Nous profitons de notre séjour à Pnohm Penh, la capitale du Cambodge, pour
nous rendre dans une banque pas comme les autres : Chamroeun, une
institution de micro-finance (IMF).
Logo de Chamroeun
La micro-finance se développe dans les années 70 pour combler le fossé qui
sépare les banques classiques des populations pauvres, notamment dans les pays
en développement. A leurs yeux, les millions de personnes qui vivent avec une
poignée de dollars par jour ne seront jamais des clients fiables, ni rentables.
De plus, ces grandes institutions n’ont ni la structure ni les services adaptés
à des populations peu éduquées, vivant dans les campagnes reculées ou dans les
quartiers oubliés des grandes villes. D’ailleurs, parmi ceux qui connaissent
l’existence des banques, beaucoup s’en méfient. Ils appartiennent à des mondes
différents.
Pourtant, la plupart de ces personnes ont besoin des services bancaires. Le
travail salarié reste minoritaire et les pauvres doivent créer leur propre
activité pour subvenir à leurs besoins. Ils représentent une multitude de
petits entrepreneurs et entrepreneuses ; certains cultivent des légumes sur un
carré de terre, d’autres réparent des mobylettes aux abords des marchés ou font
de la vente ambulante de fruits, de vêtements… Dans toute entreprise, l’accès
au prêt permet de compenser le décalage temporel entre les dépenses
d’investissement et les revenus engendrés par la suite. L’impossibilité
d’emprunter accentue la situation précaire de ces micro-entreprises. Pour
acheter un peu de matériel, des graines à semer, des légumes à revendre, les
exclus du système bancaire sont souvent contraints de se tourner vers des
usuriers qui prêtent à des taux exorbitants de 15 à 20% par mois. Au moindre
imprévu (mauvaise récolte, invendus, maladie…), le remboursement devient
impossible et la spirale de l’endettement s’enclenche, aggravant la situation
des familles prises au piège.
Les IMF ont pour mission de faciliter l’accès des plus pauvres aux
services financiers afin qu’ils puissent pérenniser une petite activité et
mieux faire face aux aléas de la vie. Les excellents taux de
remboursement obtenus par certaines IMF prouvent la solvabilité des clients
pauvres à condition de savoir adapter son organisation et son offre à leur
situation.
Quartier défavorisé de Pnohm Penh
Frank Renaudin crée l’ONG « Entrepreneurs du Monde » en 1998 pour
accompagner la création et le développement de programmes de micro-finance à
travers le monde. Il s’attache à toujours donner la priorité à ceux qui se
trouvent au plus bas de l’échelle. Après étude, Entrepreneurs du Monde
s’aperçoit qu’au Cambodge aucune structure ne s’adresse encore aux plus pauvres
en milieu urbain, considérés comme une population particulièrement risquée. Ces
personnes sont la plupart du temps des déracinés qui ont afflué des campagnes
vers Pnohm Penh et les grandes villes dans l’espoir de trouver du travail. Ils
s’installent comme ils peuvent, dans des habitats souvent très précaires. Ils
n’ont donc aucune garantie à offrir face à un organisme de prêt, d’autant
qu’ils peuvent disparaître sans laisser de trace s’ils décident de rentrer dans
leur village.
Chamroeun (« Progrès », en khmer) est fondée en mars 2006 pour aider
les démunis des grandes villes du Cambodge à avoir accès aux services
financiers. Nous rencontrons Grégoire Héaulme d'Entrepreneurs du Monde
qui a supervisé le lancement de la jeune IMF. Il nous présente la
structure et les services qui ont été conçus pour permettre à Chamroeun de
réussir sa mission sociale tout en étant financièrement performante.
Chamroeun mise sur la qualité des relations qu’elle met en place
avec ses bénéficiaires. Pour être proche de ceux qu’elle veut aider,
elle privilégie l’ouverture de plusieurs petites agences à taille humaine, dont
7 à Phnom Penh et ses environs. Elles se situent notamment aux abords des
marchés où gravitent nombre de petits travailleurs et revendeurs de rue en
situation précaire. Toute la journée, les agents de terrain circulent dans le
marché, expliquent les principes de la micro-finance aux intéressés, rendent
visite aux familles des bénéficiaires. Peu à peu, l’agence s’intègre dans le
tissu social de la communauté où elle s’est établie.
Marché proche d’une agence à Phnom Penh
Les prêts sont octroyés de façon progressive, et n’excèdent jamais 100$
(70€) pour une première demande. Cela permet à l’IMF d’apprendre à connaître
son nouveau client et à celui-ci de ne pas prendre un risque d’endettement trop
grand. Un nouveau prêt plus important est accordé lorsque le premier est
remboursé, les montants peuvent aller jusqu’à 300$ (200€).
Pour obtenir un premier prêt auprès de Chamroeun, l’intéressé remplit un
dossier de demande de prêt. Les premières données concernent la famille afin
d’évaluer les revenus et les dépenses du foyer et de mesurer la capacité
maximum de remboursement fixée à 33% du revenu net. Ensuite, le demandeur
décrit l’objet de l’activité existante ou en création et évalue l’impact
attendu du prêt sur l’évolution de son activité dans les mois à venir. Les
agents de terrain mènent alors deux enquêtes d’investigation, dans la famille
et sur le lieu de travail, pour vérifier la cohérence et la véracité des
informations. Cette étape essentielle permet d’approfondir l’étude de
l’activité avec le demandeur et, éventuellement, de procéder à des corrections
avant la présentation du dossier devant le comité de crédit. Si le prêt est
accordé, le contrat est signé à l’issue d’une formation en gestion
obligatoire et gratuite. Les règles précises contenues dans ce processus sont
autant de garde-fous pour garantir le succès de l’opération à la fois pour le
client et pour Chamroeun.
Agence Chamroeun à Phnom Penh
Deux agents de Chamroeun nous emmènent à la rencontre de leurs
bénéficiaires. A l’arrière de leur mobylette, nous nous enfonçons toujours plus
à travers des quartiers pauvres de Phnom Penh. Dans une ruelle bordée
d’habitations en matériaux de récupération, nous arrivons chez Soeurk
Sreymoune. Cette jeune femme nous reçoit entourée de ses trois enfants et de sa
mère. Son mari est parti vendre des fruits frais qu’il transporte dans un
chariot ambulant. Avec les prêts successifs qu’ils ont souscrits auprès de
Chamroeun, ils ont pu acheter un deuxième chariot afin de travailler tous les
deux. Grâce à cela, ils parviennent à procurer la nourriture quotidienne de la
famille. Aucun projet plus durable ne peut être envisagé pour l’instant. Nous
voyons à quel point sortir de la pauvreté est un exercice long et périlleux qui
exige un courage et une patience infinie.
Soeurk Sreymoune, bénéficiaire Chamroeun
Quelques rues plus loin, nous entrons dans une des petites maisons en dur
qui bordent le marché du quartier. Song Mom est veuve et demeure ici avec ses 3
enfants. Elle a ouvert devant chez elle un petit comptoir de restauration pour
les travailleurs du marché qui viennent essentiellement le matin avant 10h
boire un café et avaler une soupe aux nouilles. Elle a besoin d’emprunter pour
acheter son stock au marché central. Auparavant, elle devait passer par des
usuriers et les intérêts de plus de 15% par mois grevaient fortement sa marge.
Avec les taux de 4% par mois proposés par Chamroeun, les fins de mois sont
moins difficiles.
Les taux d’intérêt en micro-finance restent chers par rapport à ceux des
banques traditionelles car les petits prêts génèrent nettement moins d’intérêt
que les gros pour des coûts fixes similaires à ceux d’un établissement
classique : frais de structure, salaires des agents, coût de traitement du
dossier… Les IMF sont soutenues lors de leur lancement mais cherchent ensuite à
atteindre l’autonomie financière qui récompense une gestion efficace. Créée en
2006, Chamroeun atteint à ce jour 75% d’autofinancement et vise
l’autosuffisance pour 2010.
Song Mom, bénéficiaire Chamroeun
Les personnes à qui s’adresse Chamroeun sont le plus souvent dans
l’incapacité de fournir la garantie physique qui conditionne l’octroi d’un
prêt. Même s’ils sont propriétaires d’un bout de terrain ou d’une petite
habitation, ils ne veulent pas risquer de les voir saisis. Certaines IMF
demandent une garantie des autorités locales mais cela peut engendrer un
surcoût pour l’emprunteur en raison de la corruption. Chamroeun choisit de
demander plutôt l’engagement d’un garant extérieur à la famille nucléaire. De
plus, pour justifier un minimum d’attache, le demandeur ou le garant doit être
propriétaire de l’endroit où il vit (qui ne sera pas saisi en cas de retard de
remboursement). Pour ceux qui ne peuvent pas non plus fournir ce type de
garantie, Chamroeun propose un autre type de prêt avec des montants plus
limités et des échéances de remboursement plus rapprochées.
Chamroeun n’accorde que des prêts destinés à la création ou au développement
d’activités. Cependant, un prêt d’urgence existe pour les familles déjà
bénéficiaires en cas de problèmes graves (maladie, incendie…) qui autrement
détruiraient des années d’effort et de travail en quelques instants.
Pour accroître les chances de réussite de ses bénéficiaires, Chamroeun
encourage la constitution d’une épargne rémunérée, plus en sécurité sur un
livret que dans un bas de laine. Une assurance santé est également proposée,
les problèmes de santé étant la principale cause d’échec de ses clients.
L’accompagnement est également essentiel pour que le prêt aide réellement le
bénéficiaire à réussir ce qu’il entreprend. A l’agence, un travailleur social
assure une permanence chaque jour pour recevoir et écouter les familles qui ont
des difficultés particulières. Par ailleurs, Chamroeun offre tout un volet de
formations pour apprendre les bases de la gestion ou découvrir un nouveau
métier. Grâce aux bénéficiaires qui acceptent de partager leurs savoir-faire en
cuisine, artisanat et autre, une cinquantaine de « modules métiers » sont
proposés. Des formations plus générales sont également organisées pour
sensibiliser les gens concernant leurs droits, l’éducation ou la santé. Ce sont
autant d’occasions de créer des échanges et de la convivialité au sein de la
communauté.
Chaque année se tient une assemblée au cours de laquelle les bénéficiaires
élisent leurs représentants. A cette occasion, ils participent à des
discussions et des enquêtes qui fournissent à Chamroeun un retour précieux pour
continuer à progresser.
Agents de Chamroeun
Toutes ces initiatives permettent de créer un climat de confiance comme
l’atteste la fidélité des bénéficiaires. De même, le travail
réalisé par Chamroeun est récompensé par les excellents taux de remboursement
qui atteignent 99% sur un ensemble de 10 000 bénéficiaires ! En trois ans,
Chamroeun est devenue une institution de micro-finance indépendante et 100%
khmère où travaillent 65 personnes. Cette équipe jeune et qualifiée est motivée
par la mission sociale de Chamroeun. Ils œuvrent dans le sens d’une
micro-finance éthique qui soutient les plus démunis dans ce qu’ils
entreprennent pour améliorer leur existence.
Comment les aider ?
Vous pouvez contacter Entrepreneurs du Monde pour adresser un don
(défiscalisé) par chèque ou par virement directement sur leur site Internet
(http://www.entrepreneursdumonde.org/versement.php).
Les propositions de volontariat sont également les bienvenues.
Il est possible d’
aider directement les bénéficiaires de Chamroeun et
Entrepreneurs du Monde via le site Internet www.babyloan.org
. Grâce à Babyloan, chacun peut devenir prêteur à un micro
entrepreneur du bout du monde, pour le montant de son choix.
Il ne
s’agit pas de don, l’argent est restitué au prêteur à l’échéance du
prêt. N’hésitez pas à vous inscrire, la procédure de prêt en ligne est
simple et entièrement sécurisée.
Contact
Chamroeun
#42D, St 320
Boeung Keng Kang III
Chamkarmon, P.P – PO box 1113
Cambodge
Site Internet : www.chamroeun.com
Um Piseth, responsable marketing et communication : piseth@chamroeun.com
Tel : 016 96 76 99 – 012 91 40 19
Entrepreneurs du Monde
www.entrepreneursdumonde.org
Grégoire Héaulme, responsable Asie : gregoire.heaulme@entrepreneursdumonde.org
Gabrielle