Depuis Vientiane, nous reprenons la route vers Luang Prabang au nord du
Laos. A mi-chemin, nous faisons étape à Phoudindaeng à 3 kilomètres au nord de
Vang Vieng pour visiter la ferme biologique fondée en 1996 par
Solangkoun Thanongsi, alias Monsieur Thé.
Après avoir travaillé pendant 20 ans au Département des Eaux et Forêts,
Solangkoun Thanongsi a acquis une vaste expérience de la gestion de
l’environnement. Il s’émerveille des richesses naturelles dont bénéficie son
pays : sa terre fertile, ses forêts millénaires, ses rivières gorgées de
poissons… Depuis des générations, les habitants jouissent d’une grande qualité
de vie grâce aux ressources abondantes à portée de leurs mains. Cependant, il
s’alarme des orientations politiques prises au fil des ans qui menacent
ce précieux capital : pour favoriser les investissements étrangers, le
gouvernement favorise l’acquisition par de grands groupes de vastes terrains.
Des hectares de forêts sont sacrifiés. Les paysans qui cèdent à l’appât d’un
gain immédiat revendent à prix fort leurs terres familiales. A la place des
arbres centenaires et de nombreuses cultures diversifiées, se mettent en place
d’immenses exploitations de monoculture intensive, notamment l’hévéa (l’arbre à
caoutchouc) très prisé par les Chinois. Ces exploitations utilisent nombre de
pesticides et d’engrais qui polluent les rivières et les terres alentours,
d’autant que les paysans devenus salariés emportent chez eux les surplus pour
les utiliser dans leurs jardins… Certains sont contraints de partir gonfler la
population des villes pour trouver du travail, pour eux c’en est fini de la
douceur de vivre…
Solangkoun Thanongsi, alias Monsieur Thé
Pour agir face à ces évolutions désastreuses, Solangkoun Thanongsi quitte son
poste et se met au service d’ONGs de défense de l’environnement comme WWF. En
1996, il retourne dans son village natal à Phoudindaeng où il crée sa propre
ferme pour poursuivre le combat à la source. Il veut montrer par l’exemple les
bienfaits et l’efficacité d’une agriculture diversifiée qui allie le bon sens
des méthodes traditionnelles et la maîtrise des techniques modernes dans le
respect de l’environnement. En agissant sur son propre terrain, il a toute
liberté pour tenter des expériences et développer des savoirs utiles à
tous.
Les premiers pas sont difficiles, les villageois ne comprennent pas la démarche
de cet homme éduqué et sa volonté de revenir travailler la terre. Ils se
méfient de lui. On lui octroie un terrain peu convoité au sol lourd et
argileux. La famille de Monsieur Thé n’est guère favorable non plus à cette
reconversion. Elle finit par le rejoindre trois ans plus tard une fois que la
maison est achevée et que l’exploitation est lancée sur de bons rails.
Outre la production de fruits et de légumes bio, le premier projet de
développement de Solangkoun Thanongsi est la production de soie
artisanale. Autrefois réputée, la soie artisanale de Vang Vieng se raréfie
faute de demande des tisserands qui lui préfèrent la soie industrielle plus
lisse et régulière. Traditionnellement, le fil de soie est obtenu à partir de
cocons de vers à soie qu’on nourrit avec des feuilles de mûriers. Solangkoun
Thanongsi en plante 12 000 pieds sur près de 2 hectares. Prendre soin des
arbres, les tailler, élever et nourrir les vers à soie, traiter les cocons,
filer la soie… il faut compter cent jours de travail pour obtenir un kilogramme
de soie ! Cette production permet d’embaucher 8 personnes, notamment des
Hmongs, afin de favoriser l’intégration de cette ethnie minoritaire mal perçue
au Laos. Cependant, avec un prix de vente n’excédant pas 10€ par kilogramme de
soie, il faut trouver de nouvelles idées pour faire vivre la ferme et conserver
la production de la soie.
En faisant sécher les feuilles de mûrier, on obtient un thé apprécié à la fois
pour son goût et ses propriétés curatives. Or, il se vend sur le marché
au même prix que la soie pour un coût de revient nettement inférieur. La ferme
se lance dans la production et Solangkoun Thanongsi devient connu sous le nom
de Monsieur Thé. Pour continuer à diversifier les activités de la ferme, il
développe également des cultures d’herbes médicinales et de semences
recherchées comme la graine d’asperge.
Mûriers
En 2001, Monsieur Thé se lance dans une nouvelle aventure, il devient le
premier de sa région à fabriquer du fromage de chèvre et même à savoir traire
des chèvres ! Il n’est pas dans les habitudes des Laotiens de traire les
animaux, ils n’utilisent que du lait importé, en poudre ou concentré.
L’histoire commence avec la complicité d’un jeune volontaire belge agriculteur
de métier. Constatant qu’il reste des feuilles de mûriers non utilisées, il
éveille l’intérêt de Monsieur Thé en lui parlant d’une expérience réalisée en
Bolivie : en nourrissant des vaches avec des feuilles de mûrier pour 30% de
leur alimentation, on obtient du lait de meilleure qualité sans avoir
besoin d’ajouter d’autres produits chimiques. Pour que Monsieur Thé puisse
tenter l’expérience, le jeune homme décide de lui offrir son troupeau de
chèvres qu’il envoie par avion ! Pour les accueillir dans les meilleures
conditions possibles, Monsieur Thé construit une bergerie sur pilotis afin que
les nouvelles venues (d’origine pyrénéenne) n’aient pas trop chaud et qu’elles
vivent proprement. Les excréments sont directement récupérés à l’étage
inférieur pour enrichir le compost que Monsieur Thé obtient en 3 à 6 mois à
partir d’un mélange de paille, de feuilles, d’écorce de riz et de solution
biologique. Il s’y développe de nombreux vers de terre qui constituent
eux-mêmes une nourriture excellente pour les poules et leurs poussins.
La bergerie sur pilotis
Dès l’origine, de nombreux volontaires viennent participer aux travaux de la
ferme à la fois pour aider et apprendre. Dans cette perspective d’échange,
Monsieur Thé offre gîte et couvert aux bénévoles. Mais la présence des
étrangers à la ferme renforce la suspicion des autorités locales quant aux
activités qui se déroulent dans cette drôle de communauté. La création d’une
maison d’hôtes permet d’officialiser l’accueil des visiteurs, avec une
conséquence positive : désormais la ferme est ouverte à tous ceux qui,
volontaires ou non, souhaitent découvrir et soutenir l’initiative de Monsieur
Thé. Par la suite, un restaurant ouvre avec à la carte de délicieux milk-shakes
à la mûre et des plats à base de produits biologiques issus de la ferme.
Monsieur Thé conseille une jeune volontaire suisse
Monsieur Thé inscrit son projet dans la perspective plus large d’un
développement économique et social profitable à tous. Il organise de
nombreux ateliers de formation pour apprendre aux paysans des environs
les méthodes d’agriculture biologique qu’il applique sur son domaine.
Simples, peu coûteuses et douces pour la nature, elles offrent aux agriculteurs
des alternatives pour sortir d’une dépendance accrue vis-à-vis des vendeurs de
substances chimiques et améliorer les rendements de leur terre tout en la
préservant. Par ailleurs, Monsieur Thé s’attache à favoriser l’éducation des
plus jeunes. Il commence par réunir des fonds pour offrir une scolarité à des
jeunes orphelins ou issus de familles en difficulté. Certains suivent des
formations professionnelles et les plus motivés parviennent jusqu’à
l’université. En 2007, avec le soutien de l’ONG AVAN (Asian Volunteer Action
Network), l’achat d’un bus permet d’organiser le ramassage scolaire des enfants
de Phoudindaeng afin qu’ils puissent se rendre en toute sécurité dans les
écoles situées dans les villages voisins. La prochaine étape est d’ouvrir une
école maternelle à Phoudindaeng même. La ferme a déjà participé à la
construction du bâtiment qui lui est destiné.
Sous nos yeux, les rangées de mûriers, les potagers parsemés de pousses vertes,
les caramboles, les fleurs d’hibiscus, le bois de rose, l’élevage des chèvres…
témoignent de 14 ans d’un travail sans relâche pour créer un univers harmonieux
qui donne envie à d’autres de suivre le chemin ouvert.
Cependant, il y a un an, une ombre vient se glisser au tableau. Depuis quelques
temps, Vang Vieng est connue d’une jeune clientèle occidentale en mal de
divertissement pour son activité de « tubing ». Les participants se laissent
glisser au fil de la rivière Nam Song sur une grande bouée, s’arrêtant à
intervalles réguliers dans les nombreux bars sur pilotis qui jonchent le
parcours et proposent alcool, drogues et décibels. L’année dernière, le
parcours a été étendu et de nouveaux bars ont été construits à 200 mètres de la
ferme. Tous les jours, de 13 heures à 18 heures, les enceintes des différents
établissements se mettent à cracher une pollution sonore effroyable que
subissent tous les habitants de cette magnifique vallée. Deux visions du monde
s’affrontent dans le même village. Déjà affectés par les pesticides, les
vers à soie n’ont pas résisté au vacarme et en sont morts, entraînant l’arrêt
de la production de soie.
Au bord de la rivière Nam Song
Bien que le moral des troupes soit affecté, le combat se poursuit et toute
l’équipe se mobilise pour faire vivre la ferme et ses projets, avec l’aide des
volontaires. Lors de notre visite, nous rencontrons un groupe de jeunes occupés
à construire une maison en briques de terre. Monsieur Thé s’est formé à cette
technique afin de proposer une alternative à la construction traditionnelle en
bois dont la ressource se tarit au nord du Laos. La méthode a les avantages
d’être naturelle, simple à mettre en œuvre et peu onéreuse car le matériau de
base, l’argile, abonde dans les sols. Lorsqu’ il construit chez lui la première
maison de terre du village, d’autres habitants convaincus viennent se former,
la technique se répand. Les volontaires rivalisent de créativité et
d’ingéniosité pour réaliser les nouveaux logements en brique de terre au sein
de la ferme. Dans le calme du matin, l’ambiance est joyeuse et pleine
d’entrain.
Maisons en briques de terre, place à la créativité
La ferme est soutenue par nombre de bonnes volontés de Phoudindaeng comme de
l’étranger qui aiment ce petit bout de terre et l’exemple qui y est donné. Au
pied de superbes montagnes, au bord de la rivière, monsieur Thé développe des
techniques simples, économiques et respectueuses de l’environnement pour les
transmettre autour de lui. Il cultive patiemment l’harmonie et la sérénité, le
savoir et la santé, pour un bien-être accessible à tous.
Comment les aider ?
Monsieur Thé accueille toujours les volontaires avec plaisir quelques jours,
quelques semaines ou quelques mois selon les projets de chacun.
Venir à Phoudindaeng séjourner dans la maison d’hôtes, goûter les spécialités
du restaurant, acheter les produits de la ferme sont également un précieux
soutien qui allie l’utile à l’agréable.
Les dons financiers sont également les bienvenus pour poursuivre les projets de
développement à Phoudindaeng et dans les villages environnants.
Contacts
Thanongsi Solangkoun
Vangviang Organic Farm
PO Box 253, Vang Vieng, Laos
Téléphone : + 856 23 511 220
E-mail : suanmone@hotmail.com
Site Internet : http://www.laofarm.org/
Gabrielle
Les porteurs d'espoir
mardi 12 janvier 2010
VangViang Organic Farm
Par Gabrielle le mardi 12 janvier 2010, 09:24
vendredi 1 janvier 2010
Chamroeun
Par Gabrielle le vendredi 1 janvier 2010, 12:58
Nous profitons de notre séjour à Pnohm Penh, la capitale du Cambodge, pour
nous rendre dans une banque pas comme les autres : Chamroeun, une
institution de micro-finance (IMF).
Logo de Chamroeun
La micro-finance se développe dans les années 70 pour combler le fossé qui sépare les banques classiques des populations pauvres, notamment dans les pays en développement. A leurs yeux, les millions de personnes qui vivent avec une poignée de dollars par jour ne seront jamais des clients fiables, ni rentables. De plus, ces grandes institutions n’ont ni la structure ni les services adaptés à des populations peu éduquées, vivant dans les campagnes reculées ou dans les quartiers oubliés des grandes villes. D’ailleurs, parmi ceux qui connaissent l’existence des banques, beaucoup s’en méfient. Ils appartiennent à des mondes différents.
Pourtant, la plupart de ces personnes ont besoin des services bancaires. Le travail salarié reste minoritaire et les pauvres doivent créer leur propre activité pour subvenir à leurs besoins. Ils représentent une multitude de petits entrepreneurs et entrepreneuses ; certains cultivent des légumes sur un carré de terre, d’autres réparent des mobylettes aux abords des marchés ou font de la vente ambulante de fruits, de vêtements… Dans toute entreprise, l’accès au prêt permet de compenser le décalage temporel entre les dépenses d’investissement et les revenus engendrés par la suite. L’impossibilité d’emprunter accentue la situation précaire de ces micro-entreprises. Pour acheter un peu de matériel, des graines à semer, des légumes à revendre, les exclus du système bancaire sont souvent contraints de se tourner vers des usuriers qui prêtent à des taux exorbitants de 15 à 20% par mois. Au moindre imprévu (mauvaise récolte, invendus, maladie…), le remboursement devient impossible et la spirale de l’endettement s’enclenche, aggravant la situation des familles prises au piège.
Les IMF ont pour mission de faciliter l’accès des plus pauvres aux services financiers afin qu’ils puissent pérenniser une petite activité et mieux faire face aux aléas de la vie. Les excellents taux de remboursement obtenus par certaines IMF prouvent la solvabilité des clients pauvres à condition de savoir adapter son organisation et son offre à leur situation.
Quartier défavorisé de Pnohm Penh
Frank Renaudin crée l’ONG « Entrepreneurs du Monde » en 1998 pour accompagner la création et le développement de programmes de micro-finance à travers le monde. Il s’attache à toujours donner la priorité à ceux qui se trouvent au plus bas de l’échelle. Après étude, Entrepreneurs du Monde s’aperçoit qu’au Cambodge aucune structure ne s’adresse encore aux plus pauvres en milieu urbain, considérés comme une population particulièrement risquée. Ces personnes sont la plupart du temps des déracinés qui ont afflué des campagnes vers Pnohm Penh et les grandes villes dans l’espoir de trouver du travail. Ils s’installent comme ils peuvent, dans des habitats souvent très précaires. Ils n’ont donc aucune garantie à offrir face à un organisme de prêt, d’autant qu’ils peuvent disparaître sans laisser de trace s’ils décident de rentrer dans leur village.
Chamroeun (« Progrès », en khmer) est fondée en mars 2006 pour aider les démunis des grandes villes du Cambodge à avoir accès aux services financiers. Nous rencontrons Grégoire Héaulme d'Entrepreneurs du Monde qui a supervisé le lancement de la jeune IMF. Il nous présente la structure et les services qui ont été conçus pour permettre à Chamroeun de réussir sa mission sociale tout en étant financièrement performante.
Chamroeun mise sur la qualité des relations qu’elle met en place avec ses bénéficiaires. Pour être proche de ceux qu’elle veut aider, elle privilégie l’ouverture de plusieurs petites agences à taille humaine, dont 7 à Phnom Penh et ses environs. Elles se situent notamment aux abords des marchés où gravitent nombre de petits travailleurs et revendeurs de rue en situation précaire. Toute la journée, les agents de terrain circulent dans le marché, expliquent les principes de la micro-finance aux intéressés, rendent visite aux familles des bénéficiaires. Peu à peu, l’agence s’intègre dans le tissu social de la communauté où elle s’est établie.
Marché proche d’une agence à Phnom Penh
Les prêts sont octroyés de façon progressive, et n’excèdent jamais 100$ (70€) pour une première demande. Cela permet à l’IMF d’apprendre à connaître son nouveau client et à celui-ci de ne pas prendre un risque d’endettement trop grand. Un nouveau prêt plus important est accordé lorsque le premier est remboursé, les montants peuvent aller jusqu’à 300$ (200€).
Pour obtenir un premier prêt auprès de Chamroeun, l’intéressé remplit un dossier de demande de prêt. Les premières données concernent la famille afin d’évaluer les revenus et les dépenses du foyer et de mesurer la capacité maximum de remboursement fixée à 33% du revenu net. Ensuite, le demandeur décrit l’objet de l’activité existante ou en création et évalue l’impact attendu du prêt sur l’évolution de son activité dans les mois à venir. Les agents de terrain mènent alors deux enquêtes d’investigation, dans la famille et sur le lieu de travail, pour vérifier la cohérence et la véracité des informations. Cette étape essentielle permet d’approfondir l’étude de l’activité avec le demandeur et, éventuellement, de procéder à des corrections avant la présentation du dossier devant le comité de crédit. Si le prêt est accordé, le contrat est signé à l’issue d’une formation en gestion obligatoire et gratuite. Les règles précises contenues dans ce processus sont autant de garde-fous pour garantir le succès de l’opération à la fois pour le client et pour Chamroeun.
Agence Chamroeun à Phnom Penh
Deux agents de Chamroeun nous emmènent à la rencontre de leurs bénéficiaires. A l’arrière de leur mobylette, nous nous enfonçons toujours plus à travers des quartiers pauvres de Phnom Penh. Dans une ruelle bordée d’habitations en matériaux de récupération, nous arrivons chez Soeurk Sreymoune. Cette jeune femme nous reçoit entourée de ses trois enfants et de sa mère. Son mari est parti vendre des fruits frais qu’il transporte dans un chariot ambulant. Avec les prêts successifs qu’ils ont souscrits auprès de Chamroeun, ils ont pu acheter un deuxième chariot afin de travailler tous les deux. Grâce à cela, ils parviennent à procurer la nourriture quotidienne de la famille. Aucun projet plus durable ne peut être envisagé pour l’instant. Nous voyons à quel point sortir de la pauvreté est un exercice long et périlleux qui exige un courage et une patience infinie.
Soeurk Sreymoune, bénéficiaire Chamroeun
Quelques rues plus loin, nous entrons dans une des petites maisons en dur qui bordent le marché du quartier. Song Mom est veuve et demeure ici avec ses 3 enfants. Elle a ouvert devant chez elle un petit comptoir de restauration pour les travailleurs du marché qui viennent essentiellement le matin avant 10h boire un café et avaler une soupe aux nouilles. Elle a besoin d’emprunter pour acheter son stock au marché central. Auparavant, elle devait passer par des usuriers et les intérêts de plus de 15% par mois grevaient fortement sa marge. Avec les taux de 4% par mois proposés par Chamroeun, les fins de mois sont moins difficiles.
Les taux d’intérêt en micro-finance restent chers par rapport à ceux des banques traditionelles car les petits prêts génèrent nettement moins d’intérêt que les gros pour des coûts fixes similaires à ceux d’un établissement classique : frais de structure, salaires des agents, coût de traitement du dossier… Les IMF sont soutenues lors de leur lancement mais cherchent ensuite à atteindre l’autonomie financière qui récompense une gestion efficace. Créée en 2006, Chamroeun atteint à ce jour 75% d’autofinancement et vise l’autosuffisance pour 2010.
Song Mom, bénéficiaire Chamroeun
Les personnes à qui s’adresse Chamroeun sont le plus souvent dans l’incapacité de fournir la garantie physique qui conditionne l’octroi d’un prêt. Même s’ils sont propriétaires d’un bout de terrain ou d’une petite habitation, ils ne veulent pas risquer de les voir saisis. Certaines IMF demandent une garantie des autorités locales mais cela peut engendrer un surcoût pour l’emprunteur en raison de la corruption. Chamroeun choisit de demander plutôt l’engagement d’un garant extérieur à la famille nucléaire. De plus, pour justifier un minimum d’attache, le demandeur ou le garant doit être propriétaire de l’endroit où il vit (qui ne sera pas saisi en cas de retard de remboursement). Pour ceux qui ne peuvent pas non plus fournir ce type de garantie, Chamroeun propose un autre type de prêt avec des montants plus limités et des échéances de remboursement plus rapprochées.
Chamroeun n’accorde que des prêts destinés à la création ou au développement d’activités. Cependant, un prêt d’urgence existe pour les familles déjà bénéficiaires en cas de problèmes graves (maladie, incendie…) qui autrement détruiraient des années d’effort et de travail en quelques instants.
Pour accroître les chances de réussite de ses bénéficiaires, Chamroeun encourage la constitution d’une épargne rémunérée, plus en sécurité sur un livret que dans un bas de laine. Une assurance santé est également proposée, les problèmes de santé étant la principale cause d’échec de ses clients.
L’accompagnement est également essentiel pour que le prêt aide réellement le bénéficiaire à réussir ce qu’il entreprend. A l’agence, un travailleur social assure une permanence chaque jour pour recevoir et écouter les familles qui ont des difficultés particulières. Par ailleurs, Chamroeun offre tout un volet de formations pour apprendre les bases de la gestion ou découvrir un nouveau métier. Grâce aux bénéficiaires qui acceptent de partager leurs savoir-faire en cuisine, artisanat et autre, une cinquantaine de « modules métiers » sont proposés. Des formations plus générales sont également organisées pour sensibiliser les gens concernant leurs droits, l’éducation ou la santé. Ce sont autant d’occasions de créer des échanges et de la convivialité au sein de la communauté.
Chaque année se tient une assemblée au cours de laquelle les bénéficiaires élisent leurs représentants. A cette occasion, ils participent à des discussions et des enquêtes qui fournissent à Chamroeun un retour précieux pour continuer à progresser.
Agents de Chamroeun
Toutes ces initiatives permettent de créer un climat de confiance comme l’atteste la fidélité des bénéficiaires. De même, le travail réalisé par Chamroeun est récompensé par les excellents taux de remboursement qui atteignent 99% sur un ensemble de 10 000 bénéficiaires ! En trois ans, Chamroeun est devenue une institution de micro-finance indépendante et 100% khmère où travaillent 65 personnes. Cette équipe jeune et qualifiée est motivée par la mission sociale de Chamroeun. Ils œuvrent dans le sens d’une micro-finance éthique qui soutient les plus démunis dans ce qu’ils entreprennent pour améliorer leur existence.
Comment les aider ?
Vous pouvez contacter Entrepreneurs du Monde pour adresser un don (défiscalisé) par chèque ou par virement directement sur leur site Internet (http://www.entrepreneursdumonde.org/versement.php). Les propositions de volontariat sont également les bienvenues.
Il est possible d’aider directement les bénéficiaires de Chamroeun et Entrepreneurs du Monde via le site Internet www.babyloan.org . Grâce à Babyloan, chacun peut devenir prêteur à un micro entrepreneur du bout du monde, pour le montant de son choix. Il ne s’agit pas de don, l’argent est restitué au prêteur à l’échéance du prêt. N’hésitez pas à vous inscrire, la procédure de prêt en ligne est simple et entièrement sécurisée.
Contact
Chamroeun
#42D, St 320
Boeung Keng Kang III
Chamkarmon, P.P – PO box 1113
Cambodge
Site Internet : www.chamroeun.com
Um Piseth, responsable marketing et communication : piseth@chamroeun.com
Tel : 016 96 76 99 – 012 91 40 19
Entrepreneurs du Monde
www.entrepreneursdumonde.org
Grégoire Héaulme, responsable Asie : gregoire.heaulme@entrepreneursdumonde.org
Gabrielle
mardi 15 décembre 2009
L’Ecole du Bois ESK
Par François le mardi 15 décembre 2009, 14:22
Mardi 17 novembre. Nous quittons Phnom Penh pour Kompong Speu, à une quarantaine de kilomètres vers le sud. Nous avons rendez-vous avec Ludovic Drano, un jeune menuisier compagnon du tour de France venu offrir son temps et son savoir-faire à l’Ecole du Bois ESK.
Enfants du Sourire Khmer (ESK) est une association fondée en 1996 pour venir en aide aux orphelins et aux enfants défavorisés du Cambodge d’après-guerre, à travers des centres d’accueil répartis dans tout le pays. En 2007, ESK fonde la première école de menuiserie du Cambodge pour offrir à ces jeunes une formation qui puisse les insérer dans la société en leur donnant un avenir professionnel.
Quatre ébénistes français et québécois se rendent alors au Cambodge pour former les futurs professeurs cambodgiens pendant un an. L’année suivante, la formation commence et une dizaine d’élèves sont choisis dans différents centres d’accueil pour constituer la première promotion. A terme, l’école prévoit d’accueillir 20 nouveaux élèves par an, mais ESK préfère que les professeurs se forment à la pédagogie avec un effectif allégé.
Ludovic Drano prend le relais en 2009 pour continuer à superviser la mise en place de la formation. Il est notamment chargé de la formalisation de l’enseignement, l’Ecole du Bois est en effet la seule école de menuiserie du pays, et pour pouvoir délivrer un diplôme à ses élèves en fin de cycle, elle va devoir commencer par créer un examen.
En plus de la formation à la menuiserie, le cursus prévoit aussi un module de gestion, pour que les élèves apprennent à calculer un prix de revient et puissent monter ensuite une activité rentable et pérenne. L’Ecole du Bois cherche également à donner à ses futurs diplômés une ouverture sur le monde. Bunthy Loch, le directeur, enseigne quelques notions de français aux élèves. Les volontaires français leur apprennent aussi les numéros de jongle qu’ils connaissent. Tous les élèves sont internes à l’année, et il est nécessaire de trouver des activités pour occuper leur temps libre. Un filet de volley vient d’être installé dans la cours, Ludovic envisage d’organiser un tournoi entre les différents jeunes dont s’occupent les ONG présentes dans la région.
L’Ecole du Bois a à cœur d’inculquer à ses élèves des notions de développement durable et de gestion des ressources. Au Cambodge, le mobilier est extrêmement massif, ce qui le rend peu pratique et constitue un énorme gaspillage de bois. L’école enseigne à construire du mobilier solide, élégant et ergonomique avec plus de technicité et moins de matières premières. Les élèves apprennent aussi à respecter les essences rares et à les valoriser. Le but est de changer les pratiques dans un pays où il n’est pas rare d’utiliser du bois d’ébène pour fabriquer de simples palettes.
ESK travaille également avec le ministère cambodgien des forêts et de l’agriculture pour pouvoir avoir du bois « légal ». Pour l’instant, au Cambodge, tout le bois est abattu illégalement, sans aucune labellisation, ce qui pose un problème pour l’école qui ne peut disposer d’aucune garantie sur la provenance et la qualité du bois livré.
Ludovic nous raconte les différentes étapes de la création de l’Ecole du Bois, visiblement née sous une bonne étoile : les bonnes volontés sont nombreuses pour assurer le succès du projet. Ainsi, en 2007, l’école finalise la construction du bâtiment qui abrite les salles de classe et l’internat. Celui-ci a été conçu bénévolement par un ingénieur japonais spécialiste en éco-construction. L’entrepreneur cambodgien qui réalise le gros œuvre, conscient de l’intérêt du projet pour la région, accepte de ne pas prendre de marge sur les travaux réalisés.
Pendant leur formation, les futurs professeurs réalisent ensuite toutes les boiseries du bâtiment (portes, fenêtres, cloisons…). Les élèves aussi participent à la construction de leur école et commencent leur apprentissage par construire chacun leur lit, puis tout le reste du mobilier de l’école.
Au démarrage de la formation, les élèves travaillent dans l’atelier d’une entreprise voisine, prêté par le propriétaire qui souhaite ainsi contribuer au succès de l’école. En 2009, d’autres bonnes fées viennent se pencher sur le berceau de la toute jeune école. Au printemps, 30 jeunes de l’association Laminak (d’une école d’ingénieurs en BTP du pays basque français) viennent construire un atelier pour les élèves et l’offrent à ESK. Puis, à l’été 2009, 6 élèves et leur professeur de l’association Sourires d’un lycée de Presles (03) viennent offrir et installer bénévolement un ensemble de machines professionnelles de menuiserie. L’école est désormais pleinement opérationnelle.
L’atelier de l’écoleA l’Ecole du Bois, la scolarité est gratuite. Le coût de la formation est de 2000$ par élève, pris en charge par ESK. Pour gagner en autonomie, l’Ecole du Bois a pour projet de vendre les productions réalisées par les élèves pendant leur formation. Dans un premier temps, l’objectif est de financer l’achat du bois par les ventes de mobilier. L’école commence déjà à répondre à des commandes de clients sensibilisés à sa démarche.
A terme, l’Ecole du Bois envisage la création d’une coopérative où les élèves formés pourraient travailler un an en apprentissage. Pour promouvoir le savoir-faire de l’école, Etienne Schappler, un des volontaires d’ESK, charpentier compagnon du tour de France, prévoit de monter un showroom à côté de l’école, tout en bois.
Les projets ne manquent pas pour l’avenir. Le ministère cambodgien des forêts et de l’agriculture a par exemple émis le souhait que les élèves aillent un jour ouvrir des menuiseries dans les différentes régions du Cambodge. Un bel encouragement pour toute l’école…
Comment les aider ?
Les volontaires de passage sont les bienvenus à l’école pour proposer aux élèves des activités qui les sortent de l’ordinaire : cours de langue, animations, exposés…
Pour un volontariat de long terme ou une aide financière, contactez l’association ESK.
Contacts
Les Enfants du Sourire Khmer
Résidence Lutèce 2000
5, passage Bullourde
75011 Paris
Téléphone : +33 (0) 1 40 21 30 77
E-mail : esk-assoc@hotmail.com
Site Internet : www.enfantsdusourirekhmer.com
Association Laminak : http://associationlaminak.free.fr
Association Sourires : http://sourires-association.blogspot.com
François
mercredi 25 novembre 2009
Phare Ponleu Selpak
Par Gabrielle le mercredi 25 novembre 2009, 13:27
Nous séjournons dans la ville de Battambang à l’ouest du Cambodge. Le hasard
des rencontres nous amène à visiter l’association Phare Ponleu Selpak
(PPS), qui accueille plus de 1400 jeunes dans le cadre d’activités éducatives,
culturelles et artistiques. Depuis le chemin, la mélodie des
percussions indique que nous arrivons à destination. Nous traversons une vaste
cour arborée jusqu’à un grand bâtiment où s’entraînent jongleurs et
acrobates qui nous saluent avec de grands sourires.
La visite commence sous la conduite de Reaksmey Yean, un jeune du centre formé
en communication externe. Il nous guide vers la belle bâtisse en bois sombre où
se trouve l’école d’art visuel, créée par les fondateurs de l’association en
1994.
Reaksmey Yean
Entre 1975 et 1979, le
régime des Khmers rouges marque une période particulièrement sombre. Leur
volonté de bâtir une société entièrement nouvelle et sans référence au passé se
traduit par le massacre de près d’un tiers de la population et la déportation
des citadins dans les campagnes. Quand les Vietnamiens envahissent le pays et
renversent le régime khmer rouge, les Cambodgiens fuient vers l’étranger par
centaines de milliers.
Durant ces années d’exil, huit jeunes grandissent dans un camp de réfugiés en
Thaïlande où une ONG française leur apporte un peu de rêve et de détente grâce
à des ateliers de dessin. De retour à Battambang en 1994, ils désirent partager
le plaisir et la liberté de s’exprimer à travers le dessin. Avec l’aide de leur
professeur, ils décident d’ouvrir une école d’art visuel et baptisent leur
association « Phare Ponleu Selpak » qui signifie « la lumière de
l’art ».
L’objectif de l’école est d’offrir aux jeunes un espace de loisir où ils
peuvent oublier leurs soucis, s’évader dans leur imaginaire et retrouver la
beauté. A travers les cours, l’école s’attache à mettre en valeur l’héritage
khmer pour aider les élèves à retrouver leur identité culturelle.
Nous admirons les toiles exposées sur les murs, résultat du savoir-faire acquis
durant les cinq années du cursus. L’association participe également aux
évènements culturels du pays et, lors de notre visite, les cinquante élèves
participent à la confection d’un immense naga articulé (serpent à plusieurs
têtes de la tradition khmère) pour le prochain festival.
Pour permettre aux jeunes artistes issus de l’école d’art visuel de compléter
leur formation et leur ouvrir de nouveaux débouchés, PPS ouvre en 2006 un
studio de montage de films d’animation. Les élèves réalisent des dessins animés
éducatifs pour le compte d’ONG partenaires qui s’en servent ensuite lors de
campagnes de sensibilisation. Le studio accueille 16 jeunes et réalise en ce
moment son sixième film d’animation. Un élève nous montre un des dessins animés
qui traite avec finesse de l’importance de la solidarité familiale pour
prévenir les enlèvements d’enfants.
En 2009, l’association lance un atelier de graphisme avec l’aide d’une jeune
professionnelle française. Elle forme 5 stagiaires aux techniques du graphisme
en réalisant les dépliants, prospectus, flyers de l’association ainsi que les
commandes passées par des clients extérieurs.
Nous poursuivons la visite par l’école de musique. Un professeur répète avec
ses élèves un morceau qui associe le chayam (instrument khmer
traditionnel) avec la guitare électrique et la batterie dans un réjouissant
mélange des genres. En cinq ans, les élèvent commencent par apprendre les
bases de la musique classique et traditionnelle khmère avant d’explorer les
influences internationales.
L’école de musique
Un peu plus loin, dans l’école de cirque, balles et massues virevoltent
au-dessus de la tête des jongleurs. Les équilibristes s’entraînent seuls ou en
couple pendant qu’une jeune fille fait tourner des cerceaux autour de sa
taille. Nous nous rendons sous le chapiteau où des funambules répètent leur
numéro pour le spectacle hebdomadaire du jeudi. A l’origine, des ateliers de
cirque sont proposés comme une activité artistique récréative afin que les
élèves de l’école d’art visuel puissent se dépenser physiquement entre les
cours de dessin. Face à l’enthousiasme suscité par le cirque, naît le projet de
fonder une véritable école qui forme aujourd’hui plus de 30 élèves avec huit
professeurs khmers. Depuis sa création en 2002, l’école a déjà formé six
troupes qui réalisent des tournées au Cambodge et à travers le monde, notamment
en France et au Japon.
Tous les jeunes motivés pour apprendre ces disciplines artistiques sont les
bienvenus et les cours sont dispensés gratuitement. L’association cherche avant
tout à entretenir un état d’esprit positif qui aide chacun à se construire et à
s’épanouir. Le travail des artistes formés par PPS est reconnu à travers le
Cambodge. Nombre d’entre eux deviennent des professionnels de talents et
gagnent leur vie en exerçant leur art.
Au fil des années, PPS développe des activités sociales tournées vers les
communautés environnantes. L’association participe à l’installation d’une école
publique qui reçoit plus de 1000 élèves de 6 à 13 ans. Un centre de loisir
propose en parallèle une éducation plus informelle à travers des activités
ludiques et pédagogiques. Pendant que les enfants apprennent, les parents
peuvent poursuivre leur activité professionnelle et améliorer ainsi les
conditions de toute la famille.
En 2002, PPS ouvre la « maison des enfants » afin d’accueillir les
enfants en situation particulièrement précaire : orphelins, victimes du
trafic d’êtres humains, ou jeunes dont la famille ne peut plus subvenir aux
besoins. 76 enfants y sont nourris et soignés gratuitement et 33 d’entre eux y
sont également hébergés. En leur offrant des conditions favorables pour
s’épanouir et apprendre, PPS souhaite aider ces jeunes à retrouver leur place
dans la société.
La solidarité commence au sein de PPS : 40% des revenus perçus de la
production artistique des élèves (spectacles, toiles…) sont destinés à soutenir
la « maison des enfants » en plus des aides extérieures.
Entrée de la maison des enfants
Nous ne résistons pas à rester un jour de plus pour assister au spectacle de
cirque. Le chapiteau est déjà bondé quand nous entrons. Nous nous frayons un
chemin entre les enfants assis devant pour atteindre les gradins. Dès que la
lumière s’allume des cris s’élèvent de la foule des jeunes supporters. Les
musiciens annoncent l’entrée en piste des membres de la troupe. Ils enchaînent
les numéros avec autant de professionnalisme que de joie de vivre. Nous
tremblons, rions, applaudissons… chapeau les artistes !
Comment les aider ?
- le 4 décembre 2009 à Doué-la-Fontaine (49)
- le 6 décembre à Cholet (44)
- le 12 décembre à Nantes (44)
- les 20 et 21 décembre à St Etienne (42)
Il est également possible d’inviter la troupe à se produire à l’occasion
d’un évènement, d’un festival ou autre.
L’atelier de graphisme peut répondre par correspondance à toute commande de
flyers, dépliants ou brochures.
Il est également possible de soutenir financièrement PPS en faisant un don ou
en participant au programme de parrainage pour la « maison des
enfants ».
De passage à Battambang, vous serez bienvenus à l’association pour une visite,
assister à un spectacle de cirque ou acheter le travail des artistes.
Contacts
Phare Ponleu Selpak
Village de Anch Anh, Commune d’Ochar
PO Box 316
Battambang – Cambodge
Tel/Fax : +855(0)53 952 424 / Portable:
+855(0)12 821 498
E-mail : inquiries@phareps.org
Site internet : http://phareps.org
Gabrielle
dimanche 8 novembre 2009
Wongsanit Ashram
Par François le dimanche 8 novembre 2009, 15:40
Le 14 octobre, nous partons pour Ongkharak, dans la lointaine banlieue de
Bangkok. Le chauffeur de taxi nous arrête au bord d’un des nombreux petits
canaux qui quadrillent la région. Nous traversons le cours d’eau qui nous
sépare de notre destination à l’aide d’un petit bac en bois tiré par des
cordes. Les gamins qui l’utilisaient comme plongeoir avant notre arrivée nous
accompagnent à la nage vers l’autre rive.
Nous accostons l’ashram de Wongsanit, qui se définit comme une
« communauté spirituelle dévouée au développement et à la promotion
d’un mode de vie alternatif ancré dans les principes bouddhistes, la diversité
culturelle et le respect de l’environnement ». A peine débarqués,
nous sommes accueillis par Phienphan Thamrongruttanarit, surnommée « Apple ».
Elle nous invite à nous restaurer dans le joli réfectoire de l’ashram, puis
nous montre notre chambre. Nous commençons notre séjour par prendre quelques
instants de repos. Le lieu, rempli de verdure et de sérénité, s’y prête à
merveille.
Nous retrouvons Apple un peu plus tard dans les bureaux de l’ashram : une belle
pagode de bois au milieu d’un étang, qui semble flotter au milieu des fleurs de
lotus. Nous nous installons sur la large terrasse du rez-de-chaussée ouverte
sur l’extérieur qui sert de salle de réunion. Apple nous en dit un peu plus
long sur l’activité de la communauté de Wongsanit.
La pagode de
l’étang aux lotus, centre administratif de l’ashram
L’ashram est fondé en 1984 par l’activiste social thaïlandais
Sulak Sivaraksa et les membres de la fondation Sathirakoses-Nagapradipa. En
langue sanskrit, ashram signifie littéralement « travail sur soi ». De
fait, la première mission des familles qui rejoignent la communauté est
d’expérimenter une nouvelle manière de vivre, tant au niveau
pratique que spirituel, qui pourra inspirer et aider la société à
évoluer vers plus d’harmonie. L’ashram compte aujourd’hui une
trentaine de membres. Ils forment en quelque sorte une équipe de «
chercheurs en vie meilleure » qui font de leur quotidien leur
premier terrain d’expérimentation.
L’ashram prône une vie simple, hors du système consumériste, qui permette d’une
part de préserver la nature et retrouver ses bienfaits et d’autre part de
gagner en indépendance. Les membres de la communauté commencent par développer
leurs propres cultures selon des méthodes biologiques. En visant
l’auto-suffisance, ils se donnent les moyens de manger sainement sans abîmer la
terre. Ils plantent également des centaines d’arbres pour faire du terrain de
l’ashram un parc ombragé et frais. Leur autre grand projet, la construction
d’habitations à base de matériaux naturels, s’inscrit dans leur principe de «
faire plus avec moins ». Les bâtiments de la communauté sont réalisés l’un
après l’autre selon ces techniques.
Une bibliothèque est construite dès le début du projet. Elle accueille
aujourd’hui plus de 10000 ouvrages : philosophie, spiritualité, sociologie,
mais aussi développement et ouvrages pratiques d’écologie appliquée, un coup
d’œil sur les rayonnages en dit long sur les principales préoccupations des
habitants de Wongsanit.
La gestion de la communauté est basée sur le partage de l’information et la
concertation. Chaque mois, les membres se réunissent et les difficultés
éventuelles sont alors soulevées devant tous. Le partage de valeurs communes et
la pratique de la méditation aident les habitants à mettre de côté leur ego
pour avancer de manière constructive.

En 1992, les membres de l’ashram ont acquis une expérience significative qu’ils
sont prêts à partager. L’ashram devient un lieu d’accueil où sont organisées
des formations pour diffuser le savoir acquis par ses
membres.
Nous rencontrons Sombat
Tharak, surnommé « Nui ». Il a rejoint l’ashram il y a 10 ans, attiré par un
environnement de travail qui encourage le développement personnel et par la
grande liberté laissée dans les moyens de se réaliser. Aujourd’hui, il est le
responsable du programme de formations de la communauté.
Les formations de l’ashram accueillent 400 à 500 participants par an, à raison
de 2 à 3 sessions par mois. Les thèmes sont variés et reflètent la diversité
des domaines de recherche : formations en agriculture biologique, construction
écologique, médecine douce, ou bien stages de méditation, retraites
silencieuses, cures de désintoxication du corps…
Les formations dispensées sont toujours basées sur une expérience concrète.
Yupin Tabsisod est la chef cuisinière de l’ashram depuis 17 ans. Pour répondre
aux exigences de vie saine de la communauté, cette autodidacte a développé des
recettes de cuisine biologique et bonne pour la santé qu’elle expérimente au
quotidien dans le réfectoire de la communauté. Aujourd’hui, elle partage son
expérience à travers des formations et un livre de ses recettes sera édité pour
le 25ème anniversaire de l’ashram en décembre prochain. L’ashram est en effet
en train de se donner une nouvelle mission : mettre par écrit toutes les
connaissances accumulées pour les mettre à disposition d’un public encore plus
large.
Yupin Tabsisod (deuxième en partant de la gauche) et son équipe de
cuistots
Pour l’instant, le programme de formation de l’ashram de Wongsanit vise
essentiellement un public thaïlandais, les cours étant dispensés en thaï.
Néanmoins, tous les visiteurs sont les bienvenus et un stage est
organisé en anglais tous les ans sur le thème de la conception
d’écovillages.
L’ashram de Wongsanit accueille également des stagiaires birmans, laotiens et
cambodgiens et les forme à l’organisation de communauté ainsi qu’aux
différentes techniques qu’il a développées. Pour les fondateurs de l’ashram, la
Thaïlande, le pays le plus riche de la région, se doit d’aider ses voisins
moins bien lotis. Rien que pour la Birmanie, le programme GTLP (Grassroots
Leadership Training for Burma) a permis en 12 ans la formation de plus de
300 leaders de communautés, qui ont à leur tour diffusés leurs connaissances
dans leur pays : une aide concrète et durable pour les habitants de villages
souvent marginalisés par la junte birmane.
Formation dans un bâtiment de l’ashram aux murs en briques de terre
séchées
Lors de notre dernier jour à l’ashram, nous sommes invités à assister au stage
de construction de maisons en terre qui débute. Les ingénieurs de l’ashram se
sont inspirés des méthodes de construction traditionnelles africaines et ont
adapté la technique aux ressources et au climat thaïlandais.
Nous participons avec les autres stagiaires à la première étape : la
fabrication de briques. Elles sont constituées d’un mélange optimal d’argile,
de sable et de paille de riz, puis séchées au soleil. Les avantages de ce
matériau sont nombreux : quasi-gratuit, plus durable que ses concurrents du
commerce, il procure aussi une meilleure isolation thermique. En plus, il est
100% biodégradable en cas de démolition. L’après-midi est consacrée à la
pratique, la technique est d’une simplicité déconcertante… Sans doute pour
inspirer les participants, l’animateur conclut la journée avec un diaporama
présentant des exemples d’habitations réalisées en matériaux naturels en
Thaïlande et dans le monde. Elles sont plus belles les unes que les autres,
nous sommes convaincus…
Dosage, malaxage et moulage des briques…
L’ashram de Wongsanit développe ses activités selon la méthode bouddhiste :
d’abord s’améliorer soi-même, puis partager son expérience avec ceux qui le
souhaitent. Les membres de la communauté poursuivent leurs recherches dans les
3 directions indiquées dans leur devise : « Head, Heart and Hand » (la tête, le
cœur et la main), convaincus que, pour parvenir à l’harmonie, ces 3 aspects de
l’existence doivent être cultivés chez chacun.
Comment les aider ?
L’ashram de Wongsanit tire ses revenus de l’accueil des visiteurs et des
formations. Il tente de parvenir à l’autosuffisance mais des dons sont les
bienvenus.
L’ashram accueille en permanence des bénévoles.
Contacts
Wongsanit Ashram
Klong 15 Rangsit, Ongkharak Road
Nakhon Nayok 26120
Thaïlande
Téléphone : +66 (0) 37 333 182 / +66 (0) 37 333 183
Fax : +66 (0) 37 333 184
E-mail : ashram@semsikkha.org
François
dimanche 25 octobre 2009
TOIT
Par François le dimanche 25 octobre 2009, 11:13
Nous rencontrons Indra Prasad à Katmandou, au Népal. Il est le fondateur de
l’association TOIT qui a pour objectif de favoriser la scolarisation
des enfants de familles défavorisées.
Indra Prasad commence par nous raconter l’histoire de son engagement précoce. A
16-17 ans, au lycée, un professeur fait étudier l’histoire du Dr Schweitzer à
sa classe. Indra Prasad est impressionné par l’action menée par le célèbre
docteur au Gabon. Visiblement inspiré, dans les années qui suivent, il essaie
de monter un hôpital au Népal. Cependant il n’est pas médecin et comprend
rapidement que pour être réellement efficace il doit s’engager dans une
action conforme à son profil.
A 19 ans, Indra Prasad étudie en faculté de sociologie. Avec l’aide d’un
professeur et de quelques amis, il décide de débuter un programme de
parrainage d’enfants destiné à financer la scolarité d’enfants népalais
défavorisés.
Au Népal, les écoles sont payantes. Les écoles publiques sont les moins chères.
Les parents doivent acheter l’uniforme de l’enfant, ses fournitures scolaires
et contribuer pour quelques frais, ce qui revient en moyenne à 50€ par an et
par enfant*, mais le niveau est faible : seuls 30% des enfants atteignent la
10ème, l’équivalent de la seconde française. Les écoles privées sont plus
chères, en moyenne 200 à 300€ par an, et inabordables pour de nombreuses
familles. Pourtant, ces écoles sont celles qui garantissent les meilleures
chances de succès scolaires : 80% des enfants scolarisés y atteignent la
10ème.
Ecoliers népalais
En 2000, Indra Prasad fonde l’organisation TOIT avec l’aide d’amis européens.
Le principe du parrainage mis en place est simple. Le parrain verse 15€ par
mois qui permettent de couvrir les frais de scolarité d’un enfant.
L’association choisit les enfants des familles qui sont le plus dans le besoin,
puis s’occupe de les inscrire dans des établissements sélectionnés. Elle assure
ensuite le bon suivi administratif du parrainage et organise la correspondance
entre les enfants et leur parrain. Le nombre d’enfants scolarisés grâce à
l’association augmente rapidement et atteint 150 en 2009.
Les enfants parrainés
En 2005, grâce à des fonds collectés auprès d’associations françaises, TOIT
commence à construire sa propre école près de Bhaktapur, à une heure de bus de
Katmandou. Nous sommes invités à visiter l’école primaire Saraswati Pathshala
où Sanchita Lama nous accueille. Elle assure les fonctions de principale depuis
2008, alors qu’elle n’a qu’une vingtaine d’années et est encore étudiante,
comme les 9 autres enseignants de l’école. Plusieurs jours par semaine, elle
vient de Katmandou où elle habite pour s’occuper de la gestion administrative
de l’établissement et enseigner. Ce qui la motive ? Quand elle était enfant, sa
famille a connu une période difficile et a été aidée, elle a envie de rendre la
pareille.
Sanchita Lama, la principale de l’école
L’école accueille 94 enfants de 5 à 13 ans dans 7 niveaux différents. Les
enfants parrainés plus âgés sont scolarisés dans d’autres établissements. Le
fonctionnement de l’école est assuré grâce au parrainage des enfants
scolarisés. En outre, les familles des enfants doivent participer
symboliquement aux frais pour un montant de 60 roupies (0,60€) par mois. Le
versement de cette petite somme permet de faire venir les parents une fois par
mois à l’école pour les impliquer dans la scolarité de leur enfant.
L’école Saraswati Pathshala… en partie encore en travaux
Avec professionnalisme et dévouement, les jeunes étudiants de TOIT
s’investissent pour donner un avenir à ces enfants, avec les talents et les
moyens dont ils disposent aujourd’hui.
Comment les aider ?
TOIT cherche des parrains pour pouvoir scolariser davantage
d’enfants. L’association ne sollicite aucune aide du gouvernement pour rester
indépendante.
TOIT accueille également régulièrement des volontaires pour assister l’équipe
enseignante et également poursuivre les travaux de construction de
l’école.
Contacts
Site Internet : www.toit.org.np
E-mail : toit_org@ntc.net.np
François
* Le revenu moyen annuel par habitant au Népal est d’environ 170
€.
jeudi 8 octobre 2009
Barefoot College
Par Gabrielle le jeudi 8 octobre 2009, 15:53
Nous nous rendons à Tilonia, un petit village du Rajasthan situé entre Ajmer
et Jaipur, pour visiter le Barefoot College. Ballotés à l’arrière d’une jeep,
nous nous enfonçons sur les pistes à travers la campagne. Un grand portique
marque l’entrée du campus. Cette université forme des « ingénieurs aux pieds
nus » issus des villages en leur donnant accès aux savoirs techniques,
médicaux ou autres pour améliorer leurs conditions de vie.
En 1972, Bunker Roy, inspiré par le message du Mahatma Gandhi, fonde une
organisation à Tilonia pour venir en aide aux habitants de cette région aride
et défavorisée. Il souhaite agir aussi concrètement que possible et se met à
l’écoute des villageois : parmi toutes les difficultés auxquelles ils doivent
faire face, la première urgence est de développer l’accès à l’eau potable. Le
désert est proche, l’insuffisance et la mauvaise qualité de l’eau provoquent de
nombreuses maladies. L’organisation commence par installer des pompes manuelles
puis apprend aux habitants à les monter et les réparer. Comme dans de nombreux
villages en Inde, l’unique puits de Tilonia est régi par les Brahmanes. Les
Intouchables se cotisent pour participer à l’installation d’une pompe et
acquièrent ainsi leur indépendance. Une année, le puits est à sec et les
Brahmanes sont contraints de venir réclamer de l’eau aux Intouchables. Ce
renversement de situation bouscule l’ordre social établi par le système de
castes. Autour de la pompe, le dialogue s’engage entre des hommes et des femmes
qui ne se seraient jamais rapprochés autrement. La maîtrise de savoir-faire
technique par les plus démunis contribue à réduire les inégalités. Cette
expérience encourage Bunker Roy et son équipe et leur ouvre de nouvelles
perspectives. En 1984, ils font le pari de confier l’entretien du réseau de
pompes aux habitants et forment 2000 personnes dont les compétences sont
aujourd’hui unanimement reconnues.
Ainsi naît la vocation du Barefoot College : former des « ingénieurs
aux pieds nus » qui seront capables de prendre eux-mêmes en main le
développement de leur communauté. Bunker Roy part du principe que
chacun est capable d’acquérir des connaissances pratiques du moment qu’on
adapte la manière d’enseigner. L’originalité du Barefoot est de
vulgariser délibérément le savoir pour qu’il ne reste pas une affaire
de spécialistes ou d’experts, et puisse bénéficier au plus grand
nombre. Les cours sont dépouillés au maximum des concepts et de la
théorie sur le pourquoi du comment. L’apprentissage se fait par l’exemple et la
répétition des gestes de l’enseignant à partir de cas concrets : fabriquer un
émetteur radio, une lampe, souder des composants électroniques sur une plaque…
De retour dans leur village, les « ingénieurs aux pieds nus » mettent d’autant
mieux à profit leurs nouvelles compétences qu’ils les appliquent dans un
environnement dont ils connaissent les besoins et les fonctionnements. En
cohérence avec cette volonté de désacraliser le savoir et pour que les élèves
ne soient pas tentés d’aller vendre leur cursus dans les villes, le Barefoot ne
délivre pas de diplôme.
La dimension communautaire est une composante essentielle de la philosophie du
Barefoot : le savoir ne s’acquière pas pour soi-même dans le but
d’accroître son pouvoir personnel, mais pour servir de la communauté.
Les formations sont dispensées à celles et ceux qui ont été désignés par les
responsables des villages comme étant les plus aptes à acquérir et ramener un
savoir qui permettra d’améliorer les conditions de vie de tous. Ces missions
sont le plus souvent confiées à des mères de famille en raison de leur fidélité
à la communauté.
Toujours en se basant sur la consultation des villageois, le Barefoot College
attaque un nouveau chantier : l’accès à l’électricité. L’énergie solaire
s’avère la plus adaptée car la ressource est abondante et n’exige pas la
mise en place coûteuse d’un réseau. Par contre, elle nécessite des compétences
techniques. Le programme démarre en 1986 avec le soutien du gouvernement et
d’ONG partenaires. Chaque village parrainé désigne deux personnes qui sont
formées pendant six mois par des spécialistes en énergie solaire. A leur
retour, elles mettent en place les installations électriques jugées
prioritaires par le village et forment à leur tour d’autres habitants à la
technologie solaire. Chaque famille bénéficiant d’une installation verse une
contribution mensuelle dans un pot commun utilisé pour étendre l’accès à
l’électricité à d’autres habitations. Dès lors, le projet peut se financer par
lui-même. Le Barefoot College poursuit ce programme au-delà des frontières avec
des villages d’Afrique notamment. En tout, plus de 600 personnes ont été
formées dont un tiers à l’étranger. 80% d’entre elles sont des femmes.
Ram Nivas, notre guide, travaille ici depuis quinze ans. Marionnettiste et
responsable de la toute nouvelle « radio Tilonia », anciennement comptable, ses
divers talents illustrent la polyvalence encouragée au sein du Barefoot
College.
Ram Nivas
Nous le suivons à travers le nouveau campus, construit en 1988 sous la
direction d’un « barefoot architecte » qui n’était jamais allé à l’école.
L’ensemble de panneaux solaires assure l’autonomie en énergie. Un grand
réservoir aménagé sous l’amphithéâtre stocke les eaux de pluie de la mousson
pour offrir un accès à l’eau tout au long de l’année. Un puits spécialement
conçu recharge progressivement la nappe phréatique pour éviter qu’elle ne
s’assèche. Ce campus donne un aperçu des connaissances techniques que le
Barefoot acquière et transmet aux villages alentours depuis sa création.
Le nouveau campus
Un peu plus loin se trouve l’ancien campus. Nous approchons d’une fabrique où
brillent de grandes paraboles composées de miroirs. Ce sont des cuisinières
solaires. Les sept femmes qui travaillent activement à scier et couper des
pièces de métal sont les fondatrices et gestionnaires de cette petite société
indépendante. Elles ont appris les techniques de fabrication auprès d’un
ingénieur allemand venu partager son savoir en 2003. Depuis, les 20 fours
qu’elles ont installés dans 9 villages permettent de cuisiner à l’énergie
solaire pour près de 400 personnes.
Four solaire
En poursuivant la visite, nous avons la surprise de rencontrer des femmes
venues de toute l’Afrique. Dans la salle de formation, Ethiopiennes, Maliennes,
Sierra Léonaises… se penchent sur des plaques de composants électroniques.
Elles prennent des notes et nous expliquent le placement des différentes
diodes avec de chaleureux accents d’ailleurs. Nous apprenons que deux
étudiantes sibériennes suivent le programme depuis leur chambre climatisée à
cause de la chaleur.

Tout près, des ateliers de tissage et de fabrication de jouets éducatifs
offrent un emploi à des personnes handicapées. Les produits sont vendus dans le
magasin d’artisanat ou utilisés dans les autres activités du Barefoot,
notamment les écoles du soir.
L’approche du Barefoot est globale et les projets se développent au fur
et à mesure que naissent les bonnes idées et que se mobilisent les bonnes
volontés pour les réaliser. Dès l’origine, l’association s’attache à
développer l’éducation en créant des écoles du soir afin de s’adapter aux
réalités de la vie à la campagne où les travaux domestiques et agricoles
mobilisent toute la famille. Depuis, 150 écoles du soir ont été ouvertes dans
tout le Rajasthan avec une capacité d’accueil de 4000 élèves de 6 à 14 ans,
dont 75% de filles. L’éveil aux principes de la démocratie est également
essentiel pour préparer l’avenir, mais 3 heures de cours par jour ne peuvent y
pourvoir. Le Barefoot initie le « Parlement des Enfants » qui leur permet
d’apprendre directement par la pratique.
56 « Membres du Parlement » élus par les élèves choisissent un « Premier
Ministre » qui désigne les 25 ministres de son gouvernement chargés de l’eau
potable, de l’éclairage solaire, de la condition féminine, des jouets… Le
Premier Ministre, une jeune fille de 13 ans, organise les réunions mensuelles
où les ministres exposent les problèmes qu’on leur a rapportés dans les écoles
et demandent des comptes aux adultes. Leur pouvoir est réel : lors de la
réunion à laquelle nous assistons, le ministre de la santé dresse la liste des
médicaments manquants dans les pharmacies de certains établissements, le
responsable santé du Barefoot College l’invite à venir les chercher le soir
même au centre médical du campus.
En route vers la séance parlementaire
Le Barefoot College milite pour la mise en commun des savoirs, chacun
ici est à la fois élève et professeur. Les compétences de spécialistes
européens ou de jeunes villageois autodidactes sont accueillies avec autant
d’enthousiasme.
Pascal est un dentiste italien, il a rejoint l’équipe du centre médical du
campus pour y ouvrir un cabinet dentaire. Il forme aux soins dentaires
élémentaires deux femmes de Tilonia qui n’ont pas été à l’école. Pour lui comme
pour elles, cette formation est un challenge. De même que les autres
spécialistes étrangers qui viennent partager leurs connaissances, Pascal n’a
pas vocation à rester. Quand il s’en ira, elles seront les dentistes du
Barefoot College.
Pascal et ses élèves
Rago est un jeune garçon originaire de l’état du Bihar. Seul, il a réussi à
fabriquer un transmetteur pour diffuser sur les ondes des messages de
sensibilisation et des petites annonces propres à améliorer la vie des gens.
Cette initiative n’a pourtant pas été appréciée du gouvernement étant donné son
caractère illégal. Quand Bunker Roy entend parler de lui, il l’invite à venir
mettre ses talents au service du Barefoot College pour fonder « radio Tilonia
». Nous assistons à l’enregistrement des toutes premières émissions en
compagnie de Ram Nivas. Cette radio qui émet dans un rayon de 30 kilomètres
sera un nouveau moyen de communiquer sur la santé, l’éducation, la culture…
auprès des villages.
Radio Tilonia
En venant visiter le Barefoot College, nous nous attendions à trouver un centre
de formation original. Nous avons découvert une communauté où des ingénieurs,
des techniciens, des artisans, des médecins, indiens ou étrangers, cherchent
des solutions et inventent ensemble un avenir meilleur pour les villages du
Rajasthan. Ils sont unis par une même foi en l’Homme et luttent contre les
inégalités en éveillant le potentiel de chacun.
Comment les aider ?
Le Barefoot College est ouvert à toute initiative pour diffuser savoir et
connaissances utiles aux populations du Rajasthan. Des volontaires viennent
régulièrement sur le campus réaliser leur projet en coopération avec le
Barefoot College.
Contacts
Barefoot College
Village Tilonia, via Madanganj, District Ajmer
Rajasthan 305816, Inde
• Téléphone : +91 (0) 1463 288 204
• Site Internet : www.barefootcollege.org
Gabrielle
jeudi 24 septembre 2009
Malenbai
Par Gabrielle le jeudi 24 septembre 2009, 14:29
Nous partons au coeur du désert du Thar à la découverte de l’association
Malenbai. A une vingtaine de kilomètres de Jaisalmer, la jeep quitte la route
pour une piste qui serpente à travers des étendues de sable et de cailloux
noirs où quelques arbustes défient le vent et le soleil. Cet immense plateau
s’achève brusquement pour plonger sur une vaste étendue de sable clair,
semblable à un morceau de lune égarée sur la terre… un lac asséché. Nous nous
arrêtons au seuil d’une grande bâtisse solitaire qui semble contempler
l’horizon.
Les fondateurs de Malenbai, Capucine et Pabu, nous accueillent autour d’un thé
de bienvenue et nous racontent leur histoire… Lors d’un voyage en Inde, cette
jeune Française part avec sa famille pour un safari en chameaux sous la
conduite de Pabu. Ils se reconnaissent et décident d’unir leur destin dans ce
désert où tous deux se sentent chez eux plus que partout ailleurs. Ils s’y
installent en dépit de toutes les difficultés d’ordre matériel mais surtout
culturel et social. La mixité de leur couple n’est pas acceptée au sein de la
société indienne, d’autant que Pabu est issu d’une caste parmi les basses, les
Bilhs, chasseurs par tradition.
Capucine et Pabu
Après trois années de persévérance, la maison qu’ils ont construite est devenue
un lieu d’accueil, suivant la tradition des habitants du désert. Les
agriculteurs des terrains environnants, les bergers de passage, tous ceux qui
le souhaitent y font étape. Ils viennent seuls ou en familles, partagent leurs
repas et la grande terrasse où chacun s’endort à la belle étoile après la
veillée.
Pabu est fier d’être Bilh, mais de nombreux autres ont perdu ce sentiment.
Originaires du Gujarat, ils ont été déplacés près de Jaisalmer pour mettre
leurs talents de chasseurs au service des Maharajas. Lors de cette migration,
ils ont perdu beaucoup de leurs coutumes et de leur artisanat. Aujourd’hui, la
plupart survivent en cassant des pierres pour les chantiers de construction, un
travail de forçat dévalorisant.
Capucine et Pabu veulent faire de leur différence une force pour aider
les Bilhs à se relever. Ils se tournent d’abord vers l’agriculture :
ils investissent dans un tracteur qu’ils prêtent aux familles pour les inciter
à cultiver leurs terrains et forment des jeunes à la conduite. L’année
suivante, ils profitent de l’eau du lac et du prêt d’un générateur électrique
pour faire une culture de moutarde irriguée. De nombreuses familles participent
aux semences puis à la récolte. Autour de cette activité nouvelle, se
développent échanges et partages au rythme des chants qui accompagnent le
travail. Cependant, l’opération est déficitaire et, devant le caractère
aléatoire des récoltes, il faut trouver d’autres idées.
Suivant les conseils enthousiastes d’une amie, ils créent en août 2007
l’association Malenbai du nom de la déesse du désert vénérée par les
Bilhs. Leur objectif est de faire revivre l’artisanat local,
véhicule de la culture et des racines que les Bilhs ont besoin de retrouver.
Les savoirs se sont tellement perdus que Capucine et Pabu peinent à retrouver
les quelques personnes qui les détiennent encore, une véritable chasse aux
trésors.
Ils découvrent un tisserand, cet homme d’un certain âge n’a plus la force de
casser des pierres et peine à faire vivre sa famille. La possibilité inespérée
de reprendre son métier d’origine le réjouit. Avec l’aide de Malenbai, il
rénove le vieux métier à tisser de son père et se remet au travail. Après tant
d’années sans pratique, il lui faut plusieurs essais avant de maîtriser à
nouveau la technique. Ces tapis sont tissés à partir de poils de chèvre liés en
corde que seuls quelques vielles personnes savent encore faire ; Pabu doit
faire parfois 80 kilomètres pour trouver les précieuses pelotes. La vie de ce
tisserand est transformée : la vente des tapis à Malenbai lui assure une source
de revenus, et surtout il a retrouvé sa fierté et la considération de ses
pairs. Lorsque nous lui rendons visite, toute la famille et les enfants nous
accueillent avec joie et curiosité. En dehors de Capucine, nous sommes les
premiers étrangers à venir chez eux.
Le tisserand et sa fille
Cette année, Malenbai renouvelle l’expérience avec une famille de potiers d’un
village proche. Pour gagner leur vie, ceux-ci délaissaient peu à peu leur tour
et partaient vers les carrières casser des pierres. La poterie devenait une
activité d’appoint et risquait à terme d’être abandonnée. Motivé par
l’opportunité de vivre à nouveau de son art, le potier nous montre les nombreux
modèles qu’il sait faire. Capucine et Pabu lui donnent des idées d’objets
s’inspirant des traditions rajasthanaises et susceptibles de plaire à des
touristes. Nous sommes surpris lorsque son fils de 15 ans le remplace au tour,
faisant déjà preuve d’un grand savoir-faire. La transmission est assurée.
Le fils du potier
En visitant les familles, Capucine rencontre des femmes qui confectionnent de
magnifiques broderies pour leur usage personnel. Avec quelques idées nouvelles
puisées sur les marchés ou dans leurs traditions, elles pourraient utiliser
leurs talents et rejoindre les artisans de Malenbai…
Les huttes
Parallèlement aux activités de l’association, Capucine et Pabu cherchent à
développer une activité qui leur permette de vivre dans ce désert, condition
essentielle pour poursuivre l’action de Malenbai. Peu à peu, ils forment le
projet d’accueillir des touristes désireux de découvrir et vivre le désert.
Lors de notre venue, Pabu vient d’achever la construction de cinq belles huttes
traditionnelles qui sont harmonieusement disposées face à l’immensité du lac
asséché. Il souhaite également mettre à profit son expérience de guide pour
proposer des safaris en dromadaires aux visiteurs.
Chamelier
Leur démarche est emprunte d’éthique et de solidarité dans la continuité de
Malenbai : ils ont à cœur d’intégrer dans leur projet les artisans qu’ils
soutiennent en organisant des visites dans leurs villages afin que les
touristes découvrent leur travail. Ils conçoivent cette nouvelle activité comme
une chance de partager leur passion et leurs connaissances de cet environnement
mystérieux, dur et généreux à la fois. Ce sera pour les visiteurs l’occasion de
s’immerger dans la vie du désert : partager les repas avec les bergers de
passage, à la nuit tombée écouter leurs chants en admirant la voie lactée,
dormir dans des huttes bercés par le souffle du vent…
Comment les aider ?
Ce projet touristique soutiendra l’action de Malenbai, et avec l’aide de la
déesse du désert, pourra rendre espoir à la caste des Bilhs. Capucine et Pabu
invitent chacun à venir leur rendre visite, une belle idée pour des vacances «
découverte ». Ils sont établis à 24 kilomètres de Jaisalmer, soit 30 minutes en
jeep. Ils cherchent des contacts avec des agences de tourisme solidaire afin de
se faire connaître.
Lors de ses visites annuelles en France, Capucine collecte des vêtements et
médicaments afin de les distribuer à ceux qui en ont besoin. Les dons
financiers sont également bienvenus.
Contact
Site de Malenbai : http://malenbai.canalblog.com
Site Internet du gite : http://www.pabukidhani.com
E-mail : malenbai@hotmail.fr
Téléphone de Capucine : +91 9829552278
Téléphone de Pabu : +91 9602534344
Gabrielle
mercredi 26 août 2009
Nai Disha
Par Gabrielle le mercredi 26 août 2009, 09:47
Dans la cour du siège de Sulabh à Delhi, une
pancarte accueille le visiteur : « Souriez, vous êtes chez Sulabh ! », la
journée commence bien. Peu après notre arrivée, le docteur Pathak vient nous
accueillir en personne et nous convie à la prière matinale… Nous sommes invités
à monter avec lui sur l’estrade face à une foule de visages. La musique
commence et tous chantent d’une seule voie. Puis, un des responsables nous
présente à l’assistance et nous souhaite la bienvenue. Nous sommes aussi
surpris qu’émus par cet accueil incroyable. A côté du comité des directeurs, se
tient un groupe de femmes toutes élégamment vêtues de saris bleus. Ce sont
les Anges Bleus de Nai Disha. Elles sont venues d’Alwar, une
ville du Rajasthan à 4 heures de route de Delhi, pour leur réunion mensuelle
avec le Docteur Pathak. Plus tard, nous nous asseyons au milieu d’elles pour
écouter leur histoire.
Un jour, lors d’une campagne de sensibilisation à Alwar, le Docteur Pathak
aperçoit des femmes scavengers revenir de leur corvée quotidienne. Elles
portent sur leur tête des pots d’excréments qu’elles ont ramassés au petit
matin pour que les habitants des maisons où elles travaillent n’aient pas à les
croiser. Le docteur Pathak va à leur rencontre et leur demande si elles
souhaitent changer de métier et avoir une vie meilleure. Elles sont
abasourdies, cet homme, ce brahmane est-il en train de se moquer d’elles ?…
Mais voyant son air sérieux et résolu, elles décident de lui faire confiance et
formulent un « oui » unanime. Nous sommes en 2003, et Sulabh ouvre le
centre de formation Nai Disha à Alwar.
Elles nous racontent avec enthousiasme les incroyables changements qui se sont
produits dans leur vie depuis lors. Elles ont tourné le dos aux champs
d’immondices et au dégoût qui les saisissait chaque jour en s’acquittant de ces
tâches humiliantes. En 3 ans de formation au centre, elles ont appris
les bases du calcul et de l’écriture, ainsi qu’un nouveau métier : la
couture, la confection de produits alimentaires, les soins esthétiques... Elles
ont un compte à la banque où elles peuvent déposer leur salaire mensuel. Avec
l’aide des formateurs du centre, elles ont pu retrouver la dignité et le
respect de soi auxquels elles avaient dû renoncer souvent très jeunes. Peu à
peu, elles ont également gagné le respect des autres.
Usha Chaumar, présidente de Sulabh International
Social Service Organisation
Elles nous invitent à leur rendre visite et, dès le lendemain, nous roulons
vers Alwar, accompagnés du Dr Suman Chahar, la directrice du centre. Les Anges
Bleus nous accueillent avec leur magnifique sourire de femmes libres. Leur
représentante, Usha Chaumar marque notre front d’un point de poudre rouge, le
Tilak, en signe de bienvenue.
Nous visitons l’atelier de couture, les femmes s’activent sur les machines à
coudre pour réaliser une commande de sacs publicitaires en toile. En plus des
séries réalisées pour les négociants, elles cousent également des modèles
qu’elles conçoivent. Le Dr Suman Chahar nous en montre quelques
échantillons.
Dans une autre salle, des femmes roulent de petites mèches de coton destinées
aux bougies des temples. Ceci n’est pas anodin quand on apprend qu’elles n’ont
obtenu le droit d’aller prier dans le temple d’Alwar que le 21 décembre 2008,
le jour où elles y sont entrées toutes ensemble, conduites par le Docteur
Pathak.
Les
femmes de Nai Disha entrent pour la première fois dans le temple de Jagannath à
Alwar (photo Sulabh)
Nous grimpons au salon de beauté du centre où une femme d’Alwar abandonne son
visage aux mains expertes d’une esthéticienne de Nai Disha, tandis qu’une autre
confie son avant-bras pour un tatouage au henné. Un peu plus loin, des femmes
en cercle confectionnent les nouilles et les papads (fines galettes
croustillantes et épicées) devenues fort appréciées dans les environs. Cette
expérience paraît incroyable dans la société indienne où le moindre contact
physique avec des « intouchables » est traditionnellement vécu comme une
souillure par les castes supérieures. Certaines femmes de Nai Disha ont même
été reçues par leurs anciens employeurs pour partager un repas, preuve qu’un
cap psychologique important a été franchi.
Activités du centre de Nai Disha
En juin 2009, Nai Disha a accueilli la nouvelle et dernière promotion de femmes
scavengers d’Alwar, célébrant ainsi la fin du scavenging dans cette
ville de 400 000 âmes. L’expérience se poursuit à présent dans un
nouveau centre de formation ouvert en 2008, près de Jaïpur (la capitale du
Rajasthan), qui accueille déjà 225 femmes.
La réussite de Nai Disha est le fruit d’un travail de longue haleine mené par
le Docteur Pathak et son équipe pour la libération des scavengers et leur
réhabilitation au sein de la société. Lorsque le Docteur Pathak crée Sulabh en
1970, il est seul contre tous. S’occuper d’un sujet aussi sale et tabou que les
toilettes est le pire des déshonneurs pour un Brahmane, mais rien ne semble
pouvoir le détourner de son objectif.
La conception
et l’installation de toilettes est le premier pas vers l’éradication du
scavenging. L’enjeu final est de redistribuer les cartes du jeu social, pour
donner une chance aux « intouchables » de commencer une vie nouvelle,
débarrassés de leur étiquette. Dès l’origine, Sulabh accompagne la reconversion
professionnelle des familles qui dépendaient de cette activité pour survivre.
Des formations sont organisées dans les villages pour apprendre la conduite, la
mécanique, la maçonnerie…
Pour faire bouger les consciences, le Docteur Pathak lance aussi de grandes
campagnes de sensibilisation. Il organise des parrainages de familles de
scavengers par des Brahmanes et œuvre pour leur droit à entrer dans les
temples.
Le Docteur Pathak mise également sur les jeunes générations qui ont l’avenir
entre leurs mains. En 1992, il ouvre une école à Delhi qui accueille 50%
d’enfants de scavengers. Lors de notre visite, nous suivons la directrice à
travers les salles de classe, les cours généraux, puis les formations
techniques de couture, électricité, informatique… Les élèves nous accueillent
sans timidité, nous donnant un aperçu de leurs exposés ou de leurs travaux.
Ici, tous les enfants étudient et jouent ensemble sans faire cas de leurs
origines.
Visite de l’école (photo Sulabh)
La métamorphose de femmes scavengers en Anges Bleus est un symbole fort. A
travers Nai Disha, Sulabh franchit une nouvelle étape qui invite la société
indienne à évoluer pour réaliser le vœu de Gandhi : éradiquer le scavenging.
Etre condamné dès sa naissance à des tâches ingrates et au mépris des autres
semble de plus en plus difficile à justifier, tout comme l’ensemble des
inégalités engendrées par le système de castes.
Aux côtés du Docteur Pathak, les femmes de Nai Disha sont devenues les
ambassadrices de Sulabh. Parmi les grands évènements auxquels elles ont
participé, leur plus beau souvenir est le sommet des Nations Unies « Sanitation
for sustainable development » en 2008, à New-York ! Quand elles évoquent ce
voyage, la conversation s’anime et leurs yeux brillent. Leur représentante,
Usha Chaumar, relit pour nous le discours qu’elle avait alors prononcé en
anglais. Nous regardons les photos du défilé de mode où des mannequins
présentaient les modèles dessinés dans l’école et cousus à Nai Disha. Ensemble,
les 46 femmes ont levé leur poing au pied de la statue de la liberté. Le conte
de fées est devenu réalité.
Les Anges Bleus à New York (photo Sulabh)
Comment les aider ?
Nai Disha recherche des clients pour ses productions de vêtements, accessoires
ou produits alimentaires que les femmes réalisent sur commande.
Contact
Dr
Suman Chahar
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
• Téléphone : +91 11 25 03 15 18
• Mobile : +98 68 80 45 42
• Site Internet : www.sulabhinternational.org
• E-mail : sumanchahar@hotmail.com
Gabrielle
vendredi 21 août 2009
Sulabh Sanitation Movement
Par François le vendredi 21 août 2009, 18:41
En Inde, on appelle « scavengers » (éboueurs) les personnes traditionnellement chargées de s’occuper des excréments humains et des cadavres d’animaux. Il constituent la plus basse des castes qui composent la société hindoue et sont cantonnés à cette profession du fait de leur naissance. Le métier de scavenger en lui-même est particulièrement dégradant, consistant à ramasser à la main les excréments des autres, et à les porter dans un seau sur sa tête pour aller les jeter dans la rivière. En plus de cela, les membres de cette caste, considérés comme « impurs », font l’objet de discriminations inimaginables. Ce sont les célèbres « intouchables », appelés ainsi car les autres membres de la société se doivent d’éviter tout contact direct avec eux.
Le Sulabh Sanitation Movement se donne pour mission l’éradication du « scavenging ».
Le symbole de Sulabh, un pot d’excréments barré de
rouge
Le 13 juillet, nous sommes reçus par le Dr Bindeshwar Pathak, le fondateur de Sulabh, au siège de l’organisation à Delhi. Rien ne prédestinait ce brahmane (la plus haute caste en Inde) à s’occuper un jour des difficultés des « intouchables », mais les hasards de la vie l’ont porté à mener ce combat.
Jeune homme, Bindeshwar Pathak veut devenir professeur, mais ne parvient pas à décrocher un poste. En 1969, à 27 ans, il rejoint alors le Comité des Célébrations du Centenaire de Gandhi. Cette organisation est notamment chargée de donner un coup d’accélérateur à la lutte contre l’intouchabilité, un des chevaux de bataille de Gandhi. Il part quelques mois vivre auprès de scavengers dans un bidonville pour s’imprégner de la question.
Pendant cette période, il est confronté au drame quotidien que vit cette population. Un jour, un enfant est attaqué par un buffle en furie. Les hommes se précipitent pour lui porter secours… mais soudain quelqu’un crie « c’est un intouchable ! », et tous s’arrêtent nets, laissant le garçon se faire piétiner. Le Dr Pathak et quelques personnes de bonne volonté ramassent l’enfant meurtri et l’amènent à l’hôpital. Là, le personnel médical rechigne à s’approcher du petit intouchable pour le soigner. L’enfant meurt de ses blessures.
Profondément marqué par cette expérience, le Dr Pathak décide de se battre pour faire cesser les comportements inhumains engendrés par le système de castes. Il fonde Sulabh en 1970 avec la volonté d’éradiquer le scavenging. C’est un choix lourd de conséquences pour un brahmane, sa propre famille et sa belle-famille lui tournent le dos pour un temps.
Le Dr Bindeshwar Pathak
En 1970, en Inde, seulement 15% des habitations urbaines sont équipées de toilettes, et pratiquement aucune dans les campagnes. Le reste de la population fait ses besoins dans des toilettes sèches en plein air qui doivent être nettoyées régulièrement, forcément par des scavengers... En plus du problème de l’intouchabilité, cette situation a des conséquences lourdes en termes de pollution et de maladie : chaque année, en Inde, près de 500 000 enfants meurent de dysenterie ou du choléra, des infections imputables à l’absence de toilettes correctes. Le Dr Pathak est persuadé que pour éradiquer durablement le scavenging, il faut commencer par résoudre les graves problèmes sanitaires que connaît l’Inde car « tant qu’il y aura besoin du scavenging, il y aura des scavengers ».
Construire un système d’égout partout comme en occident est trop coûteux pour l’Inde, et surtout trop consommateur en eau. L’installation de fosses septiques n’est pas non plus une solution, car elle implique une vidange qui serait effectuée par des scavengers. Sulabh cherche alors à développer une technologie adaptée à la situation économique et environnementale de l’Inde, qui permette en même temps de résoudre le problème du scavenging.
En 1970, Sulabh inaugure les premières toilettes conçues selon le modèle
du Dr Pathak. Celui-ci comprend deux innovations essentielles par rapport aux
installations « classiques ». Tout d’abord, le système d’évacuation est
amélioré pour n’utiliser que 1,5 litres d’eau, contre 10 litres pour une chasse
d’eau ordinaire, grâce à un coude plus petit. Puis, les excréments sont évacués
vers un système de double cuve dont chacune a une capacité d’au moins 2 à 3 ans
d’utilisation. Une fois que la première cuve est remplie, l’évacuation est
redirigée vers la deuxième cuve. La matière fécale contenue dans la première
cuve se transforme peu à peu par l’action naturelle de la fermentation… Après
18 mois, la cuve laissée au repos est pleine d’un engrais biologique inodore et
sec, facilement transportable et utilisable pour l’agriculture.
Les
toilettes Sulabh, l’eau et le méthane produit par la fermentation sont absorbés
par la terre grâce à des espaces dans revêtement de la cuve (photo
Sulabh)
Les installations Sulabh sont déclinables pour toutes les bourses, et peuvent être réalisées avec un large éventail de matériaux locaux. A ce jour, l’organisation a construit et vendu plus de 1,2 millions de toilettes à travers toute l’Inde.
L’engrais biologique obtenu après 18 mois de fermentation (photo
Sulabh)
Pour beaucoup de foyers, la technologie simple et peu coûteuse de Sulabh reste toutefois hors d’atteinte, notamment dans les bidonvilles, pour des raisons de coût et d’espace. Les seules toilettes disponibles sont bien souvent un simple bout de trottoir à ciel ouvert que doivent nettoyer des scavengers.
En 1974, Sulabh installe les premières toilettes publiques payantes à Patna, dans l’état du Bihar. Personne n’y croit, pourtant, dès le premier jour d’ouverture, 500 personnes viennent les utiliser. Les habitants des villes sont prêts à payer 1 ou 2 roupies pour faire leurs besoins dans un environnement propre et dans l’intimité. Aujourd’hui, Sulabh gère plus de 7500 centres de toilettes publiques à travers l’Inde, qui accueillent plus de 10 000 000 d’utilisateurs chaque jour.
Sulabh continue à innover et, au début des années 1980, le Dr Pathak a l’idée
de recycler le méthane issu de la fermentation des matières fécales.
L’organisation installe des centrales à biogaz dans près de 190
toilettes publiques. Au lieu de s’échapper dans l’atmosphère où il
contribue pour une part importante à l’effet de serre, le méthane est récupéré
et utilisé pour la cuisine, l’éclairage public, la production
d’électricité…
Une
centrale à biogaz Sulabh et ses différentes applications : production
d’électricité, cuisinière, chauffage, éclairage…
Au siège de l’organisation à Delhi, un laboratoire expérimental teste de nouvelles technologies simples pour améliorer la situation sanitaire en Inde. Une des dernières idées : utiliser de « l’herbe à canard » à croissance rapide pour dépolluer les lacs et les rivières. L’herbe peut ensuite être récoltée et servir à nourrir le bétail.
A chaque fois, les solutions proposées par Sulabh sont simples et adaptés au contexte indien. D’ailleurs, en hindi « sulabh » signifie littéralement « simple, facile ».
Après la visite des installations de Sulabh, le Dr Pathak nous invite dans la
bibliothèque de l’organisation. Parmi les nombreux ouvrages, il choisit un gros
volume des éditions reliées de « Young India », le journal de Gandhi, et
l’ouvre respectueusement.
L’œuvre de Gandhi inspire l’action du Dr Pathak. Pendant la lutte pour l’indépendance de l’Inde, le Mahatma se battait déjà pour l’abolition du système des castes. A qui servirait l’indépendance si des Indiens restaient opprimés ? Il exigeait de ses disciples qu’ils nettoient eux-mêmes leurs toilettes, et enseignait les bases sanitaires dans les villages où il passait. Après l’indépendance en 1947, et la mort de Gandhi en 1948, le tout nouveau gouvernement indien passa de nombreuses lois pour lutter contre le phénomène de l’intouchabilité, avec un succès souvent mitigé.
En fondant Sulabh, le Dr Pathak cherche à aborder le problème sous un angle pratique, et c’est sans doute la raison de son succès. L’organisation estime à plus d’un million le nombre de personnes qu’elle a réussi à libérer du scavenging. Commentant le travail de Sulabh lors de sa visite en juillet 2008, la présidente indienne, Prathiba Devisingh Patil, déclare : « aucun programme en Inde ne donnerait autant de bonheur à Gandhi que celui-ci »…
Aujourd’hui, 60 000 personnes agissent au sein de Sulabh. L’organisation cherche à diffuser son modèle à travers le monde. 2,6 milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès à des toilettes correctes. La technologie développée par Sulabh peut contribuer à résoudre ce problème sanitaire. De plus, face au réchauffement climatique et aux pénuries d’eau, les toilettes Sulabh sont une solution écologique de premier plan.
Grâce à l’argent gagné dans la construction et l’entretien des toilettes
publiques, l’organisation mène également d’importants programmes de
réhabilitation des scavengers. A
suivre…
Comment les aider ?
L’organisation s’autofinance et n’accepte pas les donations. L’indépendance financière de Sulabh est le meilleur atout du Dr Pathak pour rester libre de penser et d’agir.
Le Dr Pathak invite tous ceux qui le souhaitent à poursuivre son action : la technologie développée par Sulabh est libre de droits, et des formations techniques peuvent être dispensées sur demande. A titre d’exemple, des ingénieurs de 14 pays africains ont récemment été formés aux différents systèmes développés par l’organisation, et de nouvelles sessions sont prévues pour étendre l’expérience à d’autres pays.
Contacts
Sulabh Sanitation Movement
Sulabh Gram - Mahavir Enclave
Palam Dabri Marg
New Delhi – 110 045
Inde
• Téléphone : +91 11 25 03 26 17
• Site Internet : www.sulabhinternational.org
• E-mail : sulabh1@nde.vsnl.net.in

Le Musée International des Toilettes de Sulabh accueille les
visiteurs de passage à Delhi (même adresse). On y découvre des sanitaires de
tous les âges et de toutes les formes, dont certains modèles étonnants…
• Téléphone : +91 11 25 03 40 14
• Site Internet : www.sulabhtoiletmuseum.org
François
dimanche 9 août 2009
SEWA
Par François le dimanche 9 août 2009, 18:56
Samedi
4 juillet. Nous rencontrons Pratibha Pandya, une des responsables de
SEWA (Self Employed Women Association), dans les locaux de
l’organisation à Ahmedabad (Gujarat). Depuis
22 ans, elle travaille pour ce syndicat de femmes travailleuses
indépendantes.
En Inde, le secteur « informel » représente 60% du produit économique et plus
de 90% des travailleurs. La plupart des femmes sont employées dans ce secteur :
ces « travailleuses indépendantes » sont agricultrices, vendeuses de rue,
couturières, rouleuses de biddies (les « cigarettes » indiennes)… beaucoup
travaillent aussi à domicile pour l’industrie manufacturière qui les paie à la
tâche.
Ces femmes sont souvent exploitées par des donneurs d’ordre et des fournisseurs
qui n’hésitent pas à profiter de leur isolement professionnel. Leurs revenus
sont très irréguliers et elles doivent aussi faire face aux aléas de la vie
sans la protection sociale dont bénéficient les travailleurs salariés.
Un marché d’Ahmedabad
SEWA est fondée en 1972 par Ela Bhatt, alors cadre du TLA
(Textile Labour Association), le syndicat de travailleurs du textile créé par
Gandhi lui-même en 1917. Elle puise son inspiration dans l’œuvre du Mahatma
pour construire un modèle qui aide durablement ces femmes démunies, sans les
assister.
SEWA veut regrouper ces travailleuses indépendantes pour les aider à
prendre confiance en elles et à relever la tête. En s’unissant au sein
d’un syndicat, elles apprennent à s’organiser pour rompre le cercle vicieux de
la pauvreté. SEWA poursuit deux objectifs : permettre à ces femmes de
gagner leur autonomie économique par leur travail, et leur fournir les mêmes
avantages que ceux dont bénéficient des travailleurs
salariés.
Pour leur permettre d’augmenter leurs revenus, SEWA aide les
travailleuses du secteur informel à s’associer en coopératives. Le
regroupement offre de nombreux avantages : mise en commun de moyen (achats
d’outils, de stocks…), division du travail qui rend ces femmes plus
productives, partage des risques… et surtout, il donne à ses femmes un vrai
poids face aux autres acteurs économiques.
Nous sommes invités à visiter une coopérative de poissonnières créée par SEWA à
Ahmedabad. Suruchi Mehta, la coordinatrice des activités de la coopérative,
nous présente le travail réalisé depuis 2003. A cette date, les poissonnières
d’Ahmedabad travaillent séparément et ne sont pas respectées par les négociants
qui les fournissent en poissons. Elles sont mal servies et doivent se contenter
des poissons de qualité inégale qu’on leur propose, au prix qu’on leur fixe.
Une fois sur le marché, elles se livrent à une rude concurrence entre elles, et
au final ne gagnent pratiquement rien.
Suruchi Mehta
Avec l’aide de Suruchi Mehta, les poissonnières s’organisent en coopérative et
créent une centrale d’achat de poissons. En groupant les commandes, la
coopérative est en position de négocier les prix et la qualité avec les
négociants. Sur les 200 femmes membres, 2 sont chargées d’acheter le poisson en
commun au marché central tous les matins, et de le transporter au local ouvert
par SEWA sur le marché du quartier. Les frais de transport sont réduits, et les
poissonnières ne sont plus obligées de se lever aux aurores. Elles achètent
directement au magasin SEWA un poisson de meilleure qualité à un prix plus bas.
La coopérative ne prend que 2 roupies (0,03€) de marge par kg de poisson pour
couvrir le loyer du local, acheter la glace et payer les 2 salariées chargées
de l’achat en gros.
Les résultats sont palpables. En 2003, ces poissonnières gagnaient en moyenne
80 roupies (1,20€) par jour, en commençant leur journée à 4h du matin.
Aujourd’hui, elles gagnent en moyenne 120 roupies (1,80€) par jour de semaine,
et jusqu’à 200 roupies (3€) le dimanche, en ne commençant à travailler qu’à
partir de 7h. Même si les montants peuvent sembler dérisoires, il s’agit d’une
augmentation de revenus de plus de 50%, dans de meilleures conditions
de travail, qui permet à ces femmes d’améliorer très concrètement
leurs conditions de vie et notamment de financer la scolarité de leurs enfants.
De plus, ces femmes ne sont plus confrontées à l’humiliation quotidienne
qu’elles subissaient en achetant leur poisson individuellement ; elles ont
retrouvé leur dignité.
Shanta Ben, une des salariées de la centrale d’achat
En achetant du poisson sur un marché de Pondichéry, 1 mois auparavant,
nous avions été frappés de constater la concurrence effrénée à laquelle se
livraient les poissonnières entre elles. La qualité des poissons était
médiocre, et les femmes cassaient les prix pour vendre leur maigre marchandise
et gagner de quoi survivre. Sur le marché que nous visitons à Ahmedabad,
l’ambiance est radicalement différente. Les poissonnières, radieuses, nous
montrent de gros morceaux appétissants de poisson frais. Regroupée au sein
d’une même coopérative, et gagnant mieux leur vie, elles sont devenues
solidaires.
Suruchi Mehta a d’autres projets pour continuer d’accroître l’autonomie
économique de ces femmes. Elle souhaite profiter de l’expérience acquise pour
ouvrir des magasins SEWA sur les autres marchés de quartier d’Ahmedabad. Elle
rêve aussi de construire un vrai marché couvert, qui permettrait une
augmentation des ventes dans de meilleures conditions de travail. Elle voit
déjà plus loin : organiser les pêcheurs entre eux et leur acheter directement
le poisson sans passer par les négociants du marché central. La marge ainsi
gagnée serait redistribuée entre les travailleurs : pêcheurs et
poissonnières…
Les poissonnières de SEWA
SEWA est à l’origine de 102 coopératives similaires dans différents métiers.
Elle accompagne les travailleuses indépendantes dans la création et le suivi de
celles-ci.
L’organisation procure à ses membres des formations pour leur apprendre à gérer
leur coopérative de manière autonome. Des séances de développement personnel
sont également organisées pour aider ces femmes à prendre confiance en elles et
à s’affirmer dans le monde économique. Enfin, d’autres formations techniques
sont aussi proposées qui permettent aux travailleuses de gagner en
productivité.
En 1992, SEWA fonde une fédération de coopératives, la « Gujarat State Women’s
SEWA Cooperative Federation Ltd ». Cette fédération a pour objectif de faire
prendre aux coopératives SEWA une ampleur plus grande en leur offrant des
services spécialisés en administration, marketing, labellisation, formation
professionnelle… Il ne s’agit cependant pas de recréer une grande entreprise :
cette « super coopérative » se pose en prestataire de services ; les
coopératives conservent leur autonomie de décision, les femmes restent leur
propre patron.
Un magasin SEWA de textiles
Le deuxième objectif de SEWA est d’offrir aux travailleuses du secteur
informel une protection sociale et des services dont elles étaient jusque là
exclues.
SEWA organise une véritable assurance sociale pour ses membres. Après avoir
payé une cotisation, les travailleuses de SEWA bénéficient d’une assurance
santé pour elles et leurs enfants, incluant la maternité. Les accidents du
travail sont également couverts. Un service de garde d’enfant est disponible,
pour permettre aux femmes de travailler en toute sérénité.
La SEWA Bank, un des plus gros succès de l’organisation, donne la possibilité à
ses membres de disposer d’un compte en banque pour épargner, et de souscrire à
des « micro-crédits ». Grâce à des prêts de petits montants, les travailleuses
peuvent investir sans avoir recours aux services hors de prix des usuriers. Ces
micro-crédits peuvent être utilisés pour acheter des outils ou un stock de
matières premières ; souvent il s’agit de prêts agricoles destinés à l’achat de
semences.
SEWA a pour vocation de s’autofinancer, pour rester viable et
indépendante.
Le syndicat est organisé en coopératives dont les bénéficiaires sont
actionnaires (la SEWA Bank compte ainsi 100 000 actionnaires). Tous les
services proposés (dont les formations) sont payants, et les coopératives qui
les gèrent ont un objectif de rentabilité. Les membres du syndicat paient en
plus une cotisation de 5 roupies (0,08€) par an pour couvrir les frais de
structure, et l’organisation prélève également un pourcentage sur les ventes
des coopératives.
Les 10 objectifs de SEWA pour ses membres
Aujourd’hui SEWA compte plus de 1 000 000 de membres à travers
l’Inde (500 000 au Gujarat et 500 000 dans le reste de l’Union
indienne), c'est-à-dire autant de foyers impactés, ce qui en fait le plus grand
syndicat indien.
SEWA étend maintenant ses activités en Afghanistan, à Kaboul. En 2005, le
gouvernement indien a fait appel à l’organisation pour organiser la formation
de plus de 1000 femmes afghanes en horticulture et en agriculture. C’est une
reconnaissance officielle de son travail en Inde.
Le succès de SEWA s’explique peut-être par sa philosophie : l’organisation ne
cherche pas à assister des personnes en difficulté, mais mise sur les capacités
non utilisées des travailleuses du secteur informel. En leur donnant les moyens
de gagner une vie décente par leur travail, SEWA aide ces femmes à prendre
confiance en elle et à utiliser tout leur potentiel.
Comment les aider ?
La meilleure façon d’aider les femmes de SEWA est sans doute d’acheter leurs
produits. L’organisation est intéressée par des acheteurs potentiels
sensibilisés à la démarche du commerce équitable.
Les donations financières ainsi que les bénévoles sont également les
bienvenus.
Contacts
Site Internet : www.sewa.org
François
lundi 3 août 2009
College of Social Work Nirmala Niketan
Par Gabrielle le lundi 3 août 2009, 15:11
Le « College of Social Work Nirmala Niketan » est né en 1955 de l’initiative des Filles du Cœur de Marie, une société religieuse venue travailler à Bombay auprès des populations défavorisées. Dans le but d’organiser une aide de qualité sur le long terme, elles créent cette école pour former des professionnels du travail social parmi la jeunesse indienne. Depuis l’Institut s’appuie sur son expérience pour s’adapter à l’évolution de la société et anticiper les besoins de demain.
La principale, Dr Mary Alphonse, souligne la particularité de l’Institut qui s’attache à transmettre non seulement des connaissances, mais aussi la passion et la conviction nécessaires pour travailler dans le milieu social. Les élèves acquièrent une rigueur professionnelle tout en s’appuyant sur des valeurs humaines fortes. Ils développent à la fois un regard critique et une vision globale pour appréhender les problèmes qui leur seront confiés. En formant cette « armée de travailleurs sociaux », l’Institut veut contribuer à la construction d’un nouvel ordre social basé sur la dignité humaine et la justice sociale.
Dr Mary Alphonse, principale du CSW
Le « College of Social Work » est affilié à l’Université de Bombay. Chaque année, près de 250 étudiants sont diplômés en licence et maîtrise. Un doctorat est également proposé aux travailleurs sociaux ayant au moins 3 ans d’expérience professionnelle. L’Institut dispense par ailleurs des formations de courte durée et des cours par correspondance, pour des adultes en recherche d’emploi ou exerçant un métier auprès de populations sensibles.
Nous suivons la principale à travers les couloirs de l’école, elle nous montre le laboratoire audio-visuel, la salle informatique, puis nous entrons dans une bibliothèque toute neuve où de gros volumes de droit social et de nombreux ouvrages emplissent les étagères. Ces différents supports sont mis à disposition des élèves pour leur permettre de mener les travaux de recherche qui servent de base dans les cours. L’équipe enseignante aussi est mise à contribution au sein d’une unité de recherche qui étudie certains problèmes sociaux à la demande du gouvernement ou d’ONG telles que l’UNICEF. Des professeurs et des intervenants extérieurs partagent leurs réflexions dans une publication trimestrielle.
La bibliothèque du CSW
Pour être fructueux, cet esprit de recherche doit être confronté avec les réalités extérieures. L’Institut accorde une place importante à l’apprentissage sur le terrain : les étudiants consacrent 2 jours et demi par semaine à leur projet d’étude. Cette approche leur donne une perspective critique à travers la pratique. C’est au cœur de l’action que les élèves acquièrent leur « savoir-faire » et révèlent leur « savoir-être ».
Les sujets proposés aux élèves sont sélectionnés par l’équipe enseignante auprès d’organisations partenaires, ou parmi les projets de terrain conçus et développés au sein de l’Institut. Grâce à l’expérience acquise au fil des années, l’école et ses professeurs sont devenus des observateurs privilégiés des problématiques sociales à Bombay et dans la région. Depuis 1974, ils ont lancé plusieurs projets pour s’attaquer à certains problèmes sociaux avec des approches innovantes : dialogue interreligieux, éducation des enfants de mères prostituées, travail auprès des enfants des rues… Lorsque le Dr Mary Alphonse nous présente ces programmes, nous sommes impressionnés par la diversité des interventions et l’ampleur des actions menées.
L’école agit comme une pépinière de projets sociaux. Les projets lancés sont accompagnés par les professeurs et soutenus financièrement par le College of Social Work pendant cinq ans. Les responsables, choisis parmi les anciens élèves, sont chargés de la coordination, de la communication et des recherches de financements. A la fin des cinq années, le projet doit voler de ses propres ailes, de manière indépendante ou sous la tutelle d’une autre ONG.
Les responsables des deux projets initiés depuis 2004 sont venus nous présenter
leurs travaux.
Manisha Desai nous présente le projet AROEHAN (Activities Related to the Organisation of Education, Health and Nutrition), mené à Mokhada. Cette région de l’état du Maharastra cumule tous les maux dont un grave problème de malnutrition : 3 enfants sur 4 sont touchés. L’équipe décide de s’attaquer aux racines du problème pour faire revivre Mokhada. D’ailleurs en langue Mahrati, AROEHAN signifie résurrection.
Manisha Desai, responsable du projet AROEHAN
Les filles mariées très jeunes ont souvent leur premier enfant dès 13 ans,
alors qu’elles ne sont pas prêtes à être mères. L’association leur donne des
cours de santé et de nutrition dans les écoles pour les aider à prendre soin de
leur enfant comme d’elles-mêmes.
D’autre part, la déforestation a entraîné la sécheresse et l’appauvrissement
des sols, rendus impropres à l’agriculture. Le manque de nourriture et
d’emplois pousse certaines familles à l’exode et la région s’appauvrit
d’autant. Pour arrêter ce cercle vicieux, l’association enseigne avec l’aide
d’experts des techniques agricoles simples et respectueuses de l’environnement
pour enrichir de nouveau les sols et lutter contre la sécheresse.
Enfin, il existe des lois d’aide aux zones rurales défavorisées concernant
l’emploi, les services de santé, les subventions à l’achat de nourriture…
AROEHAN joue un rôle important en informant les habitants de leurs droits et en
les encourageant à se mobiliser pour les faire valoir auprès du gouvernement.
Au début du projet, les habitants craignaient que de telles démarches ne mènent
à des représailles d’agents de l’Etat corrompus. A force de sensibilisation et
d’accompagnement, les habitants se sont organisés et ont obtenu des aides
importantes, s’ouvrant la voie d’une vie meilleure grâce à leur courage.
Les 14 membres de l’équipe poursuivent leur combat avec l’aide de l’école, du gouvernement et d’ONG partenaires.
Le lendemain, nous avons rendez-vous sur le terrain avec Greeshma Francis, la
responsable du programme CHIRAG (Communauty Health Initiative
and Research Action Group), créé en 2004 pour aider les personnes atteintes du
SIDA. L’Inde est la 2ème région du monde la plus touchée par l’épidémie après
l’Afrique (2% de la population est infectée). Les malades et leur famille
souffrent d’une discrimination très forte, qui s’ajoute au poids la maladie
elle-même. CHIRAG, qui signifie en hindi « lampe allumée », veut redonner aux
malades l’espoir d’une vie meilleure et les moyens d’y parvenir.
Greeshma
Francis, responsable du projet CHIRAG et Kamlakar, membre de l’équipe
Il pleut des cordes, nous grimpons dans un train de banlieue en direction de Dharavi. Ce quartier concentre une population de migrants qui affluent chaque jour par centaines. Le SIDA est un des nombreux maux qui frappe ici plus qu’ailleurs. Nous sortons de la gare au milieu de rangées d’immeubles prématurément vieillis. Nous suivons Greeshma dans le dédale des rues pour grimper dans l’un d’entre eux où se trouve le bureau de CHIRAG. Les enfants jouent, les voisins nous saluent… Immergée dans la vie du quartier, l’association accueille les malades et se bat pour leur réhabilitation au sein de la communauté.
Le premier contact avec les malades s’établit le plus souvent au travers de
la cellule de soutien mise en place à l’hôpital où 300 à 500 malades viennent
chaque jour recevoir leur traitement.
A Dharavi, CHIRAG propose différents ateliers pour apprendre aux malades à
prendre soin d’eux, à gérer leur maladie, et surtout à surmonter le choc et
reprendre confiance en eux. Un groupe de soutien rassemble chaque mois 50 à 60
personnes pour partager leurs problèmes, doutes ou interrogations. CHIRAG rend
visite aux familles pour les informer sur le SIDA et les encourager à soutenir
leurs malades.
L’équipe mène un important travail de sensibilisation auprès de la communauté
pour que cesse la discrimination. Elle s’appuie sur le réseau des structures
publiques existantes : écoles, administrations, hôpitaux… dans lesquelles elle
a formé plus de 200 animateurs pour relayer son message. Des animations sont
également organisées autour d’évènements festifs : tournoi de cricket, concours
de peinture, théâtre de rue… autant d’occasions de parler du SIDA et de
défendre la cause des malades, en dépassant la peur.
La réintégration des malades passe aussi par un emploi que la plupart ont
perdu. L’association propose des formations professionnelles pour leur
permettre de créer leur propre activité à domicile. Dans la même perspective,
un programme de micro-crédit dédié aux femmes a été lancé récemment.
Enfin, quand le recours à la justice est nécessaire (violence conjugale,
licenciement abusif …), CHIRAG se bat auprès des malades avec l’aide d’avocats
spécialisés.
Encouragée par la réussite du projet à Dharavi, l’équipe de CHIRAG ouvre un
second bureau dans le quartier de Bhandup en 2005.
Tout ce travail est réalisé par une équipe de 8 personnes avec le soutien de l’école et de l’ONG Rangoonwala Foundation India Trust.
Une bénéficiaire du programme CHIRAG
Ces deux projets illustrent la philosophie du travail social enseignée par le « College of Social Work ». Ils sont menés avec cœur et talent par des jeunes enthousiastes qui prennent garde de ne pas confondre l’empathie avec la sympathie.
Comment les aider ?
Pour continuer à accompagner les projets en cours, et en lancer de nouveaux, le College of Social Work est constamment en recherche de fonds auprès des ONG comme des particuliers. Les volontaires sont également bienvenus dans le cadre des projets AROEHAN et CHIRAG (Greeshma Francis recherche notamment des personnes pour maintenir et développer le site internet de CHIRAG).
Contacts
College of Social Work Nirmala Niketan
38, New Marines Lines
MUMBAI 400 020
Téléphone : +91 22 22002615, +91 22 22067345
Fax : +91 22 22014880
Email : colsocwk@mtnl.net.in
Website : www.collegeofsocialwork.in
AROEHAN
Email : aroehan@gmail.com
CHIRAG
Email : chirag_nn@yahoo.com
Gabrielle
dimanche 26 juillet 2009
Selco
Par François le dimanche 26 juillet 2009, 18:00
27 juin. Nous sommes à Bangalore, la capitale du high-tech en Inde, pour rendre visite à Selco, une entreprise qui travaille dans le domaine de la technologie solaire.
Selco n’est pas une ONG, mais une entreprise, et plus exactement une « entreprise sociale ». A la différence d’une entreprise « normale », dont l’objectif prioritaire est la maximisation des profits, une entreprise sociale a pour but premier le service de l’intérêt général. Les profits sont recherchés, mais seulement pour permettre la réalisation d’un objectif social, comme un moyen plutôt qu’une fin. Selco se donne pour mission l’approvisionnement en électricité solaire des personnes exclues des circuits de distribution classiques.
En 1993-94, Harish Hande poursuit ses études d’ingénieur aux Etats-Unis dans le domaine de l’énergie. Lors d’un voyage en République Dominicaine, il découvre que des personnes à faible revenu peuvent choisir de s’approvisionner en énergie solaire et payer le coût de l’installation plutôt que de rester sans électricité. Il fait de l’électrification en milieu rural le sujet de sa thèse. En 1995, son doctorat obtenu, il retourne en Inde et il fonde Selco pour mettre en pratique ses théories.
Pourquoi choisit-il de créer une entreprise sociale plutôt qu’une société standard ?
Harish Hande nous répond que le modèle actuel de l’entreprise qui vise le profit pour lui-même n’est pas viable. Cette course à l’enrichissement s’appuie sur une vision à court terme et génère une fausse richesse, un faux confort. En Inde, la croissance actuelle de 8-9% a pour contrepartie une dégradation accélérée de l’environnement et une augmentation du nombre de pauvres qui déstabilise la société. Il cite le Mahatma Gandhi : « une affaire commencée dans le seul but de faire du profit n’est pas durable ».
L’argent est un bien mauvais maître… mais il est un bon serviteur : Gandhi explique aussi que la rentabilité est la seule façon de rendre viable une organisation. Pour Harish Hande, qui a toujours voulu travailler dans le domaine du développement, la forme de l’entreprise est plus efficace que celle de l’ONG. Alors qu’une ONG « classique » doit être constamment approvisionnée en fonds, l’entreprise sociale cherche à rentabiliser un investissement initial pour offrir ses services sur le long terme. Harish Hande est convaincu qu’on peut satisfaire les besoins en électricité des personnes qui en sont privées tout en restant rentable.
En Inde, 57% de la population n’a pas accès à l’électricité, principalement en zone rurale. Ces personnes exclues du réseau de distribution sont des pauvres, et doivent payer plus cher pour s’éclairer que des citadins aisés. A titre d’exemple, pour un vendeur de rue ou une famille de villageois, l’utilisation d’une simple lampe à fuel (polluante) revient à 40 roupies (0,60 €) par jour en carburant, alors qu’un foyer moyen de Bangalore paie environ 20 roupies (0,30€) par jour pour sa facture d’électricité, tout compris.
De manière naturelle, Harish Hande se tourne vers le solaire, une énergie propre particulièrement adaptée au milieu rural dans un pays tropical. Les débuts de l’entreprise sont difficiles : pendant les 5 premières années, Selco ne vend que 500 installations. Plutôt que de chercher à casser les prix en diminuant la qualité, Harish Hande persévère à fournir des solutions réellement durables à ses clients. C’est un autre aspect du renversement des priorités par rapport à une entreprise classique : la recherche de la satisfaction du client est un but en soi, et non une simple question d’image… Il met en place un service après-vente, toutes les installations Selco sont garanties pendant 5 ans.
Une installation solaire nécessite un investissement important, mais à long terme l’électricité produite est gratuite. Pour permettre à ses clients pauvres d’accéder à cette technologie, Selco noue des partenariats avec des institutions financières qui permettront à ceux-ci de financer l’investissement à crédit. Selco n’est pas un fabricant de matériel solaire, mais s’approvisionne auprès de différents fournisseurs sélectionnés pour la qualité de leur offre. Le rôle de l’entreprise est d’écouter les besoins spécifiques du client et d’évaluer sa capacité de remboursement. Ce modèle d’entreprise lui offre la plus grande liberté pour offrir à chaque client la solution la plus adaptée à son cas : installation technique et mode de financement.
Ce travail est effectué par des petites équipes de terrain disséminées dans tout le vaste état indien du Karnataka, particulièrement motivées par leur « mission ». C’est le mot qu’emploie Sarah Alexander, une des responsables de l’entreprise, quand elle nous détaille les activités de Selco ; ses yeux brillent. Visiblement, travailler pour une entreprise sociale donne une perspective différente au travail, et elle nous confie que sa motivation est sans commune mesure avec ce qu’elle a connu dans de précédents emplois.
L’efficacité d’une entreprise sociale n’est pas mesurée par le niveau de profit atteint, mais par sa capacité à remplir un objectif « social » : pour Selco, équiper un maximum de foyer avec des installations de qualité. Harish Hande prend soin de choisir des investisseurs qui partagent la même vision. Actuellement, tous les actionnaires de Selco sont des organisations à but non lucratif qui trouvent la démarche d’Harish Hande plus efficace et moins coûteuse qu’une assistance directe à la population visée.
Et çà marche ! Statistiquement, les clients à faible revenu de Selco remboursent leur emprunt plus sûrement que ne le feraient des personnes plus aisées. Ils constatent l’apport réel que l’électricité leur procure : souvent une simple lampe est une source de revenus supplémentaires pour ces personnes, leur permettant de travailler après la tombée de la nuit. Une fois qu’une famille a été démarchée par les équipes de Selco, généralement le reste du village demande peu à peu à s’équiper grâce au bouche-à-oreille, la meilleure publicité.
Aujourd’hui, Selco compte 140 collaborateurs et continue sa croissance. Depuis sa fondation en 1995, la société a vendu plus de 100 000 installations solaires.
A l’origine implantée dans le seul état du Karnataka, Selco tente une percée au Gujarat avec l’aide de SEWA, un syndicat de femmes indépendantes dont la banque coopérative servira de partenaire financier dans cet état. La société projette d’étendre ses activités dans d’autres états indiens, selon les partenariats financiers qui pourront être conclus localement.
Harish Hande souhaite aussi étendre le modèle qu’il a construit à d’autres technologies. Selco cherche des solutions simples et peu coûteuses à mettre en œuvre pour permettre à ses clients d’améliorer leur quotidien tout en respectant leur environnement. Récemment, la société s’est associée à un fournisseur de cuisinières à bois innovantes qui récupèrent le maximum de la chaleur produite par la combustion. Le client a besoin de moins de bois pour cuisiner, la forêt s’en porte mieux. Comme pour l’énergie solaire, Selco se pose en partenaire d’un fournisseur de technologie douce et d’un organisme financier pour fournir la solution la plus adaptée à chaque client.
Contacts
Site Internet : www.selco-india.com
François
lundi 13 juillet 2009
Janodayam
Par François le lundi 13 juillet 2009, 17:47
Le 23 juin, nous avons rendez-vous avec l’organisation Janodayam à Chennai
(Madras).
Dans la tradition hindoue, la société est organisée en différentes castes. Par
sa naissance, chacun appartient à une caste qui lui confère un rôle spécifique.
Dans l’ordre décroissant en terme de « pureté » rituelle : les brahmanes sont
les prêtres et les lettrés, les ksatryas sont les guerriers (et les policiers),
les vaisyas sont les commerçants et les paysans, et les sudras sont les
artisans. Reste tous les « hors-castes », appelés parias ou dalits (ou encore «
intouchables »), cantonnés aux tâches considérées comme les plus impures.
Chaque caste est elle-même divisée en un grand nombre de sous-castes (on en
compte 3000 en Inde), correspondant à des métiers bien particuliers. Les
arunthathiyars ont hérité du métier « d’éboueurs ». Ces dalits ont pour tâche
de s’occuper de tout ce qui touche aux déchets et excréments humains dans des
conditions souvent dégradantes (ils sont notamment chargés de nettoyer les
toilettes et les égouts à mains nues). Environ 1,6 millions en Inde, ils sont
méprisés par tous, même par les autres dalits. L’objectif de Janodayam
est de venir en aide à ces « éboueurs », les parias des parias, dans
l’état du Tamil Nadu.
Les castes en Inde
Nous sommes reçus dans les locaux exigus de Janodayam par G. Israel, le
directeur du programme. Tous les responsables de l’association sont réunis pour
l’occasion. Jayanthi, une des organisatrices, nous accueille par un chant de
bienvenue. En tout, l’association compte 22 permanents et 30 animateurs à temps
partiel.
L’équipe de Janodayam
Janodayam est une ONG fondée en 1983 par le révérend Claude D’souza, un
jésuite. G. Israel rejoint l’organisation en 1984. Lui-même fils « d’éboueur »,
ses études lui ont permis d’échapper au destin attaché à sa caste et il veut
entraîner le reste de sa communauté derrière lui.
L’organisation mise sur l’éducation des enfants pour mettre
fin à la condition infamante des arunthathiyars. Dans ce but, Janodayam
soutient près de 1000 enfants en leur donnant gratuitement des cours du soir.
En plus de cela, chaque année, les enfants de 10ème (15 ans) et de 12ème (17
ans) peuvent suivre un mois d’école intensive avant les examens. Grâce à ce
programme, environ 70 enfants par an intègrent le Loyola
College voisin, une des meilleures universités d’Inde. Avec un diplôme
d’ingénieur ou un doctorat, leur condition sociale change automatiquement.
Depuis 1983, 2000 enfants arunthathiyars ont ainsi pu intégrer cette
université.
L’université Loyola de Chennai
Janodayam mène aussi des actions auprès des femmes arunthathiyars. En 2000,
l’organisation crée l’APMS, qui se donne pour objectif d’aider les
femmes à atteindre l’autonomie économique et sociale. Des groupes
d’entraide se réunissent chaque semaine pour aider ces femmes à prendre
confiance en elles. L’APMS organise des formations professionnelles courtes (3
à 6 mois) : couture, broderie, informatique, soins médicaux… Grâce à ce
programme, les femmes peuvent trouver un emploi et augmenter les revenus du
foyer. Et surtout, elles retrouvent leur dignité vis-à-vis d’une société qui
les considère comme « intouchables ».
La même année, G. Israel fonde un mouvement citoyen, le TAAMS
(Tamilnadu Adi Andhra Arunthathiar Mahasabha). Celui-ci a pour objectif
d’organiser les arunthathiars afin de faire pression sur le
gouvernement pour satisfaire les besoins les plus criants de la communauté et
faire respecter ses droits.
En 1993, une loi fédérale a été promulguée en Inde pour l’éradication du
travail manuel des « éboueurs » : les excréments humains ne doivent plus être
ramassés à la main, et tout employeur contrevenant s’expose à 1 an de prison et
2000 roupies d’amende. Mais cette loi est facilement contournée car les
entreprises et les administrations font le plus souvent appel à des éboueurs «
indépendants » qui ne bénéficient d’aucune protection sociale. En 2002, le
TAAMS plaide la cause des arunthathiyars auprès du gouverneur du Tamil Nadu.
La rémunération des éboueurs « indépendants » employés
ponctuellement dans les administrations et les écoles est augmentée au
niveau du salaire minimum légal.
Le TAMMS continue à militer avec d’autres organisations de défense des dalits.
En 2007, ils réussissent à obtenir une couverture sociale pour ces
éboueurs « indépendants » auprès de l’état du Tamil Nadu. Dès 2008,
des fonds publics permettent d’offrir à ces travailleurs une assurance santé et
accidents du travail, ainsi que des aides en cas de maternité, mariage ou décès
(les funérailles coûtent très cher en Inde). Janodayam est associé à la mise en
place de la nouvelle administration créée pour gérer ce système.
En Inde, 18% des places dans les universités et des postes dans
l’administration sont réservées aux dalits pour favoriser leur insertion
sociale. Cependant, au sein des dalits, les arunthathiars sont trop
déconsidérés pour en bénéficier. Le TAAMS obtient en 2008 du gouvernement du
Tamil Nadu un quota dans le quota, 3% des places sont désormais
réservées aux seuls membres de la communauté des « éboueurs ».
L’entretien se termine, et G. Israel nous propose de rester pour déjeuner. Avec
joie ! En attendant les plateaux repas, nous sommes conviés à participer à un
petit concert improvisé de chansons, pourquoi pas ? Les « filles des forges »
ont un beau succès.
Comment les aider ?
Les ressources de Janodayam proviennent principalement d’ONG internationales,
notamment le CCFD (Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement)
en France ou Coordaid aux Pays-Bas.
Pour aider Janodayam, mieux vaut contacter ces organisations directement.
Financements et matériel scolaire sont les bienvenus, ainsi que toute offre
d’aide bénévole.
Contacts
CCFD
Site Internet : http://www.ccfd.asso.fr
Téléphone : +33 1 44 82 80 00
Janodayam
122, Sterling Road
Nunggambakkam
600 034 Chennai
INDE
• E-mail : janodayams@eth.net
François
mardi 30 juin 2009
People’s Watch
Par Gabrielle et François le mardi 30 juin 2009, 17:41
Mercredi
10 juin, nous sommes à Madurai, dans l’état du Tamil Nadu au sud-est de l’Inde.
Nous avons rendez-vous avec Henri Tiphagne, le fondateur et directeur exécutif
de People’s Watch, une organisation qui travaille à promouvoir les
droits de l’Homme en Inde.
Henri Tiphagne nous explique l’origine de son engagement en rendant hommage à sa mère adoptive. Cette femme originaire de Normandie est venue en Inde consacrer sa vie à soigner les lépreux, elle lui a transmis son sens des valeurs et de l’action.
Henri Tiphagne dans son bureau de Madurai
Lors de ses études à Chennai (Madras), Henri Tiphagne rejoint un mouvement étudiant où il réfléchit avec d’autres jeunes à l’origine des inégalités et aux moyens de lutter contre. Lorsque des inondations dévastatrices frappent le sud du Tamil Nadu en 1977, les paroles ne suffisent plus. Le groupe se rend à Madurai pour agir concrètement auprès des sinistrés. Cette expérience le marque durablement : il constate que malgré les conditions extrêmes auxquelles est confrontée la population, les discriminations entre castes persistent au cœur du désastre.
Il décide d’agir contre ces discriminations, et s’oriente vers des études de droit. Devenu avocat, il s’engage dans la défense de victimes de violations des droits de l’Homme au sein du PUCL (People Union for Civil Liberties). Lors de cette expérience, il est confronté à la mauvaise volonté de l’administration judiciaire indienne à faire appliquer la loi.
Un tournant s’opère en 1993 quand il se rend pour la première fois à une conférence internationale sur les droits de l’Homme, à Vienne. Il y rencontre des participants d’autres continents (d’Afrique et d’Amérique latine notamment) qui agissent différemment pour défendre la cause des droits de l’Homme. Au lieu de se consacrer uniquement à la défense des victimes, ils établissent un travail rigoureux de collecte et d’analyse des violations constatées, utilisé ensuite pour mettre l’Etat en face de ses responsabilités et l’obliger à modifier son fonctionnement.
Il rentre à Madurai avec la ferme intention de développer un programme similaire en Inde, et People’s Watch voit le jour en 1996.
Les bureaux de People’s Watch à Madurai
Au départ, l’action de People’s Watch est concentrée sur l’état du Tamil Nadu. Henri Tiphagne arrête quelques temps ses activités de défense des victimes pour se consacrer entièrement à l’organisation de ce travail de veille : il lui faut acquérir une nouvelle manière d’appréhender la question des droits de l’Homme. Cette veille consiste à relier entre eux des faits isolés pour mettre en relief des cas répétés de violation des droits élémentaires et faire réagir les institutions au niveau national ou international. Ainsi, People’s Watch attire l’attention des organisations internationales sur les discriminations contre les dalits (autrefois appelés intouchables) en Inde. En 2000, l’ONU ajoute la « discrimination en raison de l’ascendance ou de la profession » à la liste des violations contre les droits de l’homme.
Lorsque Henri Tiphagne reprend son activité de défense des victimes en 1999, il comprend que le refus d’agir des magistrats et des autorités vient en partie de leur insensibilité à la souffrance des victimes. Il lance une grande campagne de réhabilitation de la personne et applique également cette réflexion au sein de People’s Watch : la comparution devant un tribunal, et même les réparations obtenues ne suffisent pas, il faut que la vie reprenne. Henri Tiphagne crée deux centres d’accueil où des équipes de médecins et de psychologues accompagnent les victimes pour les aider à dépasser leur traumatisme et retrouver une place dans la société. Des aides sont également attribuées à des enfants orphelins de victimes pour leurs études. Ses plus grands espoirs naissent quand ils voient ces hommes et ces femmes se relever, et devenir à leur tour des défenseurs des droits de l’Homme. Aujourd’hui, 4 anciennes victimes travaillent au sein de People’s Watch, d’autres sont en formation et prêtes à rejoindre l’équipe.

L’idéal serait d’éviter que soient commises toutes ces violations : discriminations entre castes, violence domestique, torture, mauvais traitements à l’école… Pour cela, People’s Watch place son action dans une perspective de long terme : promouvoir une culture des droits de l’Homme en Inde, garante de paix et de liberté, dont tous les citoyens soient des acteurs. Selon ce principe, People’s Watch initie un mouvement de citoyens pour les droits de l’Homme, le CHRM (Civilian Human Right Movement), qui compte aujourd’hui des cellules dans des centaines de villages du Tamil Nadu et près de 25 000 membres. Ces volontaires sont les relais de People’s Watch sur le terrain.
La culture des droits de l’Homme doit se construire également à travers l’éducation des plus jeunes. Dès ses débuts, en 1997, People’s Watch lance un programme d’éducation des droits de l’Homme. D’abord limité à quelques écoles pilotes, le dispositif s’étend rapidement à travers tout l’état, puis commence son développement dans le reste de l’Inde à partir de 2005. Les chiffres sont éloquents : 3786 écoles participent à travers 13 états de l’Inde, plus de 5000 professeurs ont été formés, et plus de 300 000 enfants de 11 à 14 ans ont suivi le programme. Henri Tiphagne croit en la capacité des jeunes à faire changer les choses. Il évoque le courage de ce petit garçon qui a fait face à une vieille femme et réussi à lui faire promettre devant d’autres habitants du village de ne pas tuer sa petite fille qui venait de naître. Ce petit garçon a rapporté les faits à son professeur, et toute la classe a élaboré un programme de surveillance des femmes enceintes pour empêcher les infanticides de filles, nombreux en Inde en raison du poids des traditions. Les professeurs qui enseignent les droits de l’Homme sont devenus pour les enfants des référents en qui ils ont confiance, le message passe !
Après toutes ces années, et malgré les menaces et les intimidations auxquelles People’s Watch doit faire face, Henri Tiphagne reste toujours déterminé à poursuivre son combat.
Il nous explique en quoi le respect des droits de l’Homme est essentiel pour asseoir la paix sociale et la démocratie, qui en est l’expression politique. Au contraire, leur absence mène à la violence et au désordre. Il prend l’exemple des élections en Inde, où les dés sont souvent pipés : le non-respect de la démocratie conduit l’opposition politique à s’exprimer par la violence et le terrorisme (qui constituent eux-mêmes des violations des droits de l’Homme).
D’une manière plus générale, les droits de l’Homme sont les droits de tous les Hommes de vivre décemment, librement, en paix. Les pays doivent s’unir pour les promouvoir ensemble en tant que système de valeurs universel, à la fois au sein des organisations internationales, et auprès de leurs citoyens. Les destins des différents peuples sont de plus en plus liés, et les droits de l’Homme représentent la base juridique commune sur laquelle ils pourront s’entendre pour faire face aux défis de notre époque.
Comment aider ?
En tant que structure indépendante, People’s Watch n’est pas soutenue par l’Etat. L’association dépend des dons financiers pour son fonctionnement et la poursuite de son action. L’échange est une des valeurs de People’s Watch et les volontaires, les stagiaires sont bienvenus pour partager un bout d’aventure avec Henri Tiphagne et son équipe.
Contact
People’s Watch
6A, Vallabhai Road, Chokkikulam
Madurai – 625002
Inde
Site Internet : www.pwtn.org
Téléphone : +91 (0) 452 – 2539520
Fax : +91 (0) 452 – 2531874
Gabrielle et François
jeudi 11 juin 2009
Missionnaires de la Charité – Kochi
Par Gabrielle et François le jeudi 11 juin 2009, 15:19
Le 19 mai, nous nous rendons au centre des Missionnaires de la
Charité de Kochi (Cochin), dans le Kerala. A l’extérieur, une statue
de Mère Térésa en indique l’entrée. La célèbre religieuse a fondé cet ordre
catholique en 1950, à Calcutta, pour venir en aide aux « plus pauvres des
pauvres » (mourants, handicapés, malades, orphelins…). Depuis, l’ordre a
essaimé et compte 4500 religieuses réparties dans plus de 600 missions à
travers 133 pays.
Nous sommes reçus par la Mère Supérieure du centre, Sœur Rosyline, à laquelle
nous proposons notre aide bénévole pendant 2 semaines. Pourquoi pas ? Les
volontaires sont toujours les bienvenus chez les Missionnaires de la Charité.
Elle répond brièvement à nos interrogations : ce centre est un orphelinat pour
enfants handicapés mentaux et nous pourrons participer au ménage, au service
des repas, et jouer avec les enfants. Par contre, voyant nos sacs à dos et
notre mine fatiguée, elle nous conseille de prendre une chambre en ville et de
nous reposer pour revenir frais et dispos le lendemain. Nous l’apprendrons
durant ces deux semaines : avant d’aider son prochain, il faut s’aider soi-même
pour être dans la meilleure forme possible.
Le centre Missionaries of Charity de Kochi
Le lendemain matin, nous retournons au centre pour notre première journée de
bénévolat. Dès notre arrivée, Soeur Rosyline nous invite à la suivre. Balai et
raclette en main, nous sommes mis à contribution pour le grand ménage quotidien
des dortoirs. Les seaux d’eau mousseuse se déversent entre les lits… Ensuite
direction la lessive : les 35 enfants sont changés plusieurs fois par jour, ce
qui fait un beau paquet de linge sale. Pas de machine, tout est fait à la main
selon une organisation bien précise : après le savonnage, chaque pièce de linge
passe successivement dans trois grands bacs d’eau. Nous sommes postés au
rinçage, il faut suivre la cadence ! Une fois lavé, le linge est monté d’un
étage dans de grands paniers pour être étendu sur la grande terrasse. Les
travaux ménagers terminés, nous sommes invités à prendre notre pause matinale
autour d’un thé et de biscuits fortifiants.
Vient le premier contact avec les enfants. C’est la première fois que nous
sommes confrontés à des personnes aussi « différentes ». Les enfants sont
handicapés mentaux, pour la plupart lourdement, et beaucoup présentent en plus
un handicap physique qui ne leur permet pas de marcher. Nous ne sommes pas très
à l’aise face à cette réalité habituellement si loin de nous. Que va-t-on
pouvoir leur apporter ? Nous allons devoir mettre de côté les jeux auxquels
nous avions pensé et trouver comment établir le contact avec ces enfants.
L’heure du déjeuner sonne. La plupart d’entre eux ne peuvent pas manger seuls,
et doivent être alimentés à la cuillère. Certains, qui ne peuvent tenir assis
seuls, sont nourris allongés. Difficile… Allons nous tenir ?
Nous nous accrochons, et revenons les jours suivants. Peu à peu, notre regard
change sur ces enfants, nous laissons nos références de normalité et entrons
dans leur univers. Nous comprenons le caractère de chacun d’eux, ce qui les
fait rire. Nous explorons de nouveaux modes de communication par les sons, le
regard, le toucher. Les enfants aussi s’habituent à nous. Les plus espiègles
nous accaparent dès qu’elles nous aperçoivent : Kala réclame des câlins et
Rincy, la commère, est toujours à vouloir nous montrer quelque chose.
Rincy et Gabrielle
Finalement, leur handicap ne nous importe plus. Nous voyons davantage la vie
que ces enfants portent en eux, les plus petits (Sopna, 9 ans) comme les plus
grands (Maria, 32 ans). Au-delà de leurs souffrances physiques, et du drame de
leur abandon, ils attrapent tous les petits bonheurs qui passent sur leur
chemin.
François a pris l’habitude de secouer le lit d’Alok à chaque fois qu’il passe
devant. Ce petit asthmatique, pour qui respirer est une souffrance, rit aux
éclats quand il sent son petit monde remuer. Il y a aussi Sopna, la petite
mélomane. Elle peut passer des heures à écouter le bruit que fait un objet en
tapant le sol. Mais ce qui lui plait, c’est « l’avion », quand on la prend dans
ses bras et qu’on la fait tourner.
Alok, Cherry, Krupa et Anila
Et puis il y a Subash, la star du dortoir B, qui ne communique que par le chant
et le rire. Il écoute très attentivement lorsqu’on lui sifflote « singing in
the rain » (c’est un jour de mousson), puis reprend sa chanson.
Subash
L’ambiance qui règne ici est joyeuse et sereine. Elle est le fruit du travail
accompli chaque jour par les 7 sœurs et les 12 laïques du centre qui aiment «
leurs » enfants et prennent soin d’eux.
Les laïques
Malgré notre inexpérience, les sœurs et les laïques nous intègrent et nous font
rapidement confiance pour nous occuper des enfants. Qui de nous se serait
imaginé un jour faire faire de la rééducation à des enfants handicapés ?
Gabrielle apprend auprès de la kinésithérapeute à solliciter leurs membres pour
les assouplir, les doigts, les mains, les pieds... Les enfants apprécient ces
petites séances de « gym à domicile ». Nous improvisons une petite classe avec
les plus studieux. En quelques leçons, Anita apprend à écrire son prénom et
celui de sa meilleure amie en alphabet latin…
François, Anita… et les jambes de Sikoti
Les jours passent, et c’est déjà la fin des deux semaines prévues. Les adieux
avec les laïques sont chaleureux (plus sobres avec les sœurs, réserve oblige),
nous n’avons pas l’impression d’être arrivés il y a si peu de temps… Vient le
moment de dire au revoir aux enfants. Anita, lorsqu’elle apprend que l’on va
partir, nous demande de revenir. Parmi les autres, qui s’en rend compte lorsque
nous les prenons dans nos bras une dernière fois ? Certains réaliseront sans
doute demain. En tout cas nous, nous réalisons tout de suite… ils vont nous
manquer.
Comment les aider ?
Les Missionnaires de la Charité ont besoin de financement pour poursuivre leur
action à travers le monde. Tous les dons doivent être envoyés au siège de
l’organisation, à Kolkata (Calcutta). Des dons en nature de vêtements sont
également appréciés, bien que le coût du transport depuis l’Europe soit sans
doute supérieur à des achats sur place.
L’aide bénévole est également la bienvenue. Les centres des Missionnaires de la
Charité sont généralement organisés pour permettre de recevoir des volontaires,
pour des durées plus ou moins longues. L’organisation dispose de centres à
travers toute l’Inde (Ahmedabad, Mysore, Chennai…) dans lesquels il est
possible de se rendre directement. Il est préférable de proposer ses services
en dehors de Kolkata (Calcutta) où les volontaires sont déjà très nombreux. Une
méthode simple est de se rendre sur place et demander l’adresse du centre «
Mother Teresa » le plus proche à un représentant de l’église catholique.
Contacts
Centre de Kochi
Missionaries of Charity
Eraveli Road
Kochi – Kerala
Siège de Kolkata
Mother House
Missionaries of Charity
78 A.J.C. Bose Road
Kolkata 7000014
West Bengal
India
Téléphone :
• +91 217 22 77
• +91 33 224 97 115
Pour faire un don depuis la France (reçu fiscal possible)
Association des oeuvres de Mère Teresa
62, rue de la Folie Méricourt
75011 Paris
(possibilité de préciser l'intention de destination)
Gabrielle et François
mercredi 3 juin 2009
Institut Maria Nilaya – Honnavar (Karnataka)
Par Gabrielle le mercredi 3 juin 2009, 16:40
Nous quittons notre jolie plage sous les cocotiers pour rendre visite à
Maria Fernandes, une Indienne que j’avais rencontrée au Burkina Faso il y a 6
ans (déjà…). Nous nous rendons à Honnavar, une petite ville du nord-ouest du
Karnataka. Maria y dirige l’institut Maria Nilaya, créé il y a
30 ans pour promouvoir l’éducation dans cette région rurale de l’Inde. En nous
promenant au milieu des jolies maisons avoisinantes nous avons du mal à
imaginer le contexte de l’époque que décrivent les plus anciennes de l’équipe.
A travers son combat, l’institut a été à la fois témoin et acteur de ce
développement. Il a d’abord créé un internat, puis a mis au point des
formations professionnelles.
Julali, la gestionnaire du centre, nous fait visiter l’internat qui accueille
chaque année environ 45 filles issues de familles démunies, pour leur permettre
de suivre des études dans de bonnes conditions. L’internat assure le gîte et le
couvert : les petites (11 à 16 ans) et les grandes (après le bac) dorment dans
deux grands dortoirs séparés et des repas complets sont servis chaque jour. De
plus elles bénéficient d’un suivi qui les aide à progresser, et elles peuvent
se concentrer sur leurs devoirs sans être accaparées par les tâches
quotidiennes familiales. Les parents participent de manière symbolique aux
frais. En bonne gestionnaire, Julali nous explique les trucs et astuces pour
faire de bons repas pas chers, et tout ce qui permet de réaliser des économies
sans nuire à la qualité de l’accueil.
Julali nous présente les activités de l’institut Maria Nilaya
Pour permettre à des jeunes filles d’exercer rapidement un métier qui n’exige
pas plusieurs années d’études, l’institut a également développé deux formations
professionnelles de trois mois débouchant sur un diplôme reconnu. Le centre
dispose d’une grande salle équipée pour dispenser des formations de couture.
Chaque session accueille une trentaine de jeunes filles qui repartent chacune
avec une machine à coudre et peuvent dès lors travailler à leur compte.
Une autre formation d’aide médicale a été créée par la suite avec le même
objectif. Les cours (soins, bien-être, nourriture, toilette…) sont dispensés
par un médecin de l’hôpital d’Honnavar, des professeurs extérieurs et des
membres de l’équipe. Le prochain objectif est de mettre en place une formation
de travailleur social.
En Inde, les progrès de l’éducation ont pour effet d’accroître la demande de
formations et d’emplois dans des filières plus en vogue comme les nouvelles
technologies et l’informatique. Les élèves rêvent tous de partir à Bangalore
dans une start-up à succès et délaissent les filières traditionnelles. Beaucoup
déchantent lorsqu’ils ne trouvent pas de travail à la fin de leurs études,
surtout les filles que la tradition empêche souvent de partir seules loin de
leur famille. Pour Julali, les formations qualifiantes de courte durée
telles qu’elles sont proposées dans le centre doivent être développées et
encouragées. D’une part, elles sont adaptées au niveau scolaire du plus grand
nombre, d’autre part elles débouchent sur des métiers où les besoins de main
d’œuvre restent importants. Les jeunes filles qui décident de suivre leurs
programmes sont nombreuses à trouver du travail ou à créer leur emploi,
s’offrant ainsi la chance d’une vie plus indépendante et plus épanouie.
Comment les aider ?
Julali travaille dans le centre depuis 10 ans. Elle a vu l’éducation prendre de
l’importance et rentrer dans les mœurs à Honnavar, notamment grâce au travail
de sensibilisation menée par l’institut. En le soutenant financièrement, vous
pouvez l’aider à poursuivre son action auprès des plus pauvres et développer
ses programmes de formation.
Contact
Institut Maria Nilaya
Church Road – N.Kanara
Honnavar 581 334
Inde
Téléphone : +91 8387 220392
E-mail : mnilaya@yahoo.com
Gabrielle
mercredi 15 avril 2009
SPFA Karabakh
Par Gabrielle le mercredi 15 avril 2009, 15:30
SPFA (Solidarité Protestante France-Arménie) débute ses actions en Arménie à Gumri en 1990. En 2004, l’association se tourne vers le Haut-Karabakh. Cette province autonome d’Azerbaïdjan peuplée d’Arméniens a proclamé son indépendance en 1991. Une guerre de 3 années a suivi provocant nombre de victimes et de destructions, et dont le Karabakh se relève peu à peu. Rosane, une jeune femme de l’équipe de SPFA Erevan part fonder un nouveau bureau à Stepanakert, la capitale.
Avec Rosane et Jacques Matossian
Elle commence par y développer les activités francophones en créant notamment une bibliothèque où de jeunes enfants du quartier viennent lire des livres en français et s’amuser. Nous avons participé avec beaucoup de plaisir à l’animation des ateliers qui ont lieu tous les jours de la semaine après l’école. Nous avons rencontré des enfants heureux d’être là et prêts à découvrir tout ce que nous leurs proposions.
L’aventure à Khatchen commence dès 2004, avec un bel objectif : aider
le village à reprendre son envol et permettre ainsi à ses 372
habitants de rester sur leurs terres.
Khatchen fait partie des villages prioritaires désignés aux ONG par les
autorités du Haut-Karabakh. Situé à une vingtaine de kilomètres de Stepanakert
et facilement accessible par la route, ce village réunit les conditions pour un
suivi optimal. Rosane peut ainsi s’y rendre une à deux fois par semaine. Elle
nous confie qu’elle connaît tous les habitants par leur prénom ! Depuis un an,
SPFA a achevé l’ensemble de ses projets à Khatchen, et en assure à présent le
suivi.
Rosane et
une habitante de Khatchen
Il est 10h, nous sommes à l’heure pour partir visiter Khatchen. Tout au long de la route, nous profitons de la beauté des paysages du Karabakh.
Khatchen
A notre arrivée nous découvrons le charme de ce petit village tranquille. La voiture s’arrête devant la mairie où Ernest Grigorian nous accueille. Maire depuis 2004, il collabore avec SPFA depuis le début du projet : le parrainage des familles démunies, la rénovation du réseau d’eau et de l’église, la construction de la maternelle, la mise en place des micro-crédits… L’intervention de SPFA est globale, et reflète bien sa philosophie d’action : « il faut tout faire ou ne rien faire » nous explique Rosane. En s’attaquant un par un à l’ensemble des problèmes dans un village donné, SPFA s’est donné les moyens de redonner de bonnes conditions de vie aux habitants, leur évitant des départs difficiles vers la capitale ou à l’étranger.
Cette philosophie, Jacques Matossian, le responsable des projets de SPFA, l’applique également aux ouvrages qu’il réalise. L’église qui servait de grange pendant la période soviétique a reçu son coup de baguette magique en 2006. Elle a fière allure à présent, avec ses voûtes en pierre et ses portes de bois sculptées. Les habitants témoignent de l’importance d’avoir retrouvé à la fois un centre spirituel et un lieu pour se réunir.
L’église de Khatchen
Jacques Matossian n’était pourtant pas venu pour elle, mais pour rénover le réseau d’eau afin que tous les habitants aient accès à l’eau 24 heures sur 24 (ce qui est rare en Arménie). Une fois le réservoir installé, tous les villageois ont été invités à creuser la tranchée reliant leur maison au réseau central. C’est un autre point clé du mode d’intervention de SPFA : les bénéficiaires des projets doivent participer à leur réalisation dans la mesure de leurs moyens.
Rosane aime l’esprit d’initiative des habitants de Khatchen et leur volonté d’avancer ensemble. Son mot d’ordre : « il faut écouter les gens, ils savent ce dont ils ont besoin ». Pour aider SPFA à organiser et orienter son action, les décisions sont prises par un conseil réunissant des habitants, des élus et les membres de SPFA.
En 2004, SPFA commence son action en cherchant à réduire la pauvreté. Quelques
familles sont parrainées directement par l’association ; d’autres sont choisies
pour recevoir une vache, dont le premier veau sera donné à une autre
famille…
Bien vite, les habitants demandent à l’association de leur donner plutôt les
moyens de créer eux-mêmes leurs revenus.
SPFA fait don d’une moissonneuse et d’un tracteur au village. La mairie les
loue aux agriculteurs : ceux-ci, assurés de disposer des outils pour récolter,
n’hésitent plus à semer. La mairie utilise les revenus de la location pour
venir en aide aux personnes âgées.
En 2008, pour aller plus loin dans cette démarche d’aide à la création
d’activité, SPFA met en place un programme d’octroi de
micro-crédits (prêts de faible montant
attribués à des personnes qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires
classiques). Après en avoir expliqué le fonctionnement, l’association
étudie les projets présentés par les intéressés (achat de bétail ou de
semences). Ceux qui sont retenus reçoivent 1000$, à rembourser sur 3 ans à taux
0. Des groupes de 3 à 5 personnes solidaires les unes des autres sont
constitués et la mairie apporte également sa garantie en cas de défaillance
d’un emprunteur.
Nous rencontrons Arthur. Grâce au micro-crédit dont il bénéficie, il possède à
ce jour deux vaches et dix veaux. Il est heureux d’avoir à la fois un revenu
pour faire vivre sa famille, et un travail dans lequel s’investir.
Arthur
Permettre aux enfants d’aller à l’école et d’étudier dans de bonnes conditions est une autre condition essentielle du maintien des familles dans le village et un investissement de premier plan pour l’avenir.
Nous nous dirigeons vers la maternelle. La directrice nous présente les locaux flambant neufs construits l’an dernier par l’équipe de Jacques Matossian. A notre arrivée, nous trouvons les enfants en plein repas, ils dégustent les pommes de terre du jardin que l’équipe enseignante cultive sur son temps libre pour améliorer l’ordinaire. Elle nous confie son plaisir de pouvoir accueillir les enfants dans de si bonnes conditions.
Les remerciements vont à SPFA ainsi qu’au gouvernement du Karabakh qui a financé la construction pour moitié. La logique est la même pour toutes les interventions concernant des infrastructures publiques. SPFA tente toujours d’associer les autorités à la construction, et ne se lance jamais dans des travaux sans avoir l’assurance qu’elles prendront en charge l’intégralité des coûts de fonctionnement.

A l’entrée du village se trouve l’école. Pour lui donner d’avantage de moyens, SPFA fait don de 10 ruches. Grâce à la vente du miel, l’école ouvre une cantine scolaire où elle accueille chaque jour les élèves gratuitement. Les revenus générés contribuent également à renouveler le matériel et les manuels scolaires. Aujourd’hui 24 ruches produisent chaque année 180 kgs de miel. A 2500 drams le kg, cela fait 450 000 drams par an, soit environ 1000€, alors que l’investissement de départ est de 100€ par ruche. Nous goûtons cet excellent miel en compagnie du maire à l’occasion d’un « petit » café à l’Arménienne.
Forte de ce succès, l’école ouvre en 2008 un atelier pour construire ses propres ruches avec l’aide de SPFA. L’apiculture est devenue la discipline enseignée lors des cours de travaux manuels.
(photographies SPFA)
A la fin de notre visite, Rosane nous annonce fièrement que le nombre d’élève de l’école est passé de 42 à 48 cette année, signe que le travail de SPFA commence à porter ses fruits ! « Lorsque les enfants sont là, le village ne peut pas mourir ».
SPFA a réussi son projet à Khatchen à force de persévérance et de dialogue avec les habitants… mais également pour convaincre les donateurs financiers de le soutenir. N’étant pas reconnu en tant qu’Etat, le Haut-Karabakh ne peut aspirer à aucune sorte de subvention de la communauté internationale. SPFA se tourne donc vers les financements privés, et remercie à ce titre la fondation Suisse Armenianos.
L’histoire ne s’arrête pas là : à Khnabad, elle ne fait que commencer. Ce
village d’un millier d’habitants à la frontière de l’Azerbaïdjan a
particulièrement souffert de la guerre. Une partie de l’école a été détruite
lors des bombardements. Le directeur, Zaven Beglarian, nous expose les projets
en cours avec SPFA. Le bassin extérieur va être rénové afin d’irriguer les
arbres fruitiers du jardin dont la vente génère des revenus pour l’école. Comme
à Khatchen, un don de 10 ruches est prévu. De nouveaux sanitaires seront
également construits.
En 2008, SPFA a déjà réalisé la rénovation du réseau d’eau à l’intérieur du village. SPFA met en place cette année le parrainage de 3 familles, l’achat de moutons et de vaches pour 11 familles, et 2 micro-crédits pour un élevage commun de volailles. De nombreux autres projets sont en attente de financement, comme la rénovation de la toiture de l’école qui présente de sérieux signes de faiblesse.

Les habitants que nous croisons engagent volontiers la conversation avec nous et ne nous laissent pas repartir sans quelques friandises. Après un tel accueil, on ne peut que leur souhaiter ainsi qu’à SPFA autant de réussite qu’à Khatchen !
Comment les aider ?
Rosane nous donne des pistes très concrètes pour soutenir l’action de SPFA au Karabakh :
- des animateurs bénévoles pour la colonie de vacances qui se déroule chaque année pendant une semaine fin juillet. Des bénévoles francophones de SPFA Arménie seront aux côtés des volontaires. C’est une belle occasion de découvrir les beautés du Karabakh !
- des sacs de couchage de seconde main pour les colonies
- des livres pour enfants afin de renouveler la bibliothèque du centre de Stepanakert
- des financements pour les projets de Khnabad
Contacts
SPFA (Solidarité Protestante France Arménie) en France
1 rue Cabanis / 75014 Paris
E-mail : Paris@spfa-armenie.org
Site Internet : www.spfa-armenie.org
Téléphone : +33 1 47 35 30 23
Fax : +33 1 53 80 19 49
SPFA au Karabakh
5, rue Maschots / Stepanakert
E-mail : armrouz@yahoo.fr
Téléphone : +374 97 26 77 67
Gabrielle
jeudi 9 avril 2009
Ferme piscicole de Vorotan
Par François le jeudi 9 avril 2009, 19:06
Avant d’arriver au Karabakh nous faisons étape à Goris. De là, nous partons pour le village de Vorotan, à une dizaine de kilomètres au sud de la ville. Nous rencontrons Kamo Baghdassaryan, un professionnel de la pisciculture qui tente de faire revivre la ferme piscicole de Vorotan.
La
ferme piscicole de Vorotan
Cette ferme est née à l’origine d’un programme gouvernemental pour développer la région. Le projet fut abandonné lors de la guerre du Karabakh : le village, à 300 mètres de la frontière avec l’Azerbaïdjan, était la cible de bombardements en raison de sa proximité avec l’usine hydroélectrique qui alimente Goris. Suite à la guerre, la population azérie de Vorotan quitta l’Arménie pour l’Azerbaïdjan ou la Russie, et des réfugiés arméniens d’Azerbaïdjan s’installèrent dans le village, sans les connaissances ni les moyens nécessaires pour reprendre l’exploitation de la ferme.
Depuis 1 an et demi, Kamo Baghdassaryan anime une équipe de 10 volontaires du village qui travaillent bénévolement pour restaurer la ferme et relancer peu à peu l’élevage de poissons. Pour reconstruire leur vie et créer leur emploi, les volontaires n’hésitent pas à avancer les premiers frais pour la réparation des bassins et l’achat des premiers alevins sur leurs propres deniers. Ils installent également un bassin de reproduction pour l’éclosion des œufs.
Un futur pensionnaire de la ferme
Aujourd’hui, la ferme élève 7 000 petits poissons. Pour l’instant, la production n’est pas suffisante pour la vente mais permet de nourrir les familles des volontaires qui se paient en poisson. La ferme respecte également la tradition de générosité arménienne en fournissant gratuitement du poisson aux démunis, retraités et veuves de guerre pour leurs cérémonies importantes (mariages, décès…).
Kamo Baghdassaryan au travail
Le travail bénévole de l’équipe menée par Kamo Baghdassaryan a permis la remise en état de la ferme et son exploitation. Aujourd’hui, les volontaires ont encore du mal à acheter la nourriture en quantité suffisante pour que les poissons atteignent rapidement leur taille adulte. Ce problème retarde la première vente qui permettrait d’obtenir le fond de roulement nécessaire pour lancer durablement l’exploitation et, à terme, fournir un revenu stable aux bénévoles. Ces difficultés n’entament en rien le volontarisme de ces hommes qui savent que de leur succès dépend l’avenir de Vorotan.
En effet, leur projet est très prometteur. Dans
la vallée de Vorotan, les conditions d’élevage sont des plus favorables : le
climat et l’ensoleillement sont particulièrement adaptés à cette activité, et
l’eau qui alimente les bassins provient directement des montagnes
environnantes. La ferme piscicole pourrait fournir en poissons toute la région
de Syunnik (140 000 habitants) ; actuellement, le poisson vendu à Goris
provient généralement de Erevan ce qui en fait un plat relativement
onéreux.
Comment les aider ?
Les bénévoles de la ferme ont besoin d’un coup de pouce pour acheter de la nourriture pour les poissons en quantité suffisante pour obtenir cette première grande « récolte » et pérenniser l’activité.
La ferme piscicole de Vorotan a aussi besoin d’aide pour la
restauration de certains bassins encore en mauvais état. Ce ne sont pas les
bras ni les bonnes volontés qui manquent, mais l’argent pour l’achat de
matériaux et de pièces détachées.
Contact
Pour contacter l’équipe de la ferme piscicole, s’adresser à Gagyk Mkrtchyan, ingénieur à l’usine hydroélectrique voisine de Vorotan. Il parle allemand et russe (en plus de l’arménien), et comprend un peu l’anglais et le français.
E-mail : vorotanges@mail.ru
Adresse de l’usine : 2 Gr.Tatevacy str. Goris t. R of A 377830
Téléphone :
• A l’usine : +374 12 85 113 / +374 84 22 030
• Mobile : +374 84 09 46 47 99
François
samedi 4 avril 2009
Ekho
Par Gabrielle le samedi 4 avril 2009, 11:57
Ekho est une association fondée en juillet 2008 pour venir en aide aux enfants handicapés du village de Darbnik à une dizaine de kilomètres d’Erevan.
Angela y vit depuis 20 ans. Son fils Sergueï de 18 ans, lui-même handicapé
moteur, lui donne l’idée et le courage de créer cette association, car dans ce
district, aucun service d’aide adapté n’existe. Les hôpitaux et internats les
plus proches sont à Erevan, et les familles n’ont pas les moyens de s’y
déplacer facilement.
Angela, Mariam à Erevan et une amie à Darbnik, se font connaître auprès des
familles et commencent à leur venir en aide en distribuant des vêtements et de
la nourriture. Puis, elles organisent des goûters, des sorties au théâtre…
Elles réalisent tout ce travail en faisant appel à la générosité
d’entrepreneurs arméniens.
Nous faisons leur connaissance lors d’une cérémonie de baptême de dix enfants à laquelle assistent les familles et des sponsors de l’association, parrainant chacun un enfant.
Baptême des enfants soutenus par Ekho
A ce jour, 180 enfants, handicapés moteurs ou mentaux pour la plupart, sont inscrits sur leur liste ; de nouvelles demandes leur parviennent chaque jour.
Leur action ne s’arrête pas là. Ekho s’organise pour mettre sur pied un foyer éducatif à Darbnik où une trentaine d’enfants handicapés pourront être accueillis et hébergés du lundi au vendredi. La vocation de ce centre sera de prodiguer aux enfants les soins dont ils ont besoin et de les préparer à une vie autonome. En ce sens, différents cours et activités seront proposés aux enfants : cours de langue, cours d’informatique, cuisine, couture, chant, sport…
Pour encadrer les enfants, l’association prévoit à terme une équipe de 10 personnes, 3 docteurs et 7 enseignants. Concernant l’entretien des locaux et la préparation des repas, Ekho fera appel aux parents qui se portent déjà volontaires. Angela nous explique que ce sera leur contribution au fonctionnement du centre car ils n’ont pas les moyens de payer une inscription. Pour l’intendance, Ekho prévoit d’entretenir un potager pour les fruits et légumes, et d’acheter deux vaches pour le lait et ses produits dérivés.
Pour réaliser ce projet, elles sont parvenues à obtenir auprès des autorités du district la mise à disposition d’un local que nous partons visiter avec elles. Il s’agit du premier étage d’une ancienne résidence étudiante où sont aussi hébergées des familles démunies.
A notre arrivée, nous sommes ramenés à la réalité en voyant ce
vieil immeuble en piteux état. L’intérieur ne vaut pas mieux, toutes les pièces
sont à refaire, un énorme travail en perspective qui ne semble pas décourager
ces drôles de dames. Elles nous présentent les futures chambres, salle commune,
cuisine, sanitaires… Au rez-de chaussée elles nous montrent les emplacements
prévus pour la salle de sport et la rampe d’accès.

Nous rencontrons en même temps les parents venus partager avec nous leurs
espoirs et leurs attentes par rapport à l’ouverture du centre pour leurs
enfants.
Avec peu de moyens et d’expérience, Angela, Sergueï et Mariam se sont lancés
dans un projet complexe et ambitieux, et lèvent les obstacles les uns après les
autres à force de persévérance.
Le plus difficile reste cependant à faire ; la rénovation du bâtiment nécessite
de gros investissements. Ekho a déjà des sponsors, parmi lesquelles des
entreprises de construction prêtes à les aider. Angela et Mariam poursuivent
leurs recherches de financement pour lancer le début des travaux. Elles ont
également besoin du soutien de personnes qui pourrons les conseiller pour mener
à bien leur projet.
Gabrielle entourée de l’équipe de Ekho
Contacts
E-mail : ekho_so@mail.ru
Téléphone :
• Bureau : +374 77 26 45 94
• Mariam : +374 77 26 45 94 (parle anglais couramment)
Gabrielle
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