Esp'errance

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

mardi 26 janvier 2010

Le Vietnam hors piste

A Hanoi, nous découvrons l’offre impressionnante d’excursions clef en main proposées dans tous les hôtels de la ville. Tout a l’air si facile !... Nous nous laissons tenter par une journée de visite à la « Pagode des Parfums », un nom poétique qui annonce une ballade bucolique au cœur de l’Asie éternelle… Effectivement, l’endroit a tout pour être charmant. Malheureusement, l’heure n’est pas à la contemplation, nous sommes arrivés avec tous les autres groupes, en pleine heure de pointe, et avons du retard sur le planning. Vite, vite, nous embarquons par groupe de quatre dans la noria des barques qui font l’aller-retour sur la petite rivière qui mène à la pagode. Puis notre guide nous presse d’aller déjeuner dans un gigantesque resto-hangar où, pour plus d’efficacité, chacun se voit assigner sa place gentiment mais fermement. Avec nos compagnons d’infortune, nous nous promettons de ne jamais renouveler ce genre d’expérience.
                                     A la Pagode des Parfums, ballade bucolique tous ensemble

Après un essai encourageant dans la Baie d’Along, nous décidons de continuer à nous débrouiller seuls, sans recourir aux multiples petites agences de voyage présentes dans tous les lieux touristiques du pays. Au Vietnam, prendre le « bus local » ne va pas forcément de soi. Il nous faut parfois un peu forcer notre présence dans le véhicule, lorsqu’un rabatteur trop zélé insiste lourdement pour que nous prenions un « tourist bus » censé être plus confortable, donc plus cher… Les passagers, amusés et intrigués, sont nos plus sûrs alliés, nous renseignant à chaque fois sur le prix du ticket, au cas où le contrôleur s’aviserait de se tromper de tarif.
                               Maman et son enfant dans le train pour Haiphong

A Ninh Binh et Hué, nous louons une petite moto pour nous déplacer entre les sites touristiques. Le fléchage est quasi-inexistant, nous nous arrêtons à chaque croisement pour demander notre chemin aux habitants des lieux. Ceux-ci s’empressent de nous renseigner, tout sourire. A côté de Hué, au bord de la Rivière des Parfums (décidemment !), reposent les empereurs d’Annam dans leurs tombeaux fastueux. Entre deux mausolées, nous nous arrêtons pour le déjeuner dans une petite gargote à l’écart du circuit touristique. C’est apparemment la cantine des ouvriers d’un atelier voisin, qui nous conseillent les calamars farcis, pour notre plus grande délectation ! L’accueil est chaleureux, le dessert est même offert par la patronne.
                                   Le plein s’il vous plait

Avoir son propre moyen de locomotion permet de sympathiques rencontres avec les Vietnamiens. Près de Hoi An, nous renouvelons l’expérience en deux roues pour aller visiter le site cham de My Son (les Chams sont le peuple qui vivait dans la région avant l’arrivée des Vietnamiens). Le meilleur moment de la ballade est sans doute l’étape déjeuner que nous faisons à mi-chemin dans le « restaurant » d’un minuscule village. Dans une petite salle où sont disposées trois ou quatre tables, nous dégustons un sublime Pho, la soupe aux nouilles traditionnelle du Vietnam. Nous restons « bavarder » avec les mains avec la gentille famille qui habite l’endroit. Une voisine est venue observer ces drôles de « farangs » (le surnom des blancs) qui se sont arrêtés ici. Elle montre ma barbe, fait la grimace… Le mari, lui, tient à me rassurer en levant le pouce. Tout le monde rit de bon cœur.
                           Sur la route de My Son

Nous arrivons à Ho Chi Minh Ville (que tout le monde ici continue à appeler Saigon) le 21 janvier. Nous voulons visiter les tunnels de Cu Chi, où s’abritaient les Vietcongs pendant la guerre, et  Tay Ninh, le « Saint Siège » des mystérieux Cao Dai… L’excursion organisée par l’hôtel permet de faire le tout dans la journée. Tant pis, nous mettrons deux jours et tenterons le coup en bus local. Nous partons pour la station de bus sans trop savoir si notre intransigeance va payer. A peine arrivés, nous attrapons le bus pour Cu Chi qui démarre juste. A chaque étape, nous trouvons un ange gardien pour nous indiquer la correspondance.

Comme souvent dans les bus locaux, la présence de deux Européens surprend et fait l’objet de nombreuses discussions. Dans le bus pour Tay Ninh, un étudiant anglophone nous traduit les questions des passagers. Une fois à destination, il nous chaperonne pour trouver et négocier une chambre d’hôtel. Nous sympathisons et, le soir, nous sortons boire un verre dans son bar préféré, au grand étonnement des habitués qui se retournent tous à notre arrivée.

Le lendemain matin, nous partons visiter « Sainte-Mère Cao Dai », la cathédrale des fidèles du caodaïsme, une religion créée dans les années 1920 et qui réunit aujourd’hui près de 2 millions de membres au Vietnam. A cette heure nous sommes les seuls touristes, un des gardiens du temple nous fait une petite visite guidée des lieux. Il nous montre la fresque où sont réunis, entre autres, Bouddha, Confucius, Lao-Tseu et… Jésus-Christ ! Le Cao Dai se propose en effet de réunir l’Orient et l’Occident, en tentant la fusion des philosophies orientales (bouddhisme, confucianisme et taoïsme) avec le christianisme, l’islam, et bien plus encore... puisque Jeanne d’Arc, Pasteur, Descartes, Shakespeare, Victor Hugo et même Lénine sont également vénérés dans ces murs.
                     Au milieu, Victor Hugo, vénéré (entre autres) par les Cao Dai

Après la messe Cao Dai, nous repartons pour Ho Chi Minh Ville. Le retour en bus local est aussi « authentique » que l’aller. Certes, la méthode est parfois inconfortable : le trajet Tay Ninh – Cu Chi ressemble par certains côtés au métro parisien à l’heure de pointe, avec en prime une crevaison qui nous fait patienter 15 minutes en pleine chaleur. Cependant, la récompense est de découvrir le vrai Vietnam, où les étrangers sont toujours bienvenus et source d’étonnement.

La visite du Vietnam peut vite devenir ennuyeuse et frustrante si l’on se cantonne aux zones touristiques délimitées, où les relations restent très « commerciales ». Il suffit parfois de faire 100 mètres pour découvrir un autre visage du pays, des gens charmants, aidant et honnêtes, dont la qualité humaine n’a rien à envier à celle des habitants des pays voisins.

 
François

vendredi 22 janvier 2010

Dans les brumes d’Along

Notre bus traîne en route et nous risquons de louper un rendez-vous incertain : le départ d’un ferry à 13 heures pour l’île de Quan Lan, qui serait d’après guides et voyageurs le dernier repère des routards dans la baie d’Along… L’aventure commence dès la descente du bus pour trouver le minuscule embarcadère planqué derrière un labyrinthe de ruelles, d’autant que personne ne parle anglais par ici. Une banquière nous vient en aide en écrivant quelques mots en vietnamien sur un morceau de papier. Grâce à ce précieux sésame, nous parvenons enfin à nous faire comprendre d’un taxi. 12h50… Au guichet, on nous confirme un départ à 13h30, horaire d’hiver. Nous apercevons au bout du quai notre « ferry »: un petit bateau de bois à l’allure sympathique, tout en rondeurs et dans les tons brun rouille.
                   Ferry pour l’île de Quan Lan

Quelques passagers grimpent avec leur chargement : ballots, caisses, vélos ou mobylettes, puis entrent dans la cabine où chacun s’installe sur les banquettes de bois. Tous semblent se connaître. Le capitaine prend son poste à l’avant, le moteur se met en marche et les conversations s’animent. Un membre de l’équipage nous offre un petit verre de thé bien chaud. Nous sommes les bienvenus à bord pour cette traversée qu’ils ont déjà du effectuer tant de fois. Nous traversons la rade où de nombreux petits villages flottants apparaissent au détour des premiers rochers que nous croisons. La vie suit son cours au rythme du tangage : le linge sèche, les plantes verdissent les pontons, des chiens montent la garde à la poupe des navires, on entend des enfants rire et pleurer.
                   Ambiance conviviale à bord

Après s’être acquitté des manœuvres les plus délicates pour sortir du port, le capitaine autorise les étrangers que nous sommes à grimper sur le toit pour admirer la vue. Nous relevons le col de nos imperméables jusqu’aux oreilles et nous installons, ravis, sur un des deux bancs qui semblaient nous attendre là-haut. Nous respirons à pleins poumons l’air chargé d’embruns et laissons nos regards se perdre dans l’incroyable paysage de la célèbre baie d’Along. Tout autour de nous, les montagnes en pain de sucre émergent au-dessus des eaux derrière de longs voiles de brume. Comme par pudeur, elles semblent attendre que l’on s’approche pour révéler les aspérités de leur roche. Seuls au milieu d’un environnement merveilleux et plein de mystères, nous savourons avec bonheur ces instants de magie. Le froid nous aide cependant à redescendre des nuages et à rejoindre les autres passagers dans l’ambiance chaleureuse de la cabine.
                   La baie d’Along

Nous accostons l’île de Quan Lan à la nuit tombée et devons attendre le lendemain pour découvrir les beautés de ce paisible bout du monde. Le long de l’unique rue principale, les habitants nous saluent avec gentillesse. Près des côtes, de nombreux oiseaux ont élu domicile dans de vastes étendues de mangrove suspendues entre terre et mer. Au sud de l’île, nous marchons le long d’immenses plages de sable fin. Au loin, on aperçoit des silhouettes sous de larges chapeaux coniques ; elles se penchent parfois brusquement pour capturer des  coquillages avant qu’ils ne s’enterrent à nouveau.
                   Sur l’île de Quan Lan

Nous finissons notre ballade près de la jetée face au soleil couchant. Demain, nous reviendrons à l’aube retrouver l’équipage du ferry pour rejoindre le continent après trois journées passées entre rêve et réalité.


Gabrielle

mercredi 20 janvier 2010

Hanoi

Nous arrivons à Hanoi le soir du 28 décembre. Le bus nous dépose dans une petite rue du centre, nous hissons nos sacs à dos sur nos épaules et partons en quête d’une chambre pour la nuit. Surprise ! Après 10 mois de voyage, nous sommes confrontés à un étonnant dépaysement… Serions nous rentrés en France ??? 

Des rues bordées d’arbres se croisent en de petites places triangulaires où des bancs accueillent les grands-pères fatigués. Nous marchons entre de vieilles bâtisses dont le rez-de-chaussée a été colonisé par les boutiques de vêtements, quand ce n’est pas par des cafés avec terrasse et fauteuils en simili rotin. Même le ciel, gris, se met de la partie pour entretenir l’illusion. Devant la cathédrale St Joseph, on pourrait se croire dans n’importe quelle petite ville française, si ce n’était le drapeau du Vatican qui trône fièrement au milieu de la place de l’église… Le Vietnam compte en effet près de 10% de catholiques, dont des décennies de communisme n’ont pas réussi à briser la ferveur et l’attachement à Rome.

                               La Cathédrale St Joseph

Le surlendemain, nous partons explorer la ville et chercher l’exotisme au Temple de la Littérature. Cette ancienne école fondée en 1070 formait les mandarins, hauts fonctionnaires servant la bureaucratie de l’empire (l’équivalent de nos énarques). Dédié à Confucius, son style « chinois » tranche avec les pagodes thaïs ou khmers. En franchissant la frontière entre le Laos et le Vietnam, au cœur de l’ancienne Indochine, nous avons quitté l’Asie indianisée pour entrer en Extrême Orient.

De fait, le nord du Vietnam est une ancienne colonie chinoise, qui déclara son indépendance au XVème siècle, mais resta dans l’orbite du grand voisin jusqu’à l’arrivée des Français au XIXème. D’ailleurs, si le pays est bouddhiste comme d’autres pays d’Asie du sud-est, les Vietnamiens sont adeptes du « Grand Véhicule », la doctrine népalo-tibétaine qui a voyagé par la Chine, contrairement aux Thaïs, Laotiens et Khmers, majoritairement adeptes du bouddhisme cinghalais (de Sri Lanka) dit du « Petit Véhicule ».

                 Le temple de la Littérature

A quelques rues de notre hôtel se trouve le « lac de l’épée restituée ». La légende raconte qu’au XVème siècle, après la victoire contre les Chinois, la tortue sacrée du lac vint reprendre au héros l’épée magique qu’elle lui avait confiée pour défendre le pays contre les envahisseurs…

Tout autour du lac, des ouvriers s’affairent à installer des milliers de fleurs. Est-ce ainsi que Hanoi se prépare à fêter la nouvelle année ? Pas exactement. En fait, 2010 sera le millénaire de Thang Long (« ville du dragon prenant son essor »), l’ancien nom de la capitale vietnamienne. Autour des compositions florales, des milliers de Vietnamiens se bousculent pour photographier les jolis parterres avec leur téléphone portable. C’est l’effervescence ! Le soir du 31 décembre, la foule est particulièrement compacte. Nous attendons minuit sur les rives du lac… Rien… à part quelques Anglais qui tentent désespérément de lancer une Ola qui tombe à l’eau. Ce sont les fleurs qui ont attiré les Vietnamiens, pas la nouvelle année, qui ici n’aura lieu que dans un mois, lors des fêtes du Têt, le nouvel an « chinois ».

Hanoi n’a pas une excellente réputation chez les voyageurs, qui la trouvent peu accueillante. Pourtant, bizarrement, nous nous y sentons plutôt à l’aise. Il faut dire que le côté bougon (mais finalement bonne pâte) des habitants de Hanoi, l’anonymat permis par une certaine indifférence aux touristes, les petites arnaques sans conséquence, les amoureux sur les bancs publics… tout cela nous rappelle sans doute un peu nos compatriotes.

Sous le crachin, nous découvrons le vieux Hanoi et ses rues pleines d’animation et… de motos, le moyen de transport quasi-universel ici. Traverser la rue réclame un certain détachement, il s’agit d’avancer lentement d’un pas régulier, laissant aux engins à deux-roues le soin d’éviter sa personne. Nous décompressons sur les trottoirs, où sont installés les mini-restos de rue. Assis sur une mini chaise, le bol posé sur une mini-table, nous avons l’impression de jouer à la dînette. L’impression d’être Gulliver chez les Lilliputiens est accrue lorsque le thé nous est servi avec une mini-théière qu’accompagnent des tasses aussi grandes que des dés à coudre.

                              A table !

François

lundi 18 janvier 2010

Douceur de vivre au Laos

Avec seulement 5,6 millions d’habitants, le Laos est un pays où la nature a la part belle. Ses charmes multiples se déploient du Sud au Nord, des rives du Mékong aux sommets des montagnes en passant par de denses forêts peuplées d’arbres millénaires. Cette beauté environnante est-elle la source où les Laotiens puisent la sérénité dont ils semblent ne jamais se départir ?

                                                  Mister Phao et François

Dès notre arrivée à Don Det, une des « 4000 îles » qui parsèment le Mékong près de la frontière cambodgienne, nous apprenons à nous mettre au rythme du pays. Ici, rien ne se fait dans la précipitation et encore moins la préparation des repas. Les sujets d’inquiétude sont également restreints : sur les petits chemin de l’île, tout le monde se promène en vélo et personne ne prend la peine de les attacher d’autant qu’ils sont loués sans anti-vol.

De retour sur le continent, nous traversons à moto le plateau des Bolovens où est produit le « café lao ». En nous promenant dans les vastes plantations, nous voyons les grains verts mûrir aux branches des caféiers. Nous adoptons d’emblée le savoureux breuvage onctueux et sans amertume.
                                                  « Café lao » sur la branche

Après quelques jours en pleine nature, nous rejoignons la ville de Savannakhet pour y faire étape. Le soir, de petits restaurants s’improvisent sur la rive est du Mékong, face à la Thaïlande. Familles et amis se réunissent autour des petites tables où sont servis de délicieux barbecues. Nous essayons la formule : dans le plat commun, on fait griller viande ou fruits de mer sur un petit dôme central, tandis que tout autour mijote du bouillon qu’on agrémente de nouilles, légumes et herbes aromatiques selon son goût. Le tout accompagné d’une « Beerlao » (la bière locale) bien fraîche, un régal !
                                                   Barbecue à la mode du Laos

Nous voilà d’attaque pour deux jours de marche dans les environs de Tha Khaek, un peu plus au Nord. La région mise sur l’écotourisme et organise des circuits dans les superbes forêts alentours. Les guides sont issus des villages que nous traversons et nous font découvrir en chemin cet environnement qu’ils connaissent si bien : les essences d’arbres et les plantes qui guérissent ou rehaussent la saveur des plats, les insectes et leurs habitats… L’un d’entre eux attrape à main nues un cocon de feuilles agglutinées d’où sortent des fourmis rouges et en croque quelques unes au passage sous nos yeux effarés. Le soir venu, nous arrivons dans un village pour y passer la nuit. A l’issu du dîner, nous sommes invités à participer à la cérémonie du Baasii, présidée par les anciens. Nous formons un cercle au centre duquel les femmes ont placé le pha khwan, une composition conique à base de feuilles et de fleurs où sont accrochés de petits fils de coton. A tour de rôle, chacun étend sa main. Nos hôtes y déposent de petits cadeaux : gâteaux, fruits, lao-lao pour les hommes (l’eau de vie locale)… L’intéressé est alors le centre d’attention de tous les participants qui posent une main sur lui ou sur le pha khwan central tandis que le maître de cérémonie noue le cordon autour de son poignet en formulant de nombreuses bénédictions. Dans la tradition, cela permet de rattacher à leur propriétaire les 32 esprits gardiens de son corps et de son esprit... La soirée se poursuit autour d’un feu de camp, au rythme des chants et des conversations. Dans le ciel dégagé, les étoiles filantes emportent les vœux secrets de ceux qui les surprennent.
                                                   Trek dans la région de Tha Kaek

A Vientiane, nous nous mêlons facilement au quotidien des habitants de la capitale, étant partout les bienvenus : dans les petits restaurant de la rue, dans les « cantines » où les habitués s’engouffrent le midi, aux abord d’un petit terrain de pétanque improvisé… En cette circonstance, tous les Laotiens sont sérieux, il s’agit du sport national du pays !
                                                                 Partie de pétanque entre deux allées du marché

Nous poursuivons notre route jusqu’au fin fond des montagnes dans le village de Muang Neua que l’on rejoint par bateau. Là encore, les adultes comme les enfants gardent un contact naturel et sympathique avec l’étranger qui nulle part n’est étrangement considéré. Sa présence passagère apporte un peu d’exotisme dans le quotidien mais n’en perturbe pas le cours. Les rapports peuvent alors s’établir librement, simplement et dans un respect mutuel. Cet équilibre est souvent rompu dans les endroits qui se sont ouverts au tourisme. Mais au Laos (exception faite de Vang Vieng), les hôtes gardent leur sourire et leur intégrité face à des touristes qui savent encore qu’ils sont les invités.
 

Gabrielle

jeudi 7 janvier 2010

Au fil du Mékong

A partir de Phnom Penh, notre route coïncide avec le large tracé du Mékong, le grand fleuve de l’Asie du sud-est. Nous faisons halte à Kratie. En face de la ville, au milieu du Mékong, se trouve l’île bucolique de Koh Trong où chacun s’active pour la moisson. Nous dépassons à vélo les chars à bœuf qui transportent les bottes de paille de riz vers leur lieu de stockage, ici le temps semble s’être figé. A quelques kilomètres en amont, une vingtaine de dauphins d’eau douce font le bonheur des touristes et des enfants cambodgiens.
                   Coucher de soleil sur Koh Trong

Nous continuons plus au nord et traversons la frontière du Laos. Nous faisons étape à Si Phan Don, littéralement « les 4000 îles ». A cet endroit, le cours du Mékong atteint 14 kilomètres de largeur, et des milliers de petites îles émergent pour en faire un labyrinthe de verdure, entrecoupé par endroits de puissants rapides. Nous séjournons sur l’île de Don Det où nous découvrons le caractère extrêmement paisible et serein des Laotiens.
                   Si Phan Don, les « 4000 îles » du Mékong

Nous continuons la remontée du Mékong jusqu’à Champassak, ancienne cité de l’empire d’Angkor. La ville est située de l’autre côté du fleuve, nous montons à bord d’un des nombreux bacs rafistolés qui effectuent la traversée en quelques minutes. Le fleuve est lisse comme un miroir, l’embarcation de fortune glisse sans jamais tanguer (il vaut mieux !).
                   Traversée du Mékong à Champassak

Un peu plus en amont du Mékong se trouve Pacse, la grande ville du sud du Laos. De là, nous louons deux petites motos et nous nous écartons un peu du fleuve pour explorer le plateau des Bolovens. La région est connue pour ses cascades majestueuses et ses plantations de café. Nous roulons au milieu d’une magnifique forêt primaire, sur des pistes souvent désertes où apparaissent parfois de minuscules villages.
                    Le plateau des Bolovens

Après Pacse, le Mékong devient frontière avec la Thaïlande. Nous continuons notre route vers le nord. Le 14 décembre nous arrivons à Vientiane, la capitale du Laos, au beau milieu des 25ème jeux d’Asie du sud-est qui s’y tiennent cette année. Le soir de notre arrivée, l’équipe de football nationale affronte la Malaisie. Les Laotiens d’ordinaire si paisibles se sont mués en supporters passionnés pour l’occasion. Les rues crient à l’unisson chaque fois qu’un attaquant laotien effleure la surface de réparation adverse. Finalement, la Malaisie l’emporte (3-1), mais les Laotiens ne perdent pas le sourire pour autant. La fête dure en tout 9 jours, pendant lesquels Vientiane est le centre de l’ASEAN, la « CEE » d’Asie du sud-est.
 
Nous retrouvons une dernière fois le Mékong à Luang Prabang, l’ancienne cité royale du Laos. Après quelques jours d’excursion dans les montagnes, nous revenons fêter Noël en ville. Le soir du 24 décembre, à bord du bateau qui nous ramène à la civilisation, le Mékong, en prélude à la fête, nous offre un somptueux coucher de soleil sur les montagnes environnantes…
                   Coucher de soleil à Luang Prabang

François

jeudi 19 novembre 2009

Angkor

Une fois la frontière traversée, nous filons vers Siem Reap, notre première étape au Cambodge. A quelques kilomètres de la ville se dressent les vestiges d’Angkor.

Au 9ème siècle, le Cambodge est le cœur d’un puissant empire qui s’étend de la Birmanie au Vietnam, le plus vaste que l’Asie du sud-est ait jamais connu. Les princes khmers qui règnent sur celui-ci bâtissent une imposante capitale : Angkor. A son apogée, la ville compte jusqu’à un million d’habitants, à cette époque Paris n’est encore qu’une bourgade. Nous arpentons les longues allées d’Angkor Vat, le plus grand temple d’Angkor et le plus vaste espace religieux du monde ! Considéré par les Cambodgiens comme la « 8ème merveille du monde », cette construction monumentale est l’emblème du pays ; sa silhouette caractéristique est représentée sur le drapeau national.

               Le temple d’Angkor Vat

Les nombreux temples d’Angkor ont pour trait commun leur aspect massif et imposant. Ces « temples montagnes », comme ils sont justement surnommés, sont censés représenter le mont Meru, l’Olympe de l’hindouisme, où habitent les dieux. Les fondateurs de l’empire d’Angkor sont en effet de confession hindoue, et se proclament représentants terrestres du dieu Shiva. Puis au 12ème siècle, à l’apogée de l’empire, le grand roi bâtisseur Jayavarman VII adopte le bouddhisme, et dote Angkor de nombreux temples dédiés à la nouvelle religion d’état. Ses successeurs retournent à l’hindouisme, avec un culte appuyé au dieu Vishnou cette fois.

Nous nous rendons au Bayon, le grand temple bouddhiste édifié au cœur de la gigantesque cité fortifiée d’Angkor Thom. D’où qu’on se trouve dans l’édifice, de larges visages de pierre au sourire paisible et troublant, représentant le Bouddha, semblent surveiller le visiteur. On apprend que le souverain de l’époque a sans doute servi de modèle aux sculpteurs, s’agirait-il d’une version antique de Big Brother ?

               Le Bayon et ses 216 visages

A partir du 13ème siècle, l’empire angkorien décline. La capitale Angkor est pillée par les Siamois (venus de l’actuelle Thaïlande) en 1351 puis de nouveau en 1431. La cité est abandonnée, seuls quelques temples restent utilisés et vaguement entretenus : peu à peu la nature reprend ses droits et une jungle épaisse recouvre les traces de la grandeur passée. Angkor disparaît de l’histoire jusqu’au 19ème siècle, lorsque des explorateurs français retrouvent le site. Les temples sont reconquis un par un sur la forêt afin de faire revivre la glorieuse histoire cambodgienne. Nous découvrons le temple de Ta Prohm dans la lumière tamisée de la canopée. D’immenses fromagers enserrent les murs de l’édifice avec leurs puissantes racines, digérant lentement l’œuvre des humains pour la faire retourner à l’état de poussière…

                Ta Prohm, colonisé par des fromagers géants


François

jeudi 12 novembre 2009

Loi Krathong

Pour la fin de notre séjour en Thaïlande, les astres nous ont réservé une surprise : la pleine lune du douzième mois du calendrier lunaire traditionnel thaï annonce l’ouverture du festival de Loi Krathong, la fête des lumières !

Le 24 octobre, nous rejoignons à la nuit tombée des milliers de personnes rassemblées sur une immense esplanade non loin de Chiang Mai. Des rangées de lampes à huile brûlent dans le noir jusqu’à l’estrade illuminée où une statue de Bouddha fait face à la foule. Des moines récitent des mantras et des chants de prière s’élèvent de l’assemblée. Dans quelques instants, toutes les « lanternes célestes » posées à leurs pieds vont s’envoler. Chacun prépare dans son cœur les rêves qu’il souhaite faire monter vers le ciel et les entraves dont il veut se libérer.

L’atmosphère est au recueillement quand un signal déclenche tout à coup une joyeuse effervescence. Tous s’activent à déplier les larges disques de papier blanc et les maintiennent en petits groupes au-dessus des torches enflammées. Le papier se gonfle de lumière, le cylindre prend forme et atteint bientôt un mètre de haut.

Quand cette petite montgolfière est suffisamment remplie de chaleur, elle s’élève doucement vers le ciel au milieu de toutes ses sœurs porteuses de rêve. La magie est à son comble ; tous les regards sont tournés vers le ciel où viennent de s’allumer des milliers d’étoiles. Nous sommes émerveillés et gagnés par la joie ambiante.

La chance nous accompagne vers le sud jusqu’à Sukhothai, la capitale d’un puissant empire thaï du XIIIème siècle. Lors de son déclin, ses habitants la délaissèrent progressivement, laissant à l’abandon les temples et les palais, dont les très beaux vestiges restent les témoins de son glorieux passé. Le soir même de notre visite, un fabuleux spectacle son et lumière est organisé sur le site à l’occasion du festival.

Nous faisons un voyage à travers le temps et découvrons l’origine de Loi Krathong qui signifie « radeau flottant ». Un roi de Sukhothai initia la tradition en s’inspirant de Di wali, le festival indien de la lumière en l’honneur de la déesse du Gange. Depuis, chacun construit un petit radeau à base de feuilles de bambous, qu’il décore de fleurs et de bougies. Symboliquement, l’embarcation emporte au fil de l’eau les sentiments négatifs qui font obstacles au bonheur afin de commencer sereinement la nouvelle année.

Le spectacle s’achève par un magnifique feu d’artifice, qui referme en même temps la page de notre séjour en Thaïlande.


Gabrielle

mercredi 4 novembre 2009

Le Golfe de Thaïlande

A peine arrivés à Bangkok, nous ne résistons pas à l’appel de la mer et filons vers le sud à la découverte des îles du Golfe de Thaïlande. Sur le pont du bateau, nous respirons l’air salé et scrutons l’horizon…
                                  Terre !

Parmi une myriade de terres émergées, trois îles jouent aux poupées russes : la grande Kho Samui, la petite Kho Tao et la moyenne où nous accostons, Kho Phangan. Il nous faut à peine 15 minutes pour rejoindre le nord de l’île et son charme paisible. Nous y dénichons une petite baie cachée derrière les collines de cocotiers, un vrai petit coin de rêve avec ses eaux transparentes et sa plage de sable clair.
 
Sous la surface bleue turquoise de la baie d’Hat Khom, se cachent d’autres merveilles que l’on peut découvrir simplement équipé d’un masque et d’un tuba. A quelques dizaines de mètres de la plage, nous nageons au milieu de fabuleux poissons de toutes les couleurs et de toutes les tailles. Au fond de l’eau, un magnifique parterre de coraux bleus, verts, rouges, aux formes alambiquées, fait monter jusqu’à nous une petite musique cristalline. En un instant, nous sommes entrés dans un nouvel univers et nous oublions le temps…
 
Retour à la surface… Nous filons à bord d’un bateau-taxi en direction de la baie voisine nommée « Bottle Beach », la plage de la bouteille. Trônant à l’arrière de la petite embarcation colorée, l’énorme moteur fait l’effet d’une œuvre d’art moderne. Nous goûtons le repos de ce petit paradis quand un grand oiseau atterrit tout près de nous dans un fracas de froissement d’ailes. Il se perche aussitôt et nous laisse tout le temps de l’admirer.
 
Après quelques jours, nous partons découvrir la petite île voisine de Kho Tao. Autour du grand rocher qui se dresse dans la baie d’Ao Tanote, nous retournons nager au milieu d’immenses bancs de poissons qui jamais ne nous effleurent.
                                   Baie d’Ao Tanote

Après une semaine de repos et de dépaysement absolus, nous quittons les îles du Golfe de Thaïlande pour poursuivre notre découverte du pays de Siam.
 

Gabrielle

jeudi 29 octobre 2009

Autour du Manaslu

Népal, pays de montagnes… Depuis 60 millions d’années, ton sol se plisse et se soulève toujours plus haut, sous la pression de la plaque tectonique Indo australienne qui s’enfonce obstinément sous l’Eurasie. La somptueuse chaîne de l’Himalaya accapare les deux tiers de ton espace mais n’abrite que 20% de ta population. Elle t’offre en revanche 8 des 10 plus grands sommets de la Terre dont le célèbre Mont Everest qui culmine aujourd’hui à 8850 mètres. Après une semaine dans tes plaines et tes vallées, il nous tarde de nous aventurer sur tes sentiers de pierres et d’apercevoir tes neiges éternelles. 

Notre choix se porte sur le tour du Manaslu dont le sommet s’élève à 8162 mètres, à l’est des Annapurna. Au matin de notre premier jour de marche, le Mont Ganesh nous fait l’honneur de se dévoiler au dessus de son lit de brume… Un bon présage quand on songe que le dieu à tête d’éléphant est invoqué pour tout commencement. Une lumière diffuse inonde les rizières gorgées d’eau.

                    Au loin, le Mont Ganesh

Nous contournons la montagne par son flanc est, en remontant le cours d’une rivière lunatique. Tantôt elle sautille sur les galets au milieu de grandes herbes argentées qui ploient doucement sous le vent, tantôt elle s’enfonce en grondant dans des dans des gorges profondes. D’impressionnantes cascades viennent s’y jeter de toute leur hauteur, éclaboussant tout autour d’elles et jouant avec les rayons du soleil. Le sentier souvent s’élève au-dessus de la belle comme pour lui échapper mais replonge irrésistiblement vers son lit bouillonnant, émergeant parfois sur l’autre rive. Nous la traversons sur de larges ponts de fer suspendus ; l’eau fait de grands remous sous nos pieds. Les cultures étagées décorent harmonieusement les parois de la montagne : riz, maïs, blé, à chaque altitude sa spécialité. A partir de 2700 mètres, les forêts prennent le relais et conservent encore un temps un étonnant caractère tropical avec des bananiers, des bambous élancés vers le ciel, quantités de fleurs exotiques et de grands papillons colorés qui s’en donnent à cœur joie.

Nous arrivons en terre bouddhiste où vivent les peuples gurungs et tibétains. Nous croisons les premiers chortens, de longs murets composés de larges pierres grises et plates où sont gravés avec finesse textes et figures sacrées. Comme tous les édifices bouddhistes, on se doit de les contourner par la gauche, sauf les petites stupas qui gardent l’entrée des villages. En passant dessous, ceux qui lèvent les yeux au plafond y découvrent de belles fresques religieuses. Des enfants nous accueillent avec des regards curieux, des sourires timides ou des cris d’excitation, leurs bouilles rondes et leurs joues brûlées par la rigueur des saisons. Chaque jour, on se rapproche un peu plus des sommets enneigés qui se dressent à l’horizon. Les soirées se font fraîches, on se rassemble autour du feu de la cuisine où bouillent les marmites, où sèche des morceaux de  viande...

L’atmosphère continue de changer avec l’altitude. A 3500 mètres, on débouche sur un vaste plateau où paissent des yaks. Nous observons ces belles bêtes aux longs poils brillants, plantureuses, massives et non moins agiles. On les croise jusqu’au dernier jour de marche avant la traversée du col. Le Manaslu trône devant nous, éclatant de blancheur. Ce soir-là nous campons à 4500 mètres d’altitude, nous préparant à franchir cette fameuse passe de Larke dont on entend parler depuis le début. Les villageois la connaissent bien, les caravanes de mules y passent depuis des centaines d’années pour assurer le commerce avec le Tibet.

Départ à 5 heures du matin dans la nuit, on distingue à peine le contour des montagnes. Le jour se lève peu à peu réveillant les couleurs et réchauffant l’atmosphère. L’air se raréfie et nous marchons lentement entourés de sommets rivalisant de beauté. Puis s’ouvre devant nous une immense vallée glacière toute nue : durant ces quelques semaines de l’année, elle perd son manteau de neige et dévoile le gris de ses pierres à l’infini. Seul le bruit de nos pas, de notre souffle, semble troubler le silence absolu qui règne dans ce désert minéral… et parfois le vol lourd d’un insecte qu’on entend arriver de loin. Soudain apparaissent comme des oasis de tous petits lacs couleur de jade qui contrastent avec le gigantisme des montagnes. Après huit jours et cinq heures d’ascension, nous atteignons le col à 5106 mètres d’altitude, la joie au cœur ! Le vent et le brouillard se lèvent nous pressant de redescendre. Le soir nous fêtons notre passage autour d’un verre de vin local avant de nous effondrer de fatigue.

Sur le chemin du retour, nous retrouvons les forêts, les fleurs, les champs, les rizières, les rivières… puis un jour le goudron, un engin à quatre roues, un bruit de moteur, l’agitation d’une petite ville où l’aventure se termine. En grimpant dans le bus qui nous ramène vers Katmandou, nous emmenons les parfums, les sensations, les images du spectacle grandiose que la nature nous a offert tout au long de ces journées de marche. 

Gabrielle


Plus d’images dans l’album photos

mardi 20 octobre 2009

Entre bouddhisme et hindouisme

Par la voie du hasard, nous quittons l’Inde pour le Népal sur les traces de Bouddha. Près de Varanasi, nous marchons à travers les vestiges archéologiques de Sarnath, où Bouddha donna son premier sermon après son illumination. A cet endroit, se dresse une imposante stupa de pierres sombres, au pied de laquelle  nous croisons des pèlerins venus du Sri Lanka tout habillés de blanc. Assis au pied de l’édifice, ils écoutent attentivement l’enseignement d’un moine.

Quelques jours plus tard nous sommes à Lumbini, de l’autre côté de la frontière. Assis au bord d’une mare dans un joli jardin rempli de fleurs, nous poursuivons notre voyage dans le temps. En 563 avant JC, la princesse Maya Devi attend l’enfant Bouddha. Elle est en route vers le royaume de son père. Eprouvée par la chaleur, elle découvre cet endroit magnifique au cœur de la forêt et souhaite s’y arrêter afin de se baigner. Elle sent alors l’enfant sur le point de naître et a tout juste le temps de sortir de l’eau pour s’agripper à l’arbre le plus proche. Au grand étonnement de tous, le jeune prince fait déjà ses premiers pas sous chacun desquels s’épanouit une fleur de lotus…

                  Représentation de la naissance de Bouddha

Le bouddhisme s’est ensuite répandu au Népal comme en témoignent les grandes stupas blanches qui restent aujourd’hui des symboles du pays. Ces larges dômes sont surmontés de grandes paires d’yeux qui scrutent les quatre points de l’horizon. De longues guirlandes de drapeaux de prières s’étendent depuis le sommet laissant flotter dans l’air leurs multiples couleurs. Les fidèles prient en marchant autour de la stupa, faisant tourner ses nombreux moulins à prières. De nombreux Tibétains réfugiés se sont installés autour de la stupa de Bodhnath. Il y règne une effervescence toute particulière où se mêlent petits commerces et temples, activité et prière, jeans et robes traditionnelles...

                  Stupa de Bodhnath

Pourtant, en dehors de quelques « îlots » dans la vallée de Katmandou, le bouddhisme s’est depuis longtemps retranché dans les montagnes au profit de l’hindouisme largement majoritaire au Népal. Un hindouisme bien différent de celui du grand voisin indien, moins coloré, moins exubérant… Il se lit néanmoins sur les nombreux fronts marqués par la tika : ce mélange de poudre rouge et de riz apposé en signe de bénédiction. Les « Durbar Square », les places royales de la vallée de Katmandou, témoignent de la richesse de son histoire. On y découvre des ensembles de temples dressés les uns à côté des autres entourant les somptueux palais des anciens rois Malla. Inspirés des paysages de montagnes, ils s’élèvent sur plusieurs étages en forme pyramidale. Des briques orangées et de rares éclats dorés contrastent avec le gris de la pierre et le bois sombre dont sont faits les temples. S’il reste peu de traces des peintures anciennes, la richesse et la finesse des sculptures demeurent : de nombreuses créatures fantastiques ou sacrées, dragons, lions ailés, éléphants côtoient les dieux, les déesses et même les simples mortels...

                  Patan – Durbar Square

Dans l’enceinte de ces demeures divines, l’activité est intense : les bougies brûlent et les fidèles déposent leurs offrandes au pieds des dieux, Krishna, Vishnou, Ganesh… et Bouddha lui-même ! En effet, les hindous ont intégré Bouddha dans leur panthéon comme étant la dixième incarnation de Vishnou. La princesse Maya Devi est elle aussi devenue une de leurs déesses. Assimilation de la concurrence bouddhiste ou fusion des cultures ? Tout s’embrouille quand on apprend que le dieu de la vallée de Katmandou est lui-même une incarnation d’Awalokiteshwara, une des figures de Bouddha… Pourtant, à part les Occidentaux que nous sommes, ce savant mélange népalais n’étonne personne.

                                 Patan – Temple de Kumbeshwar

Certaines divinités sont également les « enfants » du pays, au sens figuré et parfois au sens propre, comme la célèbre Kumari. Cette déesse vivante vient sur terre sous les traits d’une petite fille âgée d’au moins quatre ans. La tradition lui confère 32 particularités physiques et au moins autant dans son thème astral. Cela permet aux sages de trouver parmi les petites Népalaises plusieurs candidates à la divinité. Elles sont ensuite enfermées dans une pièce sombre où sont disposées 108 têtes de buffles égorgés, entre autres choses effrayantes. Celle qui ne pleure pas est reconnue comme l’incarnation de la déesse ; elle est vénérée jusqu’à sa puberté où elle redevient une simple mortelle…

Ainsi les hommes et les femmes du Népal mêlent leurs cultures et leurs croyances, fiers d’appartenir à un pays qui conserve depuis toujours son indépendance entre les grandes puissances. Vu du toit du monde, ces différences doivent en fait sembler toutes petites…


Gabrielle

lundi 12 octobre 2009

Varanasi


Pour notre dernière étape en Inde, nous faisons halte à Varanasi, plus connue sous le nom de Bénarès. Cette ville parmi les plus anciennes du monde aurait été fondée par Shiva en personne. Elle plonge ses racines dans le Gange, le grand fleuve sacré de l’Inde, où elle puise son atmosphère spirituelle unique.
                                                  Varanasi et le Gange

La vieille ville est immense, nous nous perdons dans le labyrinthe de ses ruelles tortueuses. Des habitants nous aident à retrouver notre chemin : pour rejoindre les rives du Gange, nous quittons l’animation des rues et nous nous engageons dans un souterrain sordide où des vieillards et malades semblent attendre que la mort vienne les prendre.

De fait, Varanasi est la ville de la Mort. Pour un hindou, mourir à Varanasi permettrait de mettre fin au cycle des réincarnations successives, et donc de quitter définitivement ce monde de souffrances. Animés par cet espoir, de nombreux mourants viennent ici passer leurs derniers instants. Nous logeons à deux pas des bûchers funéraires qui brûlent en permanence et dégagent une fumée âpre. A intervalle régulier, une civière dorée abondamment fleurie passe, suivie d’une petite foule d’hommes chantant une mélopée funèbre.

La vocation de la ville pourrait en faire un endroit sinistre, pourtant, à Varanasi, la mort est belle. Pour les croyants, elle est au pire un passage vers une autre vie, qu’on espère meilleure, au mieux une libération. Autour des bûchers, des vaches sacrées ruminent tranquillement, semblant accompagner avec bienveillance les âmes des défunts. Des hommes sont assis sur les marches voisines, la paix qui se lit sur leurs visages n’est pas troublée par le crépitement des flammes. Ici, la Vie et la Mort ne sont pas fâchées et ne cherchent pas à s’exclure par le tabou. L’une et l’autre s’engendrent mutuellement et se côtoient avec un naturel troublant.
                                                  Derrière les bûchers

De la barque qui nous porte sur les flots du Gange, nous observons les ghâts*. Il n’est pas 6h du matin et déjà les fidèles s’animent autour du fleuve, procédant à leurs ablutions avec un soin méticuleux. Beaucoup concluent le rituel en buvant une gorgée d’eau du Gange. A une vingtaine de mètres, flotte un cadavre humain à demi rongé par les vers (selon la tradition, les corps défunts des femmes enceintes, enfants de moins de 5 ans, lépreux et vaches sont déversés sans crémation dans le fleuve)… L’esprit ne sait pas expliquer, encore moins juger, le coeur est fasciné par cet ailleurs total.
                                                   Baignade

Le grand fleuve sacré fait de la ville un lieu de pèlerinage incontournable pour les hindous. Sur les ghâts, de nombreux sâdhus sont assis en silence. Ces hommes ont fait vœu de renoncement, souvent après une vie bien remplie, pour se consacrer à la recherche spirituelle. Leur démarche est légère et silencieuse, leur regard pénétrant, une noblesse se dégage de ces corps amaigris et vêtus de cendres…

Chaque soir, la foule des pèlerins se réunit sur le ghât principal de Varanasi : cinq Brahmanes y présentent l’offrande de la lumière au fleuve. Le cérémonial est émouvant. Autour de la scène, des marchands de religion viennent proposer poudre à tika, lampes à huile rituelles, œillets d’Inde… La tête tourne…
                                                  L’offrande de la lumière

Un peu avant, notre hôte nous a emmené au temple dédié au chef des gardes du corps de Shiva, chargé de veiller sur Varanasi. La tradition veut que les nouveaux venus lui demandent l’autorisation de séjourner dans la ville. La réponse est censée parvenir directement au cœur, l’organe qui communique avec les dieux. J’y apprends que je suis le bienvenu, çà ne s’explique pas.
 
Le 28 août au soir, nous attendons notre train sur le quai de la gare de Varanasi. Nous partons vers Gorakhpur, et de là nous prendrons un bus pour Sunauli, à la frontière népalaise. Le train a du retard, nous observons une dernière fois l’effervescence inoubliable des gares indiennes.
 

François

* Les grandes marches qui permettent aux fidèles d’accéder au fleuve

lundi 28 septembre 2009

Au pays des Rois

Après le Pendjab, direction le Rajasthan, le « pays des rois »… et des palais. Laissons parler les images…

                                                           Bikaner, fort de Junagarth

                                                           Forteresse de Jaisalmer

                                                           Dans le désert du Thar

                                                           Jodhpur, la « ville bleue »

                                      Sur les ghâts de la ville sainte de Pushkar

                                      La Ganesh Pol du Amber Palace de Jaipur

               Mosquée Jama Masjid, au cœur de la ville fantôme de Fatehpur Sikri

Le Taj Mahal… mausolée construit par le puissant Sultan Shah Jahan pour accueillir le corps de sa défunte bien-aimée

Nous vous invitons à visiter l’album photos pour poursuivre le voyage.

Gabrielle et François

mercredi 9 septembre 2009

Le Temple d'Or des Sikhs

Le premier août, nous quittons l’ambiance tibétaine de Mac Leod Ganj et partons pour le Pendjab, la patrie des Sikhs. Au début du 16ème siècle, Gurû Nanak, un Hindou, s’intéresse à l’Islam et prêche une nouvelle spiritualité pour réconcilier les adeptes des deux religions. Ses disciples (« sikhs » en langue sanskrit) se regroupent autour de lui, le Sikhisme est né. Les Sikhs sont aujourd’hui autour de 20 millions en Inde, facilement reconnaissables à leur turban, leur barbe fournie et leur poignard qu’ils gardent avec eux en toutes circonstances.

                     Un Sikh se préparant à ses ablutions avec turban et poignard

Nous faisons étape à Amritsar, la ville sainte du sikhisme. La cité est construite autour du Harmandir Sahib, plus connu sous le nom de « Temple d’Or ». En pénétrant dans l’enceinte blanche du temple, nous découvrons le sanctuaire : il semble flotter majestueusement au milieu du Amrit Sarovar (Bassin de nectar), le lac sacré qui a donné son nom à la ville.

Nous sommes tout de suite frappés par la grande ferveur religieuse qui imprègne les lieux, et la sérénité qui s’en dégage. Une litanie de chants sacrée émane en permanence du sanctuaire doré : des prêtres se relaient toutes les heures pour chanter le Âdi Granth, le livre sacré des Sikhs.

                   Le Temple d’Or

Nous terminons la matinée par un repas au restaurant collectif du temple. Le repas est gratuit ; les fidèles les plus fortunés peuvent faire une donation en retour, et tout le monde peut participer à l’élaboration des plats ou à la vaisselle. Cette cantine symbolise le partage et l’unité, des principes chers aux Sikhs.

                    Séance de plonge après le repas

Le soir, nous partons pour la frontière pakistanaise. A l’indépendance en 1947, l’empire britannique des Indes a été divisé entre le Pakistan, à majorité musulmane, et l’Union Indienne, à majorité hindoue et sikhe. Le Pendjab, qui comprenait d’importantes communautés des trois religions, fut partagé entre les deux états. Il s’ensuivit d’importants transferts de population et de nombreux massacres de part et d’autre de cette frontière toute neuve. La plaie de la partition tarde encore à se cicatriser, en témoignent les relations toujours difficiles entre l’Inde et le Pakistan.

                           Le Pakistan

Pourtant, au poste frontière de Wagha, à mi-chemin entre Amritsar et Lahore au Pakistan, nous assistons à un spectacle étonnant et bon enfant qui ferait presque oublier les camps militaires qui parsèment la région. La clôture quotidienne de la frontière fait l’objet d’un show dont les gardes-frontières sont les stars, acclamés par un public nombreux qui vient chaque soir s’entasser sur les gradins en dur qui entourent la scène. Dans la liesse générale, les soldats des deux camps,  affublés d’une étonnante coiffe en éventail, paradent et se mesurent, faisant trembler leur crête. Le spectacle s’achève par la descente des couleurs et la fermeture des grilles.


Voir la cérémonie de fermeture de la frontière à Wagha

Avant de quitter Amritsar, nous retournons une dernière fois au Temple d’Or pour une visite nocturne. Nous contemplons les reflets dorés du sanctuaire qui se mêlent à ceux de la Lune dans les eaux sombres du Bassin de Nectar. Tout autour du lac, des pèlerins se sont installés pour passer la nuit au milieu des chants sacrés. Le calme et la paix des lieux nous envahissent, sensation étrange d’avoir atterri dans un autre monde…

François

jeudi 3 septembre 2009

Dharamsala, le « petit Lhassa »


Nous grimpons tout au nord de l’Inde, au pied de l’Himalaya, pour une étape prolongée en terre d’asile tibétaine à Dharamsala. Nous posons nos bagages dans le petit village de Mac Leod Gange, où le 14e Dalaï-lama, le chef spirituel des Tibétains, vit en exil depuis 50 ans, et où fut transféré le gouvernement tibétain dès 1960.
                    Départ du Dalaï-lama salué par ses fidèles

Le long des petites rues en pente, des échoppes, des étales, exposent bijoux, vêtements, artisanat tibétain… Des femmes attendent les clients, assises sur de petits tabourets. Elles discutent ou tricotent les épais bonnets et chaussettes qu’on vendra cet hiver. Certaines portent la longue robe traditionnelle ornée d’un petit tablier rayé que d’autres ont abandonnée pour de gros sweat shirts. Sur leurs visages de lune modelés par les ans, de petits yeux plissés semblent sourire au soleil. On croirait avoir changé de pays.
 
Depuis la rue qui grimpe vers le temple, nous contemplons la vallée de Kangra évanouie sous les brumes matinales qui s’étiolent lentement découvrant la belle endormie. L’air est frais et pur, tout est paisible.
 
La brume a-t-elle aussi posé son voile blanc sur l’histoire et son lot de souffrances ? Les longues traversées glacées à travers les sommets de l’Himalaya, les morsures du froid, les disparus… les monastères saccagés et pillés, des moines et des nones humiliés, tués. L’invasion chinoise s’est traduite par un long travail de sape pour anéantir un peuple et une culture millénaire, les passer au rouleau compresseur de l’uniformisation communiste, et faire du Tibet le terrain d’expériences nucléaires.

Malgré toute cette violence, le Dalaï-lama mène un combat résolument pacifique. Il défend la cause du Tibet à travers le monde. Il invite chacun à faire triompher la paix en commençant par lui-même, enseignant le bouddhisme selon la tradition tibétaine.
 
A Dharamsala, nous avons découvert un petit havre de paix, avec le temple en son cœur où vont et viennent de nombreux moines et nones en habit rouge. Tout autour, une communauté de 15 000 âmes a refait des racines, accrochant les maisons aux flancs des grandes montagnes couvertes de forêts et de nuages suspendus. Loin de leur terre, ils s’organisent pour sauver leur héritage culturel. Ils le transmettent à leurs enfants et le partagent aux étrangers de passage à travers des cours de yoga, de musique ou de cuisine. Désireux de soutenir la cause du Tibet, de nombreux jeunes viennent du monde entier apporter leur aide aux associations locales.
 
Le message du Dalaï-lama a porté ses fruits, les Tibétains sont soutenus par un élan de solidarité internationale. Le peuple vit en dehors de ses frontières et espère, malgré le temps qui passe, retrouver un jour sa terre.

Gabrielle

samedi 29 août 2009

Pèlerinage aux sources du Gange

Après Delhi, nous continuons notre route vers le nord : direction l’Himalaya et les sources du Gange. Tout au long du trajet, le bus dépasse de petits groupes de marcheurs et de cyclistes vêtus de T-shirt orange. Certains portent d’étranges constructions faites de papier multicolore, de ficelle et… de perroquets en plastique.

Comme nous, ces pèlerins vont à Haridwar. Il fait déjà nuit quand nous atteignons la ville sainte dans les embouteillages et les klaxons. Nous apprenons que nous sommes tombés au beau milieu d’un festival en l’honneur du dieu Shiva, à moins que ce ne soit Krishna (cela dépend à qui l’on pose la question)…

Le lendemain, nous partons explorer Haridwar. Les bords de la route qui relie notre hôtel au Gange sont encombrés de pèlerins. En contrebas se dresse le plus grand camping sauvage qu’il ne nous a jamais été donné de voir.

La route est bloquée par la police. Nous parcourons à pied les derniers mètres qui nous séparent du temple Har-ki-Pairi, au milieu d’une foule d’hommes oranges, interrompus à plusieurs reprises… « One shot, one snap ! ». Il semble qu’en tant qu’étrangers nous constituions une attraction tout à fait digne d’intérêt pour ces visiteurs. Chacun veut son cliché de nos profils exotiques, de préférence en posant avec nous.

Nous finissons par atteindre le Gange. A perte de vue, les berges du fleuve sont occupées par des milliers de pèlerins en train de s’adonner au bain purificateur. L’ambiance est effervescente et survoltée, certains baigneurs se laissent emporter par le puissant courant du Gange au risque de se noyer. Au loin, une immense statue de Shiva semble veiller sur les imprudents.

              Ghâts de Har-Ki-Pairi

Au pied du temple, nous sommes fortement invités à prier pour notre (future) progéniture en répétant les formules sacrées prononcées par le prêtre. Le nombre de rejetons dépendra cependant de l’offrande que nous voulons bien verser…

                                      Un prêtre

Nous nous frayons un chemin vers les ghâts, ces escaliers qui descendent dans le Gange pour permettre à tout un chacun de procéder à ses ablutions. Plus nous approchons du fleuve, plus les photographes amateurs se pressent autour de nous. C’est la descente des marches…

Nous nous asseyons sur les ghâts pour observer la foule des baigneurs. En moins d’une minute, nous sommes encerclés par une petite foule de jeunes hommes en sous-vêtements désireux de nous prendre en photo…  Certains commencent à se disputer l’honneur de poser à nos côtés, nous tentons de nous replier… finalement, la police intervient pour nous exfiltrer. Elle nous demande de patienter dans un réduit de service le temps que l’ambiance se calme et que tous les photographes amateurs se dispersent.

  Sur les rives du Gange à Haridwar


Le lendemain, nous partons un peu plus en amont du fleuve sacré vers Rishikesh. La ville est connue pour être un havre de paix et le paradis des yogis… mais pas ces jours-ci. La masse des hommes oranges semble nous avoir suivis jusque là, et la petite cité est saturée de marcheurs.

                 Rishikesh

Pour fluidifier la circulation dans cette ville piétonne, la police a institué un sens unique sur les deux passerelles qui surplombent le fleuve. L’ambiance est surréaliste : un défilé permanent de jeunes hommes hagards marche en tournant autour de la ville, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le manège dure toute la journée, jusque tard dans la nuit… Certains gardent encore assez d’énergie pour nous mitrailler de leur téléphone portable dès que nous pointons le nez en dehors de l’hôtel.

Nous cherchons à échapper à cette célébrité toute neuve en partant à pied le long de la route qui remonte le fleuve sacré. Des pèlerins font la même chose que nous, à moto. Faisant abstraction du bruit des klaxons, nous contemplons le Gange s’écouler au milieu des premiers contreforts de l’Himalaya, à peine né des glaciers et déjà puissant.

                  Le Gange

François

dimanche 16 août 2009

Dans le temple d’Adinath

Nous profitons de notre séjour à Udaipur, superbe ville royale au sud du Rajasthan, pour partir à la découverte du plus grand et somptueux temple jaïn de l’Inde. Après plus de trois heures de route sous une chaleur écrasante, nous arrivons enfin à Ranakpur, au pied du temple d’Adinath.
 
Dès que nous franchissons les portes, nous plongeons avec délice dans une atmosphère nouvelle, gorgée de fraîcheur et de calme. Le temps s’arrête dans cet univers de marbre blanc organisé selon des règles cosmiques ancestrales. Les rayons du soleil jouent entre les arches et mettent en lumière les fines sculptures qui parent  les 1444 colonnes du temple. En admirant les fleurs, végétaux et animaux, le regard s’élève vers les courbes gracieuses des danseuses et musiciens qui peuplent les voûtes et les dômes.
 
Au centre, les fidèles se recueillent devant le sanctuaire d’Adinath, le premier des grands maîtres jaïns, appelés Tirthankaras. Mahavira, le 24ème et dernier d’entre eux était un contemporain de Buddha, au VIème siècle avant J.C. Les Tirthankaras apparaissent à chaque grand cycle de l’univers, au cours desquels se succèdent des phases de progrès et de déclin. Selon ces calculs, nous sommes actuellement en plein déclin, proche de la fin du présent cycle. Le jaïnisme devait alors disparaître en attendant le cycle suivant où il sera redécouvert grâce au nouveau Tirthankara.
 
En attendant, 4 millions de Jaïns poursuivent leur vie d’ascète et s’efforcent d’être sans reproche. Ils espèrent ainsi atteindre la vie éternelle en libérant leur âme du karma qui la contraint à de multiples réincarnations. Pour cela, il leur faut respecter cinq grands vœux : refuser la violence, le mensonge, le vol, l’impureté et l’attachement aux biens terrestres. La mise en pratique est difficile car les implications sont nombreuses. Il faut notamment prendre garde de ne tuer aucun animal, pas même le plus petit des insectes. Impossible d’utiliser les moyens de transport : le plus sûr pour ne rien écraser est de marcher, avec un foulard sur la bouche, tout en prenant soin de balayer devant soi. Le manque de luminosité présente également un risque, il est donc préférable de cesser toute activité dès que le jour décline. Les petites bêtes pourraient aussi se brûler les ailes sur une ampoule ou la flamme d’une bougie… Ceux qui ne deviennent pas moines doivent choisir des métiers compatibles avec leur philosophie tels que l’enseignement ou le commerce. Ironie du sort : dans les affaires, leur réputation d’honnêteté amène la prospérité à ces ascètes.
 
L’harmonie que les Jaïns souhaitent atteindre dans l’éternel est peut-être à l’origine de la beauté pure que l’on admire et respire au cœur du temple d’Adinath…

Gabrielle

vendredi 7 août 2009

Au pays de Gandhi

Sur notre chemin vers le Nord de l’Inde, nous faisons étape à Ahmedabad, la capitale de  l’état du Gujarat dans lequel vit le jour le célèbre leader indépendantiste indien, Gandhi, l’apôtre de la non-violence.

Nous suivons ses pas jusqu’à l’Ashram qu’il fonda en 1917 à son retour d’Afrique du Sud et entrons dans la maison où il vécut jusqu’en 1930. Il part alors pour la marche du sel, en faisant le vœu de ne rentrer que lorsque l’Inde sera libérée de la domination britannique. Il mourra quelques mois après l’indépendance proclamée en 1947. Dans le musée, nous pouvons lire les hommages que lui ont rendu d’autres grands hommes (Einstein, Martin Luther King…). Ils font écho aux témoignages des porteurs d’espoir que nous rencontrons et dont il a inspiré l’action.

            Dans la maison de Gandhi

Deux jours plus tard, nous nous laissons guider pour une plongée dans l’univers du vieil Ahmedabad. Nous nous perdons dans les ruelles et pénétrons dans les pols (porte en gujarâtî), de petits quartiers typiques de l’architecture de la ville, avec une entrée unique pour mieux se défendre en cas d’attaque…et des passages secrets pour mieux s’enfuir.

             Le temple hindou Swaminarayan Mandir Kalupur

A l’origine, Hindous, Jaïns et Musulmans avaient chacun leurs quartiers, et la ville était organisée de manière à ce qu’il n’aient pas à se rencontrer, sauf sur la place centrale du marché. Chaque religion rivalise pour offrir au regard les plus beaux sanctuaires.

            Temple jaïn (en haut) et mosquée Jumma Masjid (en bas)

L’après-midi, nous partons voir le puit-citerne de Dada Hari. Nous jouons les Indiana Jones dans cet immense réservoir d’eau du XVème siècle, six étages sous terre, au milieu des colonnes sculptées et des chauves-souris.

            Dada Hari

De l’autre côté de la rive, Ahmedabad offre un visage plus moderne. Le célèbre architecte Le Corbusier est passé par là. Nous contemplons une des ses œuvres, deux étudiants coréens en architecture nous font part de leur émerveillement. Nous sommes plus sceptiques devant tout ce béton, même si certains agencements ne manquent pas d’harmonie.

             Immeuble de l’ATMA – Le Corbusier

Nous sommes arrivés à Ahmedabad par hasard, pour rencontrer les membres de SEWA. La ville n’est pas très connue des touristes. Pourtant, en plus de ses vieilles (et moins vieilles) pierres, Ahmedabad a aussi pour elle la gentillesse tranquille de ses habitants. Une agréable surprise...

Gabrielle et François

dimanche 5 juillet 2009

Pondichéry

Le 12 juin au soir nous arrivons à Pondichéry. Nous avons atteint le golfe du Bengale, un nom chargé d’exotisme. Pourtant nous avons plutôt l’impression d’être revenu en terrain connu.
             Beach Road, Pondichéry

La ville est calme, les trottoirs sont larges et propres. Nous prenons nos aises dans  une petite maison du quartier musulman, qui a la réputation d’être le plus paisible de la ville. A l’heure de la sieste, on se croirait dans une petite cité d’Europe du sud : pas un klaxon, pas un bruit de moteur. Nous découvrons tranquillement cette ville produite par la rencontre de l’Inde et de la France.
 

Et puis… nous profitons de la gastronomie locale un peu particulière pour redécouvrir avec plaisir des saveurs familières : pâtes au fromage, moussaka… et même baguette au petit-déjeuner !

François

jeudi 2 juillet 2009

Les temples Chola

En quittant le Kerala, nous traversons le Tamil Nadu d’Est en Ouest pour rejoindre Pondichéry, l’occasion pour nous de découvrir en chemin les immenses temples hindous érigés par la dynastie des Cholas aux environs du Xème siècle.

Première étape à Madurai, où se trouve le temple Sri Meenakshi. Dès notre arrivée, le vernis technicolor d’une grande tour me saute aux yeux. Je suis aussi surprise que devant le grand Shiva argenté d’Honnavar, sauf que ce temple est bien plus ancien… Il se trouve que nous avons de la chance, le rafraîchissement des peintures qui a lieu tous les 13 ans vient d’être achevé. Nous découvrons l’architecture des temples Chola, une grande enceinte carrée avec quatre portes, surmontées d’immenses pyramides ornées de statues : les gopurams. Dieux et déesses paradent, entourés de leurs gardiens. Certains déploient tous leurs bras, rouges de colère ou verts de rage, d’autres se tiennent assis en lotus levant leur main en signe d’apaisement.

A l’intérieur, un dédale de cours, de couloirs et de grands halls mènent aux deux temples d’or qui abritent le dieu Shiva et son épouse  Parvati. L’excentricité des couleurs a cédé la place au noir uniforme de la pierre, et la lumière extérieure pénètre faiblement à travers les hautes colonnes ornées des légendaires dragons éléphants.

Les statues des nombreuses divinités se dressent de toutes parts, couvertes de poudre ou de vêtements offerts par les fidèles. L’atmosphère est saturée d’encens et de l’odeur du beurre qui brûle aux pieds des idoles.

            François se fait bénir par l’éléphante sacrée

Le soir, nous suivons le cortège qui accompagne Parvati à la demeure de son époux. La déesse est portée par les prêtres au son des instruments et des chants à travers un nuage d’encens. La foule se presse à sa suite et tourne autour du trône arrêté formant une étrange ronde, puis Parvati rejoint Shiva dans son temple. Nous ressortons un peu étourdis.

            La procession nocturne

En arrivant à Tanjore (Thanjavur) devant le temple de Brihadishvara, nous nous laissons surprendre à nouveau… par l’absence de couleurs cette fois : une belle pierre de sable donne une jolie teinte ocre couvre l’ensemble de l’édifice. Ici, pas de grandes portes… l’immensité attend le visiteur à l’intérieur, où un gopuram de 70 mètres se dresse au dessus du temple de Shiva. Cette tour est un chef d’œuvre d’architecture et de sculpture. En écoutant notre guide, on s’imagine le ballet des milliers d’êtres humains à l’œuvre, et des centaines d’éléphants tirant d’énormes chariots de pierres et de sable. Ce « big temple » ainsi que les Anglais l’ont rebaptisé abrite également deux colossales sculptures taillées chacune dans un seul bloc de granit : le lingam qui symbolise la force de Shiva et, face à lui, le taureau Nandi qui lui sert de monture. Shiva est le dieu de la destruction, il anéantit les démons pour purifier ce qui doit l’être. Shiva est considéré comme le plus puissant des Dieux devant Vishnou le protecteur et Brahma le créateur ; ensemble ils forment la trinité hindoue.

            Temple de Tanjore

Le temple Srirangam que nous partons visiter à Trichy (Tiruchirapally) est dédié à Vishnou, le Dieu bleu. Derrière la première porte, surplombée par un gopuram coloré de 73 mètres, nous découvrons une allée bordée de petits commerces en tous genres, des habitations… une véritable petite ville, où profane et sacré se mêlent entre les étales. Ce temple a été édifié au fil des siècles par les Cholas et les dynasties qui ont suivi jusqu’à aujourd’hui. Seuls les hindous pourront franchir la septième enceinte, pour entrer dans le temple d’or où Vishnou se repose. La quatrième enceinte marque l’entrée du sanctuaire, où les commerces s’arrêtent et où on entre pieds nus.

            Temple de Trichy

Notre guide nous mène à travers ce labyrinthe jusqu’à la porte du Paradis ! Quelques contorsions sont nécessaires pour l’apercevoir…

            François tente d’apercevoir la porte du Paradis

Nous admirons les représentations de Vishnou et de sa femme, la belle Lakshmi. Nous croisons en chemin les diverses réincarnations du Dieu, notamment Krishna. Le Don Juan est perché sur son arbre, il attend que les demoiselles dont il a caché les vêtements sortent nues de leur bain... et l’ascèse dans tout ça ?

            Krishna caché dans son arbre

Gabrielle

jeudi 25 juin 2009

Sur la route de Madurai

Le 7 juin, nous quittons Munnar pour Madurai, via Theni. C’est notre premier long trajet en bus depuis l’Iran.

On nous avait conseillé d’attendre le bus au dépôt, pour être sûrs d’avoir des places assises. Plutôt une bonne idée : à son premier arrêt, dans le centre de Munnar, le bus est pris d’assaut par des hommes et se remplit avant même de s’arrêter. Les femmes et les enfants suivent, les plus chanceux rejoignent les sièges réservés par les pères de famille.

Pour notre correspondance à Theni, on nous avait promis des départs pour Madurai toutes les minutes. Pas faux, les bus partent de la station pare-choc contre pare-choc, rapidement remplis par la marée humaine des voyageurs. Nous sommes obligés de forcer la main au jeune contrôleur qui rechigne à nous laisser monter à cause de nos gros sacs (ils prennent de l’espace sans payer leur ticket).
 
Le bus part, bondé. Pas tout à fait sans doute : au fil des arrêts, de nouveaux passagers viennent s’agglutiner dans l’allée centrale. Dans les virages, ces nouveaux venus s’écroulent à moitié sur les passagers assis… Paf ! un sac de mangues vole et heurte ma tête. « Elles n’ont rien » semble me dire la jeune femme souriante qui lutte contre la force centrifuge. Nos sacs à dos, eux, servent sans doute de sièges à l’avant…

Nous sommes assis sur les fauteuils qui donnent sur la porte centrale, très bien placés pour apprécier le spectacle de la montée et la descente dans le bus en marche. Il est tellement plein qu’il déborde, une grappe humaine s’est formée à l’extérieur du bus, accrochée aux barreaux des fenêtres sans vitre. Un des hommes suspendus nous aperçoit. « Hello ! » nous lance son visage rieur. Il entame la conversation, jetant seulement un coup d’œil de temps à autre pour voir si le bus ne passe pas trop près d’un arbre ou d’un poteau de signalisation. Quand il apprend que nous sommes français, il lance un « Oh… » admiratif. « France, no cricket, only football ? ». A peine lui avons-nous répondu que c’est pour lui le moment de descendre, ou plutôt de sauter. Il nous fait de grands signes d’au revoir.

François

- page 1 de 2