Esp'errance

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lundi 30 novembre 2009

Le Cambodge, de retour de l’enfer

Le 13 novembre, nous quittons Battambang pour Phnom Penh, la capitale du Cambodge. Située au confluent du Tonlé Sap et du Mékong, celle qu’on surnommait autrefois la « Perle de l’Asie » a gardé un charme indéniable. De belles rues droites, bordées d’anciennes demeures coloniales, de temples khmers et de restaurants en terrasse, coupent quelques grands et larges boulevards où s’écoule l’essentiel d’une circulation pas encore trop dense.

Nous nous joignons au flot des motos et « tuk-tuks » (ici, une moto tirant une petite charrette) et arpentons Phnom Penh à vélo. Nous avons peine à imaginer que cette ville si vivante était il y a si peu de temps quasi-déserte, à l’abandon, offrant le symbole de la perdition de tout un pays.

            Phnom Penh aujourd’hui

En 1970, la guerre fait rage au Vietnam voisin. Sihanouk, le roi du Cambodge, cherche maladroitement à éviter à son pays d’entrer dans la tourmente qui a déjà contaminé le Laos. Les Américains le jugent trop indulgent avec les partisans vietnamiens qui utilisent la zone frontalière du Cambodge comme base arrière. Ils soutiennent un putsch fomenté par le général Lon Nol pour renverser la monarchie. La répression qui s’abat alors et les bombardements « secrets » mais néanmoins massifs des Américains sur tout l’est du Cambodge contribuent à alimenter une insurrection communiste soutenue par les Nord-vietnamiens : les Khmers rouges.

Le 17 avril 1975, après une guerre civile de 5 ans, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. Ils proclament « l’année 0 » et ordonnent l’évacuation de la capitale : les 2 millions d’habitants que compte alors la ville doivent rejoindre la campagne, à pied, y compris les infirmes. Ce terrible exode fait des milliers de victimes et ne fait qu’annoncer une horreur encore plus grande. Phnom Penh devient une ville fantôme, où ne vit plus qu’une poignée de fidèles du nouveau régime.

            La vie a repris devant le palais royal de Phnom Penh

Nous mettons à profit notre passage dans la capitale cambodgienne pour visiter le musée de Tuol Sleng, situé dans ce qui fut la prison S21. Après la « libération » de la ville, les Khmers rouges transforment cet ancien lycée en un centre de détention et de torture où des dizaines de milliers de Cambodgiens sont torturés puis exécutés. En tout, seuls 7 pensionnaires survivent…

Les Khmers rouges ont méticuleusement constitué des dossiers sur leurs exactions et photographié toutes leurs victimes. Des portraits de détenus ont été exhumés pour être présentés au public. Que nous disent ces visages ? D’un condamné à l’autre, on croit deviner des sourires de défi, des airs déterminés, des regards hébétés, des personnes désespérées, le plus souvent une indicible terreur… Plus loin sont exposées des photos d’enfants, car pour les Khmers rouges il n’y a pas d’âge pour être un « ennemi du peuple ». Aucun ne sourit, leur regard exprime uniformément un profond sentiment d’injustice.

Les Khmers rouges ne prirent pas la peine d’enlever les tableaux noirs de l’ancien lycée reconverti en centre de torture

La « révolution » menée par le tristement célèbre Pol Pot, « frère n°1 » du régime khmer rouge, frappe aussi hors des murs de Tuol Sleng. La population cambodgienne est réduite en esclavage et soumise aux travaux forcés ; la terreur s’abat avec une violence indéfinissable sur tout le pays au nom de « l’Angkar », le parti unique, qui prend valeur de dieu tout puissant. Le Cambodge devient un lieu où la vie ne vaut plus rien, où parler une langue étrangère ou avoir les mains trop propres est passible de la peine de mort, où les condamnés sont exécutés à coup de massue ou par étouffement à l’aide d’un sac plastique, pour économiser les balles, où même les nourrissons peuvent être considérés comme des contre-révolutionnaires et tués à mains nues par des adolescents endoctrinés jusqu’à la folie… Selon les estimations, le massacre fait entre 2 et 3 millions de morts (sur 8 millions de Cambodgiens)… Comment un peuple en arrive-t-il à planifier son propre génocide ? Plus la visite avance et plus les questions s’accumulent.

Lors de notre second passage à Phnom Penh se tient le procès de « Douch », l’ex-responsable de la prison S21. Il demande pardon et réclame la plus haute sanction pour les crimes commis. Dans le musée de Tuol Sleng, nous avons pu lire d’autres témoignages d’anciens Khmers rouges dévoilés au public. La plupart reconnaissent l’horreur des faits, pourtant, par une étrange schizophrénie, beaucoup disent ne rien regretter de leur engagement. Chacun semble se dégager de sa responsabilité sur ses supérieurs et ne rien vouloir assumer. On veut bien croire que les bourreaux eux-mêmes vivaient dans la terreur, toute désobéissance ou même frilosité à l’égard de la doctrine khmer rouge étant punie de mort. Pourtant, un tel carnage n’a-t-il pas nécessairement dû réclamer un minimum de zèle ?…

En 1979, les Vietnamiens, soutenus par l’URSS, envahissent le Cambodge et mettent fin aux agissements des Khmers rouges. Cependant les malheurs des Cambodgiens ne sont pas terminés. La famine frappe un pays complètement désorganisé, et la guerre civile reprend. Cette fois, les Khmers rouges sont discrètement aidés par les Américains (et plus ouvertement par les Chinois). Le Cambodge semble n’être qu’un terrain d’affrontements où les grandes puissances règlent leurs comptes sur le dos des Cambodgiens. La moitié de la population profite du chaos pour fuir le pays, de gigantesques camps de réfugiés sont installés à la frontière thaïlandaise. Les belligérants expérimentent l’utilisation à grande échelle des mines anti-personnelles. Les Vietnamiens se retirent finalement en 1989, mais les mines continuent aujourd’hui à tuer et mutiler davantage que les accidents de la route.

            Scène d’aujourd’hui  dans la campagne cambodgienne

Pol Pot meure en 1998, probablement assassiné par les siens, et la guerre civile prend fin peu de temps après. Depuis, le Cambodge travaille à panser ses plaies avec l’aide de la communauté internationale. De nombreuses ONG travaillent aux quatre coins du pays et aident le Cambodge à renaître peu à peu de ses cendres.

Aujourd’hui, les Cambodgiens cherchent à tourner la page de leur douloureux passé. Chez les anciens, le regard est parfois un peu lourd mais le sourire toujours présent. La vie reprend ses droits et les jeunes générations regardent vers l’avenir, cherchant à oublier le traumatisme de leurs aînés (quelquefois il est vrai au risque de le nier). Dans les campagnes, des enfants radieux accueillent les étrangers avec de grands « hello », parfois agrémentés de naïfs « I love you ». Un regard, une réponse à leurs salutations, et les rires fusent. La paix semble ici plus vivante et davantage fêtée qu’ailleurs, sans doute parce qu’elle est encore neuve et qu’on la sait si fragile et tellement précieuse...

            Sur le lac de Kamping Poy


François

mardi 21 juillet 2009

La Boulangerie, histoire d’un jeune entrepreneur

Nous profitons de la fraîcheur du hall d’un hôtel de luxe de Chennai, où se trouve… une boulangerie à la française, qui offre à nos regards d’appétissantes pâtisseries ainsi qu’un assortiment de petits pains et de belles baguettes. Insolite ? Nous sommes venus rencontrer Alexis de Ducla, le jeune entrepreneur français qui a ouvert cette boutique au cours d’une aventure un peu particulière…

Alors qu’Alexis se prépare à entrer en école de commerce et imagine déjà sa carrière dans la finance, il fait une rencontre déterminante qui bouleverse tous ses plans. Le Père Ceyrac, très actif auprès des pauvres en Inde, est venu faire une conférence sur la cause des dalits dans le lycée d’Alexis. Ce dernier n’y assiste pas, préférant prendre une pause dans un café voisin. Le destin est parfois tenace car c’est justement là qu’ils font connaissance. Le Père Ceyrac a la conviction qu’Alexis a les qualités de cœur et d’esprit pour l’aider dans son combat contre la pauvreté et l’invite à venir en Inde. Dès le lendemain, Alexis prend ses billets d’avion. Puis, il organise des évènements culturels pour récolter des fonds avant son départ. Quelques mois plus tard, il est à Madurai, dans le Tamil Nadu, où il travaille deux mois dans une association fondée par le Père Ceyrac. Il attrape le virus…
                                  Rencontre avec le Père Ceyrac

A son retour, il intègre l’ESSEC, une prestigieuse école de commerce française, où il choisit une spécialisation en entreprenariat social. Son cursus lui permet de retourner régulièrement en Inde durant 5 ans, alternant les périodes de cours et les séjours à Madurai. Pendant cette période, il travaille avec une association qui soutient les dalits dans les villages en leur offrant éducation et formations professionnelles. Il y rencontre un boulanger français venu enseigner son métier. Il a alors l’idée d’ouvrir une « boulangerie-école » à Chennai pour former des jeunes de milieux défavorisés et leur permettre de trouver un emploi dans la restauration de luxe. Les profits des ventes de la boulangerie devront permettre de financer le fonctionnement de l’école. L’aventure est lancée. Il crée une association et trouve des financements pour démarrer son projet. Il a l’occasion de mettre en pratique les connaissances acquises durant ses études et de créer une structure dans laquelle le profit n’est pas une fin, mais un moyen au service d’un objectif social.
 
En 2006, La Boulangerie voit le jour. L’encadrement est constitué d’un chef boulanger et de six employés, pour une capacité d’accueil de 24 apprentis par an, formés en alternance. Ceux-ci sont recrutés sur des critères de pauvreté et de motivation. Ils sont nourris, logés, blanchis et reçoivent un salaire pour les aider à démarrer leur vie professionnelle une fois la formation terminée. Les deux premières années se déroulent avec succès, La Boulangerie s’autofinance à 50%. Malheureusement la crise survient, et les fonds se tarissent. Alexis tente de redresser la barre en augmentant le taux d’autofinancement, mais le suivi de l’école en pâtit. Se rendant compte des limites de son modèle, il limite le nombre d’inscriptions en 2008, avant de fermer l’école à la rentrée 2009. Cela lui permet de finir sur un bilan positif : sur 35 apprentis formés, 30 ont déjà un emploi, et il accompagne les derniers dans leur recherche.
                                  Alexis de Ducla et un des employés de La Boulangerie

Alexis ne se décourage pas, et part visiter de nombreuses associations à travers l’Inde pour étudier leur fonctionnement et comprendre leurs points forts. Il constate que les organisations qui marchent sont celles qui adoptent des règles claires et cohérentes, sans « romantiser la misère » selon l’expression d’un de ses mentors. La plupart des formations proposées sont payantes, et cela leur donne de la valeur aux yeux de ceux qui investissent pour les suivre. Alexis cite l’exemple d’une de ces organisations qui propose des formations ultra spécialisées, sur 3 mois, à un rythme intensif. Le responsable part du principe que les pauvres n’ont pas les moyens de rester plus longtemps sans travail et doivent pouvoir rentabiliser rapidement leur formation.

Alexis réfléchit à présent à un nouveau projet, où il pourra mettre à profit l’expérience acquise. Il s’est détourné d’une carrière classique pour mettre ses talents au service de ce en quoi il croit. Nous lui souhaitons d’être de ceux qui inventent et ouvrent le chemin de l’entreprenariat social, qui redonne la priorité aux valeurs humaines.

Gabrielle

samedi 11 juillet 2009

Auroville

Un joli coin de nature et de calme, à l’ombre d’une vaste forêt… Des véhicules électriques roulent sans bruit sur des routes éclairées par des lampadaires solaires. Des bâtiments aux formes curieuses émergent ça et la au milieu de la verdure. Les restaurants servent de délicieux repas cuisinés avec les produits bios des fermes environnantes. En tendant l’oreille, on peut entendre les notes cristallines d’un piège à vent… et pour bien commencer la journée, on pratique le yoga ou la méditation.

Nous avons découvert Auroville un peu par hasard. Ce nom nous évoquait vaguement les hippies, une certaine utopie… mais la description enthousiaste du Guide du Routard a attisé notre curiosité.

Nous arrivons à Repos Beach, ainsi nommé pour son emplacement en bord de mer à 8 kilomètres du centre d’Auroville. Nous prenons nos quartiers dans une petite hutte aérienne en palme de coco, ouverte aux quatre vents grâce à un ingénieux système de ventilation naturelle bien appréciable.

           Lever de soleil sur Repos Beach

Il est d’usage de se déplacer à vélo ou en moto, nous choisissons cette deuxième option pour explorer le vaste espace sur lequel se déploie Auroville. Pas de clôture, pas de portail d’entrée, le site est complètement ouvert et intégré aux villages tamouls environnants. Nous commençons par nous rendre au centre spécialement dédié aux visiteurs. Une exposition nous permet d’en savoir un peu plus.

Auroville est une « cité universelle en construction ». Cette utopie est née dans les années 1960 de l’influence du philosophe indien Sri Aurobindo, et de l’élan donné par la Mère, une française qui l’a rejoint à Pondichéry en 1914. Depuis plus de 40 ans (le premier coup de pioche fut donné en février 1968), une poignée d’hommes et de femmes de tous les continents se joignent pour réaliser le rêve d’une humanité unifiée. La ville se bâtit doucement sur le plan d’une galaxie, pour accueillir à terme 50 000 habitants.

                         Le plan original de la galaxie en forme de galaxie (image www.auroville.org)

Les premiers Aurovilliens ont commencé par rendre fertile la terre qui leur a été confiée : de nombreux barrages ont été construits pour collecter l’eau de pluie et empêcher l’érosion des sols, et plus de 2 millions d’arbres ont été plantés… Le plateau aride et crevassé d’origine est devenu une magnifique forêt, où les nombreuses espèces d’arbres abritent une faune et une flore de plus en plus diversifiées.

Dans l’optique de réaliser une cité idéale, où l’homme vivrait en harmonie avec son environnement, les Aurovilliens sont aussi des pionniers des énergies alternatives. Dès les débuts du projet, Auroville mise sur le vent et le soleil pour son approvisionnement électrique. Des moyens de transport hybrides sont utilisés ou en projet pour réduire au maximum les émissions de CO2. Les compétences des Aurovilliens dans les domaines de la reforestation et de l’énergie solaire sont reconnues et sollicitées dans toute l’Inde et au-delà.

Tous ces projets sont menés au sein de différentes unités de travail, où chacun s’investit selon ses aptitudes et ses goûts personnels. Le travail est avant tout compris comme une source d’épanouissement pour l’individu, en même temps qu’un service pour la communauté. Ainsi, l’éducation, la santé, la culture et de nombreux autres services sont gratuits pour tous les Aurovilliens. Ce système réduit au minimum la circulation de l’argent, qui à l’origine devait être bannie d’Auroville. Pour l’instant, chacun reçoit un revenu pour couvrir ses besoins sur une base égalitaire. Selon la Mère, à un plus grand talent doit correspondre une plus grande responsabilité, et non de plus grands privilèges. L’absence de propriété est la règle. On comprend alors que devenir Aurovillien est un choix de vie qui engage sur le long terme.

            Gabrielle devant le pavillon tibétain, inauguré en 2008 par le Dalaï Lama

Le cœur de la ville abrite la plus belle des réalisations aurovilliennes, fruit du travail colossal des premiers arrivants : le Matrimandir. Cette construction harmonieuse toute en rondeurs et en symboles est le centre de méditation des Aurovilliens, le lieu où ils viennent se ressourcer. Le monument est impressionnant et surréaliste.

A côté se trouve l’amphithéâtre où se réunissent les citoyens lors de séances de méditations collectives. En son centre sont enterrées la charte de la cité et de la terre provenant des 124 différents pays qui constituaient l’UNESCO lors de la fondation de la cité. Le projet a reçu dès le départ le soutien de cette agence de l’ONU et du gouvernement indien. C’était un temps où l’humanité rêvait sans honte à un avenir meilleur et tentait de le construire…

           Le Matrimandir

Cette « unité dans la diversité » est rendue possible par le partage d’une spiritualité commune. Il ne s’agit pas d’une religion, les Aurovilliens n’ont pas de chef spirituel, mais ils se retrouvent autour de la pratique du « yoga intégral » développée par Sri Aurobindo. Celle-ci doit permettre à chacun de trouver l’harmonie en soi et avec les autres, et d’accéder à la vérité en se libérant de la tyrannie de l’ego. Sans doute est-ce cette philosophie qui a donné la force à un si petit nombre de réaliser un si grand projet.

Aujourd’hui Auroville est peuplée de 2090 Aurovilliens (dont à peu près 1 tiers d’Indiens et 1 tiers d’Européens). Environ 100 nouveaux arrivants rejoignent la ville chaque année. Le phénomène a tendance à s’accélérer et la communauté doit faire face à une « crise du logement » en concentrant son énergie sur la construction d’habitations. Dans le hall de la mairie, sont affichés des articles sur différents systèmes de transport en commun. Ils témoignent de la vision à long terme des Aurovilliens et de leur foi en leur projet. L’utopie se construit lentement, sur plusieurs vies d’homme…

Gabrielle et François


Pour en savoir plus, consultez le site Internet d’Auroville : www.auroville.org

dimanche 21 juin 2009

Retour en Iran

Nous avons pris connaissance des évènements qui secouent actuellement l’Iran, où nous étions encore il y a moins de deux mois.

Nous pensons à toutes ces personnes qui nous ont accueillis si chaleureusement et fait découvrir une facette de leur pays absente des diverses propagandes. Nous leur souhaitons de pouvoir choisir leur destin librement et dans la paix.

Gabrielle et François

samedi 21 mars 2009

Visite de la maternelle de Metzamor

Metzamor est une petite ville située à une vingtaine de kilomètres d’Erevan. Nous nous y rendons avec Karine et Lamara de l’association « Children Rights Protection Charity Fund » pour visiter l’école maternelle qu’elles soutiennent dans le cadre de leurs activités sociales d’aide à l’enfance.

Nous les avons suivies sans vraiment savoir ce que nous allions voir. Nous pénétrons dans un quartier peu attrayant, où se dressent de grands immeubles tristes et en mauvais état. Je m’apprête à prendre en photo un ancien jardin d’enfants avec son tourniquet tout rouillé quand la voiture s’arrête. Je comprends que nous sommes arrivés devant la cour de l’école…

La directrice nous attend. Cette femme dirige l’école depuis vingt ans, et l’a vu péricliter au fil des années. Elle nous raconte avec nostalgie l’époque florissante de la maternelle au temps de l’Union Soviétique, quand la centrale nucléaire toute proche finançait l’école.

Rien à voir avec le bâtiment humide et froid dans lequel nous entrons. Les travaux des enfants sont suspendus entre des pans de plâtres moisis. L’association avait pourtant financé la rénovation de la toiture, mais la réalisation des travaux était sous la responsabilité du maire qui n’en a fait que la moitié… Les gros radiateurs ne sont rattachés à aucune conduite... Dans ces conditions, impossible d’accueillir les enfants plus de 6 mois dans l’année.

Nous sommes au mois de mars, les parents réclament l’ouverture de la maternelle, mais la directrice regrette qu’aucun d’eux ne propose son aide, même parmi ceux qui sont sans emploi.

Cette visite n’est pas réjouissante, pas de solution immédiate en perspective. Nous avons sous les yeux une des conséquences d’une société en panne suite à la chute de l’Union Soviétique. Un système s’est effondré brusquement sans rien pour le remplacer. Ni l’Etat, ni les parents ne prennent le relais de la centrale à Metsamor.

Nous comprenons qu’un des rôles clés des associations en Arménie est justement de pallier au déficit des services publics. Le renfort bénévole qu’apportent ces associations à l’Etat est un investissement essentiel pour l’avenir.

Gabrielle

mardi 27 janvier 2009

Invitation au voyage

 

Premier billet… premiers mots pour vous donner envie de nous suivre dans notre aventure, vous emmener, au fil d’un périple d’un an à travers l’Asie, à la rencontre de personnes qui ont un point commun : l’envie d’agir face aux problèmes qui les entourent, et le courage d’essayer.

 

A côté du flot de nouvelles alarmantes et décourageantes sur l’état du monde, leurs réponses aux grands défis de notre époque sont porteuses d’espoir. En alliant l’efficacité au respect de l’homme et de son environnement, ces solutions concrètes prouvent que des alternatives existent pour construire un monde plus solidaire et plus juste.

 

Dans tous les pays et quelles que soient leurs origines, ces hommes et ces femmes ont un jour décidé d’agir avec les moyens dont ils disposaient, modestes ou conséquents, et ce en dépit de contextes parfois difficiles.

 

Ces « porteurs d’espoir » nous interpellent. Ils nous montrent qu’il n’y a pas un profil unique, ni une seule façon de faire bouger les choses. En revanche, ils semblent tous animés par un même état d’esprit.

Qu’est-ce qui a poussé toutes ces personnes si différentes à mettre leur énergie au service de l’intérêt général ?

Quels sont les ingrédients essentiels pour qu’une action porte ses fruits ?

 

Nous souhaitons leur rendre hommage et faire connaître leurs initiatives à travers notre site. Nous espérons que notre témoignage aura des retombées positives pour eux et leur donnera des moyens supplémentaires de poursuivre leur action.

 

Notre projet est né d’un désir de partir explorer le monde, à la rencontre de ses habitants, en nous laissant le temps de la découverte. Nous avons voulu que ce voyage ait un sens et qu’il puisse être utile à nous et à d’autres. Nous mènerons cette aventure avec nos envies, nos convictions, et nos faiblesses aussi, sans doute.

 

En mettant en lumière toute la diversité des initiatives existantes et de ceux qui les font vivre, nous voulons donner à chacun la possibilité de trouver à s’identifier, et de croire en sa capacité d’agir. Si par leur exemple ces « porteurs d’espoir » peuvent transmettre à certains l’envie et le courage d’essayer, nous aurons réussi notre voyage. 

 

« Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » a dit un jour Victor Hugo. 


 

Gabrielle et François