays des Aryens »… sans doute pour coller à l’air du temps. Jugé finalement trop proche de l’Allemagne nazie lors de la seconde guerre mondiale, les Anglais le forcent à quitter le pouvoir pour y installer son fils (sous leur contrôle) ; le nom « Iran » reste.

L’histoire de la Perse fait penser à un grand mouvement de respiration… Un groupe local ou un envahisseur unifie le pays, en fait un très puissant empire, puis cet empire connaît une période de déclin avant de s’effondrer et de se morceler. Un autre groupe profite alors du chaos ambiant pour émerger.

Les choses sérieuses commencent dès 550 avant JC. Les Gaulois ne sont pas encore en Gaule, Rome n’est qu’une petite cité, et Cyrus II le Grand fonde le plus grand empire ayant jamais existé à l’époque : de l’Egypte à l’actuel Pakistan, et jusqu’aux bords du Danube. De somptueuses fêtes sont données chaque année dans la capitale Persépolis, où les vassaux viennent « offrir » leur tribut à l’empereur. Cependant les cités grecques résistent et, après la défaite de Marathon en -490, l’empire décline peu à peu, jusqu’à ce qu’Alexandre le Grand lui porte le coup de grâce en -331.
              Darius I recevant l’hommage d’un prince vassal

Les Séleucides (des Grecs), les Parthes (venus des bords de la mer d’Aral) fondent tour à tour leur propre empire, jusqu’à ce que les Perses reprennent le dessus en 224. Les Sassanides créent alors le 2ème empire perse. Ils instaurent le Zoroastrisme comme religion d’état. Fondé par Zoroastre (aussi appelé Zarathoustra) au 2ème millénaire avant JC, ce monothéisme a pour principale doctrine la lutte permanente entre le Bien et le Mal en toutes choses. Ses adeptes sont surnommés les « adorateurs du feu » en raison du feu sacré qui brûle en permanence dans leurs sanctuaires ; ils ne sont plus aujourd’hui que quelques dizaines de milliers en Iran.

L’empire est à son apogée quand les Arabes profitent d’un problème de succession pour s’emparer sans coup férir de toute la Perse en 637. La population se convertit massivement à l’Islam, adoptant son courant minoritaire le Chiisme. La rencontre des cultures perse et islamique produit une période d’intense développement culturel et artistique. Malheureusement, du 9ème au 15ème siècle, les invasions des Turcs Seljukides, des Mongols de Gengis Khan, puis du sanguinaire Tamerlan ravagent de nombreuses cités…

En visitant Ispahan, nous découvrons les splendeurs du 3ème empire perse fondé en 1502 par les Safavides, sorte de renaissance perse. Un illustre membre de cette dynastie, Abbas 1er le Grand, déplace la capitale à Ispahan. Il entreprend de reconstruire la ville et en fait un joyau surnommé « la moitié du monde » par les visiteurs émerveillés… dont nous sommes ! L’art perse est alors à son apogée. A la mort d’Abbas, l’empire est victime de querelles intestines et s’effondre. Cette fois, ce sont les Afghans qui envahissent le pays en 1722…
               Place de l’Imam, Ispahan

Au 19ème siècle, les Shahs de la dynastie des Qajars tentent de raviver la splendeur passée : ils fondent une nouvelle capitale dans le village de Téhéran, mais leur gestion dispendieuse est catastrophique… Lors de notre passage à Téhéran, nous visitons le palais du Golestan, construit avec l’ambition d’égaler ceux des monarques d’Europe. Ces derniers ne se laissent pas impressionner pour autant. Les Russes annexent le Caucase et prennent le contrôle du nord de la Perse, les Anglais s’installent au sud.

Après la 1ère guerre mondiale, le Gilan (région qui borde la Caspienne) fait sécession pour devenir une république soviétique. Les Anglais installent au pouvoir Reza Khan, un officier à poigne, pour ramener l’ordre et s’assurer la mainmise sur les ressources pétrolières du pays…
jusqu’en 1951. Le premier ministre iranien, le Dr Mossadegh, décide de nationaliser le pétrole. La CIA veille au grain et un coup d’état est organisé en 1953 depuis l’ambassade US pour rétablir la situation. Désormais les Anglais doivent partager la manne avec les Américains.
              Le palais du Golestan

De nos jours le pays est plus connu pour son régime original de « République Islamique ». En 1979, l’opposition au Shah est à son paroxysme : d’un côté, des marxistes et des libéraux, qui réclament plus de réformes, de l’autre des groupes religieux, qui veulent un retour à la tradition… Le Shah a le mérite de mettre  tout le monde d’accord sur un point : son nécessaire départ. La révolution le force à s’enfuir le 16 janvier 1979. Dès le 1er février 1979, l’Ayatollah Khomeiny, figure de l’opposition au Shah, rentre de l’exil où ce dernier l’avait contraint. A 77 ans, il prend le pouvoir, profitant de la disparition plus ou moins naturelle des leaders plus modérés… La République Islamique d’Iran est proclamée et l’Ayatollah Khomeiny en devient le Guide Suprême. Il instaure l’application stricte de la charia, la loi islamique, qui marque pour la population le début d’un contrôle permanent sur tous les aspects de leur vie privée.

En 1980, Saddam Hussein tente de profiter du chaos qui suit la révolution pour s’accaparer les champs pétroliers du Khuzestan, au sud-ouest de l’Iran. S’ensuivent 8 ans de guerre et plus de 500 000 victimes de chaque côté pour rien… si ce n’est que la guerre solidifie durablement le nouveau régime iranien.

L’Ayatollah Khomeiny meurt en 1989, lui succède l’Ayatollah Khamenei au poste de Guide Suprême. En 1997, l’Ayatollah Khatami est élu Président. Réformiste, il promet le « changement depuis l’intérieur ». Les femmes laissent apparaître leurs cheveux, se maquillent… les espoirs d’un assouplissement du régime sont grands. Mais le conseil des Gardiens de la Constitution (dirigé par le Guide Suprême) veille : il met son veto aux réformes et disqualifie les députés réformistes pour les élections. Les conservateurs reviennent au pouvoir et en 2005 Mahmoud Ahmadinejad est élu président…

François
(source : Lonely Planet)

* équivalent anglo-saxon du Guide du Routard

mardi 5 mai 2009

La monnaie iranienne

A notre arrivée en Iran, nous découvrons la monnaie iranienne : le rial. 1 euro = 13 000 rials, et au premier bureau de change nous connaissons le bonheur simple d’être millionnaires.

Nous nous faisons rapidement notre petite équivalence, jusqu’aux premières transactions. Car si la monnaie de l’Iran est le rial, tout le monde parle en fait en « tomans ». Sachant que 1 toman = 10 rials, la confusion est souvent possible (est-ce un peu cher ou très bon marché ???).

Nous croyons nous en sortir en apprenant à lire les étiquettes rédigées en chiffres iraniens (une version des chiffres arabes nettement différente de la nôtre). Ce serait trop facile : si la plupart des commerçants affichent leurs prix en rials, d’autres préfèrent les tomans, et certains panachent allègrement les deux.

Le mal de tête nous guette… et la confusion est complète lorsque nous rencontrons des Iraniens qui, croyant nous simplifier la tâche, nous parle en Khomeiny (du nom du célèbre Ayatollah présent sur les billets de 10 000 rials) ou carrément en dollars… En réalité, les choses sont plus simples qu’elles n’y paraissent. Par une étrange ironie de l’histoire 1 « Khomeiny » = 1 dollar américain, et c’est le standard utilisé par le chauffeur de taxi lorsqu’il lève 1 ou 2 doigts.
           Dans le bazar de Tabriz

François

Première journée en Iran

Nous passons la frontières arméno-iranienne le 2 avril. Gabrielle ajuste son voile et sa tunique. Nous traversons à pied le pont qui enjambe la rivière Araxe séparant les deux pays.

Nous avons la sensation de plonger dans l’inconnu : nous ne savons pas grand-chose sur ce pays et les rares informations que nous avons glanées avant notre départ étaient plutôt contradictoires. Nous sommes un peu inquiets, vont-ils nous laisser rentrer ?… un homme en costume, à l’anglais impeccable, nous accueille et prend nos passeports. Il nous les rend quelques minutes après en nous gratifiant d’un grand « Welcome to Iran ! ».
Nous voilà en Iran ! Nous faisons quelques mètres, le douanier nous rappelle… souhaitons nous un taxi pour Jolfa ?

Le chauffeur du taxi nous fait vite comprendre que l’Iran est un pays dangereux… pour sa conduite routière. Nous roulons à tombeau ouvert, longeant la frontière au milieu de paysages lunaires parsemés de tentes de camping multicolores. Tout au long de la rivière, des familles sont confortablement installées pour pique-niquer, leur voiture Peugeot garée le long de la route.

Une soixantaine de kilomètres plus tard nous arrivons à Jolfa. Nous prenons nos quartiers dans un modeste « mosaferkhaneh » (littéralement « maison du voyageur »). Lorsque nous sortons en ville, la plupart des commerces sont fermés. Nous demandons à un jeune homme au look soigné (petit jean taille basse, coiffure tectonique et bracelet afro) de nous indiquer un café Internet. Nous sommes vendredi, c’est le week-end !… en plus c’est le dernier jour de la semaine fériée qui suit No Ruz, le nouvel an iranien. Tout le monde est parti passer ces quelques jours en famille.

Nous achetons quelques fruits et légumes chez le primeur. Au moment de payer, celui-ci refuse notre argent. Surpris, nous acceptons avec plaisir, finalement l’accueil se révèle beaucoup plus chaleureux que ce que nous imaginions ! Plus tard, en repensant à ce moment, nous nous demanderons si il ne s’agissait pas en fait d’un exemple de Ta’arof. Cette coutume iranienne consiste pour un commerçant à ne pas faire payer, mais le client est censé insister pour régler, au moins 3 fois.

Nous nous arrêtons dans un parc près du marché. Un grand nombre de familles sont installées pour pique-niquer, certaines ont même planté leur tente. Nous sommes en train de nous partager nos bananes quand un petit homme chauve nous aborde avec un large sourire. « Follow me ! » Il est sympathique, nous ramassons nos affaires et le suivons… nous apercevons toute sa famille qui observe la scène d’un peu plus loin en riant, nous voilà invités à prendre le thé.

Dans un anglais approximatif, les présentations sont faites. Avocat, ingénieur ou enseignant, ils sont venus passer les vacances de No Ruz à Jolfa. Ils nous offrent des fruits, des pistaches, déçus de n’avoir pas plus à nous donner. Ces gens sont bien loin des clichés entretenus sur l’Iran. Si ce n’était l’omniprésence du voile pour les femmes, nous aurions presque l’impression de rencontrer d’autres Européens. Pourtant, à la fin de la collation, au moment des adieux, les femmes serrent la main de Gabrielle, les hommes la mienne. Nous avons bien quitté l’Arménie et ses grandes embrassades.

           Rencontres à Jolfa

François

lundi 20 avril 2009

Une journée au bout du monde

Vendredi 27 mars. Après une semaine de visites des activités de SPFA à Khatchen et Khnabad, Rosane nous offre une journée de tourisme à la découverte des merveilles du Karabakh. Avec deux de ses amis, Advid et Gahen, nous nous entassons dans le petit 4x4 Lada avec un volumineux pique-nique et partons pour le monastère de Dadivank.

Nous roulons jusqu’au lac de Sarsang, au nord du Karabakh. Peu après se trouve la mine d’or de Drmbon, la voiture quitte alors la route dorsale impeccable construite avec l’aide de la diaspora arménienne, et s’engage vers l’ouest sur une route défoncée qui serpente le long d’une petite rivière.

          Le lac de Sarsang

Nous arrivons au monastère de Dadivank. Niché dans le repli d’une montagne, il domine toute la vallée. Nous sommes les seuls touristes aujourd’hui, une vieille femme du hameau voisin vient nous vendre les cierges rituels (à acheter et allumer dans tous les édifices religieux visités). Elle s’évertue à nous parler en russe, malgré tous nos « Ruski niet », et semble décontenancée que nous n’en comprenions pas un mot.

          Dadivank

La visite est finie, la voiture reprend son chemin vers l’ouest. Il est plus de 14 heures et nous attendons patiemment qu’Advid se gare dans un coin de nature pour le pique-nique promis, mais il continue de rouler…

La route emprunte un antique tunnel, taillé à même le roc, puis se transforme en chemin courant au fond d’un canyon étroit. Nous franchissons la rivière sur une passerelle en béton armé, si usée que les tiges d’acier semblent vouloir s’en échapper, le passage de la voiture les fait s’entrechoquer dans un bruit métallique. Nous nous enfonçons lentement vers l’inconnu en profitant de la beauté des paysages qui s’offrent à nous.
 
Nous avons quitté les limites théoriques du Haut-Karabakh depuis deux heures, et nous sommes maintenant dans ce petit bout d’Azerbaïdjan qui séparait le Karabakh de l’Arménie avant la guerre. Nous étions dans un pays qui n’existe pas, nous roulons à présent au milieu de nulle part…

          Paysage de nulle part

Enfin nous arrivons dans une vaste clairière. A notre grande surprise, malgré les kilomètres parcourus dans une nature presque vierge, nous ne sommes pas les seuls… deux autres véhicules sont arrêtés, leurs occupants se baignent dans un cratère d’où jaillit une eau bouillonnante venue des entrailles de la terre.

Le coffre ouvert, nous découvrons ce que signifie le mot « pique-nique » pour les Arméniens. Rien ne manque, même le fagot de bûchettes a été prévu pour la cuisson des rolovatz, les « brochettes » arméniennes…

          Gahen surveille la cuisson

Jamais nous n’avons vu des « brochettes » cuisinées avec tant de soin (mais est-ce que le mot « brochette » suffit à traduire ce qui se prépare ?).


 Pique-nique à l’arménienne

Après le repas : baignade dans la source thermale qui nous fait de l’œil depuis notre arrivée. Nous plongeons doucement dans l’eau délicieusement brûlante… La vie est belle !

Nous partons à la tombée du jour, cette fois c’est Gahen qui pilote. Malgré les nombreux nids de poule difficiles à éviter de nuit, les uns s’endorment et les autres s’absorbent dans leurs pensées après cette belle journée passée ensemble.

François

samedi 11 avril 2009

Le Haut Karabakh

Dimanche 22 mars. Nous partons pour le Haut-Karabakh, avec un jour d’avance sur ce qu’autorisent nos visas, pour pouvoir rencontrer Jacques Matossian de SPFA qui en repart le lendemain. Ce détail ne semble pas gêner le douanier lors du contrôle des passeports, et nous entrons par une belle journée sans nuage dans ce pays qui n’existe pas. Le Haut-karabakh, ou officiellement « République du Nagorno Karabakh » est en effet un de ces états autoproclamés du Caucase, et n’est reconnu par aucun autre état au monde, pas même l’Arménie.

          Drapeau du Karabakh

Autour de nous, la nature est en avance sur ce que nous avons quitté en Arménie. Les arbres bourgeonnent déjà et certains sont même en fleurs. Nous roulons autour de paysages magnifiques, au milieu d’une nature foisonnante. Dans un mélange de turc et de persan, Karabakh signifie d’ailleurs jardin noir, pour évoquer à la fois la fertilité de son sol et sa couverture boisée qui tranche avec les montagnes pelées des régions environnantes.

          Paysage du Karabakh

Ce petit « pays » (aujourd’hui environ145 000 habitants et 4 400 km²) est un territoire peuplé d’Arméniens qui fut rattaché à la République Soviétique d’Azerbaïdjan pendant la période soviétique. A la chute de l’URSS en 1991, le Haut-Karabakh déclare son indépendance de l’Azerbaïdjan. S’ensuit une guerre de 3 ans pendant laquelle l’Arménie et l’Azerbaïdjan vont s’affronter de façon très brutale. Bien que moins nombreuses et moins bien équipées, les forces arméniennes l’emportent en 1994 et un cessez-le-feu est signé entre les parties, entérinant l’indépendance de facto du Haut-Karabakh.

         Le Haut-Karabakh aujourd’hui (source wikipedia)

On estime le nombre des victimes de la guerre à 30 000 morts de chaque côté (à ramener à la population arménienne globale de 3 millions de personnes). Le nombre des réfugiés est encore plus impressionnant : 400 000 Arméniens et 800 000 Azéris fuient leur domicile pour ne pas se retrouver derrière les lignes adverses… Lors de notre visite du village de Khnabad, nous apercevons au loin la ville fantôme d’Agdam. Autrefois prospère cité azérie de 100 000 âmes, l’avancée des forces arméniennes a contraint ses habitants à l’exode. En l’absence de résolution définitive du conflit, la ville reste à l’abandon depuis 1994 et tombe peu à peu en ruines…

La ville fantôme d’Agdam

L’histoire ancienne du Haut-Karabakh se confond avec celle de l’Arménie. Lors de nos escapades touristiques, les monastères et les nombreux « khatchkars » (littéralement « croix de pierre ») nous rappellent l’Arménie. Même monnaie, même langue, nous n’avons pas l’impression d’avoir changé de pays.

          Khatchkars au monastère de Gandzassar

A la sortie de Stepanakert, la capitale (45 000 habitants), la statue de « Tatik et Papik » (« Grand-mère et grand-père ») symbolise l’irréductibilité des Karabakhtis et leur devise : « Nous sommes nos montagnes ».

          Tatik et Papik, « nous sommes nos montagnes »

Nous retrouvons au Karabakh le même accueil chaleureux qu’en Arménie, et la même tradition de générosité. La principale difficulté du Karabakh est son enclavement, puisque la seule « frontière » ouverte est celle partagée avec l’Arménie. Malgré la situation de « république autoproclamée » et le conflit gelé avec l’Azerbaïdjan, l’ambiance est sereine et détendue, nulle part nous ne ressentons une quelconque tension. Lorsque nous repartons du Haut-Karabakh, notre visa est cette fois expiré d’une journée. Le même douanier qu’à l’aller nous reconnaît et nous gratifie d’un large sourire, il s’étonne quand nous lui demandons si ce détail pose problème…

François

samedi 4 avril 2009

En route pour Moreni

Mardi 17 mars, après un long week-end festif à Erevan, nous partons en direction du sud à Moreni, un petit village bien loin de l’agitation des grandes villes, à quelques kilomètres de Sissian. C’est là que nous avons rencontré nos amis d’Erevan lors de notre premier séjour, et nous revenons voir Nektar.

La route s’avère pleine de surprises, d’abord une vue magnifique sur le Mont Ararat qui s’offre à notre regard durant toute la première partie du trajet. Sa blancheur éclate sous un magnifique ciel bleu ! Depuis la fenêtre du taxi, nous multiplions les essais photos sous le regard amusé du chauffeur. La route se poursuit à travers les montagnes, nous grimpons toujours plus haut, une pause café, une pause pour faire le plein à la station… de gaz !

          Mont Ararat (Sis et Massis) sous la neige

Nous avons parcouru la moitié du chemin lorsque le ciel se couvre…puis s’épaissit, nous ne tardons pas à rouler dans un brouillard si épais qu’il est impossible de voir à plus de 2 mètres… la neige tombe à gros flocons. Heureusement, le soleil annonce son retour et cet épais rideau blanc se dissipe pour s’ouvrir sur un incroyable désert de neige scintillant ! C’est beau et presque irréel…

Nous arrivons à Sissian où il nous faut changer de taxi. Le chemin vers Moreni est trop dégradé suite aux fortes chutes de neige. Un petit grand’père accepte de nous emmener, et il s’arrête avec plaisir pour nous laisser prendre quelques photos des paysages qui nous entourent. Nous ferons les derniers mètres à pieds… impossible pour de monter en voiture !

En faisant quelques pas, nous goûtons au calme et au grand air ambiant au milieu des montagnes. Nektar nous a préparé un délicieux repas avec tous les produits qu’elle fait elle-même tout au long de l’année : soujour, pasturma, fromage, champignons, poivrons marinés… tout est délicieux et 100% « bio », y compris le vin de cerise avec lequel nous trinquons à nos retrouvailles. Nous passons ensuite dans la pièce où se trouve le poêle pour prendre le thé aux herbes des montagnes, en compagnie… d’un petit veau !!! Et oui, il fait trop froid, et l’étable qui abritait les bêtes s’est effondrée dernièrement. Pour qu’il puisse survive, il séjourne dans la maison auprès du feu. Une autre naissance est attendue et le petit naîtra pendant notre séjour.

Nous faisons aussi une expérience toute nouvelle : en compagnie de Nektar, sa cousine Seda, et leur amie Rosane, nous participons à la préparation du pain traditionnel en Arménie, le Lavash ! Tout un rituel qui se déroule dans la bonne humeur.
Vous ne pourrez pas goûter notre production, mais vous pouvez assister à sa fabrication…


La fabrication du Lavash


Gabrielle

L’Arménie des délices

Les Arméniens ont un secret : la magie de l’instant présent. Ajoutez à cela un sens de l’accueil hors du commun, et vous voici autour de tables remplies de mets délicieux à toute heure du jour et où que vous soyez.

        « Petit » café avec le maire de Khatchen

Lors de nos visites dans les villages, après quelques mots les habitants nous invitent spontanément à prendre un « petit » café, impossible de refuser, il est déjà prêt… Ne vous y fiez pas, ce « petit » café n’est jamais servi seul, une farandole de friandises l’accompagne : bonbons, chocolats, fruits frais découpés, graines de tournesol… Le maire du village, le directeur de l’école ou de l’internat que nous rencontrons ont toujours une petite bouteille d’eau de vie de derrière les fagots à nous faire goûter. Quand nous crachons le feu, ils nous assurent qu’il n’y a aucun problème, tout est 100% naturel !

Nos amis nous invitent à de grandes fêtes où famille et amis se réunissent. Nous entrons dans leur univers : au milieu du salon, la grande table est déjà dressée avec une myriade de petits plats qui vous font de l’œil. Chaque convive a sa petite assiette et pioche ce qui lui plaît… par quoi commencer ? Du fromage (panir), roulé dans du lavash* avec des herbes (coriandre, estragon, oignons…) humm… ou ces petits légumes marinés au vinaigre : choux, bamias*, bulbes de crocus, poivrons, les gros cornichons molossol… ou plutôt ces petits champignons qui ont été cueillis dans les montagnes… ou alors le soujour* et le pasturma* coupés en fines lamelles… Mais voilà déjà que d’autres plats arrivent, où nos hôtes vont-ils pouvoir les poser ?...

Les dolmas, mélange de blé (ou riz) et de viande enroulé dans des feuilles de vigne ou de choux, sont un régal. Une autre version, sous forme de bouchées entourées de pâtes et cuites à la vapeur, rappelle la nourriture asiatique. Arrive également la traditionnelle préparation d’herbes cuites avec des œufs.

Les amateurs de viande ne sont pas déçus. Les Arméniens sont spécialistes dans la préparation des rolovats, de grandes brochettes de viande couvertes d’épices et rôties avec soin sur de grands pics en fer (outil indispensable des pique-niques), ainsi que des kebabs lorsqu’il s’agit de viande hachée. Impossible de passer une semaine sans manger des keftas, boulettes de viande et d’oignons bouillies, servies avec une bonne dose de beurre. Ces différentes préparations sont souvent accompagnées de délicieuses pommes de terre rôties.

Au restaurant, nous goûtons des lamajos, galettes croustillantes fourrées de viande hachée. Il existe une version végétarienne, appelée gigalovats, avec un mélange d’herbes aromatiques de toutes sortes, spécialité du Karabakh vendue sur les marchés.

Bien sûr, on ne peut parler de ces bons p’tits plats sans les boissons qui les accompagnent ! Deux verres sont posés devant chacun : un grand et un petit. Le grand est destiné aux boissons qui permettent de se désaltérer : la Jermuk, l’eau pétillante fétiche des Arméniens, de succulents jus de fruits naturels (cerises, abricots…), de la bière arménienne. Le petit verre, c’est une autre histoire, on y sert les alcools forts : cognac arménien, vodka ou eau de vie du coin (parfois du vin pour les femmes). Lors des nombreux toasts qui ponctuent les repas, on lève ce petit verre à la santé des mamans, des enfants, à l’amitié franco-arménienne… et à tout ce que l’on a envie de se souhaiter les uns aux autres.

Les soirées s’animent rapidement. De temps à autre, tout le monde se lève pour danser, les hommes autant que les femmes. Au rythme des sons orientaux, les bras se lèvent et ondulent gracieusement en dessinant dans l’air moultes arabesques.
Voici déjà les desserts, ces fameuses petites pâtisseries très sucrées, mais dont on se régale, telles que les baklavas. Viennent ensuite, le café, et le thé toujours accompagné d’excellentes confitures. La soirée commence souvent très tôt vers 17h, et on se quitte parfois vers minuit sans avoir vu le temps passer.

Gabrielle

* lavash : pain sous forme de grandes et fines galettes (voir film « préparation du lavash »)
* bamias : petits légumes verts coniques poilus et un peu gluants
* soujour et pasturma : variétés de saucissons épicés

samedi 21 mars 2009

Albums photos

Bonjour,

Nous avons mis en ligne quelques photos prise au fil de notre route.

Vous pourrez les trouverez dans le bandeau de navigation sur la droite dans la rubrique "Albums photos".

Gumri

Mercredi 11 mars. Nous partons de Vanadzor pour Gumri, pour visiter le travail que mène l’association SPFA dans cette ville.

La ville de Gumri a été entièrement dévastée en 1988 par un tremblement de terre de 6,9 sur l’échelle de Richter qui a fait environ 30 000 victimes et plus de 15 000 blessés. Auparavant, la ville comptait 250 000 habitants et était un important centre industriel d’Arménie ; son combinat de textile était le 3ème d’URSS. Aujourd’hui, la population de Gumri est d'environ 130 000 habitants, et l’activité économique est au ralenti.

Après le séisme, chaque république d’URSS a apporté sa contribution pour reconstruire la ville, quartier par quartier. Gagik Papikian, dit "Gagou", l’ingénieur de SPFA, nous conduit vers le réservoir d’eau de Gumri pour nous montrer une installation réalisée par l’association. Nous apercevons au loin les quartiers de Mouch 1 et Mouch 2 où se dressent des immeubles fantômes au milieu de champs défoncés.
A la chute de l’URSS en 1991, le travail de reconstruction a été brutalement interrompu, et les quartiers Mouch alors en chantier sont restés inachevés. De plus, lors des travaux de terrassement toute la terre arable a été transportée ailleurs, du coup la zone n’est même  plus bonne pour l’agriculture.

   Quartiers Mouch

Après la visite du réservoir d’eau, Gagou nous conduit à l’extérieur de la ville, vers la frontière turque. Nous quittons la route pour un chemin de terre qui se perd au milieu de gravats. Nous roulons dans une ancienne carrière où ont été évacués les débris des immeubles après le séisme.
Au détour d’un lacet, nous apercevons le clocher typique d’une église arménienne. C’est une « surprise » de Gagou, qui mêle l’utile à l’agréable en nous faisant faire un peu de tourisme. Nous arrivons au monastère de Marmashen, plus que millénaire (sa construction a commencé en 986). A côté de l’église, une rivière s’écoule au milieu de gorges escarpées. L’atmosphère paisible du lieu donne l’impression de respirer à pleins poumons. Quel contraste avec l’ambiance sinistre de la carrière ! C’est comme une perle dans son écrin.

   Monastère de Marmashen

Nous retournons à SPFA en passant par le centre ville. Kagou nous explique qu’autrefois se tenaient là des immeubles de 15-20 étages… il n’en reste plus un seul. Le vieux Gumri est en partie rénové, mais il reste encore beaucoup à faire et le chantier continue. A côté des églises, le clocher abattu est conservé en témoignage de la violence du choc.

Nous allions à Gumri pour visiter des projets menés par SPFA, le séisme de 1988 était pour nous une donnée de départ assez théorique. A travers nos visites et les conversations avec les membres de l’association (et malgré leur grande pudeur), nous mesurons mieux l’ampleur du désastre.
Depuis 20 ans, la ville a dû aussi faire face à la chute de l’Union Soviétique puis à la guerre contre l’Azerbaïdjan. Des hommes et des femmes de bonne volonté se battent pour relever la ville, et petit à petit l’espoir renaît grâce à leur énergie et leur persévérance.

François

mardi 10 mars 2009

Première étape, l’Arménie

Nous commençons notre périple par l’Arménie, petit pays enclavé du Caucase peuplé d’un peu plus de 3 millions d’habitants et bordé par l’Azerbaïdjan, la Turquie, la Géorgie et l’Iran (seules les frontières avec ces deux derniers pays sont ouvertes).

Indépendante depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, l’Arménie possède en réalité une histoire plurimillénaires. Bien des Arméniens vous rappellent qu’il s’agit du premier pays au monde à avoir adopté la religion chrétienne en 301 après JC grâce à Saint Grégoire l’Illuminateur.

Le symbole de l’Arménie est le mont Ararat, célèbre montagne biblique… située en Turquie. En réalité, l’Arménie actuelle est composée uniquement de l’Arménie dite orientale. Le mont Ararat est situé en Arménie occidentale, beaucoup plus étendue, qui faisait partie de l’Empire Ottoman et a été vidée de sa population arménienne lors du génocide de 1915. Puisque l’arche de Noé s’est échouée sur le mont Ararat, on apprend ici que l’ensemble de l’humanité est de ce fait d’origine arménienne.

Economiquement, l’Arménie a beaucoup souffert de l’effondrement de l’Union soviétique et de la guerre avec l’Azerbaïdjan qui a suivi pour le contrôle du Haut-Karabakh. La diaspora arménienne, ancienne et récente (on estime à 1 million le nombre d’Arménien ayant quitté le pays depuis l’indépendance) est un soutien important pour le pays.

Enfin, les Français qui se rendent en Arménie se verront rappeler les liens qui unissent les deux pays. La France fût le premier état à accueillir les rescapés du génocide de 1915. Mais déjà au Moyen-âge, le dernier roi du royaume de Petite Arménie, en Cilicie, fut un Prince franc, Léon de Lusignan, qui après avoir épousé une princesse arménienne régna sur ce royaume jusqu’en 1375.

François

vendredi 6 mars 2009

Bari galoust Yerevan ! *

* bienvenue à Erevan !

Cà y est ! le grand voyage a commencé.

Vue de Erevan

Atterrissage à Erevan mercredi, à 3 heures du matin. Nous sommes accueillis par Arabeck, son fils Serob, et deux de ses amis. Nous avions rencontrés Arabeck il y a deux ans et demi lors de notre précédent voyage en Arménie. A 10h, il nous prenait en stop, à midi nous étions invités à la petite fête familiale qu’il donnait dans son village, et à 16h il nous faisait promettre qu’à notre retour à Erevan nous serions ses hôtes. Nous étions repartis en France avec le double des clefs de son appartement qu’il avait fait faire exprès ! Nous fêtons nos retrouvailles.

Arabeck et François

Depuis notre arrivée, nous enchaînons les rendez-vous avec des responsables d’entreprises, de media, d’associations et même de la vie politique. Pas à pas nous arrivons à franchir la barrière de la langue et à exposer notre projet. Nous sommes impressionnés par toute l’aide qui nous est proposée, cet enthousiasme communicatif nous encourage dans notre entreprise.

Entre deux rencontres, nous avons le temps de visiter le monument du souvenir du génocide arménien à deux pas du bureau d’Arabeck. Ce grand espace circulaire tendu vers le ciel au centre duquel brûle en permanence une flamme ne laisse pas indifférent.

Le momument du souvenir du génocide arménien

Prochain rendez-vous aujourd’hui à 14h avec l’association SPFA (Solidarité Protestante France-Arménie). Après cette rencontre, nous serons en mesure d’établir un programme de nos visites que vous pourrez bientôt découvrir.

Le mont Ararat


Gabrielle et François

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